‹ Etude biographique sur M. Jean RaimbaultChapitre 15 sur 34 · M. JOSEPH-ONÉSIME LEPROHON · texte numérisé non relu

M. JOSEPH-ONÉSIME LEPROHON

Donsésaneen cas soamsèseasséssssssse

Doeuisti multos...…….. vacillantes firmaverunt sermones tui..

JoB I.

Dans celte longue série de prêtres dont les noms enrichissent les annales de notre chère colonie, il semble, en ne consultant que les documents écrits, qu'il s’en trouve peu dont la vie offre quelque fait mémorable, quelque action d'éclat. Cependant, tous, en général, se présentent à notre souvenir escortés des vertus de leur état, des belles actions qu’elles on fait naître, et, par suite, du respect des populations. Assez souvent même, des apostilles flatteuses entourent leurs noms ; mais nous trouvons rarement des détails suffisants sur leur action dans la société qu'ils dirigeaient.

Si parfois leurs noms se trouvent dans quelque récit, ils n’y occupent qu’une place bien amoindrie; et, si les réflexions dont on les accompagne nous font désirer quelques renseignements plus étendus, on ne sait à qui recourir, ni comment compléter des notions vagues et incertaines, surtout quand ces récits sont dénaturés par le merveilleux qu’on ne

manque pas d'y coudre, ou embarrassés par le caractère d’autres personnages qu’on sait assez indiscrètement mettre en cause.

Dans un certain monde, il semble que tous les prêtres n'ont agi que par routine, qu'ils n’ont tous exercé qu'un ministère ordinaire, sans autre résultat que celui qu’en ont retiré les fidèles dont ils étaient chargés, sans avantage réel pour les générations qui se sont succédées, et, comme le dirait un homme du progrès, sans presque aucune utilité pour les masses. Qui pourrait dire les conséquences de pareilles préventions ?

D’autres, malgré les mémoires et les notices incomplètes que nos pères nous ont laissés sur le clergé contemporain, sur ses œuvres et sur ses créations, croient, avec plus de justesse, que les prètres ne se sont pas occupés des intérêts passagers seulement, qu’ils ont porté plus haut leurs regards, mais qu'ils n'ont rien entrepris d'un ordre élevé, rien même d’appréciable au point de vue des hommes du jour; et cela, parce qu'ils n'avaient à leurs dispositions que des moyens fort restreints. Avec le siècle, disent ces hommes superficiels, semble commencer une ère nouvelle. Voilà bien

Des contemporains plus exigeants semblent persuadés que ces prêtres vertueux et instruits, d’un autre temps, n'ont rien laissé après eux, parce que de leurs essais, et de leurs tentatives, il ne reste aucune trace; parce que leurs créations, fruit de leurs labeurs, ou résultat de leurs recherches et de leurs travaux littéraires, ne sont pas parvenus jusqu’à nous.

Mais on ne leur tiendrait donc pas compte d’avoir eu toujours à lutter pour préserver leur troupeau de l'influence démoralisatrice des barbares, du con'act des nations hostiles à leur foi quiles avoisinaient, et des hommes, ou pervers ou cupides qui exploitaient ou avivaient les passions autour d'eux? On méconnaîtrait done ce qu'ils ont fait pour

soutenir des établissements utiles, et des institutions de bienveillance, à travers les embarras d’une société encore dans son enfance, pour maintenir constamment les secours au niveau des besoins, et ce, avec des movens aussi circonscrits que ceux qui étaient alors à leur disposition ? 11 nous semble, à ne considérer que les modiques ressources mises à leur portée, que leur action n’en a été que plus méritoire, et, par là, plusmémorable. En portant le regard dans la sphère de leur action, il nous faut en convenir, la plupart ont rendu d’inappréciables services à la colonie (le respect des populations en serait une preuve au besoin) en donnant une impulsion constante et une direction régulière au peuple, en obtenant des modifications dans les lois et les arrêtés des gouvernements, en prêtant un concours toujours efficace aux institutions publiques ; enfin, en favorisant diverses autres améliorations dans la condition des colons.

