‹ Étude chimique des fruits du Haronga madagascariensis: Exposé d'une méthode générale pour analyses phytochimiquesChapitre 7 sur 44 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Dans l'Antiquité et au Moyen-âge, alors que la médecine des simples et le traitement par les plantes étaient surtout en honneur, les espèces les plus communes des Hypéricacées ont joui d’une réputation thérapeutique solidement établie.

On ne peut, en effet, ouvrir aucun des ouvrages anciens traitant de la matière médicale sans y trouver des notices très élogieuses sur les vertus de ces plantes ; elles étaient utilisées surtout comme diurétiques, emménagogues, fébrifuges et vulnéraires.

A cette famille des Hypéricacées appartient le « Haronga » (Haronga Madagascarensis Choisy) qui est universellement employé depuis des siècles, dans la médecine populaire, surtout par les habitants de Madagascar.

Nous avons jugé bon de citer quelques articles parus dans la littérature au sujet du Haronga et de son usage thérapeutique.

Dans les Annales de l’Institut colonial de Marseille,‘) nous lisons la communication suivante : Son nom vulgaire est « Harongana à Madagascar » où il est très répandu. On Île trouve aussi aux Mascareignes, à l’île Maurice, mais il n’existe pas à l’île Bourbon. On le rencontre encore au Gabon : il y est appelé vulgairement « Ogina-Gina » ou « Guttier du Gabon ».

Il laisse exsuder de son tronc un suc jaune rougeâtre que les Malgaches nomment « Ditin-Harongana » mais ils n’en font pas grand usage, tandis que l'écorce leur sert à préparer une matière colorante jaune ou rouge, et un remède contre la gale, ou du moins la dermatose qu'ils appellent ainsi, et qui serait parait-il un eczéma.

Nous avons pu examiner récemment ce produit résineux de Haronga que nous devons à l'extrême obligeance de M. VANKEIRSLBICK, Directeur du Jardin botanique des Pamplemousses à Maurice. Nous ne disposions que d’un seul morceau pesant trente grammes, noir à la surface, mais de coloration brune au centre, et contenant de nombreux fragments d’écorce.

1) Annales de l’Institut colonial de Marseille (1899), 7° année 6e volume, page 259.

Avec l’eau cette substance donnait une solution d’un beau jaune. En épuisant le produit successivement par l’eau et par l’acétone, nous nous sommes assuré qu’il se composait de 8% d’une résine noire ayant l'aspect d’une laque, et d’une matière colorante jaune qui était entraînée en partie avec la gomme et en partie également avec la résine. La proportion d’impuretés était de 3% environ.

Dans les Annales du Musée colonial de Marseille ') on a écrit sur le Haronga l’article suivant : « Les feuilles de ce végétal sont réputées fébrifuges, emménagogues, anticatarrhales, détersives, on les emploie aussi contre les angines. La tige et les racines renferment dans l’écorce primaire, le bois et la moelle (d’après VAN TIEGHEM), des canaux secréteurs d’où l’on peut extraire, mais en petite quantité, une substance d’un rouge brique, devenant rouge de sang au contact de l'air, et que l’on a comparé à tort au sang-dragon fourni par certaines espèces de Dracæna et de Stenocarpus : c’est la gomme-résine d’Haronga. Ce produit exsude naturellement du tronc ?) et les Malgaches le nomment « Ditintraronga » : il a été étudié par le Docteur HUBERT JAcoB de CORDEMOY dans ses belles recherches sur les gommes, les résines et gommes-résines des colonies françaises.

C’est la gomme-résine qui est la partie active de la plante ; elle se retrouve dans les feuilles. Les Malgaches utilisent cette gomme-résine fraîche contre les dartres, l’eczéma et autres maladies de la peau. Ils l’emploient fraîche parce qu’elle durcit en vieillissant. C’est avec cette résine et du suif que les Tanal confectionnent leur « Mena-diaharatra », onguent employé contre la gale (ou du moins, la dermatose appelée de ce nom), et contre les maladies du cuir chevelu ou de la peau.

