LETTRES DE COMMERSON
Dijon, le !•' avril 1757.
Ce sera de moi-même que vous sçaurés, mon cher ami, que je ne suis pas mort, et je crois que sur ce fait là mon témoignage seul vaudra celui de toute la terre. Il est bien vrai que j’ai effectivement lutté pour la troisième fois contre la rage ; mais c’est à présent une affaire finie, n’en parlons plus. Car votre lettre qui vient de m’être jcy envoyée n’a pas laissé que de me faire encor
* Philibert Commerson naquit à Châtillon-les-Dombes, le 18 novembre 1727. Son père était notaire et désirait lui voir suivre la même carrière, mais l’étude du droit étant peu d’accord avec ses goûts, il alla étudier la médecine k Montpellier, où il fut reçu docteur en 1747. Il se livra avec ardeur k l’étude de l’histoire naturelle, mais surtout de la botanique, et commença k recueillir un herbier, qui devint, par la suite, le plus riche peut-être qu’un seul homme ait jamais formé lui-même. En 1755, il alla herboriser en Suisse, et y fit la connaissance du savant Haller ; il visita aussi l’Auvergne et le Dauphiné. Lalande, son compatriote, l’ayant engagé k venir à Paris, Commerson fut désigné, comme naturaliste, pour faire le voyage autour du monde, dans l’expédition commandée par Bougainville.
« Commerson était un homme d’une activité infatigable et de la science
un peu grincer des dents, et mon imagination, toute rassurée qu’elle est, ne rétrograde encor qu’avec peine sur le passé. Dittesmoi seulement d’où vous est venue la nouvelle de ma mort et si elle a pris faveur à Montpellier !
Donnés-moi des nouvelles de Linnœus et apprenés-luy mes courses et mes aventures si vous croyés que cela puisse l’intéresser : Hé pourquoi non? .le suis sûr que tout pauvre hère que je suis, il m'aurait honoré d’un lardon martyrologique si j’eusse succombé à ma double rage. Mais en ai-je moins de mérite ? Quoi qu’il en soit, je me félicite d’avoir sauvé mou existence aux dépens de ma gloire posthume.
Adieu, vous êtes toujours dans la première classe de ceux dont je me dis très-volontiers
Monsieur et cher ami,
Le très-humble et très-obéissant serviteur,
COMMERSON, D. M
» la plus profonde. S’il eût publié lui-même le recueil de ses observa- » lions, il tiendrait un des premiers rangs parmi les naturalistes. Mal- » heureusement il est mort avant d'avoir pu mettre la main a la rédaction » de ses notes : et ceux à qui ses manuscrits et son herbier ont été confiés « les ont négligés d’une manière coupable. Son herbier tomba d’abord » entre les mains de ses héritiers ; ensuite il arriva au Jardin des Plantes où » il est encore. Les manuscrits ont été remis h M. Lacépède, qui en a tiré un » grand parti.
» On ne saurait trop regretter l’abandon dans lequel sont restées ses collec- » lions; car, si on les avait utilisées immédiatement, la France aurait pris » dès lors un des rangs les plus distingués parmi les nations qui ont contribué » au progrès des sciences naturelles. Les travaux de Commerson sont extra- » ordinaires ; il est étonnant qu’un seul homme ait pu faire tant de choses » en si peu de temps. »
(Georges Cuvier.— ffistoire des Sciences naturelles.)
De Châtillon, ce 15 décembre 1757.
C’est par la même raison que je n’ay jamais été des partisans de Voltaire. La nature, comm’ a dit un de ses juges, fit tout pour son esprit, rien pour son cœur : quand je lisois ses plus beaux ouvrages, je me disois à moi-même, pour me tenir en garde contre une stupide admiration : celui qui a écrit de si belles choses est
le même qui a eu la bassesse de les vendre à 20 jraprimeurs.
