V.— Actions exomorphes des microgranites non calciques
Une partie du magma du microgranite peut se diffuser hors de la masse de celui-ci. C’est elle qui provoque la formation de quartz, d’albite et de biotite dans les roches siluées au contact. Mais ces éléments peuvent se trouver individualisés à l'état même de roche massive.
Les aplites porphyriques et les aplites euritiques que M. Barrois a étudiées dans la rade de Brest en sont pour nous un exemple frappant.
L’aplite porphyrique est un microgranite à phénocristaux de microcline, d’albite, de quartz et de biotite, dans une pâte de quartz, albite et biotite.
Les microclines qui sont du type des microclines ardennais sont mouchetés de très peu d’albite.
L'aplite euritique est essentiellement composée d'albite et de quartz.
D'après les coupes données par M. Barrois, l'aplite porphyrique forme de grandes masses laccolitiques, tandis que l’apliteeuritique se trouvé en une série de tout petitslaccolites.
Au point de vue chimique, ces roches sont des microgra-
nites non calciques :
Perte SiO?. AlO% Fe’0%. Ga0. MgO. K?0, Na20. au feu. Lu 2e Dre di 73,0 ‘19520 1:00 0,100 F,0U F4 3, Ti an Aplite euritique....} (Rostellec.)
Ces analyses présentent une grande analogie avec celles de nos microgranites ardennais. La première correspond à un type où les microclines sont peu ou point albitisés, la seconde à un type à forte albitisation; mais dans les roches de la rade de Brest aucune albitisation ne s’est produite, et c'est une partie du magma émané de l’aplite porphyrique qui est venue remplir des vides à l’état de petites masses laccolitiques.
Comme dans le cas de tous les microgranites non calciques, le microcline a cristallisé en totalité avant tout autre élément. Il était formé dans la masse principale du magma lors de sa mise en place, et c'est pour cela que l’aplite euritique n’en contient pas.
Les éléments émanés du magma microgranitique peuvent donc indifféremment s’individualiser pour leur compte à l’état de roche massive ou se diffuser dans d’autres roches et aevenir de ce fait des éléments métamorphiques de celles-ci, comme cela a lieu dans la vallée de la Meuse.
Dans les deux cas il existe une masse principale du magma qui se distingue par la présence du feldspath potassique.
Mais on peut parfaitement imaginer que l’action d’un tel magma puisse se faire sentir sur une roche avant que le microcline soit individualisé. Dans ce cas, les éléments du microcline pourront se retrouver à l’état d'éléments métamorphiques dans la roche ainsi métamorphisée.
Si cette roche est basique, il se produira de cette façon une série de types à facies de kersantites ou de lamprophyres. Quant au microgranite lui-même, il pourra ne plus exister, ayant tout entier passé dans la roche métamorphisée.
VI. — Marche de l’altération des microgranites non calciques.
La biotite des microgranites non calciques reste longtemps intacte si ceux-ci contiennent des microclines; elle s’altère
plus rapidement au contraire s'ils n’en contiennent pas, c'est-à-dire si les microclines sont complètement albitisés.
L’albite libre des microgranites à microcline est fortement chargée de séricite ; celle des microgranites sans microcline l'est beaucoup moins.
Nous pouvons en conclure que la biotite, minéral potassique, résiste mieux aux altérations si le milieu dans lequel elle se trouve est riche en potasse, c’est-à-dire si les eaux qui circulent autour d'elle ont une composition voisine de la sienne.
Comme nous l'avons déjà fait remarquer, la séricite produite dans l’albite libre tient sa potasse de la destruction du microcline. La marche de l’altération est donc la suivante :
Le microcline se dissout partiellement sous l’action des eaux circulant dans la roche. Ses produits de dissolution contribuent à édifier de la séricite dans l’albite ; la biotite reste longtemps intacte.
Si le microcline manque, la biotite se chloritise et perd sa potasse, qui va servir à la production de la séricite.
Chose curieuse, et dont je n'ai pu trouver d'explication sérieuse, l’albite de substitution est beaucoup moins altérable que l’albite libre.
Au début de ce travail, nous avons défini une porphyroïde : une roche schisteuse qui contient des phénocristaux de quartz et de feldspath et dont la pâte a les caractères d'un sédiment ; et nous avons vu que la schistosité et l'allure sédimentaire de la pâte résultaient en grande partie de l'orientation des lamelles de séricite développées aux dépens des feldspaths de la pâte d'une roche éruptive.
Pour que des cristaux de feldspaths soient visibles, il faut donc que leur processus d’altération soit différent de celui des feldspaths de la pâte ; et c’est pourquoi nos microgranites, qu'ils contiennent ou non du microcline, présentent toujours,