Cet onguent est très en vogue à Madagascar. En Imerina, les feuilles sont pilées et employées comme cataplasme contre la gale (?) ; prises en décoction, elles servent contre la dysenterie et la diarrhée.

1) Annales du Musée colonial de Marseille (1910), 18: année, 2: série 8° vol., page 64.

2?) C’est peut-être de cet arbre que parle FLACOURT, quandil dit dans son histoire de la grande île de Madagascar qu’un arbre grand comme un noyer, « jette le sang de son écorce quand il est piqué, ni plus ni moins qu’un homme». Toutefois, cet arbre n’atteint jamais les dimensions de notre noyer.

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Chez les Betsiléo, les feuilles sont mêlées à celles de Tsimandra (Ethulia conizoides L.), pilées et séchées au soleil, puis employées comme remède contre la gale (?), en les appliquant sur les parties malades (R. BARON).

La décoction des feuilles est usitée en tisane contre les fièvres rebelles, la tuberculose pulmonaire, l’aménorrhée, la gonorrhée et la dysentérie par atonie intestinale.)

Les malades soumis au traitement du Haronga (usage interne) sont extrêmement sensibles au froid, éprouvent de l’insomnie, recherchent la chaleur et sentent leurs facultés intellectuelles notablement surexcitées, tandis qu'il se produit des exanthèmes sur la peau. (« Observations et expériences personnelles de R. DURSAP ».)

WALTER BUSSE *) dans une communication raconte que l'écorce de l’arbuste secrète un latex jaune, qui à l’état desséché correspondrait à la gomme-gutte.

« The Paris Exhibition »*) signale que l'écorce et les feuilles nommées « Ogina-Gina » sont employées en fumigations contre les fistules.

S. THOMME ‘) indique quele décocté des racines du Haronga est fortement purgatif et que les branches sont utilisées contre la fièvre.

Enfin, nous ajouterons une petite note ) relatant que le Haronga exsude de son tronc un suc résineux rouge, utilisé à Baber et à Gazal, pour coller le fer au bois de la flèche. »

Voilà ce que nous trouvons dans la littérature au sujet du Haronga, de son usage thérapeutique et des recherches chimiques qu’il suscita. Ces dernières, en particulier, sont peu développées : il s’agit principalement d’un traitement très simple du suc résineux exsudant du tronc. Les nombreux

‘) Le Docteur RamiisiRAY, dans sa Thèse (page 24), cite l'emploi de cette plante contre cette affection, en infusion et décoction.

2) Ber. Pharm. Ges. (1901) 10, page 413.

3) The Pharm. Journal and Transaction (1878), page 44.

4) Ber. Pharm. Ges. (1897) 7, page 354.

5) Der Tropenpflanzer, Zeitschrift für tropische Landwirtschaft (1911) 15, page 217.

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usages médicaux des différentes parties de cette plante font supposer l'existence de substances organiques et inorganiques ayant une certaines action sur l’organisme.

A notre connaissance, les fruits n’ont fait l’objet d’aucune étude.

Nous avons eu la chance d’en recevoir une notable quantité provenant du « Haronga de Guinée Française ».

Avec ces fruits, qui sont loin d’être la partie la moins importante de la plante, nous avons fait une série de recherches afin de déterminer quels sont les corps qui entrent dans leur composition.

Quand il s’agit d'étudier la composition chimique des végétaux, on pense avant tout à la présence ou à l’absence des alcaloïdes et glucosides possibles. Ces corps en général possèdent, on le sait, une activité très grande sur l’organisme et c’est à eux qu'est due l'efficacité d’un grand nombre de drogues.

La Chimie moderne permet, au moyen d'analyses assez simples, de déceler la présence de ces corps importants. En ce qui concerne les fruits de Haronga, nous avons donc commencé notre étude par la recherche des alcaloïdes et glucosides.

Mais nos analyses nous ont montré que la présence des substances actives dans cette partie de la plante doit être considérée comme improbable.

L'autre part, nous avons vu, à la suite de nos recherches, qu'il se trouve dans les fruits un grand nombre de corps organiques et inorganiques, plus ou moins intéressants.

