‹ Étude Clinique sur les Formes Pseudo-Phymiques de la GrippeChapitre 26 sur 41 · OBSERVATION X VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION X VI

(Extrait de la thèse de M. Jarron.) (Salle Trousseau, service de M. le professeur Gros).

Grippe à début brusque et violent. — Signes de ramollissement du sommet droit de bronchite et congestion du reste du poumon droit. — Courbe thermique de la grippe avec collapsus. — Amélioration. — Imprudence à la suite de laquelle œdème aigu des deux poumons — Jamais de bacille de Koch, mais diplobacille et streptocoque. — Mort. — Pas d'autopsie.

G... Raymond, quarante-cinq ans, entré à la salle Trousseau, le 4 mars 1894, où il occupe le lit n° 34.

Comme antécédents, il a eu les fièvres du pays il y a trois ans;

sa maladie actuelle a débuté il y a six jours'par quelques frissons, un point de côté, des douleurs dans les membres, une céphalalgie intense, une soif ardente, de la fièvre et de l’anorexie. La langue est rôtie, fuligineuse ; la température, qui était la veille à 395 à son entrée, est descendue à 39 degrés, le 5 au matin. La toux est modérée, les crachats sont purée de pois.

On trouve de la matité au sommet droit en arrière avec de gros râles muqueux simulant des gargouillements ; submatité, râles sibilants et muqueux dans tout le reste du poumon droit; les vibrations sont aussi légèrement exagérées.

Les battements du cœur sont faibles ; à la pointe le premier temps est dédoublé.

On pose d’abord le diagnostic de granulie aiguë, mais à l'examen des crachats on ne trouve pas de bacille de Koch; par contre,le diplo-bacille et le streptocoque s’y rencontrent en grande quantité; on pense alors à la grippe et l'allure de la courbe le lendemain vérifie en quelque sorte le diagnostic. En effet, la température qui était de 38°4 le 5 au soir, est descendue à 366, le 6 à 7 heures du matin, pour se relever brusquement à 38°9 à 11 heures.

C'est bien le collapsus qui a été signalé dans les cas de grippe grave.

Le 7, le malade se sent un peu mieux, la température ne descend pas au-dessous de 39 degrés, le pouls est à 80.

Le 8, la température est de 3608 le matin et de 36°6 le soir. Le malade semble être entré en convalescence, mais, dans la nuit suivante il se lève et va dans la cour boire de l’eau à la fontaine, et le 9, la température remonte à 38°8 le matin et 40°2 le soir, Le malade est plongé dans une adynamie profonde. La langue est rôtie, vernissée, la respiration est stertoreuse ; on note de la con tracture de la nuque et des bras, de l’incontinence d'urine et des matières fécales.

Le malade a du délire, de la carphologie ; le pouls est rapide, 420 pulsations. On trouve des râles sous-crépitants dans toute la poitrine. Cet état dure jusqu’à la mort, qui arrive le 12 mars à 4 heures du soir. Nous regrettons de n’avoir pu faire l’autopsie.

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Bactériologie. — Le sang est ensemencé dans le bouillon le 5 mars ; le 8, le bouillon est trouble avec un léger dépôt rougeâtre et contient le diplo-bacille et des cellules ovales ayant souvent un bourgeon à leurs extrémités. Le 6, au moment du collapsus, les urines ont été ensemencées sans résultats. Ensemencées de nouveau le 8, au moment de la défervescence, elles ont donné sur gélatine des colonies de diplo-bacilles.

Il suffit de parcourir le résumé qui précéde cette observotion pour se rendre compte de la possibilité qu'il y avait de confondre la grippe avec la granulie, diagnostic qui paraissait s’imposer, tant au début que plus tard, lorsque la maladie s’aggrava brusquement à la suite d’une imprudence.

OBsSERVATION XVII

(Extrait et résumé de la thèse de M. Mizon, Lille, 1894. Service de la Charité.)

Grippe. — Pneumonie grippale à la base droite. — Congestion des sommets, — Dilatation bronchique à la base droite produisant des signes caverneux. — Le malade

sort considérablement amélioré.

Gustave V..., vingt-six ans, garçon brasseur. Entré à l'hôpital de la Charité le 1°" avril 1892. Sorti le 20 avril,

Rien de suspect dans ses antécédents héréditaires et personnels. Ni bronchites répétées, ni hémoptysie,.

Le début de son affection remonte au 23 mars ; ce jour-là, étant à son travail, il fut pris presque brusquement de violentes douleurs dans les reins et le long de la colonne vertébrale, de courbature, de malaise général, et d’une sensation de brisement dans tous les membres. IL dut rentrer chez lui pour se coucher et resta au repos pendant trois jours.