Heureusement l'Église du Canada peut se prévaloir d’une heureuse fécondité. Ses annales en mains, on pourrait faire sur ce sujet les démonstrations les plus éclatantes. Son clergé, pour s'être maintenu dans un rôle des plus modestes, ne sut jamais se tenir étranger aux œuvres qu'inspire le patriotisme le plus éclairé, aux œuvres qu'inspire le catholicisme.

Combien de ses prètres après avoir renoncé aux biens de la fortune, se sont refusés aux joies et aux commodités de la vie, et se sont exercés à vivre pour souffrir, ont souffert, en effet, les injures, les peines du travail, les incommodités d’une condition humble pour vivre modestement, frugalement et pour faire ensuite le plus de bien possible ?

Combien d’entre eux se sont interdit toute jouissance, jusqu'aux douceurs de la société, pour se dévouer à l'éducation de la jeunesse, pour lui donner, avec le goût de la science, un ardent amour de la rectitude et de la vertu ?

Combien sont allés dans les missions lointaines couler leurs années dans les services de la charité la plus étendue, après

avoir vaincu, à l'aide de la morale la plus pure, les vils instincts qui murmurent au cœur de l’homme ?

Mais ne parlons pas des grands bienfaits des missions: ne relevons pas ce qu'ont écrit sur ce sujet les historiens les plus véridiques. Pour avoir une idée des assujétissements, de la gène et même des rigueurs auxquels se condamne un missionnaire il ne faudrait pas chercher au loin, nilongtemps. Les colons, les émigrés, les enfants de la forêt, les tribns de l'intérieur nous diraient les prodiges dont ils sont encoreles heureux témoins. La tâche du missionnaire aux siècles précédents était néanmoins plus ardue et comparativement plus glorieuse.

Ceux qui ont été défricher les cantons nouvellement concédés nous diraient combien d'infirmes ont été consolés dans leur localité respective, combien de boiteux, de paralytiques ont été encouragés, combien de ménages, accablés d'enfants, ont été visités, combien de ceux que délaisse le préjugé vulgaire ont été soutenus, affermis et éclairés.

Honorons donc la mémoire de ces àmes d'élite qui se sont refusés aux délices du monde pour se livrer avec courage au service des classes pauvres, des petits, des humbles et même des misérables.

Mais il ne s’agit pas d'énumérer les travaux de l’apostolat. Nous voudrions pouvoir indiquer les œuvres si variées, si étendues auxquelles se livraient les prêtres généreux qui dirigeaient nos pères et quiguidèrent nos ancêtres aux premiers jours de notre colonie.

Les prêtres ne furent pas, à dire vrai, des hommes avides de gloire, et de ceux qui, pour en amasser quelques parcelles, se sacrifient, ou sacrifient les autres, mais un coup d'œil sur les institutions de bienfaisance et d'utilité publique qui couvrent le sol de notre pays, suffit pour attester leur désintéressement, leur zèle et leur constante occupation à favoriser l'avancement de la colonie. Celui dont nous entreprenons aujourd’hui d’ébaucher la biographie, M. l’abbé Leprohcn, en est un exemple. Bien qu'il semble qu'il n'y

ait rien à noter dans cette carrière, qui s'écoula sans évènements bruyants, sans incidents notables, sans orage; dans une position comparativement solitaire, elle fut néanmoins pleine d’études, de méditations, de travaux. Elle fut celle d’un de ces hommes constamment utiles et laborieux, qui s'élèvent lentement, mais pour ne jamais descendre dans estime publique, et qui sont d'autant plus recommandables, qu'on ne discute jamais leur mérite, parce qu’il est incontestable. On peut proposer à l'admiration, à la reconnais" sance, à l’émulation, les vertus et les talents qui ont brillé dans ce digne ecclésiastique.

