LETTRE DE J. E. SMITH
Londres, ce 24 décembre 1788.
Monsieur,
Peut-être vous aurez déjà oublié un botaniste anglais qui profitait de votre bonté à Cotignac il y a deux ans, ou vous l’aurez cru indigne du plaisir et de l’avantage dont il a joui chez vous. Permettez-moi pourtant de vous demander pardon d’avoir si longtemps tardé à vous témoigner ma reconnaissance, et daignez recevoir le tribut d’estime et de respect que je me trouve trop heureux d’avoir occasion de vous rendre.
Ayant visité l’Italie (avec mon compagnon de voyage, M.Young), après avoir quitté la Provence, je me suis arrêté dans ce charmant pays beaucoup plus longtems que je n’avais d’abord pensé, c'est-à-dire près d’une année ; j’ai resté aussi quelque tems encore à Paris, ensuite chez moi, le plus souvent à la campagne pour ma santé qui est à peu près rétablie, Dieu merci ; et je me trouve en état de m’occuper de l’étude de la botanique. Enfin, j’ai le plaisir de vous envoyer les livres que j’ai promis, c’est-à-dire la dernière édition du Système vegetabüium de Linnée, par Murray, où vous trouverez bien des défauts; aussi bien que les deux Mantissœ de Linnée dont la seconde est excessivement rare. Les derniers ouvrages du grand botaniste suédois n’ont pas tout à fait la perfection de ses premiers. Comme je m’occupe à présent de préparer une édition du Système végétabilium, je vous envoie la
pérer ti sa nosologie. Il se montra digne de cette confiance par ses lumières et son impartialité. Cusson fut nommé en 1777 professeur de mathématiques à Montpellier. —11 mourut le 13 novembre 1783. —Biopr. univ., 1.10, p. 38e.
dernière afin que vous la parcouriez et me fassiez la grâce de m'indiquer les corrections que vous jugerez à propos. C’est une grâce, Monsieur, que vous m'avez promise, et je sais trop bien votre bonté et vos connaissances pour ne pas en profiter. Je ne commencerai pas d’imprimer mon édition qu’après une année au moins.
Notre Société Linnéenne, pour la culture de l'histoire naturelle exclusivement, fleurit beaucoup. Je crois que je vous en ai parlé à Cotignac, et j’espère que vous nous permettrez l'honneur d’inscrire votre nom entre ses associés étrangers. Je vous ferai passer votre diplôme aussitôt que possible, avec le nom de tous les membres.
Je vous envoie une Daphné que j’ai trouvée près de Naples, et qu’il me semble que Linnée a confondue avec sa D. Alpina. Ma plante se trouve dans l’herbier de Vaillant à Paris.
Je vous prie de me dire si vous la connaissez ou non. J’attends de vos nouvelles avec beaucoup d’impatience.
J’ai l’honneur d’être, etc., etc.
J. E. Smith.
N” 12. Great Marlbro’ Street.
Londres.