Le 27 mars, se croyant guéri, il retourna travailler, mais il ressentait toujours une fatigue générale; avait de l’anorexie et de l’insomnie. Le 29 mars, les malaises primitifs apparurent de nouveau aussi violemment que la première fois, et s’accompagnèrent de frissons répétés et d’un violent point de côté au niveau du mamelon droit. De la toux survint alors en même temps qu’une forte lièvre et des sueurs abondantes. Cet état s’aggravant il entra à l’hôpital.

À son entrée on constate : la respiraticn est gênée, 21 inspirations à la minute, le pouls un peu rapide à 90 ; la fièvre est tombée en grande partie, la température le soir de l'entrée était de 38°2 ; le lendemain matin de 37°8; le point de côté persiste, mais diminue ; toute la nuit les sueurs ont été abondantes.

L'examen du poumon révèle les signes suivants : A la percussion, une légère submatité dans la fosse sous-claviculaire droite en avant, ct une submatité plus forte dans toute la base du poumon droit en arrière ; la sonorité est normale dans tout le reste du poumon, — Les vibrations thoraciques sont augmentées à la base droite. — A l’auscultation, dans la fosse sous-claviculaire droite, on entend une respiration de compensation un peu forte et rude, mais sans râle. — A la base droite on entend entre la pointe de l’omoplate et la colonne vertébrale un souffle bronchique peu marqué à l'inspiration, très net à l'expiration ; au-dessous du point où ce souffle a son maximum, la respiration conserve un caractère soufllant à l'expiration, et là il existe en outre des râles muqueux à grosses bulles disséminés dans la partie de la base qui avoisine la colonne vertébrale, Au niveau du souffle, la voix a un timbre bronchique presque amphorique et l’on y trouve de la pectoriloquie aphone ; plus bas il y a seulement de la bronchophonie, pas de pectoriloquie aphone.

Les crachats sont abondants, muco-purulents,

L'état général est assez bon, mais le malade se plaint de malaise et de faiblesse, l'appétit est presque nul, il n’y a pas de diarrhée, l'urine ne contient pas d’albumine.

Un examen des crachats montre qu’il n’y a ni bacille de Koch,

ni pneumocoque.

Le 3 avril, le malade a eu un peu d’épistaxis qui paraît coïncider-avec une petite poussée congestive à gauche vers la région du sommet ; cette poussée caractérisée par de la rudesse respiratoire et quelques râles sous-crépitants, disparaît en vingt-quatre heures. Quant au point de côté qui existait à droite, quelques ventouses ont suffi pour la faire disparaître.

Le 4 avril la fièvre est tombée, l’état général s'améliore, les signes stéthoscopiques à la base droite restent les mêmes. Le souffle bronchique n’a pas varié.

Le 7 avril, l’état reste stationnaire localement, l’expectoration augmente, les crachats muco-purulents sont très nombreux, surtout le matin, un examen bactériologique y montre des bacilles divers, mais pas de bacilles de Koch, ni de pneumocoques.

Le 10 avril, on constate toujours le souffle bronchique presque amphorique qui a été décrit, les ràles ont diminué de nombre, mais restent toujours très gros; on ne les entend bien que pendant la toux, la pectoriloquie aphone et la bronchophonie persistent sans modification, On substitue au traitement révulsif et décongestif initial une médication balsamique et antiseptique.

Le 15 avril il semble que le souffle s'étend un peu par en bas, l’auscultation de la voix donne les mêmes signes que précédemment, on n’entend presque pas de râles, tous les matins le malade expectore abondamment, mais ne crache et ne tousse presque pas le reste de la journée ; l’état général est excellent.

Le 20 avril, se trouvant tout à fait guéri et n'ayant d'autre ma laise qu’un peu de toux et d’expectoration le matin, il demande à quitter l'hôpital ; l'examen du thorax, à ce moment, montre qu'il existe toujours de la submatité et exagération des vibrations thoraciques à la base droite, que la respiration soufflante trouvée à la base prend les caractères du souffle bronchique le long de la colonne vertébrale jusque vers l'angle de l'omoplate, ce souffle paraît néanmoins avoir diminué d'intensité depuis quatre jours. Dans le même point, la voix est toujours un peu caverneuse et il existe de la pectoriloquie aphone beaucoup moins nette cependant qu’au début. Un dernier examen des crachats donne les mêmes résultats que les précédents.

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