III. — COMBINAISONS AVEC LES MÉTALLOÏDES ET LES MÉTAUX
Les combinaisons de l’iode avec les métalloïdes et les métaux sont fort nombreuses. Tantôt il s’unit directement à eux, surtout sous l’influonce de la chaleur ou par l’intermédiaire d’un dissolvant, le sulfure de carbone, par exemple; tantôt au contraire, ces combinaisons ne s’obtiennent que par voie indirecte.
CouDiNAisoN AVEC t'HYDEOGÉNE. — L’iode çt l’hydrogènc n’ont aucune action à la température ordinaire, même sous l’influence de la lumière solaire, mais au contact immédiat d^une température rouge, an-dessus de 440*, les deux éléments se combinent en formant Vacide iodhydriqui, gaz incolore très-soluble dans l’eau {Gay-Lussac). D’après M. Hauteeuille, les deux gaz qui ne se combinent pas sensiblement à la pression ordinaire, entrent en combinaison quand on les chauffe sous pression.
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La mousse de platine jouit de la propriété de déterminër la combinaison de ces deux éléments vers 200® (Corenwinder). M. Hautefeuîlle a montré que cette combinaison a lieu d’une manière partielle seulement; la proportion des éléments restés libres est égale à celle qui se sépare lorsqu’on fait passer dn gaz ib.dbydrique à la môtùe température sur cette mousse de platine. .
Combinaisons AVEC L’oxygène n’a, aucune action sur
l’iode, môme à une haute température. Les composés que forment ces deux corps s’obtiennent d’une manière indirecte. Ce sont : l-acide hypoiodeux IHO\- l'acide iodeux IHO* ; l'anhydride hypoiodiqm çq peroxyde d’iode (Millon) W 5 l'acide iodique (Davy) IHOV et son anhydride 5 l'acide hyperiodique (Magnus et Ammermuller) IHO® et son anhydride r
Les sels formés par les deux premiers acides, paraissent existent mais ils sont très-instables et partant peu connus. L’acide iodique IHOt* seul a quelque importances c’est un oxydant très-énergique ; jl cède facilement son oxygène dans les circonstances les plus diverses.
Combinaisons avec le soufre. — On connaît plusieurs combinaisons de riode avec le soufre. Ces deux corps s’unissant sous l’influence de la chaleur et forment un composé brun, fusible âu bain-Marie, dont la nature est douteuse.. Il perd en. effet son iode avec la plus grande facilité, soit par une température de 80 à ÎOO", soit par un traitement avec le sulfure de carbone et il reste du soufre amorphe et insoluble (t). , . ■ ■ ■ 1
Lorsqu’on dissout dans le sulfure de carbone 1 équivalent-de souft'o et 3 équivalénts d’iodé et qu^on laisse évaporer le dissolvant, on obtient des prismes rliomboïdaux d’un iodure de soufre défini SP, qoi resseaï» blént à céiix â(iV)oào {Landolt, tamers). - ’ ‘ ^ ^
D’un autre côté, en faisant réagir le chlorure de soufre S*G1 sur
■ (1) Behthelot. -^'ÀnnalèB'kphy8iqueet ^e cTîiiriie‘(3),‘b
l’éther iodhydrique on a obtenu de Tiodure de soufre S*I, en beaux cristaux tabulaires (Gûthrie) (1).
Combinaisons avec le chlobe. — Le chlore et l’iode forment plusieurs combinaisons : Le protochlorure ICI, liquide huileux, jaune-rougeâtre qui s’obtient en traitant l’iode par l’eau régale concentrée et enlevant le produit formé au moyen de l’éther. — Il existe aussi un protochlorure d’iode solide, cristallisé en longs prismes rouges, fusibles à 25*. M. Schützenberger a montré que ces deux corps sont identiques. Si on fait passer un courant de chlore sec sur de l’iode, celui-ci se liquéfie avec dégagement de chaleur. En distillant et en ne recueillant que ce qui passe à 101®, on obtient un liquide qui se concrète à 10“, avec élévation de température, en beaux cristaux rouges; si le produit distillé est enfermé dans un ballon scellé, il ne cristallise pas, môme par refroidissement à — 6° ; seulement si l’on brise la pointe, la solidifica" tion a lieu aussitôt. Le chlorure d’iode présente donc très-facilement un état de surfusion.
