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Les élèves, recueillis, priaient Jésus-Christ, le prince des pasteurs, d être miséricordieux et propice à l'âme de ce prêtre dévoué, d'accepter leurs larmes pour la purifier des souillures que la fragilité humaine laisse, même sur les vies les plus saintes.
À la suite d’un service funèbre, à la chapelle du Sémivaire, le corps du vénéré défunt fut transporté, le mardi, 22, à l’église paroissiale, où l’inhumation eut lieu. Les élèves éplorés revendiquèrent l’honneur de porter la dépouille mortelle du saint prêtre.
Ce cortège, déjà nombreux, était grossi par la foule des citoyens des paroisses environnantes, qui avaient voulu s’associer, avec un religieux empressement, au deuil de cette famille affligée. Le pauvre même avait quitté son humble toit. Partout on pleurait un père, un protecteur des malheureux que son cœur éprouva toujours le besoin de consoler et de secourir. Outre ses œuvres de charilé, on se souvenait que ce pasteur bien-aimé avait poursuivi, avec un zèle inextinguible, au milieu d'obstacles de toutes espèces, la régénération des populations par l’enseignement religieux.
Un peu apres onze heures, son corps fut descendu dans une fosse préparée dans la chapelle Saint-Louis. Une modeste pierre tumulaire, élevée par quelques élèves, indique le lieu où reposent ses cendres et témoigne de la gratitude et de l'affection de ceux qu'il honora de ses soins et de sa sollicitude.
Dire que M. Leprohon était partout environné de respect et d'amour, et que ces sentiments, chezles élèves et chez les paroissiens, étaient vifs et To c'est faire l'éloge de son esprit et de son cœur. Sa vie a été courte, mais bien remplie; sa carrière peu bruyante, mais noble et active. Son rôle a été fort modeste, mais il a été très-utile et très-profitable à un nombre incaleulable de personnes. On chérit encore aujourd hui son souvenir à Nicolet, et l’on y voit d’anciens paroissiens pleurer et prier sur sa tombe.
Sans vanité, sans ambition, M. Leprohon se contenta d'être pieux et utile. Voilà pourquoi, sans doute, sa réputation restera toujours au-dessous de son mérite. Ce bon ecclésiastique, ee saint prêtre, estencore vivement regrelté. Sa mort priva la Jeunesse d’un guide éclairé. IL a laissé après lui un nom justement vénéré ; sa mémoire ne sera pas oubliée, car il a prodigué tant d’aclivilé au service de ses semblables, et au profit de tant d'entreprises utiles, que personne ne saurait méconnaître ses titres à la reconnaissance deses concitoyens. D'ailleurs, tout le monde comprend que la véritable immortalité est celle du savoir et de la vertu. Dans l’accomplissement des devoirs sacrés du sacerdoce, ce bon prêtre a toujours été plein de tendresse pour l'enfance, plein de sagesse dans ses leçons et dans tous ses procédés. La charité, en effet, la plus belle des vertus, l’a constamment soutenu dans l'exercice de J'auguste apostolat. Elle en a fait un grand citoyen, un élu du Seigneur, comme elle en afait fait un pasteur accompli. Qui misericordiam habet, docet et erudit quasi pastor gregem suum. Ecez. XVIII.
On voit, dans cette étude sur la vie de M. l'abbé Leprohon, que sa carrière offre une enfance nourrie de leçons fortes et vertueuses, une jeunesse livrée à des études sérieuses et des années pleines et utiles.
Au point de vue humain, on serait tenté de mesurer le mérite du vertueux M. Leprohon. Il avait des vues trèsélevées, mais il faisait le bien loin du regard des hommes. Les ressources que sa persévérante énergie a développées pour la jeunesse, qui pourrait les calculer ? I] croyait toujours être comptable des enfants placés sous son égide tutélaire, à Dieu qui lui prescrivait de se reconnaître toujours
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un serviteur inutile. Voilà pourquoi il travailla toujours à l’œuvre sainte, avec une constante énergie et dans une parfaite humilité. Les clartés de la science profane ne le dispensaient pas de se conformer aux beautés de la science divine, qui l'occupait sans cesse et sur laquelle ses pensées, ses inclinations et ses habitudes se réglaient.
Administrer pendant vingt-cinq ans une maison, qu'il fallut renouveler souvent, quant au personnel, et reconstruire en grand après lavoir réparée, avee des moyens fort limités ; l'accommoder toujours aux besoins d’une jeunesse nombreuse ; la porter, avec des ressources fort restreintes, à un degré de grandeur qui lui permit de se soutenir à légal des autres institutions du genre mieux rentées et mieux pourvues ; il y avait là bien des obstacles à surmonter, bien des calculs, bien des combinaisons à essayer, bien des tribulations à souffrir, enfin bien des épreuves à essuyer. Les circonstances le servaient, il est vrai, mais il savait les diriger et en profiter. Homme d'un talent supérieur pour présider à la direction d'un collége, il fut toujours honoré pour ses vertus, aimé pour l’aménité de son caractère et recherché pour la sûreté de ses conseils. Sa bienveillance universelle et sa sensibilité le firent chérir de tous. S'il s’est élevé quelques doutes sur ses capacités littéraires, si des personnes où superficielles ou peu défiantes, ont subi les préventions d'autrui; ou encore si quelques autres éloignés de lui, ont mis en doute son habileté, sa prudence ou son savoir, 1] reste autour de nous, grâces au ciel, assez d'hommes impartiaux, appréciateurs éclairés du vrai mérite, dont le témoignage irrécusable lui rend amplement justice. On sait partout que la grande piété, le grand dévouement et la vertu éclairée du bon directeur n’ont réuni qu’estime etadmiration. Au reste, la société, ou plutôt la religion seule, sait apprécier pareil héroïsme ; et le ciel est sa récompense, comme nous l’assure la Sagesse incrée : Qui erudiunt mullos quasi stellæ fulgebunt in perpetuas œternitates.
Les élèves du collége de Nicolet ont payé bien des tributs d'honneur et de reconnaissance à la mémoire de l’inestimable M. Leprohon, leur directeur. Son portrait a été multiplié par divers procédés. Plusieurs se sont cotisés pour orner son modeste tombeau d’une épitaphe gravée sur le marbre. L'autres, véritables nourrissons des muses, ont chanté ses œuvres, ses vertus sur la lyre chrétienne. Nous nous bornerons à reproduire l'épitaphe et la pièce élégiaque qui la suit: ;