INTRODUCTION
Sous le nom de gynécomastie (ywi — femme, macrtés — mamelle) on désigne une malformation caractérisée par une hypertrophie d’une ou deux glandes mammaires chez l’homme.
La gynécomastie est connue depuis la plus haute antiquité. Paul D’EGINE, en effet, ARISTOTE, ALBUCA- SIS, GALÈNE et PARACELSE nous parlent déjà de cette si curieuse malformation. PLINE L'ANCIEN fait même allusion à certaines races africaines qui avaient une mamelle femelle d’un côté et une mamelle mâle de l’autre.
Comme en témoignent maintes statues conservées dans les musées d'Europe, la gynécomastie était déjà connue des Anciens. Les artistes grecs représentent les eynécomastes sous les formes les plus propres à exprimer la beauté, leurs sujets réunissant la perfection corporelle de deux sexes. Les uns, comme l’hermaphrodite du Musée Britannique de Londres, celui du Musée Royal de Stockholm, celui de la Galerie Royale de Florence et celui du Musée Borghèse de Rome, ont surtout des formes féminines, et, n’était la présence d’attribus virils, on croirait se trouver en présence de femmes. D’autres, comme le « torso di Marte » du Musée National de Naples, l’Apollon, mis à jour dans les fouilles de Delphes, et qui est un spécimen de l’art grec au
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sixième siècle avant J.-C., deux Apollons de style étrusque, un Jupiter également étrusque, trois Mars et un vieux Sylène qui figurent au Musée du Louvre, présentent une anatomie masculine agrémentée de seins opulents. Déjà on-avait noté la coïncidence tantôt de testi- “iles normaux, tantôt d’une atrophie de l’appareil sexuel mâle, ce qui prouve bien, que les Anciens étaient aussi bons observateurs que nous. Cependant, il faudrait supposer que, dans beaucoup de cas, il s’agit plutôt d’une convention artistique que des reproductions des modèles gynécomastes.
Les hypertrophies mammaires chez l’homme ne paraissent pas avoir retenu l'attention des médecins avant le dix-huitième siècle. Le premier cas bien étudié fut publié par RÉNAUDIN, en 1797. À la même époque, un médecin allemand, PorycarPus FRIEDRICH SCHABER, publie un travail intitulé : « De lactae virorum et virginorum », dans lequel il relate quelques cas de gynécomastie avec sécrétion lactée. VILLENEUVE consacra à cette anomalie un article dans le « Dictionnaire en 60 volumes »; sa nature fut discutée dans les thèses de concours de NÉLATON, d'HORTELOUP, et dans un mémoire de LEREBOULLET; les thèses d’'OLPHAN, Lau- RENT et SCHAUMANN lui ont été consacrées. Depuis lors, de nombreux iravaux ont été publiés en France et à l'étranger et les observations de gynécomastie posttraumatique, consécutive aux blessures de guerre, de gynécomastie en rapport avec les tumeurs génitales et extragénitales, et plus récemment les observations des auteurs italiens et allemands de gynécomastie en rapport avec la cirrhose du foie, sont venues compléter
l'étude de cette curieuse anomalie. Mais malgré l’évolution de l’endocrinologie et de la physiologie et pathologie sexuelle, il règne encore une grande divergence d'opinions sur l’étiologie et la pathogénie de la gynécomastie, qui restent encore inexpliquées.
Cette anomalie, qui est assez rare, offre peu d’intérêt pratique pour la clinique. Ce sont surtout les considérations théoriques du problème de la gynécomastie qui présentent un grand intérêt pour la biologie. La solution dé ce problème pourrait permettre d’expliquer bien des questions de la physio-pathologie seruelle. ; er
Au cours de ce travail, qui nous a été inspiré par notre Maître, le Professeur BINET, à la suite d’une intéressante observation de gynécomastie unilatérale, uous nous proposons de faire la description clinique, l'étude de Pétiologie, de la pathogénie et du traitement de cette intéressante anomalie; en illustrant les données théoriques par quelques observations.