OBS
Le 20 mai, l’état général de l'enfant était assez grave. Celui-ci ne répondait plus aux questions qu’on lui posait, la température était à 39°4, le pouls régulier battait à 80.
Le lendemain, on constatait une modification complète du tableau clinique, le faciès du malade était complètement changé, l’enfant semblait plus éveillé, le signe de Kernig diminué, de même que la raideur de la nuque.
Le malade entre alors en convalescence, convalescence qui fut d’ailleurs ‘assez longue, l'enfant restant assez fatigué.
La ponction lombaire montrait un taux d’albumine à 0 gr. 80, le dosage du glucose 0 gr. 55.
L'examen cytologique révèle une forte lymphocytose, plus de 500 éléments par mme. pas de polynucléaires.
L'examen bactériologique montre l’absence de tout microbe.
L’examen biologique donne les résultats suivants :
1° B.-W. négatif ;
2° Réaction au benjoin colloïdal négative.
En résumé, il s’agit d’un enfant qui était atteint de rougeole d’allure banale et qui fut pris, en pleine période éruptive, de signes méningés, avec raideur de la nuque, signe de Kernig, céphalée intense.
La ponction donna un liquide assez clair à réaction lymphocytaire, à B.-W. négatif.
En quelques jours tous les signes méningés régressèrent et la guérison survint rapidement.
Sans doute, au cours de la rougeole, peut-on observer des méningites relevant d’affections secondaires staphylococciques ou pneumococciques et parfois consécutives à une otite latente. Dans notre cas, ces faits sont à éliminer, ainsi que nous le montre l’examen du liquide céphalo-rachidien.
D’autre part, la méningite tuberculeuse peut se rencontrer durant la convalescence d’une rougeole qui, on le sait, favorise Péclosion d’une bacillose ; mais ici, outre Îes renseignements fournis par la ponction lombaire, l’évolution de laffection suffit à elle seule pour écarter l’idée d’une manifestation tuberculeuse. Il s’agit donc bien d’une méningite morbilleuse proprement dite.
EPST EN
Historique.
Les complications nerveuses au cours de la rougeole sont exceptionnelles. Elles existent cependant.
La plupart des observations signalées concernent des cas d’encéphalite et de myélite ; par contre, les observations de méningite sont beaucoup plus rares. C’est ainsi que Guy ROCHE, qui a publié un cas de méningite morbilleuse en 1927, disait qu'à cette date il ne connaissait que deux autres observations analogues dans la littérature française.
Quels sont les faits qui ont été signalés jusqu’aujourd’hui, au sujet des complications nerveuses de la rougeole ?
En 1887, CADET DE GASSICOURT, dans son Traité des Maladies de l'Enfance, rapporte deux cas de paralysie consécutive à la rougeole. L’un était une paralysie généralisée, avec dysphagie et nasonnement, l’autre était une paraplégie survenue au dixième jour de l’éruption.
Un cas analogue de paraplégie, avec troubles sphinctériens a été signalé par RaieT et BARTHEZz. En 1892, on trouve dans le Traité de Médecine de CHARCOT, BoucHARD, Bris- SAUD, sous la plume de GUINON, que des paralysies à type périphérique, peuvent être constatées à titre exceptionnel, comme séquelles de la rougeole.
GRANCHER dit, dans le Traité de Médecine de Ans et GILBERT (1895) : « Nous ne citerons que pour mémoire, à cause de leur rareté rachialgie, paralysies diverses, névralgies avec ou sans troubles moteurs des jambes. »
En 1897, ComBy dans le Traité des Maladies des Enfants, dit qu’on a signalé des névrites, des myélites se traduisant
RE ( Mot
par des paraplégies, des parésies, des troubles nerveux, ramollissement étendu de la moelle, méningites cérébrospinales.
. WeiLr et PÉHU, disent: «Les méningites sont d’origine autogène et tuberculeuse.»>
Le professeur TESsIER, en 1928 (Nouveau Traité de Médecine), dit à propos des complications nerveuses de la rougeole : «complications nerveuses sans gravité, convulsions, paralysies de diverses natures, d’origine plutôt médullaire. »
L'opinion des auteurs anglais nous est donnée par HARVEY dans The Journal of the American Association of Chicago (1897). Très peu d’auteurs parlent des complications nerveuses de la rougeole.
On voit donc que ces complications nerveuses ont été pendant longtemps méconnues avant HUTINEL qui mentionne le premier les méningites frustes à lymphocytes.
Nous avons réuni ci-après les différentes observations que nous avons trouvées dans la littérature :
OBSERVATION n° Î
(J. SEGLAS, Presse Médicale, 1897, p. 193.)
M'° B..., âgée de 30 ans, prend la rougeole dans les premiers jours de mars 1893, rougeole d’ailleurs bénigne et d’évolution normale.
La malade entrait en convalescence lorsque le 13 mars, subitement, elle se met à délirer, complètement égarée et désorientée, prononçant des paroles incohérentes.
Les troubles intellectuels se continuent ainsi eo . au 20 mars, caractérisés toujours par un état de confusion mentale permanent, entrecoupé de paroxysmes très courts avec délire, agitation anxieuse.
Rien d’ailleurs dans les différents appareils organiques. Tel était l’état des choses lorsque la famille me fit appeler en consultation.