‹ Etude biographique sur M. Jean Raimbault [microforme]Chapitre 2 sur 16 · ARCHIPRÊTRE, CURÉ DE NICOLET, ETC · texte numérisé non relu

ARCHIPRÊTRE, CURÉ DE NICOLET, ETC

Le respectable vétéran du sanctuaire, M. l'abbé Raimbaull, dont nous allons tracer rapidement l'histoire, a droit à une élude plus étendue que celle-ci. Nous regrettons que les limites que nous nous sommes assignées ne nous permettent pas de lui rendre plus ample justice. Sa vie, consacrée à des œuvres de religion et de dévouement accomplies sans faste et sans bruit, a laissé dans la mémoire de ceux qui l'ont connu le respect le plus grand et l'estime la plus profonde. Ayant bien mérité de la Religion et de la Patrie, on aimera, sans doute, à connaître les titres de ce

(1) Pour détruire certains soupçons, qui ne peuvent qu'être désavantageux à des personnes qu'il respecte, l'auteur croit devoir ajouter que ce petit travail Sur la vie et les actes d’un homme éminent, que le séminaire de Nicolet se fait gloire de ranger parmi ses plus insignes bienfaiteurs, a été fait privément, absolument en dehors de la collaboration des messieurs de la maison, qu'aucun d'eux n'a été mis à contribution pour cette, œuvre, et que le tout a été écrit et disposé sans leur participation directe ou indirecte. Ils ne doivent donc être nullement solidaires des inexactitudes qui se rencontreraient Gans ces pages. Au reste, ce petit travail n'a été cédé par l’auteur que pour servir une amitié qui l'honore.

vertueux ecclésiastique à la reconnaissance publique. Livré, par vertu, aux fonctions du saint ministère, jusqu’à la vieillesse il ne s’occupa constamment que de faire glorifier Dieu, et de concourir au bien-être de ses concitoyens. Tout en laissant à d’autres le soin de louer dignement une carrière si bien remplie, nous avons voulu rappeler au lecteur les principaux traits de la vie d’un homme de mérite, déjà loin de nous, mais dont les vertus et les exemples ont laissé des souvenirs que le temps n'a pu atténuer.

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M. Jean RaïmpauzT naquit le 4 février 1770, à Saint- Aignan, une des paroisses situées dans l'enceinte de la ville d'Orléans, faubourg annexé à cette ville, vers 1456. Son père, Etienne Raimbault, était un ancien militaire qui vivait du produit de ses fermes. Sa mère, Françoise Doucet, était une femme très-pieuse. Le jeune enfant, obiet de notre travail, se distingua lui-même de bonne heure p2r une piété sincère qui ne se démentit jamais.

A la fin de la tourmente révolutionnaire, qui, vingt ans plus tard, vint s’abattre sur la France, cette vertueuse famille se trouvait dans un état voisin de la pauvreté. Le père, homme irréprochable, étant mort vers ce temps, les deux fils durent s'entendre pour subvenir aux besoins de leur mère et de leur unique sœur qui ne voulut jamais consentir à se séparer de celle qui avait veillé sur son berceau dans des jours si orageux.

L'affection que M. Raimbault portait à sa mère ne se refroidit jamais ; et, même après 1830, il luienvoyait encore annuellement quelques secours, « bien légitimes, disait-il, car mon frère, marchand de vin, à Paris, ne pouvait qu'avec peine se suffire à lui-même; et les sacrifices multipliés d'une bonne mère ne sauraient jamais être convenablement appréciés, »

Le jeune Raimbault étudia d’abord au collége de Meung. Il donna, dès sa jeunesse, des marques si frappantes de ferveur qu'on espérait dès lors beaucoup de sa vertu pour l'avenir. Ces heureuses prévisions ne furent point trompées. De bonne heure, il montra de l'inclination pour l'étude, un jugement sûr, une mémoire des plus heureuses, avantages dont il a pu jouir toute sa vie, parce qu'il n’en négligea jamais

l'exercice. 1 dut profiter beaucoup des leçons des vertueux prètres auxquels fut confiée son éducation ; et nous avons là-dessus lez ::xpressions élogieuses de M. l'abbé Desjardins qui s'était trouvé présent à deux de ses examens, à Ja fin des années scolaires de 1786 et 1787, el qui se plaisait à en rendre un brillant (émoisnage à tous ceux qui conversatent avec lui.

Après ses études classiques, M. l'abbé Raimbault entra au séminaire d'Orléans, désirant se vouer par piété au sacerdoce.