Ce beau génie, dans la république des lettres, est un coquin dans la
société.Je fus le voir comme vous avés fort bien présumé,
lors de mon voyage de Genève ; je trouvai dans sa physionomie te feu de Prométhée et l’air d’un filou. Je dois sans doutte à quelques recommandations l’accueil distingué et l’offre qu'Jl me fit de son secrétariat avec 20 louis d’appointements et sa table. Abstraction faitte de l’honneur vrai ou apparent de cette place, si vous sçaviés comme moy combien ell’ est comparable à celle d’un galérien, vous ne sériés pas étonné de ce que je ne balançai pas même un jnstant à l’en remercier. Imaginés-vous une ame damnée, une ombre errante sur les bords du Styx qu’jl faut suivre fidèlement partout, pour écrire jusqu’à ses frayeurs nocturnes, car jl est bon de vous dire que le dit sieur a actuellement peur du diable et qu’jl rime coussi coussi les effets de la grâce. Au reste, rieu de plus riant que sa maison des délices, c’est ainsy qu’jl la nomme. Figurés-vous une maison de plaisance, belle par ellemême, assise dans une campagne des plus riantes à un demi-mille de Genève dont on voit en plein la perspective la plus brillante; ajoutés à cela la vue de la plus grande partie du lac, du Rhône qui en sort et qui se marie bientôt après avec l’Arve, du pays de Vaux qui est le roignon de la Suisse, du fort de l’Ecluse qui est la clef de la France ; tendés enfin autour de tout cela un rideau de montagnes qui terminent agréablement la vue sans la fatiguer par un trop grand éloignement, et vous aurés une jdée du manoir vrayment délicieux de Voltaire. Mais que ne sera-ce pas si vous
voyiés tout cela avec des yeux de naturaliste. C’est le mont Jura, c’est celuy de Salève, ce sont les glacières de Savoyé que vous distingués au bout de votre horizon, chaque pas que vous faittes en y allant vous offre quelque chose de nouveau, y estcs-vous arrivé vous ne suffisés plus aux objets qui vous accablent en foule. Vous vous croyés transporté dans un autre monde.
Il est bon que vous sachiés que Sauvages est à la veille d’être dépossédé de l’administration des plantes par M. Chycoyneau, qui est déjà sorti de Paris pour aller remplir les chaires de ses ayeux. D’un autre costé, Lamure luy a fait perdre terre cent fois, dans des thèses nouvellement soutenues à l’Université de Montpellier... Pour l’académie de cette ville, cette fille aînée mais bâtarde de celle de Paris, elle acquiert avec complaisance les René, les Houssette, les Gouan et autres semblables blancbecs, tandis que sa mère perd ses Fontenelle et ses Réaumur. Je serois bien volontiers Démocrite sur les premiers si je n’étois pas si véritablement Héraclite sur les derniers. Réaumur, l’illustre Réaumur vient de périr d’une chutle, qui lui a fait tomber en suppuration touttes les parties jnternes de la teste. Voilà les pauvres jnsectes devenus orphelins pour longlems car nous autres Linnœistes, nous ne sommes que des empâleurs jmpitoyables ; mais Réaumur étoit leur père, leur accoucheur, leur nourricier, leur Mercure, leur truchement, leur tout.
Ne manqués point, si vous voulés m’ohliger, de me détailler le plan et les opérations de votre voyage dans la haute Provence, sans oublier les lieux parcourus, j’en aurai la carte sous les yeux. Vous avés poussé, dittes-vous, jusqu’au Piedmont, vous devés être un Crésus en plantes nouvelles : je verrai avec bien du plaisir tout ce que vous voudrés m’en faire voir : mais si vous m’envoyés quelque chose d’anonyme ou de doutteux, joignés y vos propres
observations, de même que le lieu natal sur touttes les espèces. Vous trouverés après ma lettre le reste des éclaircissemens que je puis vous donner sur les plantes précédemment reçues.
Je reviens sur l’article de M. de Jussieu, jl en mérite bien un à part : j’avois toujours ambitionné d’être en relation avec luy : je ne sçais qui m’avoit rendu le bon service de m’en faire connoître, jl m’a accepté le plus gracieusement du monde pour un de ses correspondans, mais l’âge l’appesantit et Jl écrit avec peine. Comme ce n’estoit pas là mon compte et que j’avois mille questions à luy faire, je me suis retourné d'une autre façon, j’ay pris moy-même un correspondant auprès de luy qui lui porte mes questions et qui écoute ses réponses la plume à la main. C’est M. de La Lande, un académicien, mon compatriolte, qui se trouvant l’été passé à Bourg sa patrie, vint me décocher une visite jcy même pour me demander formellement, disoit-il, l’honneur de ma connoissance et de mon amitié. J’en fis sur le champ un prosélite en botanique et par la suitte un ami utile, puisqu’jl s’est rendu à mon égard la prêtresse de l’oracle parisien. Je regarde véritablemerit touttes ses réponses comme le necplus ultra de la certitude, en synonymie principalement : pour la partie systématique on ne la connoît guères à Paris.
