‹ Étude Clinique sur les Formes Pseudo-Phymiques de la GrippeChapitre 5 sur 41 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Historique.

Non seulement à cause de son peu d'importance relativement aux parties clinique et diagnostique de ce travail, mais surtout faute de publications assez explicites, l’historique sera forcément bref. Il serait fastidieux de retracer, à l’occasion d’une de ses formes cliniques, l’histoire entière d’une maladie; aussi n’entrerons-nous pas dans la des cription des épidémies nombreuses qui ont été observées. Nous nous bornerons à en signaler les passages pouvant avoir trait à la notion de la grippe pseudo-phymique,mais toutefois, en rappelant au préalable que nulle part celte conception n’a été nettement formulée.

On sait que ce n’est qu’en 1580 que commencent les descriptions sur lesquelles nous pouvons nous étayer pour tracer l’histoire générale des épidémies de grippe; car

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alors seulement, nous trouvons, d’une manière non équivoque, les caractères principaux de cette affection, et quelques détails satisfaisants sur les symptômes el sur la marche qu’elle a suivie.

Avant cette date, les médecins ont confondu, pendant longtemps sous ia dénomination de maladies catarrhales, des maladies diverses. Pourvu qu’elles se présentassent avec de la toux, du coryza ou de la diarrhée, on confondait, sous le même nom d’épidémies catarrhales, des épidémies de coqueluche, d’angine, de bronchite, de fièvre typhoïde, de grippe, etc. De là, la très grande circonspection avec laquelle on doit aborder l'histoire de ces maladies, que l’on ne peut accepter qu'après s’être convaincu que la description clinique donnée alors corres pond à nos notions actuelles.

Estienne Pasquier, dans ses Recherches de la France, Paris, 1643, fait mention d’une épidémie qui se déclara le 26 avril 1403 et qu’il dénomma : Maladie de teste et de toux, qui fut si générale et si forte que les audiences des tribunaux furent suspendues. L’auteur des Mémoires pour servir à l’Histoire de France et de Bourgogne, sous le règne de Charles VI et de Charles VIT, en parlant de cette même épidémie dit que les malades « avoyent très forte fiebvre deux ou trois fois le jour; on perdait le pouvoir de tout son corps, que l’on n’osoyait toucher à soy de nulle part que ce fust, tant estoyent grevés ceux qui de ce malestoyent atteints, et durait bien sans cesser trois semaines au plus. Avecque tout le mal devant on avoyait la toux si fort etle rhume et l’enroueure... Mais sur tous les maux, la toux estoyoit cruelle à tous jours et nuits. et quand ce venoyait sur la guérison, ils jettoyent

grand foyson de sang par la bouche, par le nez et par dessous, qui moult les ébahissait, et néanmoins personne ne mourust. Mais à peine ne pouvait personne estre guéry; car depuis que l’apétit de manger fust aux per- sonnes revenu, si fust-il plus de six semaines après qu’on fust actement guéry. »

. L'état fébrile, la courbature générale, les phénomènes de catarrhes, qui, dans cette épidémie, semblent avoir été particulièrement graves, la longueur de la convalescence, paraissent montrer qu’il s’agit bien là d’une épidémie de -grippe qui aurait atteint surtout les organes respiratoires.

Quant aux épidémies qui se sont succédé de 1403 à 19557, et dans lesquelles on relève des accidents de catarrhe, aucune n’est suffisamment décrite pour qu’on -puisse la qualifier de grippe.

En 19557, Valleriola parle d’un épidémie ressemblant beaucoup à la grippe. Mais, pas plus dans ce cas que dans les cas précédents nous ne trouvons d’allusions à des formes pulmonaires pouvant faire croire à la phtisie.

Enfin, nous arrivons à la grande épidémie de 1480, la première dont la description ne laisse pas de doute sur la nature de la maladie, dans laquelle nous trouvons les signes caractéristiques de la grippe : céphalalgie gravative, symptômes de catarrhe, affaiblissement remarquable qui, ainsi que la toux, persistait après la cessation des autres symptômes, la terminaison favorable de la maladie, etc. Les différentes relations de cette épidémie ont trait plutôt à sa marche qu’à la description des symptômes de la maladie. Toutefois Sennert insiste sur les sueurs qu’on constatait chez un certain nombre de sujets, et sur la plus grande durée de l’affection chez ces malades, qui ne com-

mençaient à se rétablir que le trentième ou le quarantiène jour.

Dans les relations d’épidémies du xvn° siècle, on ne trouve aucune allusion au sujet spécial qui nous occupe. Pas davantage dans les-études de l'épidémie de 1733, dans lesquelles on s'attache surtout à discuter les conditions climatériques et atmosphériques favorables à Péclosion età la diffusion de la grippe.

En 1743, ïl paraît ne pas y avoir eu de cas grave. Cette phrase de Mertens (Febris catarrhalis epidemica, anno 1762 Viennae observata, in Obs. Méd., t. II, p. 1):

« Quelques sujets, qui négligèrent leur maladie et commirent des imprudences, conservèrent pendant assez longtemps une toux fatigante, accompagnée d’un peu de fièvre », ne nous paraît pas assez explicite pour la considérer comme une mention de la forme que nous allons décrire.

De la grippe de 1775, Heberden dit: « Les symptômes s'amendaient ordinairement au bout de quelques jours, sauf la toux qui persistait pendant longtemps, troublait le sommeil et déterminait des sueurs et de l’expectoration vers le matin. »

Des épidémies de 1782, 1803, 1830 et 1833 qui firent le tour du globe, nous w’avons que des études atmosphé riques et thérapeutiques un peu étendues, l'étude symptomatologique étant assez délaissée.