Professeur, régent de collége, vicaire, curé, directeur d’un vaste établissement d'éducation, il a rempli successivement toutes ces charges avec honneur et distinction, mais aussi, disons le mot, avec une modestie qui démontrait une foi vive à laquelle il sacrifiait les honneurs fugitifs de cette vie. Peu de personnes enfin eurent une existence plus laborieuse et plus utile que celle consacrée par M. Leprohon à l’ornement du sanctuaire de l'Eglise du Canada et à la saactification de la Jeunesse du pays. Ses travaux, cependant, furent . moins brillants que solides. Toute sa vie, en effet, peut se résumer en deux mots: régularité et simplicité.

Enfin, si l'honneur de la publicité revient à ceux qui, dans des emplois difficiles, ont donné l’exemple du dévouement et des hautes vertus, certainement le digne prêtre que nous venons de mentionner y a des droits incontestables.

On admettra, d’ailleurs, qu'il est utile, et même juste de rappeler le souvenir de pareils hommes. Tous les gens . de bien aimeront à conserver pieusement la mémoire d’un compatriote des plus dignes, d’un des membres du clergé les plus éminents.

Nous devons néanmoins l'avouer, nous avons hésité à produire au grand jour un homme dont la vertu s'est fortifiée dans la solitude; et, s’il était encore parmi nous, sa piété douce et modeste, suite de l’accomplissement continuel de

ses devoirs envers Dieu, souffrirait du détail que nous sommes appelés à faire de ses actes et de ses pensers. Cependant, comme on l'a remarqué déjà, il y a des hommes privilégiés, en faveur desquels il faut rompre le silence et déroger aux usages. Il est beau que ce soit en faveur de la vertu modeste et presque ignorée. M. Leprohon ayant vécu pour le bonheur de la jeunesse, pour le bonbeur ve l'enfance, de cette classe dont la reconnaissance n'a rien à donner à la vanité, a consumé ses jours en faisant dn bien à ses frères. Pourquoi le souvenir de ses actions et de ses verlus ne nous inspirerait-il pas aujourd'hui dans le bien, comme sa conduite en a soutenu tant d’autres pendant sa carrière mortelle ?

M. Josepu-Oxésime LEPROHON, connu par ses talents, par ses grands services, et plus encore par ces grandes vertus, naquit à Montréal, le 19 février 1789.

Il était fils de M. Jean-Philippe Leprohon, marchand, père d’une nombreuse famille, et de Dame Marie-Marguerite Parent, son épouse. Sur ce premier enfant les parents concentrèrent leur tendresse. Il répondit parfaitement aux soins empressés que sa verlueuse mère prit de ses Jeunes ans ; il ne la quittait jamais, se plaisant aux ouvrages qui le retenaient près d'elle. Déjà ses parents formaient mille projets pour cet enfant béni qui faisait naître les espérances les plus riantes. Il était plein de dévouement et les heureux auteurs de ses jours trouvaient en lui un retour à toutes leurs tendresses. Son père, un des premiers élèves de M. l’abbé Curateau (a), au collége de la Longue-Pointe, disait que de bonne heure il se montra bon, doux et candide. Aussi, dès le jeune âge, le gracieux enfant était-il sincèrement aimé, et tous les jours méritait-il de l'être davantage.

M. Leprohon jouissait, dans son commerce, d’une réputation singulière de droiture et d'intégrité. Cet homme intelligent et actif se montra toujours probe et impartial

(a) M. Curateau de la Blaiïserie était originaire de Nantes, en Bretagne. Il arriva en cette colonie au mois de septembre 1754, âgé de près de vingt-cinq ans, et fut ordonné prêtre trois ans après, par Mgr. de Pontbriand, Evêque de Québec. Vu la pénurie des temps, qui ôtait aux familles canadiennes les moyens de payer les frais de l’éducation de leurs enfants à l'étranger, il se déeida à fonder, en 1766, à la Longue-Pointe, sous les auspices de la compagnie de Saint-Sulpice dont il faisait partie, un collége qui devint bientôt insuffisant. En 1774, cet établissement, qui ne pouvait être utilisé que pour ceux qui pouvaient payer leur pension, fut transporté à Montréal et prit le nom de collége Saint-Raphaël. Un externat fut ouvert et la maison fut bientôt remplie d'étudiants accourus des villes et des campagnes. Incendié en 1803, ce collége fut reconstruit en 1804, sur une plus grande échelle, dans un quartier de la ville plus solitaire et plus paisible. Il fut ouvert en 1806. M. Curateau mourut au mois de février 1790,

