CHAPITRE IV TRAITEMENT
A. — Traitement de la parotidite constituée.
Du traitement de la parotidite constituée il y a peu à dire. L'enveloppement chaud, humide et répété pendant les premières heures ; le massage évacuateur ; l'incision de la suppuration collectée — dans les cas où Ton ne peut s'en dispenser — tels sont les recours bien connus.
Il n'y a pas intérêt à inciser de parti pris toutes les parotidites au début ; beaucoup guérissent par résolution, ou par évacuation spontanée dans les voies naturelles, le bain con* tinu ne peut que favoriser ces tendances heureuses. Que si l'incision paraît indiquée, on la pratiquera avec la préoccupation d'éviter la section du facial et le souci de laisser une cicatrice aussi peu inesthétique et aussi dissimulée que possible. Un bistouri pour les téguments, une sonde cannelée pour l'effondrement de la barrière aponévrotique, un drain pour assurer l'écoulement du pus, suffisent généralement. Malgré l'évacuation opportunément faite, il arrive que la courbe thermique se maintient élevée, ou se relève après une indication de chute. Souvent, plusieurs alertes fébriles successives traduisent stfnsi l'atteinte consécutive de plusieurs lobes glandulaires, et justifient un complément d'évacuation, par l'ancienne brèche, à la sonde cannelée.
Mieux que soigner la parotidite, le médecin doit la prévenir.
B. — Prophylaxie
La prophylaxie de la parotidite est, croyons-nous, possible, et toute entière inspirée des idées que nous avons défendues :
Combattre la septicité buccale. — Il va de soi que toutes les précautions d'asepsie seront observées quant à la préparation des tampons et de la pince, ou du masque à anesthésier.
Il va de soi que la liberté de la respiration nasale sera assurée même au prix d'une opération préliminaire. Il va de soi que l'hygiène buccale de l'opéré sera surveillée ; avant et après l'opération (rinçage répété de la bouche, détersion des gencives, gargarisme de la gorge avec de l'eau bouillie faiblement oxygénée). Toutes ces mesures conlre la septicité buccale sont excellentes, mais il y a plus à faire ; il faut mettre la parotide en état de défense, il faut favoriser le travail parotidien.
Pour cela il conviendra de déshydrater l'opéré au minimum ; et d'assurer à ses glandes parotides un travail normal.
Ne pas déshydrater V opéré. — Contre laspoliation d'eauinévitable (purgalion, hémorragie, etc.), l'administration généreuse et précoce des liquides, est souvent possible chez l'opéré non infecté ; elle est profitable sauf le cas de stase gastrique, dont la recherche doit être faite chez tous les opérés et systématiquement, qu'il y ait ou non des vomissements.
En plus, l'administration de sérum physiologique, par voie hypodermique, offre chez les désydratés de grands avantages. Dès 1899, M. Glaisse en a préconisé l'emploi dans la prophylaxie des parotidiles ; aux conclusions qu'il formule, nous ajouterons quelques réflexions. Par lui-même, l'apport d'une solution saline diluée dans le milieu intérieur est, comme Font montré Langlcy et Fletcher, très favorable à la sécrétion salivaire. De fait, la quantité de salive sécrétée augmente. Mais le taux des principaux minéraux de la salive n'augmente pas sous l'influence de solutions salines physiologiques. Novi & montré qu'une solution salée très concentrée augmentait le pourcentage des sels de la salive sous-maxillaire jusqu'à attein-
dre, mais non jusqu'à dépasser la concentration du sértfm sanguin. Il n'est pas besoin d'injecter des quantités considérables de liquide physiologique pour réveiller l'activité sécrétoire des glandes salivaires. Comme Ta dès longtemps enseigné M. le professeur Landouzy, il y a dans cette répétition de l'apport d'eau physiologique, comme autant de sollicitations de plus en plus pressantes au réveil de Pactivité cellulaire excrétrice.
L'expérience a montré l'efficacité de cette action stimulante, et aussi l'avantage des apports modérés et successifs. Les sommations trop brutales ne produisent pas les effets dépurateurs qu'on recherche } et semblent au contraire entraver le travail excréteur.
Assurer un travail normal aux parotides. — Cette condition est certainement capitale, et on comprend d'autant moins le silence presque complet des auteurs à ce sujet (à part Claisse)(i), que la régularité du travail parotidien peutêtre très facilement obtenue. Point n'est besoin, sauf des cas très exceptionnels d'avoir recours aux sialagogues (Leyden, dans un cas, semble avoir retiré de bons effets de la pilocarpine) ; point n'est besoin de rompre le jeûne imposé par le chirurgien. Il suffit, dans tous les cas où Ton aura soit réalisé la suppression de l'alimentation buccale, soit institué la diète liquide, il suffit de faire exécuter à l'opéré des mouvements de mastication. Plusieurs fois dans la journée, on engagera le malade à répéter quelques exercices de gymnastique masticatoire sur une petite pièce de caoutchouc stérilisé, cette sollicitation salivaire devra être continuée jusqu'à la reprise de l'alimentation solide.
i. « Dans ces cas (deux parotidites précédées de lésions bucco-gingivales), les accidents buccaux résultaient de la suppression de la sécrétion salivaire, les malades étant, pour des raisons différentes (i appendicite, i urinaire) condamnés à une diète absolue ». P. Claissc, Société méd. des hôpitaux \ 22 décembre 1899.
Morel