RÉSUMÉ
Ce travail comprend deux Parties très distinctes qui ont trait cependant l’une et l’autre à l'étude des mêmes roches.
Dans la première Partie j'ai recherché les caractères de similitude d’un certain nombre de roches appelées porphyroïdes, et j'ai mis en évidence leur diversité d’origine.
Le principal caractère des porphyroïdes, outre la présence de cristaux de quartz et de feldspaths. visibles à l'œil nu, consiste en ce fait que leur pâte est composée pour une grande partie de lamelles de mica blane orientées.
Une des porphyroïdes de Vendée étant mise à part (la porphyroïde de Saint-Pierre-du-Chemin, qui ne contient pas de feldspath}), le mica qui constitue la pâte des autres porphyroïdes que nous avons étudiées est une muscovite verdâtre connue généralement sous le nom de séricite.
J'ai cherché à mettre en évidence l’origine de cette séricite et les causes de sa production.
Il était connu depuis longtemps que la séricite est un produit d’altération des feldspaths. J'ai exposé les raisons pour lesquelles il y a lieu de penser qu'elle est uniquement un produit d’altération des feldspaths sodiques ou calcosodiques. On ne la trouve en effet dans Les feldspaths potassiques que dans des roches contenant en même temps des feldspaths sodiques ; mais alors elle se produit aussi dans les fissures des cristaux de quartz et dans les vides de la roche, et joue par rapport aux uns et aux autres un rôle différent de celui qu'elle joue par rapport aux feldspaths sodiques,.
Il semble paradoxal à première vue que la séricite, mica potassique, se produise surtout dans des feldspaths non potassiques, mais j'ai pu montrer que la différence des volumes moléculaires des feldspaths acides et de la séricite exigeait, pour qu’un feldspath se transforme entièrement en séricite, un certain apport d’alumine, et que par suite ce feldspath ne pouvait, avec ses propres ressources, se transformer en séricite ; l’alumine nécessaire, ne pouvant provenir dans les cas que nous avons considérés que d’un feldspath, est, de ce fait, accompagnée de la mise en liberté d’une certaine quantité d’alcalis.
La transformation en séricite débutant toujours dans les feldspaths sodiques, c’est que le surcroît d’alumine nécessaire ne provient pas d'eux; il ne peut provenir que des feldspaths potassiques.
Il y a donc tout lieu de penser que la cause de la production de la séricite est dans la réaction des sels de potasse issus d’un feldspath potassique sur les sels de soude d’un feldspath sodique. J'ai pu mettre aussi en évidence que dans certains cas la séricite est un produit de transformation des verres alcalins, et de plus qu’elle n’est pas un minéral de transformation dynamométamorphique, mais qu'elle est due à la circulation lente des eaux.
La transformation des plagioclases en séricite et la résistance des feldspaths potassiques à cette transformation font que des roches massives contenant ces deux espèces de feldspaths peuvent devenir porphyriques.
Si une telle roche a subi des actions mécaniques. la circulation des eaux se faisant dans le sens même où celles-ci se sont produites, la séricite s’orientera en se développant et la roche acquerra, de cette facon, la structure schisteuse qui fera d'elle une porphyroïde.
C'est ce que nous avons constaté pour deux anciens granites
actuellement des porphyroïdes, à Mareuil-sur-le-Lay et à Ligugé.
Si la structure porphyrique est déjà acquise à la roche, comme il suffit de très peu de choses pour rendre la pâte schisteuse, on conçoit que ces roches soient particulièrement aptes à acquérir la structure des porphyroïdes. C’est le cas de la famille des microgranites. Nous en avons des exemples dans les Ardennes, sur la bordure ouest du massif central et à La Châtaigneraie, en Vendée.
Même si les actions mécaniques viennent à manquer, on pourra trouver des roches telles que la blaviérite de la Mayenne, que diverses considérations d'ordre géologique m'ont amené à considérer comme une roche volcanique épanchée, qui néanmoins ont acquis la structure porphyroïde. Il suffit que les conditions de gisement soient telles que les eaux aient pu circuler dans le sens même de la stratification de la couche de roche.