dans les transactions, ne négligeant aucun moyen de faire face aux affaires. Même dans les jours de prospérité, ce bon citoyen conserva toujours une grande simplicité de mœurs. Il demeurait dans une maison sise à l’encoignure des rues Saint-Paul et Saint-Sulpice, autrefois petite rue Saint-Joseph, qu'on a aussi appelée rue de l'Hôtel-Dieu.

Après avoir compté des jours heureux dans le commerce, M. Leprohon éprouva des adversités ; mais il employa son patrimoine et les débris de ses biens à élever ses enfants d’une manière utile et sérieuse. Bon père et bon ami, cet excellent citoyen serait le type le plus complet de Ja morale publique et privée, si l'opinion, souvent injuste et cruelle, n’attribuait pas les revers de fortune à l'incapacité et à la maladresse du négociant plutôt qu’à l’infidélité et à la négligence des débiteurs et à d’autres circonstances également incontrôlables. Il est mort, au mois de juin 1831, au COteau-du-Lac, ayant rempli, pendant plusieurs années, avec feu M. Simpson, la charge de collecteur des douanes qui lut avait été donnée pour suppléer à l'insuffisance de ses revenus : il fut inhumé à Montréal.

Madame Leprohon n'avait pas oublié dans sa maison les douces leçons ni les habitudes paisibles du couvent où elle avait été instruite. Cette pieuse et noble femme avait d'abord été élevée auprès de son oncle, M. Louis-Laurent Parent, curé de la Rivière-Ouelle, le même que les colons de la Nouvelle-Angleterre avaient si malmené pendant la guerre d’invasion, en 1775 (a).

Cette circonstance nous engage à placer ici un épisode qui, nous l’espérons, ne sera pas sans intérêt pour le lecteur.

(a) Mlle Marie-Marguerite, fille de Sieur Jean-Baptiste Parent, bourgeois, de Montréal, et de Dame Marguerite Seré, son épouse, entra au noviciat de l’Hôpital-Général de Québec, le 6 septembre 1779. Elle fut revêtue du saint habit de l’Ordre le 14 mars 1780, et prit en religion le nom de Saint- Laurent, qui était celui du patron de son oncle et de son bienfaiteur. Elle avait été admise à faire profession au mois de février 1781, et se préparait, dans la retraite, à faire ses vœux solennels, lorsqu’on vint lui annoncer la fatale nouvelle de la mort de celui qui devait payer sa dot.

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Les Bostonnas, en arrivant dans cette colonie, cherchèrent à se concilier les Canadiens. Ils ne négligèrent rien pour les altacher à leur cause. Afin de conspirer avec plus de succès, ils s'étaient répandus dans les campagnes et introduits dans les familles en flattant les idées des populations rurales. Ces rebelles se mêlaient à la foule, dissimulaient les intentions du parti, puis exagéraient ses moyens de succès et les résultats qu'ils se promettaient.

Les Canadiens ne prêtèrent pas d'abord attention à leurs propos. Plusieurs, cependant, ne voulaient que la gloire de leur patrie et croyaient y arriver par la révolution que fomentaient ces étrangers. Les plus intimidés et les plus mutins, comme 1} s’en trouve dans toutes les paroisses, à toutes les époques, parurent assez disposés à se rallier à eux et se laissaient persuader. Nous disons les plus timides, car la conduite des Américains était parfois vraiment oppressive ; et l’on craignait plutôt la maraude, le pillage et les torches incendiaires qu’on ne se laissait séduire par les promesses. Le désordre et l'anarchie désolaient ainsi plusieurs de nos paisibles campagnes.

