S ÉTUDE CLINIQUE KT EXPÉRIMENTALE
nomènes délirants ont plutôt augmenté, l'incohérence domine dans les discours de la malade .
Incision de la parotidite. Quelques grumeaux de pus mal lié s'échappent, mêlés à une certaine quantité de sang 1 . Drain; pansement humide. On prélève à la pipette des grumeaux de pus aux fins d'un examen direct et d'un ensemencement. Etant donné l'injection de collargol de la veille, on juge inutile de prélever du sang en vue d'une culture.
La température tombe peu à peu, en même temps que l'état général (délire) s'améliore. Le drain ramène du pus pendant quatre jours, puis est enlevé définitivement. Le 16 janvier la malade est complètement guérie .
Examen bactériologique.
Pas d'examen du sang.
Examen du pus. L'examen direct montre du staphylocoque et des débris de polynucléaires.
La culture de ce pus, en bouillon, donne deux variétés microbiennes :
i° Un staphylocoque doré, dont l'aspect, les colorations, la culture répondent au type classique;
2° Un bacille, qui ressemble au b. subtilis. Après isolement des deux cultures on pratique l'inoculation de chacune d'elles au lapin et au cobaye.
a) Inoculation du bacille. — Cobaye de 820 grammes; injection intra-péritonéale de culture; résultat négatif.
. Lapin de 3.i5o grammes, injection in tra- veineuse de culture; résultat négatif.
b) Inoculation du staphylocoque. — Le 22 janvier 1907 on injecte dans la veine auriculaire d'un lapin de 2 kilogrammes p,5o, un centimètre cube en bouillon datant du 6 janvier (Une partie de l'injection passe accidentellement dans le tissu cellulaire sous-cutané. Le 28 janvier, le lapin est paralysé du train postérieur. Il meurt le 3i. Macroscopiquement, on ne trouve aucune lésion. La culture du sang du cœur donne du staphylocoque pur.
Le 22 janvier, un cobaye de 780 grammes reçoit dans le péritoine deux centimètres cubes de culture en bouillon. Mort le 23 janvier. Autopsie : un peu de pus au niveau de la piqûre dans les muscles de la paroi abdominale. Pleurésie double énorme. Légères fausses membranes péritonéales. La culture du sang du cœur aussi bien que du liquide pleural donne du staphylocoque pur.
Observation 6 (inédite). — En collaboration avec mon collègue et ami Lvon-Caen.
Laparotomie pour hydrosalpinx. Parotidite post-opératoire.
Mme L..., 32 ans, ménagère; n° i5, salle Saint-Jean, service de M. Le Dentu, Hôtel Dieu.
Pas d'antécédents morbides, pas d'oreillons.
Bien réglée, 1 couche à terme il y a 12 ans, 1 fausse couche il y a 5 ans.
. Depuis sa fausse couche, cette dame a toujours souffert, surtout à l'époque de ses règles ; l'examen ayant montré l'existence d'une collection tuba ire gauche, elle entre à l'hôpital pour être opérée.
Dentition mauvaise. La malade dort sur le côté gauche.
Le 7 février, anesthésie à l'éther, sans incident.
L'intervention consiste dans l'ablation d'un hydrosalpinx gauche, sans adhérence. L'acte opératoire est absolument correct.
Le 10 février — 1\ jours après l'opération — la malade, dont la température a constamment oscillé entre 37 et 38, se plaint d'un engourdissement de la région parotidienne gauche. On remarque à ce niveau une augmentation de volume peu accentuée, la pression est douloureuse.
Le 1 1 février, la température monte à 39°, la malade est délirante. Un gonflement très accentué déforme son visage. Toute la région parotidienne est tuméfiée, rouge, et chaude.
. Un trismus invincible nous empêche d'examiner la bouche.
Application de compresses chaudes humides, fréquemment renouvelées.
Le 12 février, amélioration locale et générale.
Puis la température tombe rapidement, et le i5 février tout est rentré dans l'ordre.
A cette date seulement, on peut examiner l'orifice buccal du canal de Stenon : on ne constate pas d'écoulement de pus.
Tout nous porte à croire que cette parotidite s'est terminée par résolution.
Observation 7 (inédite). — En collaboration avec mon collègue et ami P. La fosse.
