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Les aspects cliniques des méningites morbilleuses.
De toutes les observations que nous venons de donner, peut-on déduire certains caractères particuliers des méningites morbilleuses ?
… Il nous semble, en premier lieu, qu’il convient de distinguer les méningites pures et les méningo-encéphalites.
1° Nous aurons tout d’abord en vue les méningo-encéphalites. C’est-ainsi que dans l’observation n° 10 de BoïssE- RIE, LAGROIX et MALAPLATE, on constate, outre l’existence de signes méningitiques, de la diplopie et du strasbisme interne. La convalescence est longue. Quand l’enfant commence à se lever, il éprouve quelques difficultés à la marche. En outre, il peut difficilement tenir sa tête droite, les mouvements de ses bras sont exécutés de manière défectueuse. Examiné durant sa convalescence, on constate que «la station debout et la marche sont impossibles lorsque l’enfant n’est pas soutenu sous les épaules ; il s’appuie très mal sur ses membres inférieurs, surtout sur le membre inférieur gauche ; démarche ébrieuse, steppe du pied gauche, fauche légèrement du membre inférieur droit ».
Plus souvent que les manifestations encéphalitiques, on constate un syndrome mental. C’est le cas de l'observation n° 1, de SEGLAs, où la malade se trouvait dans un état de confusion mentale permanent entrecoupé de paroxysmes très courts, avec délire et agitation anxieuse. Tel est également le cas de l’observation n° 3, de LAGALLE. Ici on note un délire qui a duré pendant six jours environ.
G.-A, Bloch 3
LRO
La deuxième observation de LAGALLE (observation n° 4) est identique: On trouve ici du délire avec des hallucinations.
Dans tous les cas, les troubles psychiques ont régressé sans séquelles.
Dans l'observation n° 11, de PÉHu et M LAMBERT, on trouve une torpeur et une prostration considérables.
Dans ces différentes observations, non seulement on note un syndrome méningé, mais également des phénomènes
encéphalitiques se présentant le plus souvent sous la forme d’un syndrome mental.
2° Le plus généralement, les méningites morbilleuses sont des méningites pures, sans autres symptômes associés. Il s’agit habituellement d’un syndrome méningé violent, apparaissant le plus souvent vers le quatrième ou cinquième jour,
évoluant en quelques jours vers la guérison, et cela sans séquelles.
Quels sont les caractères de ces méningites morbilleuses ?
La notion de terrain ne sembie pas pouvoir expliquer l’apparition des méningites au cours de la rougeole. Il s’agit en effet le plus souvent de sujets sans aucun antécédent pathologique. Dans notre observation personnelle, il s'agissait d’un enfant jusque-là très bien portant, d’une constitution très saine.
Dans les autres observations que nous avons citées, on ne trouve aucune maladie grave antérieure. Pas de déficience
de l’organisme, pas de tares attirant spécialement. l’attention du côté du système nerveux.
Existe-t-il un rapport entre l'apparition de la méningite et l'intensité de la rougeole ?
À cette question, on peut répondre que non. En effet, il s’agit le plus souvent de rougeole banale, sans aucune gra: vité particulière, et souvent même l’éruption est plutôt fruste.
La notion d’âge n’a également aucune importance. La mé-
AO
ningite morbilleuse survient aussi bien chez l'enfant que chez l’adulte.
Peut-on prévoir, à la période d’invasion, l'apparition de la méningite ?
D’après les différentes observations citées, il semble bien que rien ne permette d’attirer l’attention. Jamais le malade n’a présenté de symptômes nerveux, même légers.
Le début de la période d’éruption est tout à fait normal. L’éruption apparaît, elle se développe normalement, elle tend à décroître, la température baisse, c’est à ce moment-là, le plus souvent, que l’on note une poussée fébrile. Le début de la méningite est parfois plus précoce. C’est le cas de l’observation n° 9 du D' Marre, où le début a lieu vers le deuxième jour. Parfois, au contraire, elle peut être d’apparition plus tardive.
Outre la poussée thermique, le début de la méningite morbilleuse est annoncé par quelques autres signes fonctionnels. Bien souvent c’est la céphalée, ou encore quelques nausées. Parfois c’est l'existence de douleurs au niveau de la nuque.
