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LIGATURE EXTEMPORANÉE

La ligature extemporanée a suivi de près la méthode d’écrasement. C’est en 1857 que M. Maisonneuve (4), auteur de ce nouveau procédé, fit à l’Académie des sciences une première communication relative à une opération pratiquée avec le constricteur qui porte son liom.

Si l’on tient compte de l’extension considérable que M. Maisonneuve a donnée à l’application de la ligature extemporanée, il est incontestable qu’il a droit à la priorité absolue. Sans vouloir rentrer dans la discussion d’un intérêt historique que cette question a soulevée (5), nous devons rappeler que M. Maisonneuve lui-même a toujours donné sa méthode comme une dérivée de celle de Mayor. Nous savons

(1) J. Rochard, p. 625.

(2) Bull, de l’Acad. de méd., t. XXIV. p. 214.

(3) Gourgeaux. De l’écraseur linéaire, quelques cas d’amputations. Thèse de Paris, 1875.

(4) Maisonneuve, Mémoire à l’Académie des sciences l^r mai

(5) V, Bullet. de la Soc. de chir. 1858, p. 184.

en eü'et que. pour M. Maisonneuve, l’écrasement linéaire n’est en réalité qu’une modiücation de la ligature en masse, pratiquée méthodiquement pour la première fois par le chirurgien de Lausanne ; et c’est afin de simplifier le procédé de M. Chassaignac, qu’il a substitué à l’écrasement linéaire la ligature extemporanée. Aussi a-t-il donné à son procédé les mêmes applications que M. Ghassaignac avait attribuées au sien. C’est dire que nous n’avons pas à revenir sur le détail de ces applications. Seulement comme plusieurs chirurgiens ont partagé l’opinion de M. Maisonneuve, relativement à la supériorité de son serre-nœud, il importe de rechercher en quoi les deux instruments se rapprochent ou se séparent. C’est ce que nous ne pouvons faire qu’en entrant dans quelques détails presque techniques destinés à faire ressortir le mode d’action exact de chacun d’eux.

Dans le constricteur de M. Maisonneuve, la chaîne est remplacée par des fils métalliques simples ou réunis en faisceaux, destinés à embrasser la tumeur à sa base et fixés par leurs extrémités à un serrenœud, dont la forme et le mécanisme ont varié selon les chirurgiens. En somme, l’appareil se réduit toujours à un garrot modifié de différentes façons.

Au premier abord, l’action de cet appareil sur les tissus paraît analogue à celle que produit l’instrument de M. Ghassaignac. Mais si 1 on examine de plus près ce qui se passe, cette ressemblance n’est qu’apparente. L’écraseur, en effet, est une scie à

segments articulés, tandis que le constricteur est un instrument à surfaces mousses , agissant sur les tissus par constriction pure et simple, par étranglement et à la manière d’un nœud coulant.

Le travail de section, qui s’ajoute dans l’écraseur au travail de constriction, grâce à l’action des dents de la chaîne, doit être compensé dans l’instrument de M. Maisonneuve par un déploiement de force beaucoup plus considérable. L’action du serre-nœud serait un peu différente d’après M. Broca, lorsqu’il est formé, non plus par un fil simple, comme dans l’appareil primitif de M. Maisonneuve, mais par l’assemblage de plusieurs fils. Dans ce cas, les rugosités des fils agglomérés joueraient le même rôle que les dents de scie de la chaîne, et l’action de l’anse métallique se rapprocherait beaucoup de celle de l’écraseur. Cependant une différence capitale sépare toujours les deux instruments. Le mouvement de vaet-vient, qui, dans l’appareil de M. Ghassaignac, est si favorable à la division des tissus, manque dans fappareil de M. Maisonneuve (1).

Un inconvénient a frappé dès le principe tous les chirurgiens; c’est la difficulté de choisir une anse métallique dont la solidité soit proportionnelle à la résistance des tissus ; or, comme la force de constriction est très-souvent considérable, le fil peut quel-

(1) U va sans dire que nous n’avons en vue dans cette discussion que le modèle primitif de l’écraseur, construit d’après les indications de son inventeur. L’instrument, tel qu’il a été modifié depuis, sort absolument de ses attributions premières.

quefois se briser, et le chirurgien est obligé de terminer l’operation par un procédé différent. C’est ainsi que, dans une amputation de verge pratiquée par M. Verneuil, l’anse métallique se rompit deux fois et il fut nécessaire d’appliquer l’écraseur pour en finir plus rapidement (1). Il est vrai que cette objection faite à la méthode a perdu de sa valeur, depuis que M. Maisonneuve a inventé des constricteurs d’une très-grande résistance.

On a aussi reproché à la ligature extemporanée de ne pas présenter au point de vue des hémorrhagies la même sécurité que la méthode d’écrasement. Sous ce rapport les statistiques comparatives nous manquent. Mais quelles que soient les imperfections réelles ou supposées de cette méthode, personne ne lui refusera d’offrir un avantage spécial : nous voulons parler de la flexibilité et de la souplesse des fils. Ces conditions manquent à la chaîne de l’écraseur, dont les segments se meuvent tous dans le même plan, ou peu s’en faut. Grâce à la malléabilité de l’anse métallique, on pourra porter l’agent constricteur dans des cavités profondes et anfractueuses, où les pédicules des tumeurs seront facilement embrassés et détachés à leur base. On pénètre ainsi dans des régions où il est possible de faire subir au constricteur toutes les flexions, toutes les coudures que comporte la disposition anatomique des organes. Il est donc aisé de comprendre que la ligature extempo-

(1) Bull, de la Soc. de chir., t. VII, p. 249, 1856.

ranée peut avoir un assez grand nombre d’indications particulières.

On l’a surtout mise en pratique dans les cas de tumeurs pédiculées, de polypes contenus dans des cavités naturelles; et ce sont les polypes des fosses nasales (1) et de l’oreille externe (2) qu’on ale plus souvent traités de cette manière. M. Broca a extirpé^ avec le même appareil un polype naso-pharyngien (3).

En dehors de ces cas particuliers, on peut dire que la ligature extemporanée n’est pas entrée dans la pratique chirurgicale usuelle. Quelques chirurgiens cependant, au nombre desquels nous devons citer M. le professeur Richet, la préfèrent d’une manière générale à l’écrasement linéaire, en raison de la puissance hémostatique plus assurée qu’ils lui accordent.

Nous ne ferons'que rappeler en terminant l’application de la ligature extemporanée aux amputations des membres. L’ostéoclaste de IVI. Maisonneuve est un appareil de ligature extemporanée destiné à prévenir les funestes effets de l’ostéite, consécutive à l’emploi de la scie dans les amputations. Grâce à cet instrument, il a été relativement facile de déterminer une fracture du membre au niveau du siège même où l’on en voulait pratiquer l’ablation. Cette fracture

(1) Terrillon, Traitement des polypes muqueux des fosses nasales. Bull, tliérap., t. II, p. 532, 30 sept, 1874.

(2) Ladreit de Lacharrière, Gaz. des hôp., 28 nov. 1865, Bonnafond. Gaz. hebd., 1864, n° 4l. Garrigou-Désarènes, Gaz. des Hôp., 15 déc. 1866.

(3) Gaz. des hôp.. 10 mars 1860.

artificielle constitue le premier temps de l’opération. Ce n est qu’en second lieu qu’on divise les parties molles au moyen du constricteur. — L’auteur de cette méthode en a conservé le monopole, et malgré les« résultats encourageants^ »> qu’il en a obtenus, personne encore n’a osé suivre son exemple (1).

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