Grossesse extra-utérine enkystée. Parotidite pré-opératoire.
Mme A..., 25 ans, comptable. Salle Sainte-Marthe, n° 32, Hôtel Dieu (service du D r Guinard).
A eu la fièvre typhoïde à i5 ans, la variole à 18, pas d'oreillons.
Réglée à 12 ans, mariée à 16 ans; a eu 4 enfants (à 17, 18, 19 et 21 ans).
Sa maladie actuelle a débuté il y a 3 semaines. Ayant un retard de règles de 2 mois elle se croyait enceinte, quand elle ressentit brusquement de vives douleurs dans les reins et dans le ventre. Elle perdit
un peu de sang. Puis survinrent des nausées et des vomissements. Conduite à l'hôpital, elle fut examinée par M. Guinard qui porta le diagnostic de grossesse extra utérine enkystée, et fixa l'intervention au 7 janvier 1907.
Mais le 6 janvier, veille de l'opération projeté, elle ressent brusquement des élancements très pénibles dans la région parotidienne gauche, et sa température, jusqu'alors normale, atteint d'un seul coup 3q°.
Le lendemain, la malade présente une déformation unilatérale de la face, caractéristique. Tout le côté gauche du visage, depuis l'angle de la mâchoire jusqu'à la racine des cheveux, depuis la mastoïde jusqu'à l'aile du nez, est uniformément œdématié. Les paupières de l'œil gauche sont boursouflées; épiphora. Nous parvenons à vaincre un léger trismus et nous constatons le mauvais état de la dentition, particulier ment des molaires gauches.
La malade nous apprend qu'elle dort sur le côté gauche.
Pendant les jours suivants, malgré le retour de la température à la normale, la malade présente des symptômes généraux très marqués (prostration, délire). La déglutition est presque impossible. Les douleurs spontanées semblent très vives. Le gonflement reste sensiblement dans les mêmes limites.
Le 1 1 janvier, ouverture spontanée, à la partie antérieure du co/iduit auditif externe gauche , d'une abondante collection purulente. Le même jour, évacuation spontanée du pus par le canal de Stenon dans la bouche. Les phénomènes locaux et généraux s'amendent, la température qui s'était relevée, tombe.
Mais les drainages spontanés semblent insuffisants et une reprise des symptômes à la date du i4 janvier nécessite une incision qui est pratiquée au point le plus saillant de la tuméfaction un peu en arrière et au-dessus de l'angle de la mâchoire. On prélève du pus aux fins d'examen et d'ensemencement.
A partir du 16 janvier, tout rentra dans l'ordre, le drain mis dans l'incision fut retiré le 20; la cicatrisation complète de la plaie chirurgicale et de l'ouverture spontanée fut terminée vers le 29 janvier.
Examen bactériologique . — Pas d'ensemencement du sang.
L'examen direct du pus s'écoulant par l'oreille et provenant de l'incision montre du staphylocoque.
La culture du pus de ces deux provenances donne uniquement du staphylocoque doré.
Le 21 janvier 1907, on injecte dans la veine de l'oreille d'un lapin de 2 kilogs 970, un centimètre cube de bouillon dans lequel a été dilué une petite quantité de la culture sur gélose de ce staphylocoque doré. Mort en i5 heures.
Autopsie. — Péricardite séreuse. A l'examen direct, comme dans les cultures qui en sont faites, on trouve du staphylocoque doré dans le sang* du cœur et dans l'épanchement péricardique.
Observation 8 (inédite). — En collaboration avec mon collègue et ami Brézard.
Salpingectomie unilatérale pour grossesse extra-utérine, parotidite post-opératoire.
Mme. E..., 37 ans, couturière, entrée le 3 janvier à l'Hôtel-Dieu, salle sainte-Marthe, n<> 33, service du D r Guinard.
Sauf quelques angines, n'a pas eu de maladies graves. Pas d'oreillons. A été opérée il y a 2 ans d'hémorrhoïdes à Saint-Louis par M. Guinard. Généralement bien réglée, un enfant il y a i5 ans.
Dentition très mauvaise, surtout au niveau des molaires droites qui sont réduites à l'état de chicot. La malade dort sur le côté droit.
