CONCLUSION
Au début de ce travail, nous avons groupé les ulcérations anales par familles étiologiques; prenant alors chacune de ces familles l'une après l'autre, nous avons exposé les différents types d'ulcérations qui se sont présentés à notre observation.
Or, parmi ces différents types il en est qui sont spéciaux à la famille dans laquelle ils ont été observés; tels sont par exemple : le chancre mou, les plaques muqueuses. Il en est d'autres, au contraire, qu'on peut rencontrer dans plusieurs familles, sans qu'on puisse constater de différences essentielles dans leurs caractères cliniques, comme s'ils étaient vraiment communs à ces diverses familles. Ainsi, après avoir étudié les érosions et les fissures dans les cas d'inflammations simples, nous en avons retrouvé de parfaitement semblables et dans la blennorrhagie et dans la syphilis; c'est encore ainsi que nous avons vu l'ulcère chronique variqueux être l'analogue des ulcères chroniques syphilitiques et tuberculeux.
De telle sorte qu'au point de vue clinique on peut diviser
les ulcérations anales en deux groupes : les unes spéciales, les autres coiumunes aux dilTéreutes familles étiologiques.
Cette distinction clinique est, du reste, en rapport avec le mode patliogénique. Les premières semblent, en effet, résulter d'une cause spécifique agissant toujours d'une façon identique; tandis que les secondes, tout en reconnaissant les causes les plus variées, ont été produites évidemment par le même mécanisme.
Reprenons les exemples précités :
Le chancre d'infeclion et les plaques muqueuses sont produits par le virus syphilitique et ne peuvent être produits que par lui : ce sont là des ulcérations spéciales résultant d'une cause spécifique agissant toujours d'une façon identique.
Les érosions et les tissures, au contraire, peuvent être le résultat de causes très-diverses : irritations simples, écoulements blennorrhagiques, manifestations syphilitiques; et cependant, comme elles sont semblables dans ces différents cas, il faut bien admettre que les causes productrices ont agi par le même mécanisme. De même encore pour les ulcères chroniques qui peuvent être causés par les hémorrhoïdes, la syphilis ou la tuberculose; affections bien différentes les unes des autres, mais qui cependant ont pour effet commun de produire un trouble de nutrition, local ou général peu importe, cause prochaine de l'ulcère.
Donc, en résumé, deux classes d'ulcérations anales : 1» Les ulcérations ,<!/)écîaie5 : chancres mous, chancres d'in-
feclions, plaques muqueuses, auxquelles on pourrait peutêtre ajouter les ulcérations tuberculeuses, cancroïdales et carcinomateuses ;
2" Les ulcérations communes, résultant les unes d'une irritation : érosions, fissures; les autres, d'un trouble de nutrition : ulcères chroniques.
Celte distinction n'est pas d'un intérêt purement théorique; elle est des plus importantes en pratique, car elle forme une base solide au pronostic en même temps qu'elle fournit de précieuses indications pour le traitement.