Nous ne mentionnerons même pas les épidémies postérieures à celles-ci, les plus anciennes ne nous laissant rien déceler relatif à la grippe pseudo -phymique, les dernières étant assez connues par de nombreuses études, dans lesquelles d’ailleurs nous devons constater l’absence d'observations concernant la nouvelle forme clinique.

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Relevons cependant ce passage de Brochin [Duct. encyclop. de Sc. méd.): « On a signalé dans la grippe l’existence d'hémoptysie. Léard en a rapporté plusieurs exemples ; nous citerons entre autres le suivant : Une jeune femme enceinte et qui,auscultée à plusieurs reprises, n'avait présenté aucun signe de phtisie, fut atteinte dans les premiers jours de janvier dessymptômes de la grippe ; toux violente, faiblesse, céphalalgie frontale, douleur au sternum et entre les épaules, troubles des fonctions digestives, pouls fréquent et faible. Elle cracha à plusieurs reprises, pendant trois ou quatre jours une certaine quantité de sang. Rien n’indiquait une pneumonie. »

Enfin dans sa communication à l’Académie de Médecine du 4 décembre 1883, M. G. Sée publia l'observation d’un malade entré dans son service à l’'Hôtel-Dieu, pour une bronchite aiguë grippale, et chez lequel, quinze jours après, soit cinq semaines après le début apparent de la maladie, on constatait la présence de bacilles de Koch dans les crachats ; il insiste à ce propos sur le diagnostic des phthisies pulmonaires douteuses par la présence des bacilles dans Les crachats.

Si l’on avait donc à cette époque l'attention éveillée sur la difficulté du diagnostic entre la grippe et la tubercu lose pulmonaire, on ne songeait évidemment pas encore à la forme pseudo-phymique de la grippe.

Pas plus dans les revues françaises que dans les revues étrangères que nous avons parcourues dans ce but, nous n'avons trouvé d’allusion à cette modalité de l’influenza qui fait l’objet de notre étude.

M. G. Lyon, dans sa revue générale sur la grippe 1889 -1890, dit, dans la description des lésions de lappa-

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reil respiratoire: « La bronchite a été très fréquente, souvent peu intense, également disséminée dans les deux poumons, ses signes réduits à quelques râles sibilants et muqéeux; elle s’est quelquefois localisée aux sommets, d’autres fois elle a subi une marche progressive, se transformant ainsi en bronchite capillaire.

« L'un des caractères de cette bronchite a été l’établisse ment extrèmement rapide de la purulence; on a fait -observer que les crachats présentaient souvent la forme nummulaire des crachats des phthisiques » (Peter).

Au chapitre « diagnostic » M. Lyon cite Cézilly: « Ghez les tuberculeux atteints de grippe, on a cru parfois à Pinvasion de la granulie. »

Guttmann et Leyden, dans leur rapport sur l'épidémie de 1889-1890, au chapitre des phénomènes respiratoires de linfluenza, écrit par le professeur Litten, ne parlent que de linfluence bien connue de la grippe sur la tuber culose au début, ainsi que sur la tuberculose ancienne et latente, insistant sur l’action souvent tres défavorable de celle-là sur les diverses formes de phtisie pulmonaire.

M. Duponchel, dans une discussion à la Sociélé médi cale des hôpitaux, le 24 janvier 1890, a cité le cas de trois jeunes soldats atteints de pneumonie grippale et où il fallut rechercher le bacille de Koch dans les crachats pour établir l'absence de lésion tubereuleuse.

Nous arrivons donc à l’année 1890 sans qu’un seul auteur ait décrit la forme pseudo-phymique, bien que plusieurs d’entre eux aient été arrêtés quelquefois par des difficultés de diagnostic.

À notre savant maître, M. le professeur J..Teissier, revient donc l'honneur d’avoir démontré l’existence de la

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forme pseudo-phymique de la grippe. Outre les nombreux

titres de gloire qu’il s’est acquis par l'étude consciencieuse

et approfondie de toutes les questions relatives à la grippe en général, à la dernière épidémie qui a désolé le monde entier, à la bactériologie, la pathogénie et la contagiosité de cette affection, il nous a indiqué les symptômes et la marcho de cette fièvre que l’on a souvent mille peines à distinguer de la tuberculose pulmonaire. Nous nous proposons d’ailleurs de reproduire plus loin les observations qu'il nous donne dans ses remarquables leçons.

Cette année même, M. Jarron publia une thèse sur la bactériologie de la grippe. Parmi les observations qu'il donne, nous en relevons quelques-unes qui rentrent parfaitement dans notre cadre, soit par les symptômes de congestion des sommets, soit par des symptômes généraux simulant la granulie. l’auteur, d’ailleurs, les à publiées dans un tout autre but que nous-mêmes et ne s’attachait pas à décrire les formes cliniques de Paffection.

En juillet 1894, paraissait à Lille la thèse de M. Mizon, faite sous l'inspiration de M. le professeur Lemoine, qui a bien voulu nous la communiquer. Nous en résumons les observations dans notre travail.

Dans le Lyon Médical du 14 octobre 1894, MM. Chatin et Collet apportent encore deux observations récentes de grippe pseudo-phymique. Nous les reproduisons plus loin.

Enfin, au Congrès de Médecine interne, tenu à Lyon du 25 au 29 octobre 1894, M. Lemoine a fait une communication importante sur cette modalité clinique de l’infection grippale, communication dans laquelle le professeur de Lille donne trois formes de la grippe pseudo-phymique, la

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