Le 20 décembre 1906, après quelques jours de retard dans les règles, elle est prise de coliques assez fortes, et perd pendant quinze jours, son état ne s'améliorant point, elle vient à l' Hôtel-Dieu, on l'examine, on diagnostique une hématocèle rétro-utérine, on l'opère le 9 janvier
I9 ° 7 ' La chloroformisation (appareil de Ricard) se fait sans incident.
L'intervention est pénible. On pratique l'ablation des annexes gauches gravides et adhérentes.
Le lendemain la malade accuse dans la région parotidienne droite une sensation de battements, en même temps que la température monte à 3() 4
Le 1 1 janvier la parotidite est indiscutable. La malade présente le gonflement caractéristique ; elle se plaint de douleur paroxystique au niveau de la parodite, avec irradiations dans le cou, dans l'oreille et vers l'angle externe de l'œil. Le trismus très marqué ne permet plus l'examen de la bouche. La déglutition est très gênée, la mastication tout à fait impossible. La température oscille autour de 3q° ; le pouls autour de 100 . Pas de symptômes délirants.
Le i3 janvier, la collection s'évacue par le canal de Sténon et immédiatement l'état local s'améliore. La température redevient normale. Seul le gonflement parotidien persiste quelque peu.
L'examen de la bouche redevenu facile montre que l'orifice du canal de Sténon est un peu saillant, rouge et éversé; on voit sourdre par cet orifice un liquide crémeux quand on appuie fortement sur la parotide correspondante.
Observation 9 (inédite). — En collaboration avec mon collègue et ami LyonCaen,
Grossesse extra- utérine rompue, laporototnie, parotidite post-opératoire.
Madame G..., 26 ans, couturière, entre au mois de janvier 1907 à l'Hôtel-Dieu, salle Siint-Iean, lit n° 6, service da M le D r Le Dantu.
Gomme antécédent pathologique elle ne mentionne qu'une fausse couche de trois mois faite il y a quatre ans. Pas d'oreillons.
La malade, est entrée pour les accidents de grossesse tubaire diagnostiquée par son médecin.
Dents molaires en très mauvais état. Dort sur le côté droit.
Le 17 janvier 1907, après éthérisation (sans incident) on pratique la laporotomie, on tombe sur une grossesse tubaire gauche rompue, ayant déterminé une hémorragie intra-péritonéale peu abondante.
L'ablation de la trompe gravide et la toilette du péritoine s'effectuent rapidement et correctement. La malade est couchée dans une chambre d'isolement (lit n° 2, salle Saint-Jean).
Le 19 janvier 1907, deux jours après l'opération, apparition soudaine d'un gonflement parotidien droit assez marqué.
Le lendemain élévation de température (38,6), en même temps que la parotidite se précise.
Les jours suivants, la parotidite évolue avec un minimum de symptômes fonctionnels, mais avec tous ses symptômes physiques.
Des applications humides et chaudes fréquemment renouvelées favorisent la résolution de cette parotidite qui est terminée le 26 janvier.
À aucun moment il n'y a eu de réaction du côté de la plaie abdominale.
Observation 10 (inédite). — Appendicectomie à froid, parotidite post-opératoire.
Mlle R..., 16 ans, ouvrière, entre le i3 novembre 1905 à l'hôpital Saint- Antoine, salle Gruveilhier n° 1, dans le service de mon maître M. Monod.
A part une rougeole à 5 ans, cette malade n'a jamais rien eu de grave. Pas d'oreillons.
Au mois de septembre elle est déjà entrée salle Cruveilhier pour une appendicite. Le régime et la glace sur le ventre ont amélioré son état très rapidement, et Mlle R.., a pu retourner chez elle, en attendant d'être opérée.
Dentition médiocre. La malade dort sur le côté gauche.
Le 20 novembre, chloroformisation, sans incident (appareil de Ricard).
Ablation simple et correcte de l'appendice, libre et peu malade.
Le 24 novembre la malade se plaint d'une douleur sourde vers l'angle de la mâchoire et du côté gauche.
Le 25 novembre, petite élévation thermique, 38 d .
Le 26 novembre un peu de gonflement au niveau de la région parotidienne gauche qui est restée douloureuse. La température reste à 38°.
