‹ Etude Clinique et Expérimentale des EntéritesChapitre 30 sur 57 · ÉLIMINATION DES TOXIQUES PAR L'INTESTIN · texte numérisé non relu

ÉLIMINATION DES TOXIQUES PAR L'INTESTIN

L'intestin n’élimine pas seulement les microbes et les toxines, il élimine également les toxiques.

La plupart des auteurs admettent que les substances solubles s’éliminent par l'urine; les insolubles au contraire s'éliminent par l’intestin. Le rein et le tube digestif sont en effet les deux grands émonctoires de l’organisme.

Sans vouloir approfondir l’histoire de tous les poisons introduits dans l’organisme et éliminés par le tube digestif, nous indiquerons cependant l'élimination de certaines substances; nous préciserons par contre à l’aide des expériences classiques et des nôtres l’élimination de certains corps parmi les plus intéressants, en particulier de l’urée, du chlorure de sodium et du sucre.

« I y a, dit Lewin (189), des substances loxiques qui « quel que soit leur mode d'introduction s’éliminent par « la muqueuse stomacale ou intestinale, de sorte qu'on « trouve par exemple de la morphine dans l'estomac « quand celle-ci a été introduite sous la peau; qu'on « peut dépister le venin dans l’estomac après la mor- « sure d’une vipère et que le mercure se trouve en abon-

« dance relative dans le gros intestin après des frictions « mercurielles ».

La plupart des métaux peuvent s'éliminer en effet par lé gros intestin. Le plomb absorbé par voie parentérale se répartit, d’après les recherches de Heubel (184), dans les organes et les tissus suivants : foie, os, rein, moelle épinière, inteslin, cerveau, muscles, mais l'élimination de plomb se fait surtout par les matières fécales; l'urine, la salive, la peau l’éliminent en moins grande quantité.

Meillère et Pettit (199) chez l'animal après injections sous-cutanées de sels de plomb montrent que cette élimination intestinale sans être considérable car la plus grande partie du plomb se fixe, est assez importante; elle s’exagère quand le rein fonctionne mal. Elle se fait par la bile,puis par les glandes gastro-intestinales, le rein, les glandes salivaires,peut-être aussi par les glandes cutanées.

L'élimination du cuivre est d’après les recherches de Lewin comparable. }

L'élimination arsenicale est par contre surtout une élimination urinaire, mais l'élimination intestinale n’est pas négligeable. Après les injections intra-musculaires d’arséno-benzol, elle se poursuit environ 5 ou 6 jours tandis que lPélimination urinaire du moins en quantité notable ne persiste que 2 à 3 jours. D’après Fischer et Hoppe (179), elle serait pour une injection de 30 centigrammes d’arséno-benzol contenant 12 centigrammes d'arsenic de 0 gr. 0062 dans les matières fécales des trois premiers jours contre 0 gr. 05 dans les urines. La proporüon est donc de 1 sur 9 environ.

Les expériences faites avec le mercure sont beaucoup

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plus intéressantes car c’est à l'élimination mercurielle que les auteurs attribuent les accidents intestinaux parfois très graves, observés au cours de l’intoxication hydrargyrique. Les lésions sont identiques après ingestion ou après injection mercurielle si bien qu'on peut se demander si, comme l’iodure de potassium ou le chlorate de potasse absorbés par l'estomac et éliminés de nouveau dans le tube digestif par la parotide, les sels mercuriels absorbés par l'estomac ne sont pas éliminés par le côlon. C’est en effet au niveau du côlon que semblent être dans les deux modes d'intoxication, par ingesüon et injection, les lésions maxima.

Almqvist (172) et Fiessinger (178) les ont bien étudiées. Almqvist dont les conclusions ont été partiellement battues en brêche par Le Blaye, montra que les granulations mercurielles se déposaient de préférence dans l’endothélium des capillaires surtout les plus superficiels.

L'élimination du manganèse (Harnack) (183), du baryum (Mendel, Lafayette et Sicker) (200), du lithium (Good et Breton, Bruyant et Mezie) (177), du bismuth (Steinfeld) (208) se fait en partie ou en totalité par la voie intestinale; l'élimination du sérontium admise par Mendel, Lafayette et Thacher (211) et mée par Breton, Bruyant, et Mezie, est discutable; ces derniers auteurs n’ont pu, chez le cobaye, mettre en évidence l'élimination du bleu de méthylène, du salicrlate, des iodures, du sulfate d'ammonium, du sulfocyanure d'ammonium ou de l’'antipyrine.

Joseph Langer (177) a donné une preuve direete de cette

élimination intestinale, encore qu'ilen tire une conclusion

De

opposée me semble-t-il aux résultats de ses expériences.