Ce fait nous a amené à modifier quelque peu nos projets primitifs : au lieu de nous attacher à l'identification et à la séparation des corps de groupements définis, nous avons essayé de créer une méthode systématique applicable dans la plupart des cas, lorsqu'il s’agit d’une analyse phytochimique complète.

Les fruits de Haronga avec leur richesse en corps variés formaient pour une telle étude une matière excellente.

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L'étude de la composition chimique des végétaux, dite «Phytochimie », ne date pas d'hier ; depuis fort longtemps, au contraire, l'homme a cherché à pénétrer la nature de leurs

principes, mû par ce légitime désir de connaître et de comprendre ce qu’on trouve à la base de toute science et qui a engendré tout d’abord les Sciences naturelles.

Bien qu'un grand nombre de Chimistes se soient, depuis des siècles, occupés des problèmes phytochimiques, c’est plutôt « l’Académie des Sciences de Paris », qui en l’an 1666, quelques années après sa fondation, publiait la première méthode systématique sur les études de la composition chimique des végétaux.

Plus tard, c’est bien celui qu’on peut nommer l'inventeur de Oxygène : C. W. ScHEELE (1742-1786), qui fut le vrai Père de la Phytochimie. Ce sagace Pharmacien Suédois fut le premier Chimiste qui isola l'acide tartrique, l'acide gallotanique, etc., et entre autres corps obtint l’acide oxalique, ainsi que l’acide benzoïque, l’acide malique, l'acide citrique, etc., chimiquement purs. Au début, les différentes méthodes de SCHEELE furent peu appréciées car, semblait-il, leur mise en œuvre était difficile.

Pour le développement ultérieur de la chimie des plantes la découverte du premier alcaloïde : la morphine, par le Pharmacièen ADAM SERTÜRNER à Einbeck, en 1811, fut d’une importance considérable. A la suite de son travail remarquable, le prix « Montyon de l’Académie de Paris » lui fut décerné avec le motif suivant : « Pour avoir reconnu la nature alcaline de la morphine et avoir ainsi ouvert une voie, qui a produit de grandes découvertes médicales ».

A partir de ce moment les découvertes des nouveaux alcaloïdes se succédèrent en même temps que le développement des méthodes et l'isolement des autres corps organiques dans le règne végétal faisaient de grands progrès.

Dans les temps modernes, la phytochimie fut un peu délaissée et la passion des chercheurs se porta plutôt sur les synthèses organiques. Pourtant, si on l’envisage suivant la conception moderne, la chimie végétale est d’origine récente: C’est qu’en effet il ne s’agit plus maintenant de retirer d’une plante des principes extractifs plus ou moins vagues et complexes, des corps amorphes plus où moins purs, mais au contraire, des corps purs, cristallisés possédant une formule chimique.

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Or, des obstacles multiples et toujours imprévus surgissent, car il est bien difficile dans cette branche de la chimie d'appliquer les méthodes générales, et l’on n'obtient souvent que des rendements extrêmement faibles, parfois presque nuls, comme si la nature s'obstinait à garder son secret. Enfin, l’incertitude des formules est toujours plus grande dans lanalyse que dans la synthèse, aussi les difficultés sont-elles plus laborieuses à résoudre.

Les méthodes que nous avons employées et coordonnées en vue d’une analyse Phytochimique complète des fruits du Haronga, ont été en partie soigneusement choisies dans la littérature chimique des différents pays et en partie créées par nous.

À cause de l’ampleur du sujet, il ne nous a pas été permis malheureusement de pousser nos recherches aussi loin que nous le désirions. Ayant en effet isolé une trentaine de corps plus ou moins complexes, il nous était difficile de nous appesantir longuement sur chacun d’eux. C’est ainsi que le dosage des différentes substances eût été intéressant, mais dépassait le cadre de ce travail, pour lequel un temps limité nous était donné.

Nous avons divisé notre étude en 3 parties :

Dans la première, nous faisons une description Botanique du Haronga ;

la Deuxième est consacrée à son étude chimique ;

Ja Troisième contient les conclusions.

CACÉES.

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