Vous avés bien raison de dire que les plus grands botanistes ont besoin qu’on leur envoyé les plantes étiquettées. Je l’avois d’abord remarqué de Linnœus même, qui en me nommant la centurie que je luy envoyai, y mit une dixaine de points d’jnterrogation et laissa deux numéros anonymes. M. de Jussieu dont j'avois ouï dire cent fois (sans le croire jl est vray) qu’jl déchiffroit les moindres chiffons, les feuilles même dénaturées et découpées artificiellement sur d’autres modclles, m’a déjà fourni bien des preuves du contraire, et je ne l’en estime que plus. Je lui ai envoyé des orchies
en fleurs, jl a exigé pour les nommer que je donnasse la deffinition des bulbes, et des lèvres du nectarium. J’ay fait présenter des umbellifères en demi-maturité, il m’a fait redemander la graine parfaite ; jl m’a éclairci en effet bien des doutles, surtout sur des plantes pyrénaïques et espagnolies, mais non pas tous. Il connoît les on et les peut-être. Bien souvent il s’en est rapporté à moy pour la partie conjecturale et n’a point hésité de me faire demander des détails, des descriptions sur des échantillons même parfaits que j’avois fournis.
En voici un exemple des plus singuliers. Entr’autres plantes, la prétendue thymbre que vous m’avés envoyée me chiffonnait l’esprit. Je luy en fis passer un échantillon parcellé de celui que j’avois reçu de vous. La première réponce fut que le dit échantillon étoit jnsuffisant. Je me réduisis presqu’à rien pour avoir une décision ; on me répliqua que la fleur seule ne pouvoit pas characlériser la plante en question et qu’on voudroit voir la graine. Cela me parut nouveau dans cette classe-là, et je crus presque que l’on vouloit me rebuter en multipliant les objections ; cependant je m’obstinai et m’étant rappelé assés heureusement que vou^m’aviés envoyé aussy la graine en question (qui, soit dit par parenthèse, n’a pas levé), j’en fournis quantum satis. Il falloit répondre finalement. Hé bien ! l’on répondit que ce pouvoit être ou un Serpyllum Follts Thymi, ou un Calamintha, ou un Cltnopodium. Oh pour lors la moutarde me monta au nez, et je tranchai le mot en proposant plus spécialement le nom de Calamintha annua minima Thymi Folio Tour. M. de La Lande me répondit : « M. de Jussieu croit enfin que vous avés raison et il adopte.le » nom que vous proposés pour la plante doutteuse. » — Ne soyons donc plus surpris, nous autres pauvres hères, si les douttes nous cruélisent (sic) si souvent puisque les Linnœus et les Jussieu n’en sont pas exempts. Il est donc bien vray que qui ne doutte pas ne sçait rien et que c’est le propre de l’ignorance de n’être jamais embarrassée. Je ne dois pourtant point finir cet article sans ache-
ver de vous peindre M. de Jussieu. Il est vrayment digne de sa réputation, sa complaisance est à touttes épreuves et il se plaît autant à faire éclore les jeunes talens que Sauvages à les étouffer. Le contraste est parfait.