Les royalistes en général résistaient avec vigueur à ces bandes hardies et rapaces, ne négligeant aucun moyen de se protéger ; mais les rebelles étaient actifs, tnrbulents et parfois fort audacieux. : Ces préludes d’hostilités faisaient craindre d’autres démonstrations. Ils pouvaient être suivis d'attaques plus sérieuses. Ceux qui se croyaient les plus autorisés essayaient vainement de ramener les rebelles à l’ordre. Leurs efforts furent infructueux.

Des bandes tumultueuses parcouraient les campagnes, dans les paroisses d’en bas. Escortés de quelques hommes perverlis, les mutins se rendirent un jour au presbytère de la Rivière-Ouelle, dans le but de molester le curé, qu’on

disait trop attaché au parti anglais, et que l’on accusait de s’enfermer le soir, avec ses voisins, pour faire des balles. et pour fabriquer des armes. Après des criailleries et des vociférations, plus ou moins turbulentes, la maison fut cernée. On y entra tumultueusement, on visita, on pilla assez ouvertement, puis on avertit le curé, devenu prisonnier, de ne faire aucune résistance, afin d'éviter des conséquences plus fâcheuses encore.

Quelques paroissiens, accourus à la hâte, firent mine de vouloir défendre leur curé, mais ils ne purent améliorer sa condition, n'étant pasassez nombreux. Ils voulurent résister, appeler des secours, on les eu empêcha. Enfin, des chevaux sont préparés, on oblige M. Parent, le curé, de monter en voiture. Des gens armés prennent place à ses côtés. On se dirige en toute hâte vers la ville, au milieu des pleurs, des reproches, des clameurs et des menaces de ceux qui étaient les témoins impuissants de celte scène épouvantable.

Une troupe de canadiens, réunie le plus promptement possible, se mit en marche pour délivrer M. l’abbé Parent des mains des ravisseurs. On les força bientôt de se disperser en leur faisant savoir que s'ils tentaient quelque mouvement, s'ils soulevaient quelques difficultés à la marche du convoi, le curé serait la première victime.

Bientôt le plus bruyant personnage de la bande tapageuse propose au prêtre de se faire instrument, de persuader à ses paroissiens de grossir leur parti, de faire lui-même joyeuse contenance, de montrer de la sympathie pour ses adversaires, enfin, de se donner, pour un moment, comme un des leurs. Tantôt on le questionne sur les moyens de succès

des royalistes, on veut qu’il révèle les noms des principaux opposants à leurs mesures. Tantôt on le menace, mais en vain ; il s’obstine dë&ns un héroïque silence. Les rebelles, remplis de haine, ne ménagent pas leurs expressions; ils indiquent clairement leur disposition à triompher, même par le crime, et à ne pas reculer devant les attentats. Rien n'y fait. Enfin, la constance de la victime lassa la rigueur de ceux qui menaçaient de se faire ses bourreaux.

Ce serait assurément mal juger les Canadiens, partisans des Bostonnaïs, que de croire qu'ils étaient prêts à sacrifier un prêtre aux intérêts de la politique d'étrangers généralement mal vus. Ils ne prétendaient pas se porter à des excès. Is firent leurs représentations. Bientôt l’animosité publique ouvrit les yeux des envahisseurs et des mercenaires à leur suite. On leur reprocha de ne rien respecter, de maltraiter les prêtres, de profaner tout ce qui tombait sous leurs mains sordides. De leur côté, les rebelles sentirent bientôt que ces enormités nuisaient à leur politique. Les alrocités, en effet, sätent toutes les causes, et celle des Bostonnais était déjà bien gravement compromise.

