LETTRES DE VENTENAT
Paris, le 17 vendémiaire, an VIII (9 octobre 1799).
Citoyen et respectable collègue.
J’ai reçu le paquet de plantes que vous avez bien voulu m’envoyer. Je vous en fais mes remerciments bien sincères. Il y en avait plus de la moitié que je ne connaissais pas ; elles étaient toutes en très-bon état, et c’est le plus beau présent que j’ai reçu
* Ventenat (Étienne-Pierre), de l’Académie des Sciences, naquit k Limoges le !•' mars 1757. « Le véritable cachet de Ventenat, dit Thiébaut de Berneaud, est la botanique descriptive. Il ne dessinait pas ; mais il avait le coup d’œil sûr ; aussi lui doit-on le mérite du pinceau et du burin des artistes qu’il employa. Le premier ouvrage de Ventenat dans ce genre est la Description des plantes nouvelles ou peu connues du jardin de J. M. Gels. (Paris, 1800.) — Il fut immédiatement suivi de trois autres ; 1° le Jardin de la Malmaison (1803 k 1805), dont le fini laissa bien loin derrière lui tout ce que la France et l’étranger avaient de mieux en ce genre. Ventenat publia en 1798 une traduction très-exacte du Généra de Bernard de Jussieu, précédée d’une excellente notice sur la méthode de ce célèbre botaniste. Il obtint en 1805 la décoration de la Légion d’honneur. Il mourut k Paris, le 13 août 1808. Ventenat avait la taille imposante, de la chaleur dans les idées, de la candeur dans les sentiments et une véritable passion pour l’étude. Sous le rapport de la science, il occupa toujours une place distinguée parmi les botanistes que Linnée appela sconograpbes. »
en botanique. L'Ocobe, le Lilhymal et le Picris, dont vous me parliez dans votre dernière lettre, m’ont paru être des espèces nouvelles ; j’ai demandé au citoyen Desfontaines pourquoi il n’en avait pas parlé encore à l’Institut, il m’a répondu qu’il le ferait au premier moment. La plante qui m’a le plus surpris est votre Vicea emphicarpos, qui est certainement bien différente du Lathyrus amphicarpos Linn., que je ne connais que par la phrase Je soupçonne même que le botaniste suédois a cité des synonymes qui ne conviennent pas à son espèce. J’ai confronté votre plante avec quelques échantillons provenus des graines que vous aviez envoyées à l’Institut et que Gels a cultivées. Les individus sont très-différents; dans ceux cueillis chez Gels, les fleurs sont très-grandes et portées sur des pédoncules de 4 pouces de longueur. N’y aurait-il pas eu quelque erreur dans l’envoi des graines ? Gomme vous êtes le seul qui puissiez découvrir la vérité, je me propose de joindre aux plantes que vous m’avez demandées, un échantillon de votre Vicea cultivé chez Gels.
J’ai parlé àHauy du mémoire que vous lui avez adressé; il m’a promis d’en faire la lecture à une des séances prochaines, et il vous écrira aussitôt. Dès qu’il aura été lu, j’en ferai imprimer un extrait, si vous le désirez, dans le magasin encyclopédique; en attendant qu’il le soit en entier dans les mémoires de l’Institut. Le citoyen Hauy, qui est chargé d’affaires, l’avait à peu près oublié, et il m’a su gré de le lui avoir rappelé.
Je prie le citoyen Gérard d’agréer les sentiments, etc., etc.
Ventenat.
Paris, le 12 thermidor, an Vlll (31 juillet 1800).
J’ai cru devoir me hâter de répondre à la confiance que vous me témoignez, et j’ai lu à la séance du 6, votre dissertation sur le Vicea amphycarpos. Votre mémoire a été paraphé par le secrétaire de la classe. Néanmoins, avant de le déposer avec la figure
qui l’accompagne, au secrétariat, j’ai voulu vous consulter sur quelques observations qui ont été faites pendant la lecture de votre mémoire. On a d’abord remarqué que le citoyen Jussieu avait distingué dans son Généra, le Vicea amphicarpos, du Lathyrus amphicarpos-, — 2° que ce même botaniste avait trouvé une corolle et des étamines dans les fleurs souterraines et qu’il les avait montrées à La Marck ; — que Gouan avait donné une description très-étendue du Vieea et du Lathyrus amphicarpos, dans son guide botanique, imprimé l’an IV de la République ; et qu’il avait rapporté à chacune les mêmes synonymes que vous citiez. — J’ai répondu à ces observations que votre mémoire avait été présenté à l’Académie des sciences en 1789, et qu’à celte époque Gouan ne paraissait pas se douter qu’il existât des légumineuses à fruit souterrain, puisque dans son Hortus et dans son Flora, il avait rapporté au Lathyrus amphicarpos les synonymes du Vicea amphicarpos.
Salut et fraternité, etc., etc.
Ventenat.
Paris, te l" brumaire, an IX (23 octobre 1800).