Il refait l'expérience de Moreau(202),c'est-à-dire introduit une solution saline (sulfate dé soude) dans une anse intestinale isolée du lapin; il constate l’afflux d’une grande quantité d’eau; injectant certains corps dans la circulation, par exemple l’antipyrine, il les retrouve dans l’anse intestinale. Par contre, il ne retrouve n1 le ferrocyanure de. potassium, ni l'acide phénique, ni l'argent colloïdal.

Ces expériences montrent qu'il y a une-véritable sélection de la muqueuse intestinale qui, éliminant par exemple l’antipyrine, n'élimine pas le ferrocyanure. Cette séleclion traduitune participation active de la muqueuse intesüinale et montre que ce n’est pas là un phénomène passif.

Mais cette fonction d'élimination ne serait que de faible importance si elle ne s’exerçait que pour les substances anormales; elle s'exerce aussi et surtout par les substances normales. En tête il faut citer la chaux et le fer qui résultent de la destruction de nos tissus.

La preuve directe en a été donnée par l’analyse des fèces mais comme on pouvait prétendre que ces éléments provenaient des ingesta, Honigmann (185) en fournit la preuve indirecte en montrant qu'après extirpation de la moitié de l’iléon, la chaux et le fer étaient retenus en plus grande quantité dans l'organisme.

Pour Læper et Béchamp (192) l'élimination d’acide oxalique par le tube digestif est un phénomène physiologique, l'injection intraveineuse ou sous-cutanée d'acide oxalique ou d’oxalate de soude est suivie d’une élimination gastro-intestinale massive d’oxalates qui détermi-

nent des altérations sérieuses de la muqueuse.

Cliniquement l'exagération de cette élimination caractérise la lithiane oxalique intestinale.

Dans une certaine mesure, l'élimination du calcium se rapproche de cette élimination oxalique. Lœper et Béchamp ont en effet montré qu’elle augmentait dans certains cas d’entéro-colite et d’entérite chronique.

Maurel (193) a insisté sur une preuve indirecte de cette élimination intestinale, et dans une série de travaux fort remarquables il a montré combien fréquente était la diarrhée consécutive à l'injection intraveineuse de sublimé, d’arséniate de soude, de colchicine et de sels de baryum, combien elle était rare au contraire dans l'intoxication par voie digestive, si bien que d’après ces

expériences on peut dresser le petit tableau suivant :

HENCRe < Dose minima (par kilogr.) Dose minima (par kilogr.) FEES RER S UN

Subat ne Corot de te | D injectée dans les veines,

Substances |qui, ing 3 10 ë Produit dela

iarrhé ë ; :

diarrhée diarrhée ou des selles molles

Chlorure de Baryum

Arséniate de soude

Bichlorure de mercure

Colchicine

Ainsi il faut des doses en moyenne dix fois plus fortes pour produire la diarrhée d’ingestion que pour provoquer la diarrhée d'élimination.

En collaboration avec Arnaud, Maurel (197) a montré que cette diarrhée n'apparaissait (du moins pour le sublimé et l’arséniate de soude) que lorsque l’albumine apparaissait dans l'urine, c’est-à-dire lorsque le filtre rénal était touché; aussi a-t-il pu lui donner le nom de diarrhée d'élimination.

Nous avons avec M. Rénon essayé de reproduire dans un but thérapeutique cette diarrhée chez l’homme par injection sous-cutanée de colchicine (1/20 de milligramme); les résultats encore que trop peu nombreux vour permettre une conclusion ferme, ne nous ont pas permis de la constater; sans doute la dose était-elle trop faible.

Enfin Weintrand (210) dosant les corps alloxuriques dans un cas de leucémie a constaté que l’élimination de ces corps liés à la destruction des globules blancs était exagérée.

Ainsi se trouvent déjà d'assez nombreux documents qui permettent d'affirmer que l'élimination de certains corps par l'intestin est un phénomène normal. Nous avons essayé d'étudier de façon systématique l’élimination de certains des cristalloïdes les plus importants, le glucose, le chlorure de sodium et l’urée.

Elimination intestinale du glucose.

Moutard-Martin et Richet (203) avaient vu dans leurs: expériences sur la polyurie expérimentale que l'injection

intraveineuse d'une solution concentrée de glucose déterminait parfois une diarrhée considérable mais ils n'avaient pas noté s’il y avait élimination de sucre.

Ayant eu l'attention attirée sur ce fait par deux diabétiques qui avaient présenté une diarrhée massive et persistante, nous avons essayé de réaliser la reproducüon expérimentale de ce phénomène. Le tableau suivant résume nos expériences :

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