‹ Étude chimico-physiologique sur les cendres des végétauxChapitre 2 sur 3 · PHARMACIEN EN CHEF DE L’HÔPITAL SAINTE-EUGÉNIE · texte numérisé non relu

PHARMACIEN EN CHEF DE L’HÔPITAL SAINTE-EUGÉNIE

ftcmoigmigt ô’amitü tt epuocuù î)e rtconnoissancf.

ÉTUDE CHIMICO-PHYBIOLOGIQUE

Les végétaux trouvent dans l’air les éléments organiques dont ils ont besoin : le carbone, l’oxygène, l’hydrogène et l’azote leur sont abondamment fournis par l’acide carbonique, l’eau et l’ammoniaque. Mais ils doivent aussi s’adjoindre des matières organiques indispensables à leur développement ; c’est le résidu laissé par l’incinération qui contient toutes ces matières minérales. Celles-ci ne sont pas puisées dans l’air, mais dans la terre : en effet M. Boussingault a montré que les plantes arrosées seulement d’eau distillée croissent dans un sol privé de sels, mais qu’elles n’y viennent jamais avec vigueur.

Les plantes participent généralement de la nature du sol : les expériences de de Saussure ont prouvé que la nature des engrais était d’une importance peut-être plus grande que celle du sol.

Quant aux végétaux qui viennent sans culture et sans engrais, il en est qui exigent des terrains d’une nature particulière. Nous voyons, en effet, languir certaines plantes marines, lorsque nous les faisons croître dans un sol privé de sel marin. D’autres plantes se plaisent dans le voisinage des azotates. La vigne, qui perd par le raisin une grande quantité de potasse, a besoin d’un sol qui lui en fournisse en abondance.

D’autres végétaux, au contraire, viennent parfaitement dans tous

gène de la totalité des bases, et l’Qxygène des bases supposées carbonatées, c’est-à-dire provenant des sels à acides organiques.

N’oublions pas que les acides métalliques peuvent être quelquefois remplacés par des alcalis organiques, et qu’il nous suffise de citer l’expérience des pommes de terre qui, en poussant dans un sol artificiel , où elles ne peuvent puiser de bases minérales, donnent dans leurs longues pousses, un véritable alcaloïde, la solanine, dont la pomme de terre cultivée ne présente pas la moindre trace. Ne savonsnous pas aussi que dans les quinquinas, la quinine et la cinchonine sont pour ainsi dire complémentaires, à tel point qu’à la rigueur on pourrait juger de leur richesse en alcaloïdes, par la quantité de bases minérales que contiendraient leurs cendres?

Marche suivie dans l'analyse des cendres.

Je prends les plantes vertes, les nettoie avec soin , et les fais sécher à l’étuve ; j’en prends le poids avant et après. Je les brûle dans une capsule d’argent, et pour les incinérer aussi complètement que possible, je chauffe encore la cendre au rouge dans une capsule de platine sur la lampe à alcool à double courant. Je pèse le résidu réduit en poudre fine et le renferme dans un flacon bien séché.

Les corps que je me propose de doser successivement sont les suivants : sable retenu par la plante malgré le soin apporté dans l’élection , charbon ayant échappé à la combustion, oxyde de fer et alumine à l’état de phosphates, acide silicique, acide chlorhydrique, acide sulfurique, acide phosphorique, potasse, soude, chaux, magnésie. Quant à l’acide carbonique, je le détermine par différence ; son dosage direct serait tout à fait inutile et illusoire, caria chaux et la magnésie peuvent être plus ou moins décarbonatées dans les cendres.

Je pèse 10 grammes de cendres dans une capsule de platine; je verse dessus environ 30 grammes d’eau distillée, puis de l’acide chlorhydrique jusqu’à cessation de toute effervescence : pour empê-

cher la perte du liquide entraîné par le dégagement de l’acide carbonique, je prends la précaution de couvrir la capsule d’un entonnoir renversé. Je fais évaporer au bain-marie à siccité, et j’achève la dessication sur la lampe à esprit-de-vin. Après refroidissement complet, je reprends le résidu par l’acide chlorhydrique et l’eau ; après douze heures de contact je jette sur un filtre qui retient le sable, le charbon et l’acide silicique, et laisse passer une liqueur contenant l’oxyde de fer, l’alumine, la chaux, la magnésie, la potasse, la soude, l’acide sulfurique et l’acide phosphorique : l’addition d’acide chlorhydrique nécessitera l’analyse d’une-autre partie de cendre pour y doser le chlore.

La poudre restée sur le filtre est séchée à 100°, et me sert à doser séparément l’acide silicique. A cet effet, j’en prends le poids, je l’introduis dans une capsule de platine avec environ 2 gr. de potasse à l’alcool et 60 à 80 gr. d’eau distillée, je fais bouillir pendant une demiheure en remplaçant l’eau qui s’évapore, et je jette sur un filtre. L’ébullition avec la potasse sépare du sable et du charbon tout l’acide silicique ; je pèse le sable et le charbon restés sur le filtre, j’ai par différence le poids de l’acide silicique et je contrôle le résultat par le dosage direct de l’acide silicique qui s’est uni à la potasse ; il me suffit de sursaturer la liqueur alcaline par l’acide chlorhydrique, d’évaporer à siccité, de reprendre par l’eau acidulée et de recueillir l’acide silicique sur un filtre.

Je reviens à la liqueur acide dans laquelle je dois trouver toutes les bases et les acides sulfurique et phosphorique.