Le 27 novembre, la tuméfaction parotidienne est nettement appréciable, l'œdème s'étend jusqu'à l'angle externe de l'œil. La pression locale est douloureuse ; la mastication presque impossible. La fièvre est peu élevée (38°2) ; les phénomènes généraux réduits au minimum.
Le 29 novembre la tuméfaction étant plus localisée et la peau qui la recouvre un peu plus rouge, on incise la parotidite. Issue d'une petite quantité de pus, mal lié, qui est recueilli à la pipette.
Drain, Pansement.
Chute rapide de la température et amélioration de l'état local.
Le drain est enlevé le quatrième jour, cicatrisation rapide.
La cicatrisation de la plaie abdominale s'est effectuée sans incident.
L'examen du pus montre la présence du staphylocoque.
Observation 11 (inédite). — En collaboration avec mon collègue et ami H. Brésard. Appendicectomie à froid, parotidite post-opératoire.
Mlle D 18 ans, domestique. Lit n° 34, salle Sainte-Marthe, service de M. le D r Guinard, Hôtel-Dieu.
Sauf la rougeole (à 8 ans) la malade n'a jamais eu d'affections notables, pas d'oreillons.
Bien réglée, pas de grossesse.
Dentition en excellent état ; dort sur le côté gauche.
La malade, ayant eu une légère crise d'appendicite au mois de décembre 1906, est rentrée à l'hôpital pour y être opérée à froid.
Le 26 janvier, après chloroformisation sans incident (appareil de Ricard). M. Lafosse procède à l'ablation de l'appendice. L'intervention est des plus correcte. (L'examen histologique montra que cet appendice présentait des traces de folliculite ancienne, mais pas de lésions récentes).
Le 28 janvier, la malade se plaint d'élancements pénibles dans la région parotidienne gauche ; avec irradiations vers l'oreille et vers les dents de la mâchoires supérieure.
Le 29, la température monte à 39 , en même temps qu'apparaissent les symptômes physiques d'une parotidite gauche. Gonflement très marqué allant jusqu'au pli naso-labial ; le doigt déprime en godet les téguments de la région parotidienne. La peau est luisante et rose au niveau de la glande.
Le. trismus est très intense, la malade a grand'peine à déglutir et à s'alimenter. La température monte à 3q°4, le pouls bat à i4o. Etat généra] grave, délire très intense (la malade veut se lever, tient des discours incohérents)»
Le 3o janvier, la nature suppurée de la parotidite ne laisse aucun doute. On perçoit même — plus nettement que dans les autres cas — de la fluctuation.
On se prépare à inciser, mais l'examen de la bouche, pratiqué à grand'peine, montre que le pus s'évacue par le canal de Sténon.
La température néanmoins reste élevée, et les symptômes généraux toujours sévères, aussi pratique-t-on une incision — le I er février — qui permet d'évacuer du pus en quantité assez abondante.
La guérison s'effectue alors sans incident. Du pus a été prélevé aux fins d'un examen bactériologique.
Examen bactériologique.
Pas d'ensemencement du sang.
L'examen direct du pus montre du staphylocoque et des débris cellulaires.
La culture de ce pus fournit exclusivement du staphylocoque doré
Le 7 février, un lapin du poids de 2 kilogs 120, reçoit dans la veine marginale 1 centimètre cube de culture datant de trois jours; l'injection est faite à 4 heures du soir. L'animal meurt dans la nuit. A l'autopsie on ne relève aucune lésion.
La culture du sang du cœur donne exclusivement du staphylocoque doré.
Observation 12 (inédite). — Appendicectomie à froid ; parotidite post-opératoire.
P , 32 ans, menuisier, est entré à la fin d'octobre 1906 à l'hôpital
Tenon, salle Lisfranc, n° 21 (service de mon maître M. Legueu), en crise d'appendicite.
Pas d'antécédents pathologiques, notamment pas d'oreillons. Dentition en très mauvais état. Le malade fait usage immodéré de tabac (il chique constamment). Il dort habituellement sur le dos.