IAE

Le bon curé de la Rivière-Ouelle fut rendu à la liberté, après avoir été traîné de poste en poste, jusqu’à Beaumont, selon les uns, et seulement jusqu’à Saint-Jean-Port-Joli, selon d’autres. Ce prêtre courageux avait succédé, à la Rivière-Ouelle, au mois d'octobre 1769, à M. l'abbé Dosque, appelé à la desserte de la paroisse de Notre-Dame de Québec, (a). M. Parent dirigea sa paroisse, avec zèle et prudence,

(a) M. Bernard-Sylvestre Dosque, arrivé en cette colonie au mois d’août 1758, fut nommé curé à la Rivière-Ouelle en octobre 1765, et desservit ce poste

jusqu’au mois d’octobre 1769, qu’il passa à la cure de Notre-Dame de Québec. Il mourut en cette ville au mois de janvier 1774.

jusqu'au mois de mars 1781, malgré des infirmités qui le tenaient périodiquement dans de grandes souffrances (b).

À cette époque, se rendant à Québec par des chemins difficiles, pour y prêcher, à l'Hopital-Général, le sermon de circonstance, au Jour de la vêture de sa nièce, mademoiselle Marguerite Parent, il tomba malade en route, et parvint, mais avec peine, jusqu'au presbytère de Saint-Pierre de la Rivière-du-Sud, où la gravité dela maladie obligea son confrère, le curé du lieu, à lui donner l’extrême-onction. Cependant, s'étant bientôt rétabli quelque peu, et ne consultant que ses affections, il poursuivif sa route jusqu’à Saint- Valier, où il expira le 13 mars 1781, et fut inhumé dans l'église paroissiale du lieu {c). Il avait alors près de soixante ans, dont trente-quatre passées dans le Saint-Ministère. Il avait desservi successivement Saint-Pierre de Sorel, l'Assomp tion de Bellechasse, etc., ete.

Soit que sa nièce n’eût personne quipût s’intéresseràelle, dans l’état de détresse que la guerre de 1775 avait fait à la communauté, comme aux individus, soit qu'on n’eût pas trouvé en elle les preuves d’une vocation bien solide, elle dut retourner dans -sa famille, à Montréal ; et, quelques années après, le 12 septembre 1783, elle épousa M. Leprohon, son parent.

Cette femme d'élite, qui s'était préparée longtemps à remplir les desseins de la Providence, par la pratique de toutes les vertus chrétiennes, avait un cœur noble et ardent de charité. Elle était sincèrement aimée dans sa famille... Tous goûtaient la délicatesse de ses sentiments, le charme de

(b) Il souffrait, depuis plus de vingt ans, d’une tumeur causée par le déplacement des viscères.

(ce) M. Louis-Laurent Parant fat remplacé en la cure de Notre-Dame de Liesse de la Rivière-Ouelle, par M. Bernard-Claude Panet, qui y desservit jusqu’en 1825. En 1806, il fut choisi pour coadjuteur de Mgr. Joseph-Octave Plessis, évêque de Québec. M. Panet laissait la desserte de la paroisse de Saint-François-Xavier de Batiscan, lorsqu'il passa à La cure de la Rivière- Ouelle.

sa piété et des vertus que la religion alimente. Elle jouissait, mais sans vaine gloire, des dons qui formaient son heureux caractère. Noble, pleine de droiture el de fermeté d'esprit, elle était, par suite, toujours simple, toujours calme, sérieuse, juste et réfléchie. Aussi était-elle profondémentaimée, lorsquelamort, toujours en quête d’une proie, l’enleva à l'affection des siens, elle, si tendre, si compatissante, faisant, sans s’en douter, le bonheur de ceux qui vivaient autour d'elle. À un esprit élevé et fort cultivé, elle joignait de belles qualités et une force d'âme au-dessus des épreuves de l'infortune. C’est après onze ans de mariage, passées dans une intelligence parfaite, et dans une rare tranquillité, que la mort la sépara de son époux chéri et de sa famille éplorée.

Le jeune Joseph n'avait que sept ans lorsqu'il perdit sa bonne et pieuse mère. Son âme religieuse et résignée accepta cette épreuve. Il aimait sincèrement sa mère et la regretta longtemps, elle qui avait suivi avec tant d'intérêt les premiers développements de son intelligence, qui avait encouragé ses premières leçons et applaudi à ses premiers succès.