Une étude complète des porphyroïdes aurait exigé la considération d'un grand nombre d’autres roches désignées comme telles ; jai préféré me borner à quelques types qui m'ont permis de fixer, avec autant d’exactitude que ces matières le permettent, l’origine de la structure des principales porphyroïdes françaises.
L'étude détaillée de certaines d’entre elles m'a conduit à cetté conclusion que beaucoup de légendes s'étaient greffées sur leur histoire.
En particulier, dans le cas des porphyroïdes de la vallée de la Meuse qui sont pour beaucoup de géologues francais le type des porphyroïdes, je me suis aperçu que le caractère porphyroïde n’était pas constant; qu’il existait toujours des équivalents massifs de chacun des types schisteux ; que jamais, contrairement à ce que jusqu'ici on avait Cru COnstater dans tous les congrès de géologues, il n’y avait passage de la porphyroïde au schiste.
Enfin, bien servi par la chance, j'ai découvert une petite apophyse transversale issue d'une des masses de porphyroïde dont l'existence met maintenant hors de doute, à mon sens, l'origine intrusive de ces porphyroïdes et clôt de cette façon la longue série de discussions auxquelles elles ont donné lieu.
Des porphyroïdes telles que celles de la vallée de la Meuse méritaient d’être étudiées complètement.
Les variétés massives sont ce que dans la nomenclature moderne on a convenu d'appeler des microgranites; j'ai mis en évidence que ces microgranites étaient d'un type spécial, bien défini par l’ensemble de ses caractères chimiques et minéralogiques, et c’est leur étude que j'ai traitée dans la seconde Partie de mon travail.
J'ai proposé de réunir sous le nom de microgranites non calciques les microgranites du type des microgranites ardennais.
Ces microgranites non calciques, outre l'absence à peu près complète de chaux, possèdent les caractères suivants :
1° Ils contiennent des microclines d'un type spécial qui ne possède que la macle suivant la loi de l’albite ;
2° Ces microclines ont cristallisé en totalité dans le magma avant tout autre élément ;
3° Ces microclines ont eu la possibilité de se transformer en albite ; il s’est produit à leurs dépens de l’albite de substitution à côté d’albite libre qui parfois se produit en outre à l’état de phénocristaux isolés ;
4° La pâte de ces microgranites est essentiellement composée de quartz et d’albite; on y trouve de la biotite en proportions variables ;
5° Dans certains cas, l’albitisation des microclines est connexe de transports de soude et de potasse dans le magma en voie de cristallisation.
Ces microgranites non calciques ainsi définis comprennent
beaucoup des microgranites ou porphyres quartzifères des auteurs français, la plupart des kératophyres des auteurs allemands et un certain nombre des roches qui ont fourni des porphyroïdes. |
Il est important de remarquer que le microcline sous la forme que nous avons décrite est extrêmement répandu dans les microgranites de ce type. Il y a tout lieu de croire que vu son aspect on l’a souvent pris pour de l’anorthose. Il s’en distingue nettement par ses angles d'extinction.
J'ai été conduit à étudier les actions exomorphes de ces microgranites non calciques et, d'une façon spéciale, leur action sur des roches basiques vertes (diabases ou microgabbros}) en voie de cristallisation.
Enfin, l'étude des enclaves des microgranites de la vallée de la Meuse m'a amené à discuter l’origine profonde de ces roches.
Je me suis toujours servi des mêmes méthodes de recherches : l'examen microscopique, après l'observation sur le terrain, et l'analyse chimique.
Vu el approuvé :
Paris, le 17 mai 1909.
LE DoÿEnN DE LA FACULTÉ DES SCIENCES, Pauz APPELL.
Vu et permis d'imprimer :
Paris, le 17 mai 1909.
LE Vice-RECTEUR DE L'ACADÉMIE DE PARis, L' LIARD.