‹ Étude comparative de quelques porphyroïdes françaisesChapitre 85 sur 96 · II. — Origine des enclaves · texte numérisé non relu

II. — Origine des enclaves

Toutes ces enclaves tranchent nettement sur la roche qui les contient, de sorte que l’idée de blocs étrangers modifiés par le magma vient tout naturellement à l'esprit.

A priori, on peut penser que ces blocs proviennent soit d'une roche éruptive, soit d’un schiste.

J'ai déjà montré que les caractères qui semblaient rapprocher ces enclaves de fragments de schistes emballés dans la roche étaient de production secondaire.

Ce ne sont pas, d’autre part, des morceaux de schistes digérés par le magma et recristallisés, car les schistes qu’on trouve au contact des microgranites sont tout à fait différents et très peu modifiés. De plus, ces enclaves ne sont pas spécialement localisées près des salbandes schisteuses des filons ; on les trouve aussi bien près de la diabase quand celle-ci est en contact avec le microgranite ; enfin, nous allons voir qu'elles atteignent parfois une basicité telle qu’on ne comprendrait pas comment elles résulteraient de l’action d’un magma acide sur un schiste déjà acide lui-même.

Ce ne sont pas non plus des morceaux de diabase, car il y manque la chaux que nécessiterait une telle origine ; de plus, si le microgranite a pu produire dans les diabases des cristaux de quartz et d’albite, il n’y a jamais produit de feldspaths potassiques, alors qu’au contraire les enclaves en ont contenu.

Ces enclaves ne sont pas des ségrégations basiques datant des premiers temps de consolidation de la roche : en effet, les minéraux essentiels qui les composent, albite et biotite, sont

de génération postérieure aux microciines, et leur ségrégation aurait dû s’opérer après la cristallisation de ceux-ci. On devrait donc y trouver le microcline avec la même abondance que dans le reste de la roche, alors qu’il y est d’une extrême rareté. De plus, les contours anguleux de l’enclave et son passage brusque au microgranite ne s'accordent pas bien avec l’idée d’une ségrégation.

L'hypothèse qui nous paraît la plus vraisemblable est que les enclaves des microgranites ardennais sont des fragments d’une roche éruptive profonde complètement métamorphosée par le microgranite.

Cette roche existait dans le magma à une époque où le microcline n'était pas complètement individualisé, et c’est pourquoi il a pu s’en produire dans sa masse.

Le magma avoisinant l’enciave à modifié la composition de celle-ci suivant ses moyens : la rendant plus sodique dans les régions à albite de substitution, plus potassique dans les régions à muscovite ; parfois se mélangeant assez intimement à elle pour qu’on y retrouve tous les caractères de la pâte du microgranite.

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