La crise d'appendicite qui l'amène à l'hôpital est la première. Elle se présente comme sévère. L'intensité des phénomènes généraux (dissociation du pouls et de la température) fait même discuter l'opportunité d'une intervention d'urgence. Puis survient heureusement une amélioration, une réaction locale se dessine, un large plastron de défense s'organise. Finalement après six semaines d'oscillations alternatives
vers le refroidissement ou la rechute, le malade arrive péniblement à Tapyrexie .
Un nouvel examen général du malade permet de diagnostiquer, au niveau des deux sommets, des lésions tuberculeuses de début.
La crise appendiculaire semblant bien éteinte on se décide à intervenir.
Le ii décembre 1906 le malade est chloroformé (appareil de Ricard). L'anesthésie est un peu difficultueuse, on se sert de la pince à langue.
L'intervention est assez longue et pénible, à cause de la présence d'adhérences encore solides unissant en un peloton l'appendice, le caecum et deux ou trois anses grêles. Finalement on parvient à libérer sans dégâts un appendice fort malade qui est sectionné sous ligature.
La température de l'opéré reste normale les 1 1 et 1 2 décembre, ainsi que le 1 3 au matin. Mais le soir elle monte à 38° 2. On craint une réaction péritonéale, mais, le pansement défait, on constate que le ventre est parfaitement plat, souple et indolore
Le i5 décembre (4 jours après l'opération), à la contre-visite, nous constatons un peu de gonflement au niveau de la parotide gauche.
Le 16 décembre, ce gonflement augmente beaucoup, il envahit toute la moitié gauche du visage qui est absolument déformé ; une rougeur érysipélateuse, un œdème luisant s'étendant jusqu'aux paupières donnent au malade un aspect repoussant. La mastication est tout à fait impossible. Le malade conserve la bouche légèrement entrouverte, sans pouvoir la fermer ou l'ouvrira cause de la douleur qu'il éprouve. Au niveau même de la parotide de vives douleurs spontanées avec élancements vers l'oreille et la tempe. L'apposition de la main est intolérable.
L'état général est inquiétant: la température monte à3o 6; le pouls bat faiblement à 120, le malade ne sort de la prostration que pour entrer dans une période délirante très mouvementée qui nécessite la permanence d'un gardien spécial.
Le 19 décembre, la parotide droite se prend à son tour. Alors le visage du malade devient tout à fait étrange, et semble moitié plus large que haut. Tous les détails de la figure disparaissent: les jeux sont réduits à une petite fente, le nez ne fait plus saillie, la bouche semble rétrécie ; seules les oreilles forment latéralement une large saillie symétrique.
Les phénomènes généraux demeurent très accentués, la faiblesse du cœur est alarmante.
4ft ÉTUDE CLINIQUE ET EXPÉRIMENTALE
Malgré qu'on ne puisse sentir la moindre fluctuation au niveau des deux parotidites, on se décide à pratiquer (le 20 décembre) une double incision exploratrice. Il s'écoule, de chaque côté, une très petite quantité de pus grumeleux noyé dans le sang. Ce pus est recueilli pour être examiné.
La température tomba peu à peu à la suite de cette évacuation. Mais tous les autres phénomènes, locaux et généraux persistèrent longtemps.
Le 20 janvier 1907, le malade sortit de l'hôpital sur sa demande, incomplètement guéri de ses parotidites ; mais sans pansement abdominal.
Voici les résultats de l'examen bactériologique du pus prélevé lors de l'incision des deux parotidites; et du sang prélevé le même jour, dans une veine de l'avant-bras.
Examen bactériologique.
Culture du sang: 10 centimètres de sang sont ensemencés dans 5oo centimètres cubes d'eau peptonée ; résultat négatif.
Examen du pus :
L'examen direct montre la présence de deux variétés microbiennes :
i° Des cocci isolés ou groupés en grappe, prenant le Gram (et qui sont vraisemblablement des staphylocoques);
2 Des diplocoques, rappelant par leur forme le gonocoque, de tailles très variables.
La culture du pus faite sur bouillon et sur gélose donne uniquement du staphylocoque.
Deux inoculations furent faites avec des cultures en bouillon.
Le 22 janvier on injecte dans la veine auriculaire d'un lapin de 2 kilogs 700, un centimètre cube d'une culture en bouillon datant de 6 jours. Mort 26 heures après. A l'autopsie, aucune lésion. On recueille le sang du cœur qui montre, tant à l'examen direct que dans les cultures qui en sont faites en bouillon, du staphylocoque pur.
