AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS
. DE L’ABCÉS DE FIXATION Abcès pronostic, Abcès diagnostic
La méthode de Fochier serait, s’il faut en croire cer-
tains auteurs, assez douloureuse pour n'être applicable qu'aux cas très graves : telle est l'opinion de Lemoine du Val-de-Grâce). Sans doute, il en peut être ainsi chez les sujets particulièrement nerveux; mais, chez les malades que nous avons observés, la douleur à toujours été tolérable. Il ne semble pas qu’elle puisse constituer un obstacle à la provocation d’abcès de fixation ; elle peut même, comme nous l'avons montré plus haut, jouer un rôle utile comme stimulant du système nerveux dans les cas d’adynamie profonde. Il est d’ailleurs facile de la calmer, si son intensité devient trop grande, par l'emploi combiné de cataplasmes laudanisés et d’analgésiques.
Les délabrements étendus, le sphacèle de la peau, déterminés parfois par l'injection d'essence de térébenthine, peuvent toujours être évités en suivant une technique correcte, et en précisant exactement les indications de ce traitement. Ces décollements, même lorsqu'ils sont étendus, se réparent, d’ailleurs, avec une rapidité étonnante, bien différente de la cicatrisation pénible des lésions résultant de suppurations microbiennes. Dès l'évacuation du foyer purulent, la réparation s'amorce et elle progresse aussi vite que s’il s'agissait d'une simple plaie aseptique.
Un obstacle plus sérieux, quoique d’un autre ordre, à application de la méthode de Fochier, est la difficulté qu'éprouve bien souvent le médecin à faire accepter au malade cette médication. Sans doute, beaucoup de personnes sont encore imbues de cette idée qu'il faut «évacuer les humeurs »; la médecine humorale est restée, en particulier, celle des gens du peuple et l'on surprend parfois dans leur bouche des raisonnements assez analogues à ceux que pouvaient tenir Sylvius et Willis au nom de la science; mais, dans des milieux plus relevés, la pyogénèse artificielle sera parfois d'une application beaucoup plus difficile. L'inventeur de la méthode l'avait sans doute remarqué, puisqu'il nous avoue qu'il employa « d’abord une solution de sulfate de quinine intentionnellement acidifiée au-delà des limites nécessaires à la solution complète. pour faire accepter les injections ». Ce ne sont pas là cependant des difficultés insurmontables ; elles peuvent être facilement éloignées, en exposant au patient et à son entourage la bénignité et l'efficacité de
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la médication térébenthinée : une expérience déjà longue a confirmé l’innocuité absolue de la pyogénèse artificielle, déjà affirmée par Fochier.
Un des plus grands mérites de cette méthode, c’est qu'elle s'adresse aux cas graves, et qu’elle peut exercer une action efficace, lorsque tous les remèdes habituels ont été épuisés et se sont montrés impuissants. Dans les septicémies puerpérales graves où le curettage et les injections antiseptiques sont restés sans résultats, l'abcès de fixation opère parfois des merveilles, comme le prouve, entre autres faits, l'observation rapportée par Vincent d’une malade qui, à la suite d’un toucher pratiqué avec de la pommade de parfumeur, présenta des accidents pyohémiques de la plus haute gravité et ne dut son salut qu'à l'application intensive de la méthode de Fochier.
L'évolution des abcès artificiels permet de porter un pronostic d’une précision assez grande. L'absence de réaction indique une issue fatale ; la rapidité et l’intensité des phénomènes phlegmasiques sont, au contraire, un excellent signe de guérison. Déjà signalé par Fochier, ce fait a été relevé à nouveau par Mérieux, Arnozan, Carles, Lemoine et bien d’autres; il s’explique facilement si l’on se souvient que cette méthode se fonde sur la résistance de l’organisme, qui a pour substratum la fonction phagocytaire. La phagocytose se traduit par la réaction inflammatoire provoquée par l'injection d’essence de térébenthine et dont l'intensité donne la mesure du degré de résistance du malade, Encore active et victorieuse lorsque l'abcès se forme et devient volumineux, cette résistance est définitive-
ment brisée lorsque l'injection reste sans effet. Les travaux du professeur L. Spillmann montrent, d’ailleurs, qu’une infection au cours de laquelle l'hyperleucocytose est précoce et persistante, a généralement une terminaison favorable ; tandis que l’hypoleucocytose est au contraire du pronostic le plus sombre. Lorsque l’abcès évolue, « c’est qu’il existe en circulation de nombreux globules transporteurs, et une quantité plus considérable de poisons se trouve éliminée, l'organisme se défend d'autant mieux contre la toxi-infection ». L'absence de toute réaction indique que la vitalité du leucocyte est profondément atteinte et que l'organisme désarmé va succomber à la maladie.
Il faut cependant reconnaître que la valeur pronostique n’est pas absolue ; et notre observation IT en est un exemple. Le malade qui en fait l'objet reçoit dans les flancs deux injections d'essence de térébenthine, et ces injections déterminent, dès les premières heures, une réaction très vive, ainsi qu'en témoigne l'apparition au point d'injection de deux placards rouges étendus, d'aspect phlegmoneux, semblables aux manifestations réactionnelles considérées par Montagnon comme un indice des plus favorables. Ce malade succombe cependant alors que l’abcès est en pleine évolution.
Il convient donc de garder une certaine réserve dans nos prévisions ; une affirmation trop catégorique pourrait être démentie par les événements. Mais il est exceptionnel qu'une terminaison fatale survienne à la suite d’une réaction positive. Elle ne se produit alors,
que lorsqu'il s’agit d’une infection ultra septique, où la virulence de l'agent pathogène arrive à surpasser Ja défense organique, ou lorsque le myocarde a subi des altérations si profondes que la guérison ne peut se produire malgré les progrès de la fixation.
L'abcès térébenthiné peut aussi être un élément de diagnostic important, puisque les manifestations de la tuberculose, ainsi que l’a montré Fochier, ne sont pas influencées par cette thérapeutique. Les recherches de Carles et d’Arnozan ont confirmé ce fait et, d’après Montagnon, lorsque la température ne baisse pas dans les deux jours qui suivent la formation de l’abcès, il y a lieu de penser à une affection tuberculeuse. Ces données, dans les cas où le diagnostic reste hésitant entre une fièvre typhoïde et une méningite bacillaire à forme typhoïdique, permettent d'éliminer l’une ou l'autre hypothèse. En l'absence d’autres éléments d’appréciation, la marche de la température peut, il est vrai, fournir, chez l'adulte, une indication suffisante ; mais, chez l'enfant, les tracés thermiques de ces deux maladies peuvent se ressembler, s'identifier même, d’après Cadet de Gassicourt ; l'abcès de fixa‘ion tranche alors le débat, en même temps qu'il apporte, dans le cas d'infection éberthienne, une contribution utile au traitement.
Lathuraz, de Lyon, qui a étudié cette question d’une facon toute particulière, estime que certaines formes de tuberculose pulmonaire sont susceptibles d’être améliorées par cette médication. Pour lui, la granulie évoluant à la facon d’une maladie infectieuse généralisée et la phymatose des neuro-arthritiques en se-
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raient également justiciables, et cet auteur apporte à l'appui de cette thèse trois observations des plus démonstratives.
Il n’est pas de loi invariable en clinique et, si l'abcès de fixation peut, daus une certaine mesure, servir à fixer le pronostic, ses indications au point de vue du diagnostic doivent étre, le plus souvent, contrôlées par des méthodes plus précises.