Quant au reproche que vous me faittes de ne rien communiquer au public, jl me sera facile de vous répondre d’une manière satisfaisante. Comment pourrois-je espérer que le public fût content de moy puisque je ne le suis pas moi-même. Vous ne sçauriés croire le bon gré que je me sçais d’avoir réprimé cette ardeur, car je l’ai eu dans les commencements telle que vous vous efforcés de me rjnspirer;jebarbouillai même quelque papier, mais, aujourd’huy que je passe bien volontiers l’éponge dessus, je serois au désespoir d’avoir fait goutter aux autres ces fruits précoces. Ils étoient si insipides. Combien ne faut-il pas lire avant de mé¬
riter d’être lu, c’est là l’écueil de la pluspart des autheurs. Il faut ensuite retoucher, rétracter ses ouvrages, les désavouer même
dans les Mercures . Un peu moins de tendresse paternelle eût
produit, mais plus tard, des enfans mieux élevés. Je ne vous crois pas encore, cher ami, dans celte démangeaison d’être autheur ; mais si vous y estiés, permeltés à la voix de l’amitié de vous donner un conseil : c’est de faire l’essai d’un ouvrage médité depuis longtems, et de l’oublier seulement pendant deux ans sans le revoir : si, au bout de ce court jntervalle, vous n’y trouvés rien à changer malgré tout ce que vous pourrés avoir appris de nouveau, faittes-vous imprimer sans contredit ; mais si vous y faittes seulement vingt rattures, félicités-vous de les avoir dérobés à la censure et risqués pendant deux autres années de gagner encore autant-
L’on dit communément que l’on se peint dans ses écrits, vous devés donc connoître dans les miens combien je suis à mon aise
avec vous. Je vous y parle en effet ex abundantiâ cordis surtout lorsque je vous continue les assurances que je suis toujours
Votre bon amy,
COMUEESON, D. M.
De Châtillon, le 15 mars 1758.
Ce sera, cher amy, sans envie et sans mortification que pour satisfaire à votre question je vous répondrai que je ne suis d’aucune académie ; je ne me targuerai pas même de dire que j’ay refusé d’entrer dans celle de Lyon, après avoir épousé les mécontentemens qu’en a mon ami M. Devillers, qui en étoit jadis le coriphé et qui s’en est retiré. Notre ami La Lande, académicien de Paris, voulant marcher sur les traces des Mayran et des Maupertuîs, jette depuis quelque tems les fondemens d’une société littéraire à Bourg, ma capitale : on me fit la grâce de m’y demander ma partie, je répondis que j’étois de l’ordre des jnfinimens petits, et que ma Minerve toutte rustique ne figureroit jamais parmi eux, à moins qu’on ne la mît en service dans la classe des pensionnés :
Cela fut pris pour une jronie. Dans le tems que j’estois à
Dijon, quelques virtuoses voulurent m’y enroller, mais que peuton être, que correspondant dans une académie où l’on est pas sédentaire? Cela vaut-il la peine en province? J’aime mille fois mieux la correspondance que j’entretiens avec quelques amis comme vous, que touttes les fumées académiques des sociétés provinciales. Et j’aime mieux que l’on dise de moy pourquoy je ne suis pas de telle ou telle académie que pourquoy en serois-je? Et dans le fonfis que de misères sous ce beau manteau! J’ay vû toutte un’assemblée de la Société Royale des Sciences de Montpellier se passer à s’entretenir de Thistoire d’un homme qu'on avait pendu. Je voudrais sçavoir comment le secrétaire en aura fait registre en faveur de la postérité !
CMtillon, le 25 octobre 1758.
Cher ami, ce n’est point le penchant que vous me connoissés à la paresse qui a interrompu de mon costé notre correspondance : des absences réitérées depuis le mois de may, en sont la véritable cause.
Vous reviendriés sans doutte sur l’article si souvent réitéré du Charrolois si je n’y revenois pas moi-même : Hé bien sacbés qu’en y cherchant pour la première fois des planîes je trouvai dans ce pays-Ià une sensitive que je suis sur le point d’jntroduire, non dans mon herbier, mais dans le lit nuptial. Si je vous en fais la confidence c’est que je crois vous la rendre jntéressanle en y ajoutant que j’espère faire revivre en elle les Mertan et les Daeier. C’est, en effet, une fille philosophe d’un âge mûr qui,' par le concours des plus heureux avantages, a de la figure, beaucoup d’esprit, et de littérature, et dont le moindre mérite enfin est d’avoir une fortune de 40,000 fr. de la plus grande partie de laquelle elle jouit dès à présent. Je ne croirai pas changer d’état en m’unissant à elle, parce que je suis sûr de luy faire partager tous mes goûts. Je luy en ai déjà jnspiré un décidé pour l’Histoire naturelle, et nos promenades sont devenues à la fin de véritables herborisations. Entre tant de titres pour fixer mon jnstabilité , ce dernier est peut-être le plus fort de tous. Je ne puis répondre de l’jncertitudc des événemens, mais si je dois compter sur les plus fortes probabilités, celte affaire est amenée au point d’être conclue au premier voyage qui ne sera pas reculé plus loin que l’avent ou le commencement du carnaval. Dans tout ce que je vous ai dit cy-dessus ne croyés point que l’amour m’ait rendu enthousiaste, jl faut que ce soit un sujet tel que celui-là pour me faire faire 40 lieues toutles les fois que je vais la voir et pour me porter à renoncer enfin au Galebs me vita deceret d’Ovide.