Ses suecès brillants au collége le firent appeler à l’enseignement de la philosophie à un âge où les autres peuvent à peine en commencer l'étude. Ce n'était toutefois qu’occasionnellement que le jeune abbé pouvait faire valoir ses tajents pour l’enseignement, car il n'était encore que répétiteur, et ne pouvait que rarement remplacer le professeur en chef chargé spécialement du développement des thèses ; mais il donna en maintes occasions des preuves d’un grand savoir et d’une aptitude peu commune pour les sciences abstraites,

M. Raïmbault remplissait la charge de conférendaire des philosophes au séminaire d'Oriéans (a), lorsqu'on exigea le serment à la constitution civile du clergé, I se préparait au sacerdoce. Sa conscience lui défendait d’obtempérer aux vues des tyrans de la France et des ennemis de l'Eglise ; aussi vil-il avec douleur le schisme s'introduire dans le diocèse, et la rapacilé des révolutionnaires dépouiller les temples el profaner les autels.

Le 31 mai 1789, M. Raimbaull avait été tonsuré par Monseigneur de Jarente, le même qui, plus tard, fut élu évêque constitutionnel du Loiret, et acquit une si triste notoriété.

Le jeune abbé Raimbault travaillait à se sanclifier luimème, unissani l'étude à la prière et à l'oraison. C’est dans

(a) Fondé en 1707, et placé sous la direction des prâtres de Saint-Sulpice.

la méditation qu'il puisait le goût de l'étude des sciences ecclésiastiques, en attendant l'heureux jour où il serait appelé au sacerdoce.

Les ordinations étaient interrompues depuis quelque temps; bientôt les collèges et les séminaires furent fermés. Les jeunes gens étaient poussés vers la carrière militaire dans laquelle, bon gré mal gré, il leur fallait entrer. Par ce concours de fâcheuses circonstances, c'est chez des prêtres assermentés que M. l'abbé Raimbault fut forcé d'aller pour les conférences théologiques; chez des prêtres dévoués à M. de Jarente, l’un de ces trois évêques (sur cent trentetrois qui existaient alors en France) qui crarent apporter un grand lustre à la cause de la constitution civile du clergé en l'embrassant. Plus tard, le pauvre M. de Jarente donna dans de bien plus tristes écarts. Mais, heureusement pour lui, on peut constater son repentir (b).

La révolution vint arracher M. Raimbault à ses modestes fonctions. C’est à l'occasion de l'anniversaire de la fédération (14 juillet 1791), une de ces démonstrations qui attestaient la démence de la liberté, qu'ayant appris par les journaux que les prètres, les autres ecclésiastiques, comme aussi tous es étudiants, allaient être requis de prèter le serment à la constitution civile du clergé, il résolut de s’y soustraire et de s'évader. On sait que deux jugements de l'Eglise condamnent celte constitution.

Quoiqu'il en soit, M. Raimbault alla un jour trouver le grand-vicare de l'Evèque, lui représenta qu'étant malade et trop faible pour continuer jusqu'aux vacances l'emploi qui lui était dévolu, il avait grand besoin de repos, et avait

(&) Louis-Alexandre-François de Jarente de Senas d'Orgeval, né au Château de Soissons, au diocèse de Vienne, le ler juin 1746, sacré Evêque d'Olba, en Cilicie, le 18 février 1781, fut coadjuteur de son oncle, Monseigneur Louis S. de Jarente de Bruyère, auquel il succéda en 1788. Plus tard, il témoigna un grand repentir de ses scandales, et s'en humitia publiquement. (Voy. l'Amt DE LA ReLiG1ON, Tome LIV, Page 261.) M. de Jarente mourut, à Paris, en 1805.

l'intention de se retirer dans sa famille, et, en conséquence, il le priait de lui faire toucher ses émoluments.

Comme ce dignitaire avait la direction du collége, il refusa péremptoirement d'accéder aux demandes de l’abbé Raiïmbault. Puis, prenant aussitôt un ton de voix solennel et bruyant, il luireprocha d’être trop imbu äe principes fanatiques ultra-montains, d'avoir colporté et fait lire dans le collége des bulles apostoliques, etc., ete. Ce procédé inqualifiable décida le jeune abbé à s'éloigner incontinent.

Atteint par la loi de déportation, à cause de son refus de prêter le serment, le jeune ecclésiastique songea d’abord à émigrer ; mais les lois contre les émigrés étaient fort sévères, et les moyens d'évasion fort difficiles, dans un temps où tout le monde était suspect, où la politique multipliait les soldats et les bourreaux. D'ailleurs, le jeune abbé n'avait pas de fonds suffisants à sa disposition. 11 lui fallut, bon gré mal gré, encore atermoyer.