Je partage cette liqueur en trois parties au moyen d’une pipette graduée : ces parties sont étiquetées A, B et C; B est égal à G, A est égal à B 4 - G, c’est-i dire que A représente 5 gr. de la cendre, B et C n’en représentent chacun que 2.50 gr. A me sert à doser l’oxvde de fer et l’alumine à l’état de phosphates, l’acide phosphorique, la chaux et la magnésie, B la potasse et la soude et C l’acide sulfurique.

Je sursature la liqueur A par de l’ammoniaque, j’ajoute assez d’acide acétique pour que la réaction acide soit bien manifeste : l’ammoniaque précipite tout l’acide phosphorique combiné avec l’alumine,

l’oxyde de fer, de la chaux et de la magnésie ; l’acide acétique ne redissout que les phosphates de chaux et de magnésie. Je sépare sur un filtre les phosphates d’alumine et de fer que je calcine et que je pèse.

Dans la liqueur je précipite ra chaux par l’oxalate d’ammoniaque, l’oxalate de chaux étant insoluble dans l’acide acétique: jereeueiliesur un filtre l’oxalate de chaux et le pèse à 100°; je calcule la quantité de chaux d’après la formule Ca0C 2 0 3 ,II0; je préfère peser l’oxalate de chaux plutôt que de le transformer par la calcination en carbonate ; il est très-difficile de s’arrêter à point dans la transformation de cet oxalate en carbonate; on risque d’obtenir un chiffre trop faible par la perle d’une certaine quantité d’acide carbonique.

La liqueur dont j’ai séparé l’oxalate de chaux est précipitée par l'ammoniaque : je sépare le phosphate ammoniaco-magnésien et le pèse à l’état de pyrophosphate. Si l’acide phosphorique avant l’addition d’ammoniaque avait été en excès par rapport à la magnésie, l’ammoniaque ne l’aurait pas entièrement précipité et la liqueur séparée du phosphate ammoniaco-magnésien aurait encore contenu de l’acide phosphorique; mais le contraire a toujours eu lieu, c’est-à-dire que l’ammoniaque a précipité tout l’acide phosphorique et a laissé dans la liqueur l’excès de magnésie. Pour achever la séparation de la magnésie, j’ajoute donc un excès de phosphate de soude, de l’ammoniaque et au bout de douze heures je recueille une nouvelle quantité de phosphate ammoniaco-magnésien. La formule du pyrophosphate (MgO) a ,PhO s me sert à calculer l’acide phosphorique pour le premier précipité , la magnésie pour les deux réunis.

Je passe maintenant à la liqueur B qui doit me fournir la potasse et la soude. J’y ajoute un excès d’eau de baryte qui précipite tout l’acide sulfurique, tout l’acide phosphorique, l’alumine, l’oxyde de fer, toute la chaux, toute la magnésie ; je filtre et précipite l’excès de baryte par Je carbonate d’ammoniaque; je filtre encore, je fais évaporer à siccité, j’introduis le résidu dans un creuset de platine et je chauffe au rouge pour chasser tous les sels ammoniacaux; il reste les alcalis à l’état de chlorures, je les pèse ensemble ; je les dissous dans une trèspetite quantité d’eau distillée, 10 gr à peine; j’y ajoute un excès d,e

chlorure de platine et 100 à 120 gr. d’alcool. Toute la potasse se précipite à l’état de chloroplatinate de potasse : j’ai soin d’observer si la liqueur qui surnage le précipité est fortement colorée en jaune par le chlorure de platine en excès, ou plutôt par le chloroplatinate de soude soluble dans l’alcool. Le chloroplatinate de potasse recueilli après vingt-quatre heures, séché à 100 degrés et pesé me donne le poids de la potasse d’après la formule (KCl,PtCI 2 ), et, par un calcul bien simple, j’arrive aisément au poids de la soude.

Enfin la liqueur G, précipitée parle chlorure de barium, me permet de doser l’acide sulfurique d’après la formule BaO,S0 3 du sulfate de baryte obtenu.

Il ne me reste plus qu’à doser l’acide chlorhydrique. Pour cela je pèse 5 gr. de cendres, je les traite par l’eau froide, et je recueille sur un filtre la partie insoluble. La liqueur filtrée est acidulée par l’acide azotique, précipitée par l’azotate d’argent, et je recueille sur un filtre le chlorure d’argent.

Les familles sur lesquelles j’ai borné mes recherches sont celles des labiées, des borraginées, des solanées et des scrofularinées, si voisines par leurs caractères botaniques. J’ai recueilli dans ce but plus de cinquante espèces les plus répandues dans les environs de Paris; mais je ne puis donner aujourd’hui que les résultats qui concernent les suivantes :

Labiées : .... Mentha crispa. 1530

Mentha pyramidalis. . . . 1165

Mentha aquatica. ... 1330

Mentha pulegium. 1200

Mentha rotundifolia ... 590

Origanum majorana. . . . 1370

Teucrium scordium. . . . 1130

Borraginées : . . Anchusa italica. 1250

Echium vulgare. 970

Borrago offlcinalis. 932

Solanées : . Solanum nigrum. 1500

Solanum dulcaraara. . . . 1590

Nicotiana rustica. 1950

Scrofularinées : Veronica offlcinalis. . . . 1210

Veronica beccabunga. . . 1230

Melampyrum pratense. . 470

■J Melampyrum arvense. . . 810

Verbascum thapsus. . . . 720

J’ai exposé dans le tableau suivant le calcul des analyses. Les colonnes verticales A renferment les chiffres fournis par l’analyse brute et les colonnes B, l’analyse corrigée et rapportée à 100 parties, abstraction faite du sable et du charbon et de l’acide carbonique. Il est évident qu’on ne peut pas faire entrer en ligne de compte l’acide carbonique, car la chaux et la magnésie peuvent avoir été plus ou moins décarbonatées.

Page 1