‹ Étude clinique de la chute du cordon ombilicalChapitre 24 sur 42 · OT EE · texte numérisé non relu

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Ils sont nuisibles : car ils entretiennent, eux aussi, l’humidité du cordon, et à la clinique Baudelocque, où les bains

ont élé supprimés, nous remarquons tous combien le cordon

se dessèche régulièrement, noircit et finit par tomber à l’état

d’une petite lamelle cornée, aplatie, qui ne laisse après elle ni bourgeon, ni suppuration, ni plaie d'aucune sorte. »

Et en 1897 Bastard entreprend à la clinique Baudelocque une série de 220 observations, dans le but d’étudier l’action des bains. Les résultats qu’il expose dans sa thèse sont les suivants : La date moyenne de la chute correspond à 5 jours, 4 pour les enfants non baignés et à 7 jours 5 pour les enfants baignés, soit un retard de plus de 2 jours causé par le bain (durée 4 minutes, température 34 à 35°, 110 enfants baignés ; on s’est « borné à indiquer le jour dela chute du cordon, pensant qu’une évaluation en heures ne pouvait être que bien approximative, puisque ce n’est qu'au moment du change de lenfant qu’on constate si le cordon est ou n’est pas détaché, et qu'il n’est, par conséquent, pas possible de noter rigoureusement l'heure à laquelle il se sépare complètement »). Non seulement lachute est retardée dans les 110 cas de baignés, mais les accidents, légers il est vrai, sont plus fréquents, 21 au lieu de 7 seulement chez les enfants non baignés. Aussi ne sommes-nous pas étonné de lire cette conclusion : « On ne doit pas baigner les nouveau-nés jusqu’à cicatrisation complète de la plaie ombilicale » (4).

La même année, dans deux articles parus l’un en mai, l'autre en juin-juillet, Paquy (2), traitant de la ligature et du

(1) Basrano, Contribution à l'étude du traitement du cordon ombilical

après la naissance. Action des Bains, thèse de Paris, 1897. (2) Paquy (E.), De la ligature et du pansement du cordon ombilical],

Revue pratique d’obstétrique et de pédiatrie, 1897.

SNL pansement du cordon ombilical, met la question au point et, s'appuyant d’une part sur des raisons théoriques, d'autre part sur les expériences de Bastard, il conclut, en faveur du pansement sec et de l’abstention des bains avant la chute du cordon.

Enfin, dans une thèse parue à peu près à la même époque, le 24 juillet 1897, Peaudecerf (1) traitant d'une nouvelle méthode de stricture du cordon, publie une statistique de 100 cas dans lesquels il à employé concurremment avec son procédé de ligature, le pansement sec antiseptique, sans bain. Il faut ajouter qu'il n’a voulu faire aucune distinction de poids, ni d'âge de grossesse et que un certain nombre de faits concernent des enfants prématurés. « Et cependant, ajoute-t-il, on ne saurait trouver dans ces cent observations un seul cas d’infection ayant eu l'ombilic pour origine. » Or, dans sa première observation, nous lisons ceci : « 3 juin, chute du moignon qui cède à une traction légère. Un peu d’œdème ombilical très superficiel. Pas de température. 4 juin, œdème persiste... » Nous notons d’ailleurs 13 ulcérations pour 100 du fond de l'ombilic. Quant à la chute, elle a eu lieu 61 fois avant le 5e jour, 28 fois le 5° jour, 41 fois le 6°. Mais il ne fixe pas le jour à l’aide du calcul des heures écoulées depuis la naissance et d'ailleurs il tire sur le cordon.

Nous apprécions maintenant toute la valeur du conseil que M. Pinard nous a donné, en nous chargeant de ce travail : «Ne lisez rien, observez soigneusement, et vous nousdirez ce que Vous avez vu ». Sans cette précaution nous aurions cru, à tout moment, ou mal voir ou nous trouver en face

(1) PEauDEcERr, Des soins à apporter au cordon ombilical chez le nouveau-né, nouvelle méthode de stricture du cordon, Thèse de Paris, 1897,

d une exception. Mais nous pouvons maintenant, sans nous laisser influencer par les assertions contraires, mais aussi sans les discuter, y chercher, avant de conclure, ce qui confirme notre thèse.