Cet aveu doit achever ma justification auprès de vous ; l’amitié étant beaucoup plus jndulgente que l’amour.
Adieu, mon cher Gérard, dans quelqu'élat que je sois, icy ou ailleurs, en tout tems et en tout lieu, regardés-moi toujours comme le premier de vos amis. Et ne m’jmputés jamais rien sur mon silence et mes jnexacfitudes. Les soupçons allarment l’amitié, la mienne s’est expliquée mille fois de la manière la moins équivoque en vous assurant qu’elle animera toujours
Votre tout dévoué serviteur,
COMMERSON, D. M
Châtillon, par Bourg en Bresse.
P. S. Je ne ferai pas mes remercîmens au docteur Allioni que je n’aye reçu son présent. Je vous félicite de sa connoissance que j’ambitionne aussy, sur le portrait que vous m’en failles. Mandés moy si c’est un méthodiste.
Je viens de recevoir jcy la visite de deux académiciens, MM. de La Lande et de Béost qui sont venus exprès de Bourg pour me voir.
Je vais travailler jncessamment à présent que j’en ai le tems à la revue de quatre volumes ajoutés cette année à mon herbier, afin que vous ne me surpreniés pas les mains vuides ; je vous promets assurément bien du beau et en beaux échantillons. Traittés moy de même et doublés les tant que vous pourrés à la charge d’autant.
Du 31 octobre 1758.
Châtillon, le 6 novembre 1759.
J’avois écrit à M. de La Lande, mon compatrioUe, de vous dé-
terrer à tout prix : jl me fait réponce qu’jl vous a trouvé, qu jl vous a vû, qu’jl est enchanté de vous et jl me remercie avec un juste enthousiasme de luy avoir procuré ce plaisir-Ià : je réplique aussylôt pour luy redemander encore voire adresse ; par forme de réponce jl m’envoye un cartable de piaules, j’en jette la moitié par terre en y cherchant rapidement une lettre, mais néant à la requête, c’est une aumône anonyme. Oh! pour le coup gardés vos plantes ; je n’en ai que faire à ce prix là; je veux bien que leur connoissance entre pour quelque chose dans mon bien-être moral, mais j’ay aussy un petit amour propre tout comm’un Parisien, mon beau Monsieur ! Et je veux sçavoir à quel titre on me fait la charité.
Dans toutle autre circonstance je vous annoncerois que j’ay couru six mois de l’année ; que j’ay herborisé touftes les montagnes d’Auvergne ; que j’ay acquis un détachement de la collection orientale de Tournefort, contenant environ 400 plantes du coroll.
des Instituts; que. etc., etc., si vous avés envie de sçavoir
tout cela, menés au bas d’une lettre que vous estes toujours envers moy comme je suis envers vous,
Votre bon ami,
COMMERSON, D. M
Mille et mille respects au dictateur de la botanique.
Il n’est pas besoin de nommer M. de Jussieu.
* M. Polyeucte Gérard, receveur de l’Enregistrement en retraite, à Hyères, possède plusieurs autres lettres de Commerson. Nous n’en donnons ici que quelques extraits pour faire juger de l’intérêt de cette correspondance. Mais si on désirait écrire la biographie de Commerson ou des autres naturalistes cités dans cette notice, il serait utile de consulter les archives très-riches de M. Polyeucte Gérard, dont l’obligeance est des plus encourageantes. 0. T.