Puisqu’il était obligé de laisser le collége, M. l'abbé Raimbault voulut se retirer pendant quelques semaines dans sa famille ; puis, bientôt après, ne voulant pas quitter la ville, il dut s’enfoncer dans un autre endroit plus obscur, où il était moins connu, N'étant pas dans les Ordres, il eût pu tout d'abord laisser l’habit ecclésiastique et n'être pas astreint à prêter le serment, mais la révolution, qui se montrait déjà furieuse envers ses partisans, était encore bien plus crrelle à l'égard de ceux qu’elle regardait comme ses ennemis. Au premiet rang, elle plaçait les membres du clergé. Lorsqu'on parcourt les écrits publiés à cette époque par les fauteurs de la révolution, on est frappé de stupeur en lisant les portraits hideux et odieux même qu’ils tracent des ministres des autels. Ils en font des imposteurs, des vampires, des colporteurs d'idées superstitieuses et immorales, etc., etc. Ce langage atroce n'avait d'autre but que d’exciter de plus en plus la haine de la populace contre eux. D'ailleurs, les hommes iniques et sanguinaires, qui s'étaient emparés du timon des

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affaires, avaient autorisé les spoliations les plus sacriléges, les persécutions les plus odieuses et les pratiques les plus criminelles. Comme l'a dit, plns tard, Vergniaud, «on en était rendu à cette époque où l’honnête homme devait se cacher puisque le crime se commettait impunément. », Pour se soustraire aux perséeulions et aux périls de la situation, M. l'abbé Raimbault prit, par prudence, des habits laïques. Ce motif lui parut suffisant pour autoriser celte démarche. Croyant ne devoir négliger aucune précaution, pour se conformer aux règles de l'Eglise qui défend aux clercs le port des armes, il se condamnait à une sévère réclusion. Il espérait qu’en vivant très-retiré, il échapperait à l'œil des pérturbateurs. On sait, du reste, qu'à cette époque, l’égarement des esprits était tel, que la populace en délire proférait des eris de mort contre tous ceux que leurs vertus auraient dû protéger, et qu’on faisait incessamment des perquisitions pour découvrir les vrais enfants de l'Eglise obligés de fuir ou de se cacher. Orléars avait eu ses égorgeurs ; Bourdon de l'Oise, dans la ville de Jeanne d’Arc, comme l’impur Chalier à Lyon, comme Maigner à Avignon et Carrier à Nantes, s'était montré cruel, rapace, sanguinaire, cupide et vil à l'excès. Orléans, comme Nantes, Paris, Versailles, et le pays tout entier, avait vu ces bouillonnements séditieux d’une populace en délire, et étaient en proie aux déprédations incessantes et aux vexations de ces fauteurs de lanarchie. On y savait, de plus, que l’épouvantable Lebon avait décimé les départements du Nord, que Carrier, homme de carnage, avait eu la Bretagne à supplicier, que l'un et l’autre y avaient inventé des tortures dans le but de surpasser les raffinements qu’on reprochait aux cannibales, et qu'ils interdisaient aux émigrés, aux fugitifs, d’avancer dans cette direction. Il en était ainsi des autres départements. Quoiqu’on fut dans des transes indicibles, on voyait encore de toutes parts des méchants acharnés à rendre le sort de leurs semblables plus cruel. La position était insup-

portable; mais il était impossible de s’en défendre. Plus on aurait fait d'effort pour s'y soustraire, plus on aurait accéléré sa perte. M. Raimbauit dut demeurer enfermé et tout attendre du temps, ou mieux, de la Providence.

C’est au urand Séminaire d'Orléans, alors dirigé par les prètres de Saint-Sulpice, que M. Raimbault fit la connaissance de l’illustre abbé Picot, auteur de plusieurs ouvrages qui lui assurent une place distinguée parmi les apologistes de la religion, et qui rédigea, pendant près de trente ans, l’Ami de la Religion.

Lorsque le serment fut exigé des ecclésiastiques, le vertueux abbé Picot se réfugia dans sa famille, à Neuville. Peu après, étant appelé au service militaire, il essaya d’abord de s’y soustraire par la fuite; cependant, il céda aux conseils qui lui furent donnés de se conformer aux exigeaces de la loi, et se décida à suivre le sort qu’elle lui faisait. Préférant le service de mer à celui de terre, il monta sur les vaisseaux pour quelque temps, mais bientôt après il fut appelé dans le bureau de la marine. L'abbé Picot et M. Raimbault continuèrent de s'écrire et de se rendre mutuellement service. Ils entretinrent, toute leur vie, une correspondance assez régulière et des relations d'amitié. Dans ces communications intimes et affectueuses, on voit briller les qualités les plus pures du cœur et de l'esprit (a).

(a) Monsieur Picot s'établit à Paris, en 1804, et continua ses laborieuses investigations sur l'Histoire de l'Eglise au 17ème et au 18ème siècles, commencées dans un temps où il était si difficile de se livrer aux études sérieuses. Il a laissé des mémoires copieux et pleins d'intérêt. Cet infatigable travailleur, ce valeureux soldat de l'Eglise, mourut à Paris, en 1841, quelques mois seulement après son ami constant, M. Raimbault.

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