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APERÇU HISTORIQUE SUR LA DÉCOUVERTE DE L ACIDE TARTRIQUE

Vers la deuxième moitié du xvix° siècle, les chimistes, étant devenus plus précis dans leurs moyens de recherches, s'occuperent d'isoler à l’état de pureté les principes immédiats des végétaux : c'est ainsi que furent découverts un grand nombre d'acides organiques ; tels sout les acides tartrique, oxalique, malique, e1trique, lactique, formique, etc.

Scheele est le premier qui ait fait mention de l'acide tartrique, vers l’an 1770 ; il indiqua le moyen d'extraire l'acide tartreux du tartre, et de le séparer de la portion de potasse qu'il contient à l'état d'acidule.

Vauquelin, à peu près à la même époque, faisant des expériences sur le tamarin, y trouva cet acide. Il sépara de la gélatine, qui formait un précipité, une liqueur qu'il fit réduire, et vit, par refroidissement, se déposer des cristaux salins de véritable tartrite acidule de potasse.

Van Helmont savait que le tartre qui se dépose dans les vins est déjà contenu dans les raisins. Les recherches de la chimie moderne démontrent l'extrême diffusion de l'acide tartrique dans le règne végétal; on l'y rencontre, en effet, aussi souvent que les acides citrique et malique. Sa présence à l’état libre, ou à l'état

ss de sel de potasse ou de chaux, a été constatée dans les baies de sorbier n'ayant pas atteint leur maturité, dans la racine de garance, les pommes de terre, les topinambours, l'oseille, les cornichons, les müres, les ananas, le poivre noir, les feuilles de la grande chélidoine.

En 1789, Muller proposa, comme moÿen de préparation de l'acide tartreux, de mélanger ensemble 6 livres de carbonate de chaux et 36 livres d’eau bouillante, de saturer le mélange avec du tartrite acidule de potasse et de filtrer : ce qui reste sur le fltre est du tartrite de chaux. On délaye ensuite ce tartrite de chaux dans beaucoup d’eau. On verse dans ce mélange 6 livres d'acide sulfurique à 1,817 et 6 gros d'acide azotique à 1,25. On chauffe pour que l'acide sulfurique se porte plus facilement sur la chaux, afin de faire du sulfate de chaux. On laisse alors cristalliser ; l'acide tartreux ainsi obtenu est blanc et pur.

Vogler, en 1792, s'occupe de l'acide tartreux au point de vue de sa coloration. IL propose de le décolorer complétement au moyen du poussier de charbon.

En 1798, Jobel critique le procédé de Muller pour là préparation de l'acide tartreux et prétend qu’en décomposant ce tartrite acidule de potasse par l'acide sulfurique, on n'obtient, au lieu de l'acide tartreux, que du tartrite acidule régénéré et chargé d'une portion d'acide sulfurique qui lui donne un goût fortement acide.

Lowitz, en 1798, propose un procédé plus avantageux au point de vue du pharmacien, parce que le tartrite de potasse formé s’unit à la matière colorante du tartre, et ne peut en être séparé. Il propose donc de mêler ensemble, dans une bassine de cuivre bien étamée, 15 livres de tartre cru avec 4 livres de craie, et d'y ajouter peu à peu 200 livres d’eau froide. Une fois l'effervescence achevée, on Colt faire bouil ir le mélange et y jeter tantôt un peu de tartre, tantôt un peu de craie, jusqu’à cessation d’effervescence ; on filtre et lon précipite au moyen d’une solution de muriate de chaux. On décante le liquide coloré, que l’on lave jusqu'à décoloration et jusqu'à ce qu'il passe insipide. On décompose alors ce tartrite de chaux par 8 livres d'acide sulfu-

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rique étendu d’autant d’eau. On sépare le liquide du sulfate de chaux, on filtre sur du charbon et on fait cristalliser.

Fabroni, vers 1823, étonné de ce que les chimistes fussent obligés pour obtenir de l'acide tartrique de traiter d’abord la crème de tartre par la chaux et de précipiter ensuite la base terreuse par l'acide sulfurique, eut l'idée de mettre immédiatement en contact l'acide sulfurique avec la crème de tartre.

De nos jours, l'acide tartrique étant employé dans des proportions considérables, soit au point de vue médical, soit au point de vue industriel, les chimistes se sont appliqués à le produire par des procédés moins coûteux. Il a même été obtenu synthétiquement. Ceci fera, du reste, l’objet des chapitres suivants.

Voici en quelques mots quelles ont été les découvertes successives dont ce corps a été l’objet.

Je n'ai jusqu'à présent parlé que de l'acide tartrique ordinaire. Cet acide dévie à droite le plan de polarisation (Biot) : aussi l’at-on appelé acide tartrique droit.

En 1819, un fabricant de Thann, M. Kestner, avait obtenu, en traitant les tartres déposés par les vins des Vosges, un acide particulier analogue à l'acide tartrique, avec lequel il est isomère, et qui est aujourd hui connu sous le nom de racémique ou paratartrique. Cet acide, qui s'était formé par hasard entre les mains de M. Kestner et qui n'avait pu être reproduit depuis, vient d’être obtenu, il y a quelques années, par MM. Duppa et Perkin enr fixant de l'oxygène sur l'acide succinique. Il n’exerce aucune action sur la lumière polarisée. Mais M. Pasteur est parvenu à dédoubler cet acide neutre, au point de vue optique, en deux autres, dont l’un dévie à gauche le plan de polarisation, tandis que l’autre le dévie à droite, de telle sorte que les propriétés optiques de ces deux acides se neutralisent réciproquement. Le premier de ces deux acides a été appelé acide tartrique gauche ou lévoracémique ; le second est l'acide tartrique droit ou dextroracémique; il est identique avec l'acide tartrique ordmaire.

Indépendamment de ces trois acides, on en connaît un autre qui n’exerce aueune action sur la lumière polarisée : c’est l'acide tartrique inactif.

BELLOUARD. 2

On connaît donc différents acides qui offrent la composition de l'acide tartrique CSH°0*?, savoir : l'acide tartrique droit, l'acide tartrique gauche, l'acide paratartrique et l'acide tartrique inactif. Il faut ajouter l'acide métatartrique, qui résulte de l’action de la chaleur sur l’acide tartrique.

Dans les chapitres qui vont suivre, nous allons étudier chacun de ces acides au point de vue de leur préparation, de leurs propriétés et de leurs transformations.

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