J’ai différé jusqu’à présent devons écrire, afin de pouvoir vous annoncer que votre mémoire était imprimé. Il l’est depuis quelques jours, et je désire que vous soyiez satisfait de mon zèle et de mes soins. Je voulais ne faire, tirer, selon votre intention, que ving-cinq exemplaires, mais le prote de M. Didoi, dont je vous fais passer la note, m’ayant observé qu’il n’en coûterait pas plus pour cent exemplaires que pour vingt-cinq, j’ai cru que vous m’approuveriez d’en faire tirer le plus grand nombre. J’ai eu soin aussi de faire tirer le même nombre de gravures.
J’ai l’honneur d’être, etc,, etc.
Ventenat.
Paris, 30 nivôse, an IX (20 janvier 1801).
Monsieur et très-respectable collègue,
Je vous apprendrai qu’un nommé Boucher d’Abbeville a inséré dans le numéro du magasin, qui a suivi immédiatement celui où votre dissertation était imprimée, une note dans laquelle il observait que Gouan avait déjà distingué les Lathyrus et Vicea amphicarpos. J’ai cru devoir lui répondre dans le numéro suivant et lui faire remarquer surtout qu’écrivant en 1788, vous ne pouviez pas citer un ouvrage qui n’avait paru que plusieurs années après, mais que le savant professeur de Montpellier, en passant sous silence votre observation connue de tous les botanistes, ne pouvait pas être aussi aisément excusé. J’ai cru cependant devoir garder l’anonyme pour ne point me faire d’ennemis.
Agréez, je vous prie, etc., etc.
Ventenat.
Paris, le 8 prairial, an IX (28 mai 1801).
Le savant professeur de Montpellier ne se tient pas pour battu au sujet de la découverte du Vicea amphicarpos. Il vient de m’écrire une belle lettre dans laquelle il me prie, par amour pour la vérité, de vouloir bien instruire l’Institut que c’est lui qui, en 1796, a donné une description complète de cette plante et montré les caractères qui la distinguent du Lathyrus amphycarpos. Je lui ai répondu le plus honnêtement qu’il m'a été possible, mais ma lettre lui prouvera qu’il ne m’a pas convaincu et que je n’ai jamais composé avec ma conscience aux dépens de la vérité. Le citoyen Villars, qui est votre ami et que nous possédons depuis quelques mois à Paris, est entré chez moi comme je finissais ma lettre, je la lui ai montrée, et nous avons ri de bon cœur. Si le citoyen
Gouan réclame, comme il me l’a annoncé dans les journaux, l’antériorité de la découverte, vous pouvez être assuré qu’il se trouvera un anonyme qui ne tardera pas à lui répondre. J’aime à croire néanmoins que d’après ma lettre il se tiendra tranquille.
Je suis charmé que le retour du printemps ait rétabli votre santé, et ce sont les vœux de celui, etc., etc.
Ventenat.
Paris, le 25 pluviôse, an X (5 février 1802).
J’ai différé jusqu’à présent à répondre à votre dernière, parce que je voulais vous annoncer que j’avais enfin fait dessiner quelques-unes de vos plantes. J’ai attendu cinq mois la commodité de mon peintre, il s’est lassé sans doute de me remettre de jour en jour, et j’ai eu le plaisir de le voir hier. Il a fait l’Orobe, et nous avons mis sur un des côtés de la planche le petit Gallium. Ces deux plantes paraîtront dans mon dixième fascicule. Si vous pouviez me faire passer, dans le cours de cet été, la Pétillaire, je la ferais aussi dessiner, et j’enrichirais mon ouvrage d’une nouvelle espèce dont la botanique vous est redevable.
Mon dixième et dernier fascicule du jardin de Gels est publié. Je vous prie d’en agréer l’hommage, et d’engager M. Reynouard à l’envoyer chercher. Vous trouverez dans cette livraison votre Orobus.
Agréez, je vous prie, etc., etc.
Ventenat.
Paris, 6 thermidor, an XIII (25 juillet 1805).
Quoique M. Reynouard soit très-connu, et qu’il jouisse en ce
moment de la plus brillante répiftation, j’ai eu néanmoins bien de la peine à connaître sa demeure. Je sais qu’il demeure à Chaillot, et je me propose d’aller le voir aussitôt que je le pourrai. Je désirerais que vous lui fissiez connaître vos intentions au sujet de votre manuscrit sur Pline. Il me semble qu’il peut l’envoyer de votre part à la première classe de l’Institut, en lui exposant le désir que vous avez qu’il soit imprimé. La classe fera, je n’en doute point, des démarches auprès du Ministre de l’intérieur, pour qu’il le fasse imprimer à l’imprimerie impériale. Cet établissement s’occupe parfois d’ouvrages peu importants, et le vôtre est du petit nombre de ceux qui méritent d’être distingués.