La nécessité absolue d’un pansement antiseptique nous paraîl indiscutable. La supériorité du pansement sec est également établie par les faits. Est-ce à dire pour cela que le bain quotidien doive être logiquement supprimé ? Nous ne le pensons pas, parce que nous ne croyons pas qu’on puisse assimiler à un pansement humide un bain d’une durée de 3 minutes au maximum, donné une seule fois par jour. Et de fait nous ne voyons pas que le bain ait retardé en général la chute du cordon, au contraire. Autrement dit l'influence mécanique, ou si l’on veut, purement physique du bain sur la chute du cordon ne nous paraît pas prouvée. Est-il sûr d’ailleurs que le cordon tombe parce qu’il est sec? Ce phénomène de la chute du cordon que Depaul range dans la pathologie du nouveau-né (1) parce qu'il le considère comme la suite d’un « travail pathologique » et que l’on est arrivé à considérer comme un phénomène purement physique n’aurait-il donc rien de physiologique ? Cependant dans sa thèse, en 1893, Cobilovici décrivantle mécanisme qui préside à l'élimination du cordon s’exprime ainsi (2): « À mesure que l’épithélium couvre la surface de la plaie ombilicale, la continuité qui existait entre les tissus vivants ct le cordon mortifié cesse ». Cette cicatrisation marche de la périphérie au centre. Nous adoptons sans réserve cette manière de voir ; nous avons vu

(4) Depauz, Dict. encycl., Art. « Nouveau-né », Ch. IT, p. 540.

(2) CosiLovicr, Contribution à l'étude des infections ombilicales chez le nouveau-né, Th. Paris, 1893, p. 19.

HÉRETeS

le cordon entièrement desséché persister cependant ; peutètre à l’aide de légères tractions l’aurions-nous facilement détaché: mais nous aurions sûrement créé une solution de continuité là où il n’y en avait pas encore et nous aurions obtenu une surface, si petite qu’elle eût été, non recouverte encore d’épithélium. Il y a eschare, soit, mais c’est l'organisme de l'enfant qui doit procéder à l'élimination de l’eschare : notre rôle doit se borner à préserver cette élimination de tous les agents infectieux.

Est-ce que les bains doivent être supprimés à ce titre ? «Ils sont dangereux, répond sans hésitation Bouffe de St-Blaise, car les chirurgiens savent combien il est défendu de baigner une plaie, quelle qu’elle soit,dans un bain ordinaire général. Est-ce que la plaie ombilicale diffère d’une autre ? (1) » Le pansement sec à l'ouate biiodurée est antiseptique, mais on ne peut contester qu'il ÿ a loin du pansement à demeure que le chirurgien place sur une plaie aseptique à ce pansement simple, renouvelé au moins 2 fois par jour, et parfois souillé par l’urine et les matières fécales ; il suffit cependant à protéger d’une façon efficace la plaie contre les infections. Pourquoi le bain donné avec soin, dans une baignoire propre exposerait-il à plus de danger ? Théoriquement il est une occasion d'infection. Pas plus sans doute que le linge dont on enveloppe l'enfant et avec lequel la région ombilicale est parfois en contact. Comme on ne peut éviter absolument ce contact, on prend la précaution de stériliser le linge à l’étuve. Serait-il beaucoup plus difficile et plus long de faire bouillir l’eau du bain ? Mais il faut bien le dire, cela n’est même pas

(1) Bourre pe Sr-BLaise, loco citato.

PRE Ty (a

nécessaire en temps ordinaire : les enfants que nous avons observés recevaient un bain simple, tel qu’il est en usage, avons-nous dit, à peu près partout ; nos observations sont cliniques. ce ne sont pas des expériences de laboratoire ; nous n'avons astreint les nourrices à aucun soin exceptionnel; nous avons simplement veillé à ce que, en notre présence du moins, elles ne commettent aucune faute contre l’asepsie qui leur est enseignée et rendue obligatoire. Or les deux robinets, qui servent à remplir la baignoire, donnent l’un de l’eau chaude qui a bouilli, l’autre de l’eau froide qui est de l’eau de Seine. Et cependant nos résultats n'ont rien d’alarmant.

Que faut-il conclure ? Nous croyons sincèrement que nos résultats, supérieurs aux résullats précédemment acquis, à tel point qu'ils semblent contraires, sont dus à ce que l’asepsie est entrée dans les habitudes courantes du personnel même secondaire. Les nourrices sont plus propres, au vrai sens du mot ; voilà sans doute le secret de notre succès avec le bain. Cette méthode, qui ne paraissait pas mauvaise à Depaul, n’a pas perdu de sa valeur après l’avènement de lantisepsie ; elle est même susceptible de se perfectionner par l'emploi de l’eau bouillie.

Assuré, par les faits, de l'avantage du bain quotidien, nous pouvons donc supprimer les derniers risques qu'il fait courir en recommandant :

4° d'employer de l’eau bouillie.

2° de sécher le cordon après le bain avec un peu d'ouate hydrophile (absolument comme on sèche le reste du corps avec un linge stérilisé). Cette dernière pratique aura le double avantage d'empêcher l’ouate du pansement d’adhérer ensuite au cordon comme cela arrive souvent, et de laisser par

suite un pansement absolument sec.

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