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III. — Actions sur les schistes

Elles sont peu visibles, comme nous l'avons déjà fait remarquer, et consistent avant tout en un durcissement du schiste.

Dans la tranchée du chemin de fer du gîte 3 de Mairus, le schiste est tacheté de petits points qui pourraient être d’anciens feldspaths très altérés.

Ailleurs, par exemple au barrage de Laifour, il y a des traces de produits chloriteux qui peuvent venir de l’altération d'anciennes biotites.

Aux Dames de Meuse l'action sur les schistes déjà modifiés

par la diabase est plus intense. Il y a production de phénocristaux de quartz et d’albite. |

IV. — Différence entre les productions métamorphiques du gîte des Dames de Meuse et du gîte des forges de Mairus.

La diabase du gisement des forges de Mairus est assurément beaucoup plus modifiée que celle des Dames de Meuse.

La première contient des cristaux d’albite et de quartz, la seconde n’en contient pas.

Toutes deux contiennent de la biotite, mais aux Dames de Meuse elle est répartie sur une plus faible épaisseur de diabase qu’aux forges de Mairus. (

Aux Dames de Meuse le microgranite a produit dans les schistes qui lui sont superposés des cristaux d’albite et de quartz.

Il est remarquable .que les actions métamorphiques sont d'autant plus intenses qu'elles s'opèrent sur des couches situées au-dessus du microgranite, comme si les produits émanés du microgranite en voie de consolidation étaient sollicités par une force ascensionnelle.

V. — Caractères chimiques des actions de contact des microgranites ardennais.

Ils ne peuvent être étudiés avec précision que sur les diabases.

La diabase type de la carrière entre la petite et la grande Commune (rive droite) a la composition chimique suivante :

Perte auvfou. .5102.."AT 0%" Fe0% Fe0: Ca0." Ms O0" K20: Na70: Total.

PONS OL ONE Ge D0,7 05,9. 0,6 3,4 100,2

Mon attention n’à porté que sur le dosage des alcalis des

roches modifiées, et j'ai choisi des portions de roche qui ne contenaient ni phénocristaux de quartz ni phénocristaux d’albite, par conséquent rien que de la biotite en plus des éléments normaux de la diabase :

K?:0 Na?0 Type pauvre en biotite ....... 0,99 31 Type riche en biotite..,...... 15 3,4

On voit que la teneur en potasse augmente avec la teneur en biotite, mais que la soude reste à peu près ce qu'elle était dans la diabase intacte.

Cela est intéressant, car la soude n'existe que dans le feldspath de la diabase, et, cette soude n'ayant pas été éliminée par métasomatose, elle se trouve dans les mêmes proportions que si la roche était fraîche. D'où l’on peut conclure que le microgranite n’a pas modifié la composition chimique des feldspaths de la pâte de la diabase.

Son action sur celle-ci s'est donc réduite à la production de phénocristaux d’albite, de quartz et de lamelles de biotite dans un magma non encore consolidé et qui, lors de sa consolidation, cristallisera comme une diabase ordinaire réagissant seulement sur les éléments trop acides comme le quartz, qui dès lors ne se trouve plus dans sa masse qu’à titre d’enclave.

Si les roches avaient été fraiches, il eût pu être intéressant de doser la chaux et la magnésie. La biotite tenant en effet partiellement la place du métasilicate, elle libère une certaine quantité de chaux, si elle prend sa magnésie dans le magma même de la diabase, et cette chaux devra se retrouver ailleurs.

Il peut aussi se faire que la magnésie soit issue comme la potasse du magma même du microgranite, auquel cas le métasilicate aurait pu se former intégralement, en quantité moindre cependant, vu la place occupée par la biotite.

Malheureusement ces roches sont trop décalcifiées pour permettre cette étude.

VI. — Comparaison des diabases à phénocristaux de quartz et d’albite de la vallée de la Meuse avec d'autres roches massives.

Il est banal de rencontrer des filons de microgranite au voisinage de filons de roches vertes; mais la plupart du temps ces filons ne sont pas directement en contact, et il est par conséquent impossible de déterminer leurs actions réciproques.

Très peu de recherches ont d’ailleurs été faites à ce sujet, mais on a décrit un certain nombre de roches, en général de la famille des kersantites, qui semblent se rapprocher des diabases à quartz et albite de la vallée de la Meuse.

F. Schach a étudié en 1884 (!) des filons de microgranite et de kersantite juxtaposés, autrefois décrits par Reyer. Reyer considérait la kersantile comme un tuf du microgranite ; Schach combat cette hypothèse. Il y a du quartz et du mica dans la kersantite; aussi est-il permis de se demander si nous n'avons pas affaire ici à un cas analogue à ceux des gîtes de la vallée de la Meuse.

Il est possible que de tels cas soient exceptionnels, car l’action d’un des deux magmas sur l’autre ne se produira que s'ils ne sont encore ni l’un ni l’autre consolidés. A

Les Allemands ont décrit sous le nom de Gemischte Gänge des filons de natures différentes au contact les uns des autres :

(1) F. Scmacn, Ueber eine Kersantitgang im Contakte mit porphyrischen Mikrogranit und Phyllit am Ziegenschachte ber Johanngeorgenstadt (NN. J., t. IT, 1884, p. 54).

porphyre syénitique et mélaphyre filonnien, granitporphyre et syénitporphyre. Geikie a, lui aussi, décrit des granophyres à salbandes basaltiques ; mais dans les deux cas il est possible que ces injections successives, dues à des réouvertures de filons, se soient accomplies à des époques très différentes.

C'est à ces Gemischte Gänge que Max Kaech (1) rapporte des filons de porphyre et de roches à amphibole juxtaposés du val Vina, près du lac Majeur. Il cite le cas de deux filons. Les salbandes du premier sont différentes : la salbande Nord contient de petites tablettes de feldspaths, et çà et là des morceaux de quartz dans une pâte gris verdâtre. On trouve dans la pâte de la hornblende fréquemment chloritisée et des leucoxènes. Cette roche contient 457,89 pour 100 de Si0?. La salbande Sud est très fortement altérée ; elle contient de gros dihexaèdres de quartz et très peu de phénocristaux de feldspaths. Dans la pâte on trouve de la hornblende presque toujours chloritisée.

Les choses sont moins nettes dans le cas de l’autre filon. On ne peut que supposer l’existence de la hornblende, dont il n'existe plus que des produits de chloritisation.

Il nous semble qu'il y a lieu de rapprocher ces cas de ceux que nous avons étudiés dans la vallée de la Meuse.

Enfin, d’après Harker (*), on trouve à l’état d’enclave dans les intrusions d'Edenside des cristaux de quartz à bordure de pyroxène et des cristaux d’orthose et d'oligoclase, et l’on observe tous les types de roches depuis des lamprophyres jusqu’à des porphyres quartzeux micacés (peu acides) avec toutes les transitions de l’un à l’autre type. Des roches très

(‘) Geologisch-petrographische Untersuchung des Porphyrgebirtes zwischen Lago Maggiore und Valsesia, 1908.

(MGM 1802

différentes se présentent même à l’état de mélange imparfait dans un seul et même dyke.

Je ne puis étudier ici des cas trop éloignés de ceux de la vallée de la Meuse ; néanmoins, je veux faire remarquer la grande analogie qui paraît exister entre les actions qui se sont fait sentir sur les diabases ardennaises et celles qui ont produit dans beaucoup de roches basiques à facies lamprophyriques des minéraux caractéristiques de roches très acides, tels que quartz, mica et feldspaths alcalins.

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