Cette circonstance obligea son père de le placer, peu après, au collége de Montréal (collége Saint-Raphaël), bien qu’il füt dans un âge encore tendre. Jusqu'alors 1l avait reçu, à la maison paternelle, une éducation purement élémentaire, mais, toute empreinte de la tendresse maternelle. On convient que son père pe pouvait le mettre à même de puiser le savoir à une source plus pure et plus féconde qu'à celle qwil lui ouvrait. L'enfant ne montrait pas encore de bien grandes aptitudes ; l'essor de son talent fut tardif, mais le travail, auquel il se livra avec persévérance, déve-

loppa bientôt les ressources naturelles qui ne lui faisaient pas défaut. D'ailleurs, il était sage, modéré et d’un sens élevé, bien au-dessus des enfants de son âge. Il commençait à peine à bégayer la langue de Virgile qu'il se montrait déjà un de ces caractères faconnés dès l’enfance à la gravité. Au reste, les premières impressions reçues dans la famille, respect pour l'autorité, affection pour ses frères, bienveillance pour tout le monde, il ne les mit jamais en oubli.

À l’âge de quatorze ou quinze ans, sa santé, de faible qu'elle avait été jusque à, s’améliora, se fortifia un peu. Modeste, plein d’urbanité, doué d’une grande exactitude de jugement, ce jeune écolier sut bientôt plaire à ses directeurs ; et, pieux comme Décalogne, dont l'abbé Proyart a si bien écrit l’édifiante vie, il mérita de bonne heure leur confiance et leur estime.

Mer

Cependant, M. Leprohon voulut que ses autres enfants conformassent leur vie à la maison et réglassent les exercices de la journée sur ceux que suivaient les pensionnaires au collége, sauf les modifications à ce règlement que les plus jeunes auraient revendiquées. Tous les accidents de la journée étaient réglés sur les observances du collége. La même heure était assignée pour tous au lever, à l'étude, aux repas, à la récréation et aux autres exercices. Tout s’y faisait en commun. L’aîné, Joseph, était chargé de veiller à l'observation de la règle de la maison. En vain les plus légers, les plus espiègles offratent-ils quelque résistance aux prescriptions de leur laborieux frère, en vain se seraient-ils plaint à leur père de la vigilance trop assidue gu jeune Joseph ou de ses exigences, ils savaient que le papa donnait une telle confiance à leur aîné, qu'il n'aurait que fort mal

accueilli leurs doléances ou leurs murmures. De son côté, le jeune Mentor, studieux et appliqué dès le jeune âge, comme on l’est d'ordinaire à quarante ans, exigeait de ses frères la même application, la même assiduité,

. Ainsi, sous les auspices de son vertueux père, ce professeur improvisé se faisait à l’enseignement des sciences, aux devoirs de l'administration, et à tous les détails de la vie pratique. Il était parfois décidé, hardi, mais plus souvent doux et conciliant ; sachant toujours disposer les autres à la docilité et à la soumission. On lui cédait en tout.

Ce qu'il avait été à la maison, le jeune Joseph le fut bientôt pour tous ses condisciples. Il était l'arbitre de leurs jeux. Les plus tapageurs cédaient à ses observations, s’inclinaient devant ses volontés, et allaient, parfois, au devant de ses désirs. Sile jeune Leprohon respectait ses condisciples, s’il les aimait ; eux, de leur côté, le protégeaient dans l’occasion, le favorisaient de concert. Les plus fiers, les plus altiers, 1l les subjuguait par sa douceur. Malgré sa jeunesse, ses condisciples acceptaient tous sa direction, on peut dire sa protection, sans redouter son ascendant. Heureux enfant, il faisait le bien sans éclat, présidait sans vanité, et sans exciter de jalousies parmi eux.

Une conduite aussi régulière de la part de ce jeune étudiant ne tarda pas à attirer l'attention des directeurs de l'établissement. Bientôt, cet ascendant sur ses condiseiples devint très-sensible, et l’on put constater qu’il était avantageux à bon nombre d’entre eux. Plusieurs de ses compagnons d'étude aimaient à nous attester le fait que nous avons recueilli, cependant, de bouches plus autorisées.

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