‹ Etude biographique sur Louis Gérard botanisteChapitre 19 sur 21 · Livre xvi, chap. 31, Pline dit · texte numérisé non relu

Livre xvi, chap. 31, Pline dit

Minuits hœc capillamentis hirsutœ, ut abies. muUaque sylvestrium : e quitus montani prœ tenuia fila decerpentes, spectabiles, lagenas et alia msa nectunt.

Traduction de M. Poinsinet de Sivry :

Dans quelques-unes, elles [les racines] sont garnies de petits filaments comme celles du sapin et de plusieurs arbres sauvages- Les gens de montagne font, avec ces filaments déliés, des tissus serrés et d'un travail si plein, qu'ils en composent des flacons curieux, et d'autres vases capables de contenir la liqueur.

OBSERVATION DE LOUIS GÉRARD

« De tels flacons seraient merveilleux. —S’ils eussent existés, )» les anciens auraient possédé un art qui nous est inconnu ; tout » notre savoir en ce genre se réduit à des tissus dont on a cou- » tume de revêtir des flacons.

» Il me semble que ces tissus ne devaient pas être employés » dilTéremment de ce qu’ils le sont aujourd’hui, et je ne vois pas » que Pline ait prétendu en faire des bouteilles capables de con- » tenir un liquide : nectunt lagenas et alia vasa- Ces bouteilles, » ces vases, ne sont point la même chose que ce tissu expressét> ment désigné par le verbe nectunt.

» Dans le sens naturel et littéral, on ne peut Iraduire ce pas- » sage qu’en disant : on en garnit des bouteilles et autres vases.

» Car si ces filaments formaient le corps de la bouteille, de quel- » que manière qu’ils fussent tissus et rapprochés, pourrait-on se D flatter de les rendre imperméables ; si, pour contenir la liqueur,

>» on avait goudronné le tissu, Pline n’aurait point parlé de cet » enduit absolument nécessaire; or, dès qu’il s’en tient à dire ù qu’on fait avec ces filaments différents tissus, pourquoi étendre » sa pensée, et, à l’abri de son nom, offrir une chose également » incroyable et ridicule. Est-ce donc ainsi qu’on se permet de » traduire. »

M. de Grandsagne a commis la même erreur. Sa traduction, que nous transcrivons ci-après, diffère peu de celle de M. de Sivry :

« Là, elles sont garnies de petits filaments, comme dans le » sapin et autres arbres sauvages, dont les montagnards coupent » les filaments déliés pour en faire des flacons et autres vases ï capables de contenir la liqueur. » (T. 10, p. 99.)

Cette traduction est appuyée d’üne note qui, loin d’éclairer le lecteur, est plutôt de nature à égarer son jugement. Elle contient, en effet, un exemple qui tend à prouver la possibilité de confectionner des flacons imperméables avec des racines. Voici cette note ;

On conçoit qu’on puisse, dans certains cas, en faire un tissu » très-serré qui interdise la sortie de l’eau. Les insulaires de la mer » du Sud fabriquent, avec les rameaux de diverses plantes, des » vases qui peuvent recevoir des liquides. Nos vanniers ne peuvent » atteindre ce dernier degré de perfection de leur art. »

(Page 280, 10“® volume.)

Pline ne dit rien do semblable. M. de Grandsagne s’est donné beaucoup de mal pour expliquer un texte qu’il n’avait pas à ira-

duire puisqu’il n’existait pas. Il serait, en effet, très-difficile de trouver dans le passage en question la moindre allusion à la perméabilité des flacons ; mais, si d’un côté il a ajouté, il a retranché ailleurs le mot spectabües ou, du moins, il n’en a pas donné la traduction.

M. Nittré est plus prudent et, en même temps, plus exact, sans l'être complètement. Il traduit ainsi ;

« Les montagnards en prennent les filaments les plus ténus, et » en font des flacons remarquables et d’autres vases. »

Il n’ajoute pas, comme l’ont fait sans motif les autres traducteurs, que ces vases pouvaient contenir du liquide. Mais il ne donne pas, selon nous, au mot nectunt, sa véritable signification. Le verbe nectare se traduit ordinairement par entrelacer, nouer, emprisonner-, mais jamais, ou, très-rarement, par le verbe/aire. Il paraît donc bien plus exact de dire avec Louis Gérard que les montagnards garnissaient—c'esy-hi-ô\te—entrelaçaient, emprisonnaient, avec ces filaments, des fiacons remarquables ou d’autres vases. C’est, du reste, ce qui se fait encore aujourd’hui.

On peut juger, par ces extraits, tout l’intérêt que présentent les observations du savant commentateur, et tout le parti que pouvaient en tirer les futurs traducteurs de Pline. Il est donc bien regrettable, comme nous l’avons dit, qu’elles n’aient pas été livrées à la publicité-

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