ÉTUDE TOXICOLOGIQUE ET PHYSIOLOGIQUE
Les anciens (1) paraissent n'avoir jamais soupconné l’action délétère de l’Asphodèle, puisqu'ils considéraient ce végétal comme pouvant entrer dans l'alimentation des animaux et même de l'homme (2). Cependant la toxicité des tubercules est manifeste, et le principe auquel ils doivent leur activité peut donner la mort, à une dose relativement faible. Il faut ajouter pourtant que ce principe actif est contenu, dans ces racines, en quantité assez petite pour que, chez l’homme et chez les animaux, les phénomèues d'intoxication ne se manifestent que tardivement, el apres l’ingestion d'une assez forte dose de substance ; il faut environ 3 kilogrammes de lubercules frais pour en déterminer l'apparition chez l’homme.
Bosc (3) ajoute qu'on n’absorbait ces tubercules qu'après les avoir fait bouillir, ou tout au moins macérer dans l’eau, afin de leur enlever leur âcreté naturelle.
Il v avait donc d'intéressantes expériences physiologiques à entreprendre pour essayer de contrôler ou de confirmer ces données diverses, el nous nous sommes ainsi assuré que, comme l'affirme Fée (4), lorsqu'on soumet les tubercules
(4) Voyez l'Historique, page 9.
(2) Hippocrate: De Ulceribus. — Dioscoride : Livre Il, chapitre 199. — Pline : Livre XXII, chapitre 22.
(3) Chevallierfils.— Journal de chimie médicale, de pharmacie el de foricologie. (T. I, 4e série, 1855).
(4) Clerget, notes de Chevalher. Journal de chimie médicale, de pharmacie et de toxicologie. (T. 1, 4° série, 1855),
d’Asphodele à l’ébullition et à un long lavage, ils cèdent à l’eau toute leur âcreté.
A cet effet, nous avons tout d’abord fait absorber à des animaux des tubereules frais, et comme notre but était 1c1 de vérifier des expériences déjà anciennes, nous avons choisi le porc, que l’on nourrit souvent, en Algérie, avec celte plante.
Nous avons tout d’abord offert à un de ces animaux des tubercules frais, auxquels il a à peine goûté. Le lendemain nous lui avons donné des luberculés bouillis, plongés dans l'eau qui avait servi à leur décoction; le porc mange les lubercules, mais laisse le liquide. Nous lui offrons enfin des tubercules bouilhs et lavés à plusieurs eaux, le porc les accepte el les mange lous sans répugnance. Les mêmes expériences faites avec deux autres porcs ont fourni des résultats identiques.
Notre dernière expérience élait destinée à prouver que le principe actif cédé à l’eau, ainsi que nous le savons déjà, est retenu par celle dernière el ne s'évapore pas pendant l’ébullition. En effet, nous avons oblenu, par concentration du liquide filtré, un extrait dans lequel nous avons décelé la présence de l’alcaloïde par la méthode de Vogel (1).
Certaines analogies dans les propriétés chimiques, la similhitude des formes cristallines des sels obtenus avec l’alcaloïde de PAsphodèle nous ont permis de rapprocher ce dernier du principe acüf de la scille.
I nous à paru utile d’essaver de justifier ce rapprochement par quelques expériences physiologiques qui nous permettent, en même temps, de nous rendre un compte exact du degré de toxicité de notre produit, et au pharmacien de se guider
1) A. Vogel. — Journ. der Phys. u. Chem. V. Schweigger, L. VL, p. 101.
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dans l'administration d'une plante peu usitée, il est vrai, aujourd'hui, mais qui pourrait, comme fant d'autres, avoir son heure de vogue. |
Mon excellent ami, M. Valète, médecin vétérinaire à Perpiguan, s'est mis très gracieusement à notre disposition, et nous à lui-même fourni les animaux devant servir à nos expériences, auxquelles, d’ailleurs, il a toujours assisté. Grâce à ses conseils éclairés, j'ai pu mener à bien un certain nombre d'essais, et étudier tout au moins, à certains points de vue, la question qui fait l'objet de celtre troisième partie.
Essais physiologiques et toxicologiques. — Mes expériences ont été faites avec la poudre d'Asphodèle, avec l'extrait alcoolique, enfin avec l’alcaloïde.
La poudre et l'extrait alcoolique n'ont fourni aucun résultat probant, car nous étions forcé, pour obtenir quelques effets physiologiques, d'employer des doses massives auxquelles on aurait pu les attribuer bien plutôt qu’à l'activité propre de ces substances. Ces dernières furentadministrées par voie buccale.
Enfin l’alcaloïde à été administré en même temps par voie buccale et par voie hypodermique. Par ce dernier procédé, nous avons déterminé, à la dose de 0 gr. 05, des phénomènes d'intoxication, et la mort est survenue après ingestion de 0 gr. 15.
À cel exposé des résultats généraux de nos expériences, Je joins les notes consignées jour par jour.
Nos expériences ont été commencées le 2 juin.
2 juin. — Deux chiens sont soumis simultanément à l’action du produit. L'un est un bouledogue pesant 8 kil. 600, et l’autre un gros chien du poids de 23 kil. 200. Pour mieux les différencier, nous appellerons le petit chien N° 1 et le gros chien N° 2.
Les deux animaux sont restés en observation du ? au 4 au
2 RD 2 matin; pendant ces deux jours, ils ont joui d’une bonne santé et ont mangé d’une façon normale.
Le 4, à 9 heures du matin, nous leur faisons ebrbe 1 gramme de poudre délayée dans l’eau. Nous n’avons rien remarqué d’anormal ce jour-là.
Le 5, à 9 heures du matin, nous donnons 2 grammes de poudre délayée dans l'eau. Le chien N°1 a de légères nausées, le chien N° 2 n’est nullement incommodé.'
Le 6, à 9 heures du matin. nous,avons doublé la dose de poudre, c'est-à-dire que nous leur en avons administré 4 grammes délavée dans de l’eau. Le chien N° 1 éprouve de fortes nausées, mais sans vomissements; le chien N° 2 manifeste à peine quelques nausées légères. Nous ne jugeons pas utile de leur faire absorber le produit à doses plus élevées.
Le 7, nous faisons avaler à chacun des deux animaux une pilule de { gramme d'extrait alcoolique. Le chien N° 1 a des nausées très intenses; il vomit après de violents efforts et il émet une quantité considérable d'urine non albumineuse. Le chien N°2 éprouve. lui aussi, de violentes nausées: il donne tous les signes d’un malaise général, et il émet à son tour, un quart d'heure après, une grande quantité d'urine non albumineuse.
Le 8 juin, nous commençons des expériences avec l'alealoïde, que nous administrons par voie buccale.
Nous donnons, à chacun des chiens, une pilule composée de ! gramme d'extrait alcoolique et de 0 gr. 05 d’alcaloïde. Le chien N° 1 tombe dans une syncope si profonde que nous le croyons mort, et nous le déposons dans sa niche. Revenus auprès de lui, au bout d’une heure, nous sommes surpris de le retrouver essayant vainement de se relever et de marcher : ses efforts n'ont aucun résullat el le train de derrière se montre comme paralysé.
Sur le chien N° 2 l’action de cette pilule est celle d’un
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