CHAPITRE IV
Diagnostic.
Les symptômes que nous venons de décrire, peuvent être attribués à une maladie de l’utérus ou de la vessie. On peut alors méconnaître leur véritable cause, et ne pas soupçonner un polype de l’urèthre. Aussi est-il sage, dans ces. circonstances, avant de recourir au spéculum, d’examiner les organes génitaux externes de la femme, et même d’introduire une sonde dans le canal, afin de voir si son parcours est libre ou s’il n’est pas le siège d’une tumeur anormale. Le polype, en effet, peut être renfermé dans l’urèthre, et ne présenter aucun indice extérieur.
Il ne faut pas confondre les polypes du méat avec le prolapsus de la muqueuse uréthrale. Pour les différencier, on se rappellera que la position centrale du méat, l’absence de pédicule, la rareté de la dysurie, la
médiocrité des phénomènes douloureux sont les signes
LEHOY.
propres au prolapsus muqueux. Ajoutons toutefois que le prolapsus de la muqueuse uréthrale coïncide souvent avec les polypes du méat.
Il faut aussi se souvenir que l’urèthre de la femme peut être le siège de véritables hémorrhoïdes, bien étudiées par Richet dans ses cliniques, et qu’il ne faut pas confondre avec les polypes du méat.
La cystocèle uréthrale se reconnaît également, parce que la tumeur est libre dans le canal et manque d’orifice central.
Il ne faut pas confondre les polypes de l’urèthre avec le renflement charnu qui limite le méat urinaire de la femme, et qui sert de guide dans le cathétérisme.
Il faut également différencier ces polypes avec les végétations muqueuses d’origine génitale, qui sont situées au pourtour de l’urèthre. Ces dernières sont grisâtres et déchiquetées, et à leur base on sent un noyaux fibreux, qui caractérise leur origine suspecte Les polypes, au contraire, sont rouges, glofyulés, souvent très mous, et cèdent à la pression.
Il faut enfin différencier ces polypes avec les tumeurs malignes de l’urèthre.
L’absence de toute assise dure, l’intégrité ganglionnaire, garantissent la bonne nature de la tumeur.
« Néanmoins, écrivent MM. Duplay et Reclus dans leur traité de chirurgie, chez une femme leucorrhéique
ou malpropre, une tumeur volumineuse, irritée par les causes locales, et macérée par l’humidité constante de la région, peut donner lieu à un suintement fétide, séro-pqrulent, et hémorragique. Des papillomes ont ainsi revêtu toutes les apparences des tumeurs malignes.
L’état des ganglions tributaires ne constitue pas même alors un indice de bénignité: des masses ainsi érodées et enflammées peuvent les influencer au même style que tout foyer inflammatoire. Vous avez la ressource d’ébarber d’un coup de ciseaux un échantillon de la masse, et de le soumettre à l’examen anatomo-pathologique. Prescrivez au surplus la bonne tenue antiseptique de la lésion : bientôt la tuméfaction ganglionnaire rétrocédé, la surface s’asséche, et la qualité non cancéreuse de la masse s’affirme. »
Toutefois, pour pouvoir poser un diagnostic certain et sérieux, il sera souvent utile d’exciser une minime portion de la tumeur, et de la soumettre à l’examen microscopique, qui seul renseignera complètement sur l’histologie de la tumeur.
CAPITRE V.
Pronostic.
Au début, les polypes du méat n’offrent pas une gravité immédiate.
Mais au bout d’un certain temps, la dysurie, les douleurs, les suintements de sang peuvent rendre l’existence très pénible. De plus, ces tumeurs, sujettes à un accroissement graduel, peuvent se compliquer de cystite, d’uréthrite chronique et de génitalite. Ajoutons que l’uréthrocèle et le prolapsus de la muqueuse uréthrale sont souvent les conséquences des polypes du méat.
Enfin, le microscope a plusieurs fois montré la transformation épithéliomateuse d’un simple papillome, ce qui assombrit le pronostic.
Il faut donc intervenir le plus tôt possible, chaque fois que chez une femme on a posé le diagnostic de polype du méat.