Le perchlorure d’iode ICI® se forme par l’action d’un excès de chlore sec sur l’iode. Ce dernier se transforme d’abord en un liquide brun, puis en une masse solide, jaune, cristalline.
Combinaisons avec le phosphobe. ■— Quand on chauffe du phosphore avec une trace d’iode, il se change en phosphore rouge (Brodié). Outre cette action très-curieuse, l’iode forme avec le phosphore deux combinaisons; l’une correspond à la formule Phi®, l’autre k la formule Phi* (2). Ces deux corps s’obtiennent en faisant dissoudre dans le sulfure de carbone les deux éléments, phosphore et iode, dans le rapport de leurs équivalents.
Le biiodure Phi® est en beaux cristaux prismatiques, très-aplatis, d’un beau rouge orangé clair.
Le triodure Phi® est en lames hexagonales assez confuses, d’un rouge
(1) Journal de pharmacie et de chimie (3), t. 42, p. 533
(2) COBINWINDKB. — Annales de physique et de chimie (3), t. 30, p. 248.
foncé. Tous deux se décomposent par l’eau en acide iodhydrique et en acide phosphoreux ; en môme temps il se forme toujours du phosphore rouge. PhP + 3 H-0^= 3 HI + PhH'O®.
Combinaisons avec i-’arsenic et l’antimoine. — Sous l’influence de la chaleur, l’iode se combine h l’arsenic et à l’antimoine. Avec l’iode dissous dans le sulfure de carbone, cette combinaison s’opère à la température ordinaire (1). L’iodure d’arsenic AsP et l’iodure d’antimoine SbP sont tous deux solubles dans le sulfure de carbone et cristallisables. Ils sont inaltérables à l’air, isomorphes, et constituent de belles lames rouges appartenant au système rhomboèdrique.
Combinaisons avec le silicium. — En faisant réagir l’iode sur le silicium en excès, chauffé au rouge dans un courant d’oxyde de carbone, M. Friedel a réussi à préparer l’iodure de silicium Si¥, cristallisé en octaèdres réguliers, incolores, très-solubles dans le sulfure de carbone, facilement décomposés par l’humidité de l’air (2).
Ce composé, chauffé vers 300” avec de l’argent très-divisé et parfaitement sec, se change en un nouveau composé Si*I®.
Combinaison avec le cyanogène. — Ces deux corps ne se combinent qu’à l’état naissant : si on fait réagir l’iode sur le cyanure de mercure, il se produit, sous l’influence de la chaleur, de l’iodure de cyanogène C*AzI, en longues aiguilles très-fines qui se groupent en flocons neigeux.
Combinaison avec l’ammoniaque. — Il existe un composé remarquable obtenu d’abord par Courtois et désigné sous le nom A'iodure d’azote. Ce corps s’obtient en traitant l’iode pulvérisé par 16 ou 20 fois son poids d’ammoniaque liquide; il se forme une poudre noire qui, lorsqu’elle est sèche, détone par le plus léger frottement. D’après les recherches
(1) Nicklès. — Répertoire de chimie pure, t. 1, p. 366.
(2) Pribdel. — Leçon faite à la Société chimique (1868).
deM. Bunsen, ce corps n’est pas l’iodure d’azote AzP, mais une combinaison de cet iodure avec l’ammoniaque, véritable iodamine Azl*, AzH® (Bunsen) (1).
L’iodure d'azote bien lavé et abandonné à la décomposition spontanée, dans une grande masse d’eau chauffée à 60 ou 65% donne de l’iode très-pur et qui jouit de propriétés particulières (Stasj.
Combinaisons avec ies métaüx. — L’iode se combine à peu près à tous les métaux en formant des iodures, sels haloïdes, isomorphes avec les chlorures. A part les iodures de fer, de zinc et de mercure qui s'obtiennent directement, tous les autres se préparent par double décomposition, Les iodures alcalins et alcalino-terreux s’obtiennent généralement en faisant réagir l’iode sur les oxydes de ces métaux. Cette réaction donne lieu en même temps à la formation d’iodates.
61 + 6KHO* = SKI -h KIO« + 3H*0*.
Avant d’arriver à ce terme, la solution est jaunâtre, douée de pouvoir décolorant, d’une odeur safranée particulière, et bleuissant l’amidon même en présence d’un grand excès de potasse. On admet qu’elle renferme alors un hypoiodite alcalin IMO^ Cet hypoiodite très-instable se transformerait rapidement en iodure et en iodate (2).