Lorsque je fis paraître l’ouvrage de la Malmaison, en publiant le premier fascicule, je remis à Sa Majesté l’Impératrice une liste de botanistes français et étrangers qui méritaient de recevoir une preuve de sa haute estime, et à qui elle devait faire présent de cet ouvrage. Je me flattais d’être l’interprète de la bonne volonté de notre souveraine. Cette marque de distinction qui m’était due, a été enviée, sollicitée, et elle m’a été ravie. Ce que j’avais prévu est arrivé ; l’ouvrage n’est pas parvenu à la destination qu’il aurait dû avoir. J’en ai été très-fâché ; mais il a fallu garder le silence.
M. Lacépède m’a dit que dans ce moment toutes vos affaires étaient en règle, et que vous ne pouviez plus douter que vous ne fussiez membre de la Légion d’honneur.
J'ai l’honneur d’être, etc., etc.
Ventenat.
LETTRES DE M. SCHMIDEL ^
Anspach, 19 janvier 1786.
Je vous marque ma très-grande obligation de l’offre que vous voulez bien me faire de me sacrifier toutes vos découvertes. Au lieu de l’accepter ou, peut-être, d’abuser de votre générosité, je vous supplie de ne pas supprimer ces précieuses découvertes, et de les livrer au public. Tout au contraire, je vous conjure de publier votre Appendix ad Floram Provincialem, le plus tôt qu’il sera possible. Je suis très-sûr que cet ouvrage sera très-bien reçu et estimé de tous ceux qui aiment la botanique. En cas que vous manquiez d’éditeurs, je vous en trouverai d’abord chez nous ; je connais quelqu’un qui s’en chargera très-volontiers. Il dépendra entièrement de votre bon plaisir de m’en instruire au plus tôt.
De même, les remarques que vous vous proposez de publier sur l’histoire de Pline, seront très-recherchées par les botanistes
* ScHMiDEL (Casimir-Christophe), médecin, né h Baireuth, le 21 novembre 1718, fréquenta les Universités de léna et de Halle ; fut nommé, en 1742, professeur à celle de Baireuth, et se rendit, en 1743, à Erlangen, où elle fut transférée. Il accepta la place de professeur de médecine en second, et la remplit, pendant vingt années, avec distinction. Quelques différends avec son collègue Délias le portèrent à donner sa démission, en 1763; et il s’établit h Anspach, où le margrave le nomma médecin de la cour et conseiller privé. Il mourut le 18 décembre 1792. La médecine et les sciences lui doivent une multitude de découvertes et d’observations importantes. — Biogr. univ., t. 41, p. 184. — « Les fascicules de Schmidel, dit Vicq-d’Azyr, offrent en général les plus grands détails sur les différentes parties des espèces qu'il a illustrées, et une foule d’observations neuves sur quelques cryptogames.îioüs devons encore b cet auteur une édition très-soignée des ouvrages posthumes du grand Gesner, publiée après sa mort. »
principalement, parce qu’on est certain que les botanistes des pays méridionaux sont le plus eu état de déterrer les plantes des anciens, après les travaux de Matthiolus, Columna et quelques autres, qui se sont pris d’une façon à ne pouvoir réussir jamais.
Je suis, etc., etc.
SCHMIDEL.
Anspach, le 19 juillet 1786.
Votre Flora Gallo Provincialis est entre mes mains, et j’en estime beaucoup les observations. Je n’ai pas voulu retarder mes devoirs envers vous, en spécifiant les plantes rares, principalement celles dont vous avez donné des figures très-belles. Je me remets entièrement à votre bon plaisir, si vous voulez bien me gratifier de quelques exemplaires de vos plantes peu vulgaires, ou de celles dont M. Allioni a donné la description dans sa Flora fédémontam, dont vous avez eu si grand’part, à ce que j'ai lu dans la préface de l’auteur. Vous m’obligerez au dernier point.
Vous protestant que je serai pour toujours, avec l’estime, etc.
SCHUIDEL.
LETTRE DE GOUAN ^
Montpellier, le b février 1764.
Monsieur,
Une petite querelle botanique entre Séguier et moi au sujet d’une petite Arenaire, fait que je vous consulte en son nom et au mien. Il croit que personne n’en a donné ni figure, ni descrip-
* Goüan (Antoine), botaniste, né à Montpellier, le Ib novembre 1733, était fils d’un conseiller k la Cour des aides. Il fut nommé professeur de botanique
lion ; je pense qu’on devrait la rapporter à l’espèce dont vous avez donné la figure et le nom d’Arenaria foliis Linearibus erecHs subtus striatis, floribus fastigiatis inœqtialiter feduneulatis, page 405. La figure et la bonne description semblent y convenir infiniment. Vous nous ferez plaisir de nous éclaircir le fait et de nous dire aussi (si vous le savez) le sentiment de M. de Jussieu sur cette plante. M. Séguier l'a trouvée sur les rochers le long de l’Hérault, à Alais, et je l’ai trouvée en grand nombre le long de cette même rivière, au Capouladou, etc.
On imprime actuellement le F/ora A/onpeitensisàLyon, si, comme je l’espère, l’imprimeur m’en donne des exemplaires, je vous prierai d’en accepter un comme une faible marque de mon souvenir et de mon attachement.
J’ai l’honneur d’être, etc.
Gouan.