Le 28 janvier 1907 on injecte dans la veine auriculaire d'un lapin de 2 kilogs 930 un centimètre cube d'une culture en bouillon datant de 12 jours: mort, 22 heures après. A l'autopsie, aucune lésion. On recueille le sang du cœur, les cultures qui en sont faites en bouillon donnent uniquement du staphylocoque.
Observation 13 (inédite). — Appendicectomie à froid. Parotidite post-opératoire.
G..., 19 ans, menuisier ; salle Lisfranc, service du D r Legueu, hôpital Tenon. Ce malade a les dents en excellent état. Il dort sur le côté gauche. Aucun antécédent morbide; pas d'oreillons. A eu seulement 2 crises d'appendicite, dont la dernière en octobre 1906.
SUR LES PAB0T1DITF6 POST-OPÉRATOIRES 47
Le 4 janvier 1907, après chloroformisation normale (appareil Ricard) on intervient pour enlever l'appendice.
L'intervention est parfaitement correcte, l'appendice rapidement trouvé, libre et refroidi, est enlevé sans incident.
Le 8 janvier, la température qui jusqu'alors était restée normale, monte à 38° ; on ne trouve pas à l'examen de la plaie opératoire la cause de cette élévation thermique.
Le 9 janvier, apparition d'une parotidite gauche (gonflement, gêne légère, douleur à la pression).
Le 10 janvier le gonflement parotidien se précise. Rougeur et chaleur locales. Vives douleurs locales avec irradiations vers l'oreille et la tempe gauches. Gène notable dans les mouvements de déglutition ; mastication presque impossible. La température dans les jours suivants atteint 3 808 ; les symptômes généraux sont minimes, pas de délire.
Cette parotidite évolue rapidement, sans tendances suppura tives ; et s'améliore sous l'action de pansements humides chauds fréquemment renouvelés.
Le 16 janvier la face est redevenue symétrique, la douleur à la pression, nulle; la température, normale.
Observation 14 (inédite). — En collaboration avec mon collègue et ami Germain.
Appendicectomieà froid, parotidite post-opératoire.
Mlle B..., 18 ans, couturière, entre au mois de novembre 1906 dans dans le service de M. Routier à l'hôpital Necker (salle Foucher), lit n # 12).
Pas d'antécédents morbides, pas d'oreillons, la malade dort sur le côté droit. Dents en mauvais état.
Pas de grossesses, pas de fausses couches.
Après avoir refroidi sans incident une crise d'appendicite peu intense qui a débuté en octobre, la malade vient à l'hôpital pour y être opérée.
Chloroformisation (compresse) régulière.
Ablation facile d'un appendice refroidi .
Le quatrième jour après l'opération, élévation thermique à 38°,4, et le soir du même jour gonflement de la région parotidienne droite.
Les jours suivants, cette parotidite se précise, la mastication devient douloureuse, très peu de trismus, phénomènes généraux peu marqués.
Six jours après son apparition, la parotidite s'évacue spontanément par le canal de Sténon.
De l'orifice un peu rouge de ce canal, on voit sourdre dans la bouche
du pus crémeux et jaunâtre. On prélève à la pipette un goutte de ce pus.
Le onzième jour après son apparition, cette parotidite avait disparu. Compresses chaudes.
L'examen direct du pus a montré la présence exclusive de staphylocoque.
Pas d'ensemencement.
Observation 15 (inédite). - En collaboration avec mon collègue et ami Kauffmann.
Appendicite aiguè*. Appendicectoinie. Parotidite post-opératoire.
H..., 32 ans, domestique, entre au mois de décembre 1906 à l'hôpital Necker, salle Nélaton, litn 1 (service de M. le D r Routier).
Pas de maladies antérieures, pas d'oreillons.
Le malade souffre d'une crise d'appendicite grave dont le début remonte à trois jours.
Dents en mauvais état. Le malade dort sur le dos.
Le 3o décembre 1906, chloroformisation (compresse). Laparotomie, recherche de l'appendice qui est gangrené.
