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II. — PROPRIÉTÉS CHIMIQUES

Comme élément chimique, l’iode possède des propriétés trèsremarquables. Quoique très-analogue au chlore et au brôme, corps halogènes, à la famille desquels il appartient, il montre cependant quelques différences très-dignes d'être citées. Son action est beaucoup moins énergique et a même un certain caractère d’originalité. C’est ainsi, pour ne citer qu’un exemple, qu’il ne forme jamais de produits de substitution en réagissant directement sur les corps organiques.

Avant de retracer l’histoire chimique de cet élément, nous croyons indispensable de donner quelques détails sur les phénomènes thermiques qui se produisent dans ses combinaisons.

(1) Comptes rendus de l’Institut, t. 61, p. 993,

Si nous cherchons à comparer les trois éléments, chlore gazeux, brôme liquide, iode solide, nous voyons de suite que cette comparaison ne peut être faite sous la forme qu’ils affectent à la température ordinaire. En effet, d'après Clausius (1), « les gaz diffèrent des liquides

< par la nature et l’énergie du mouvement dont leurs molécules sont

< animées. Les liquides diffèrent des solides de la même manière ; et « ceux-ci, pour se constituer de façon à résister aux actions mécani- « ques qui les sollicitent, n’ônt besoin que de pouvoir orienter leurs « molécules au moment de leur formation et sans doute de fixer ou de « rendre latente à ce moment une certaine quantité de chaleur dépensée € pour ce travail. » L’iode, en se constituant à l’état solide, en groupant ses molécules, a effectué un certain travail pour lequel il a consommé une certaine quantité de chaleur. Afin de lui rendre l’étàt gazeux, c’est-à-dire de restituer à ses molécules l’énergie de leurs mouvements, il est nécessaire de lui rendre de la chaleur. D’après les expériences de M. Berlhelot, une molécule d’iode I* absorbe 6100 calories pour être réduite à l’état de vapeurs (4 volumes), occupant le même volume qu’une molécule de vapeur d’eau.H*0*.

Il résulte de ces faits qu’il est nécessaire de comparer les corps sous le même état, c’est-à-dire à l’état de gaz parfaits et h une température telle que la chaleur développée dans une cômbinàison devienne indépendante de la température. Dans de telles conditions, la quantité de chaleur dégagée est appelée chaleur atomique de combinaison.

Les différences qui séparent l’iode du chlore et du brôme apparaissent dans les composés les plus simples, dans leurs combinaisons avec l’hydrogène, par exemple. Tandis que le chlore se combine facilement avec l’hydrogène, l’acide iodhydrique se décompose sous les plus

faibles influences en hydrogène ét en iode.

Les phénomènes thermiques rendent parfaitement compte de ces différences. ;

D’après les déterminations de M. Berthelet (2), la formiàtion du gaz

(1) H. Deville. — Leçons faites à la Société chimique (1864), p. 19.

(2) Beivthelot. — Annales de physique et de chimie (4), t. 20 p. 463.

iôdhydrique (HI =s= 128 gr., 1 équivalent) vers 200», au moyen des éléments gazeux, dégage de la chaleur représentée par + 800 calories. Sa décomposition, en supposant que l’iode prenne l’état gazeux, absorbe donc une quantité de chaleur égale à — 800 calories. ,

La décomposition du gaz chlorhydrique, en ses éléments gazeux, absorbe environ 23800 calories pour 1 équivalent HCl = 3G gr. 5, soit vers 200* — 24000 calories.

La décomposition du gaz bromhydrique en ses éléments gazeux absorbe 12600 calories pour HBr = 81 gr. vers 200*.

Ces chiffres expliquent pourquoi l’acide iodhydrique gazeux est plus facile à décomposer que les autres hydracides, soit par la lumière, soit par la chaleur, soit par les réactifs. Les moindres changements survenus dans l’état solide, liquide ou gazeux des corps mis en présence de cet hydracide peuvent déterminer une réaction, en fournissant le petit travail positif (800 calories) qui doit être exécuté pour opérer la décomposition de l’acide iodhydrique.

. Ces trois métalloïdes étant toujours sous des états analogues, si on les combine successivement à chacun des métaux, on remarque que la chaleur dégagée par un équivalent de chlore fixé est toujours plus grande que celle que dégage un équivalent de brôme et surtout un équivalent d’iode ; l’ordre des affinités est donc aussi l’ordre calorimétrique. Or, on sait que les composés obtenus avec des éléments comparables sont d’autant plus stables, toutés choses égalés d’ailleurs, que la quantité de châleùr dégagée danS leur formation a été plus gràndé : il en résulte que lès ioilures soni plus faciles à décomposer qtie les chlorures et les brôiriùres correspondants, parce qu’il Ihut dépenser un travail moins considérable pour restituer à leurs éléments l’ênèrgié qù'i les constitue à l’état de liberté. Cependant l’acide iodhydrique attaque en général les conqposés chlorés et brômés, soit minéraux, soit organiques, il en déplace le chlore et le brôme sous forme d’hydracides. C’est' ainsi que sous son influence, les chlorures minéraux, chlorures d’argent, de potassium, etc., sont transformés en iodures avec dégagement de gaz chlorhydrique. Pour comprendre cette action, il faut se rappeler que, dans un syslènije de corps mis en présence, la réaclionqui

se produit est celle dans laquelle la quantité deéhaleur dégagée est la plus considérable Ainsi, le chlbr'üre d’argent est décomposé par l’acide ibdhydrique, parce que la quantité de chaleur dégagée par la formation des deux premiers corps AgCl et HI est inférieure k celle qui se dégage par la production de Agt éX de HCl. C’éstpour la même raison que l’acide iodhydrique transforme le chlorure de potassium en iodure de potassium et en acide chlorhydrique.

AgCl-fHl Agï-l-HCl KClq-Hi a KI+HCl

quantité de chaleur ^ quantité de chaleur quantité de ôhàlèur quantité de chaleur dégagée ■ dégagée produite ^ prodpita

Tous les chlorures sont ainsi transformés en iodures par l’action de cet hydracide excepté le chlorure mercurique HgCl j aussi ce corps estil employé pour opérer la substitution inverse, c’est-à-dire poiir transformer les composés iodés en composés chlorés.

Ces quelques notions de thermochimie nous permettront de comprendre plus facilement l’action particulière exercée par l’Iode et les composés iodés sur les substances organiques, ainsi que la formation des composés iodo-substitués.

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