Mais ce qui est assez spécial à la méningite morbilleuse, c’est la constitution extrêmement rapide du syndrome méningé. L'installation se fait généralement en une journée. Cependant, parfois, le début est plus lent. C’est ainsi que dans l’observation n° 7 (DENECHAUX) les signes méningés n’ont fait leur apparition qu’en quelques jours seulement.
Les signes méningés non seulement ont un début brusque, mais présentent une grande intensité.
Les signes fonctionnels sont toujours très marqués. La céphalée est intense, la douleur au niveau de la nuque est bien souvent pénible. Par contre, les vomissements répétés sont plutôt rares, la photophobie semble assez fréquente.
Quant aux signes généraux, on constate une température élevée, généralement à 39°5, 40°, parfois même 41°. Le pouls est plutôt ralenti : dans notre observation, un pouls à 80 pour une température à 40°. Une telle dissociation est également rencontrée dans l’observation de G. LAROCHE, et
ED
même encore plus intense, puisque pour une température à 40° le pouls battait-à 60.
Au point de vue physique, un signe est constant, c’est la raideur de la nuque. Le signe de Kernig est presque constant. On note avec une inégale fréquence, de l’hyperesthésie cutanée, une inégalité pupillaire, la rétention d’urine ; dans un cas, on signale du nystagmus.
On voit donc qu’il s’agit d’un tableau des plus nets de
méningite, et l’on conçoit que l’on hésite à poser un pronos-,
tic favorable.
L'étude du liquide céphalo-rachidien permet-elle de faire le diagnostic ?
Le plus généralement, le liquide céphalo-rachidien est limpide ; cependant, dans l’observation de LEMIERRE eû de G. LAROCHE, le liquide avait un aspect purulent.
La formule du liquide céphalo-rachidien est une formule banale de réaction méningée, à prédominance lymphocytaire. On ne peut donc baser le diagnostic sur la ponction lombaire. :
Au point de vue chimique, on note de l’hyper-albuminose : 0 gr. 50 à 1 gr. Le taux des chlorures semble plutôt abaissé. Quant au glucose, il semble se trouver en quantité à peu près normale : 0 gr. 45 à 0 gr. 60.
Au point de vue cytologique, il s’agit d’une réaction à prédominance de mononucléaires. Cependant, signalons que dans deux observations (observations de G. LAROCHE et de MARRE) on a noté l'existence de polynucléaires. Il faut remarquer que cette polynueléose fut d'apparition précoce mais disparut rapidement. Ce sont les lymphocytes qui prédominent nettement. Souvent même ils existent seuls. Cependant, dans certains cas, ce sont les grands mononucléaires qui sont les plus nombreux.
Comment vont évoluer ces modifications du liquide céphalo-rachidien ?
On constate que, très rapidement; les modifications chi-
rs
Lu rex
miques régressent. Le taux de l’albumine redevient normal. Du point de vue cytologique, s’il existait des mononucléaires, ceux-ci disparaissent rapidement. En tout cas, le taux de la Iymphocytose diminue. On peut dire que lorsque la température est redevenue normale, le liquide céphalo-rachidien ne présente plus rien de pathologique. Cette évolution du liquide céphalo-rachidien n’est pas constante, puisque dans l'observation de G. LAROCHE, où l’on pratiqua plusieurs ponctions lombaires, on constata une augmentation progressive des éléments.
On voit donc que l’étude du liquide céphalo-rachidien ne permet pas de poser le diagnostic de méningite morbilleuse.
Ce diagnostic est essentiellement un diagnostic d’évolution.
En effet, très rapidement, tout rentre dans l’ordre, en général au bout de cinq jours, parfois plus précocement en trois jours ou au contraire seulement en deux semaines. On voit la céphalée disparaître, la raideur de la nuque et le signe de Kernig régresser, le malade ne présente plus de nausées, la température diminue progressivement, le pouls tend à redevenir normal. Le malade entre en convalescence, convalescence qui est brève le plus généralement.
Nous avons vu, dans l’observation n° 10, l’existence de séquelles d’ordre moteur, qui d’ailleurs ont tendance à régresser.
Avec une réserve pour le cas de méningo-encéphalite, on peut donc dire que le pronostic est généralement essentiellement favorable.