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Introduction
Nous avons eu l’occasion d’observer récemment un cas de méningite morbilleuse. Il nous a paru intéressant d’étudier les réactions méningées de la rougeole (à cause de leur relative rareté) ; d’en préciser les aspects cliniques, les éléments de diagnostic, et enfin le pronostic.
Il convient tout d’abord de limiter exactement le cadre de ce travail.
Notre intention n’est pas d'étudier ici les méningites qui surviennent au cours d’une rougeole, méningites relevant d’une complication. Par conséquent, nous n’envisagerons pas la méningite cérébro-spinale consécutive à la rougeole, ni les méningites otitiques. Nous rappellerons à ce propos, que l’otite causale peut passer inaperçue, et cela tout particulièrement chez le jeune enfant et le nourrisson. Nous n’aurons pas en vue également, les réactions méningées que lon peut rencontrer au cours d’une pneumonie ou d’une bronchopneumonie. Les méningites tuberculeuses, secondaires à la rougeole, ne font pas davantage partie du cadre de cette étude.
Notre but est d'étudier uniquement les méningites morbilleuses proprement dites. Il s’agit de méningites d’origine générale, qui apparaissent pendant Pévolution d’une rougeole normale, méningites d'évolution favorable guérissant sans séquelles.
G.-A. Bloch Est
PU
L'étude des méningites morbilleuses nous semble intéressante à plusieurs points de vue.
Nous avons déjà mentionné sa relative rareté. Elle nous semble également intéressante à cause des considérations qu’elle suggère à propos des méningites aiguës, à liquide clair, de nature indéterminée. On peut, peut-être, en effet, se demander si certaines méningites morbilleuses ne sont pas capables d’apparaître au cours d’une rougeole fruste, passant inaperçue.
La question se pose alors de savoir s’il ne conviendrait pas de faire une place assez importante aux méningites morbilleuses dans le cadre nosologique de ces états méningés à lymphocytes curables.
Depuis quelques années, ces méningites à lymphocytes ont donné lieu à de nombreuses études. Plusieurs maladies infectieuses semblent capables de déterminer de pareillès modifications du liquide céphalo-rachidien tels les oreillons, le zona, l’herpès, ia spirochétose hémorragique, la poliomyélite, l’encéphalite.
IL est certain que la rougeole s’accompagne rarement de complications nerveuses. Cependant plusieurs observations ont été publiées de méningites morbilleuses. Peut-être est-il des cas où la rougeole proprement dite passe inaperçue. Il semble en tous cas que la méningite puisse être le fait primitif. Tel est le cas signalé par le Professeur ARNOZAN (signalé dans thèse E. Guinard, Paris, 1934). Il s’agissait d’un jeune enfant qui présentait tous les symptômes d’une méningite tuberculeuse. Au bout de quelques jours tous les symptômes régressèrent en même temps que s’installait une éruption très caractéristique.
Enfin, cette étude présente un autre intérêt, intérêt d'ordre pathogénique. Les méningites morbilleuses sont-elles dues directement au virus de la rougeole ? Pour certains auteurs, il convient de faire intervenir un même virus neurotrope pour expliquer les réactions méningées au cours de toutes les maladies infectieuses ; ce virus neurotrope vivrait en
ETS
saprophyte dans l’organisme et verrait sa virulence exaltée par l’apparition d’un exanthème.
Nous allons tout d’abord exposer le cas personnel que nous avons eu l’occasion d'observer. Nous nous proposons ensuite de faire l’étude historique de ces méningites morbilleuses. Partant de ces différentes observations nous essaierons de dégager quels en sont les différents aspects cliniques, quels sont les différents éléments de diagnostic.
Observation personnelle d’une méningite morbilleuse.
Nous avons eu l’occasion de constater en mai 1934, chez un enfant atteint de rougeole un état méningé aigu avec liquide céphalo-rachidien clair.
Il s’agit d’un enfant de 9 ans, que l’on voit la première fois le 12 mai. Il a de la fièvre, un catharre oculo-nasal assez marqüé ; on trouve quelques taches de Koplik tout à fait caractéristiques, qui permettent de poser aussitôt le diagnostic de rougeole. L’éruption cutanée fait son apparition, la rougeole évolue normalement, la température tombe progressivement ; le malade était à peu près apyrétique le 18 mai, lorsque le lendemain, la fièvre remonte assez brusquement à 3808.
À l’examen, le petit malade est assez prostré. Du côté de l’appareil respiratoire, on trouve à peine quelques râles légers qui ne peuvent expliquer la réascension de la température. Le lendemain, celle-ci atteint 39°, l’enfant est assez fatigué, les traits sont tirés, la langue est sèche, mais surtout il se plaint de la tête. Il a quelques nausées sans vomissements véritables. On note quelques mâchonnements. La recherche de la raideur de la nuque est positive. L'enfant ne peut fléchir la tête et d’ailleurs toute tentative cause de violentes douleurs. Le signe de Kernig est net, les pupilles sont inégales, la raie blanche de Sergent est facile à mettre en évidence. Les réflexes tendineux sont normaux, il n’y a pas de rétention d’urine.
Une ponction lombaire pratiquée retire un liquide céphalorachidien clair, s’écoulant facilement en gouttes pressées. Un examen des oreilles montre l'intégrité du tympan.