OBSERVATION III
M. Gérard Marchand. Société de chirurgie, 30 janvier 1900,
Octobre 1899. — Une cubaine avait eu deux crises d'appendicite, l’une en mars, l’autre en août de la même année. Ces crises s'étaient accompagnées des symptômes classiques, douleurs. ballonnement du ventre, vomissements, fièvre. Le Docteur Toledo avait été le témoin de ces accidents.
La crise aiguë passée, seuls persistaient des troubles
Mt
intestinaux caractérisés par de la diarrhée, une douleur dans la Zone appendiculaire, se réveillant à l'occasion de la marche et des mouvements, et une véritable tumeur au niveau du cœcum.
Cette tumeur avait les dimensions d’une grosse noix, elle paraissait irrégulière, bosselée, de consistance ferme, mobile, très sensible au toucher ; elle subissait nettement, des variations de volume d’une semaine à l’autre.
Cette grosseur si appréciable cadrait peu avec les sensations que nous donne habituellement la palpation d’un appendice même malade. Comme l’a fait remarquer depuis longtemps M. Routier, dans ces cas, on ne sent rien ou presque rien.
Cette tumeur arrondie éveilla donc notre attention, et comme la petite malade était de souche bacillaire (père mort tuberculeux), nous avions fait de grandes réserves au sujet d’une tuberculose cœcale.
Le péritoine ouvert, le cœcum découvert, ce qui frappait, c'était l’existence sur le cœcum, près de sa circonférence interne, dans le voisinage de l’abouchement du grêle (c’està-dire, là où l’anatomie normale révèle des ganglions) de deux masses ganglionnaires, dont l’une était plus volumineuse que l’autre, et juxtaposées : un des ganglions présentait près de sa surface un point jaunâtre : nulle part d'adhérences et je pus facilement énucléer ces ganglions sans intéresser les tuniques du cœcum.
Bien que l’appendice parut sain, il fut reséqué.
Un des élèves du laboratoire du professeur Dieulafoy, M. Jolly, a bien voulu se charger de l'examen de ces pièces, et voici la note qui m’a été remise par le D' Gandy.
« 1° L'appendice dontila été fait des coupes (conservées et réexaminées depuis) était absolument sain.
« 2° Les ganglions présentaient au point de vue microscopique tout à fait l'apparence des ganglions caséeux. Malheureusement il n'a pas été fait de coupes de ces ganglions.
La coloration d'un frottis sur lamelles des portions caséeuses des ganglions n’a point mis en évidence des bacilles de Koch : fait négatif qui ne suffit point pour éliminer l’idée de tuberculose. »