Fissure tolérante
Celle affection n'est mentionnée que par quelques rares observateurs. C'est qu'en effet son caractère d'êlre tolérante fait qu'elle est souvent méconnue ou négligée par les malades, et par suite inobservée jiar le médecin. Quant à nous, si nous n'avions pris la ferme résolution d'examiner avec soin l'anus de toutes les femmes qui enlraientdans le service, alors même qu'elles ne se plaignaient d'aucun trouble de la défécation, cette lésion nous serait passée inaperçue dans la plupart des cas.
Elle est extrêmement fréquente, chez les femmes de Lourcine tout au moins.
Elle nous a paru résulter de deux ordres de causes : l» de causes agissant mécaniquement, en amenant une distension trop grande de l'orifice anal ; tel est, par exemple, la sortie d'uu bol fécal, dur et volumineux, à la- suite d'une longue conslii)ation (2); 2» de causes agissant en rendant
(1) Gossclin, article «Anus, » Dict. de Médecine vt de Chirurgie pratiquts.
(2) Voir Observation no 2, plus loin.
les tissus plus friables, moins résislanls qu'à l'état normal. C'est ce que nous avons constaté chez les femmes dont la région anale était irritée par un écoulement vaginal ou par toute autre cause ; on voit alors la fissure se produire sous rinfluence d'une légère constipation ; il se passe là, en un mot, ce qui se passe aux lèvres de la bouche, qui, pendant l'hiver, se gercent sous le moindre effort, par le seul fait du rire. Notre observation no J (1) rentre dans cette catégorie du faits ; c'est le cas d'une fissure survenue chez une femme atteinte d'écoulement vaginal, à la suite d'un rapport contre nature.
La fissure tolérante se rencontre à la marge de l'anus, en avant ou en arrière, rarement sur les côtés. Elle est située dansle fond du sillon qui sépare deux plisrayonnés voisins; elle y est comme cachée; et c'est là, avec le peu de douleur, une des causes qui font qu'elle est souvent méconnue.
Pour la trouver, il ne sufHt pas en effet de la chercher, il faut savoir la chercher. Or, pour cela, on peut recommander aux malades de pousser comme s'ils allaient à la selle, pendant qu'avec la main on essaye de déplisser la région. On peut aussi se servir du spéculum de M. Sims. Chassaignac (2) recommande un autre moyen : il introduit
dansle rcclum une petite boule en caoutchouc, et il l'insuffie; l'attirant alors vers lui, la muqueuse se renverse, et il amène
(1) Voir Observation uo 1, plus loin.
(2) Chassaignac, art Anus, Dict. encydop. des Sciences médicales, t. V, p. 459.