Deux jours après l'opération (i er janvier) apparition d'une parotidite bilatérale caractérisée par un gonflement extrême, une vive douleur à la pression et une élévation de la température à 39 .
Le malade présente des phénomènes généraux graves (arythmie cardiaque, tachycardie, albuminurie), plus vraisemblablement imputables à la toxicité de la réaction abdominale qu'aux parotidites.
La mort survient au dixième jour, avec des accidents urémiques, sans qu'à aucun moment les parotidites aient présenté une tendance suppurative.
Opposition à l'autopsie.
Observation 1 6 (inédite). — En collaboration avec mon collègue et ami Kauffmann.
Abcès rétro-utérin. Colpotomie. Parotidite post-opératoire (cette observation rentre plutôt dans le groupe des parotidites meta statiques).
Mme D. . ., 24 ans, couturière, entre au mois de novembre 1906 à l'hôpital Necker, salle Foucher (n° 24), dans le service du docteur Routier.
Pas de fièvres éruptives, pas d'oreillons.
Deux grossesses ; depuis son deuxième accouchement (forceps) la malade a toujours souffert du ventre, et a été soignée à deux reprises pour salpingite.
Dentition très mauvaise, la malade dort généralement sur le dos.
L'examen montre en arrière de l'utérus une grosse masse fluctuante
SUR LES PÀRQilDlTES POST-OPÉRATOIRES '49
saillant dans le cal de sac postérieur. L'état général est mauvais (vomissements, hyperthermie, pouls rapide, violente réaction péritonéale).
Le a4 novembre 1906, chloroformisation (compresse). Colpotomie amenant l'évacuation d'une collection purulente très abondante.
Le a5 novembre, apparition d'une parotidite droite dont le premier symptôme est une tuméfaction rapidement volumineuse.
La température momentanément redevenue normale après la colpotomie, remonte rapidement à 3q° . Trismus ; vives douleurs avec irradiations vers l'oreille.
Le 28 novembre on incise cette parotidite : issue d'une notable quantité de pus.
Chute de la température, disparition progressive des symptômes locaux. Guérison.
L'examen du pus n'a pas été fait.
Observation 17 (inédite). — Entéro-anastomose pour tuberculose du caecum, parotidite post-opératoire.
Mlle fi..., 19 ans, blanchisseuse, entre en novembre 1906, a l'hôpital Tenon, salle Yelpeau n° 1, dans le service de mon maître, M. Leguen.
Elle est atteinte de tuberculose pulmonaire bilatérale très avancée et présente en plus les symptômes physiques et fonctionnels d'une tuberculose du caecum.
Elle n'a pas eu les oreillons.
Bien réglée, pas de grossesse.
Dentition très mauvaise. La malade dort sur le côté droit.
Le 2* novembre 1906, après chloroformisation (appareil de Ricard) sans incident, on pratique la laparotomie. L'état avancé des lésions caecales, la participation péritonéale, le mauvais état général de l'organisme, ne permettent pas de pratiquer l'ablation du caecum, et M. Lcgueu se borne à établir une entéro-annstomose latérale.
Le 26 novembre, quatre jours après l'opération, la malade présente en gonflement parotidien droit très accentué. La température qui jusqu'alors n'avait pas dépassé 37°8, monte brusquement à 3c) 6,
Le 27 novembre, B. . ., présente tous les signes d'une parotidite: douleur locale, trismus ; gonflement œdémateux déformant les traits. La température reste au-dessus d3 39° et un délire des plus violents se déclare. Durant trois jours il fallut surveiller de près la malade qui voulait se jeter hors de son lit, et interpellait des spectateurs imaginaires.
L'incision de la parotidite donna issue à une grande quantité de pus ; et les phénomènes généraux s'amendèrent. La température tomba Morel 4
momentanément, mais l'évolution progressive des lésions pulmonaires se précipita et la malade mourut complètement étique deux mois plus tard.
Un incident malencontreux ne nous permit pas de pratiquer l'étude du pus recueilli lors de l'incision. Du sang prélevé aseptiquement dans une veine du pli du coude fut mis à l'étuve <eau peptonée). On n'obtint pas de culture.
Lie prélèvement nécropsique de la parotide atteinte eut été pour nous d'un grand intérêt : on ne nous permit pas d'y procéder.
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