AVANT-PROPOS
S’il nous fallait, dans le sujet que nous abordons, nous en tenir au sens propre du mot exérèse, ïqX qu’il ressort de son étymologie (e^ de, hors, et alpeîv, enlever), bien vaste serait le champ que nous aurions à parcourir. Nous devrions, en effet, étudier tour à tour et comparer entre elles a toutes les opérations de chirurgie par lesquelles on enlève du corps tout ce qui lui est inutile, nuisible ou étranger (1). » A. ce titre, comme l’avancent avec raison les auteurs que nous citons, l’extraction d’un calcul vésical serait une exérèse aussi bien que l’excision d’une tumeur ou l’ablation d’un membre. Si même l’on veut rester jusqu’au bout fidèle aux termes de la définition que nous venons de rappeler, les méthodes dites évacuatrices, celles qui ont pour but de débarrasser l’économie, par la ponction ou par les voies naturelles,
(1 Littré et Robin, Dictionnaire de médecine, d’après le plan suivi par Nysten, 12° éd., Paris 1865.
(le liquides qui lui sont nuisibles, mutiles ou étrangers^ doivent clgalement rentrer dans la catégorie des exérèses.
Nous avons pris quelques exemples; nous pourrions les multiplier. C’est ainsi que pour Jourdan(l), dans son article Exérèse du Dictionnaire en 60 vol., l’extraction du cristallin, l’ouverture des abcès, l’arrachement des dents, l’accouchement lui-même appartiendraient, à proprement parler, à une- étude, générale de l’exérèse. Aussi renonce-t-il presque aussitôt à une si folle entreprise, comprenant bien lui-même qü’une semblable généralisation, portant sur des objets absolument disparates, ne conduirait à aucune conclusion pratique.
En effet, en médecine, comme en toute science, les classifications doivent reposer sur des bases rationnelles, et l’on n’a le droit de ranger dans une même catégorie que des opérations, sinon absolument comparables, du moins présentant entre elles un caractère frappant d’analogie.
A ce titre, nous croyons parfaitement justifiée l’acception beaucoup plus restreinte que le langage chirurgical actuel donne au mot exérèse .
On entend communément sous ce nom les opérations qui ont pour but de séparer, par section ou destruction des tissus, en faisant porter la division au delà des limites du mal, une partie jusqu’alors en continuité avec le reste du corps, qu’il s’agisse d’une
(1) Jourdan. Dièt. des sc. méd., 1815, t, XIV, p. 102.
tumeur ou autre production accidenteUe, ou d’un membre ou portion de membre.
Ce sont là des opérations comparables, puisque, dans leur infinie diversité, elles ont toutes un but ; 1 ablation dans la continuité des tissus. L’idée d’ablation, d’extirpation d’une portion quelconque des tissus vivants, se lie donc invinciblement au mot exérèse.
Aussi nous semble-t-il que nous resterons mieux dans l’esprit, sinon dans la lettre, de la question qui nous est posée, en boriiantlà notre tâche et en n’étudiant, pour les comparer entre elles, que les diverses méthodes employées dans un but ainsi déterminé.
Réduit à ces limites, le sujet est encore assez vaste, et il s’étend pour ainsi dire de jour en jour. Il semble qu’à l’envi, guidés par des idées théoriques ou par les nécessités de la pratique^ les chirurgiens de l’époque contemporaine s’ingénient à trouver de nouveaux procédés ou de nouvelles méthodes d’exérèse. Le bistouri qui, au commencement de ce siècle encore, constituait pour tous la meilleure sinon la seule méthode opératoire, lut, pendant une période de réaction presque générale, considéré comme un instrument infidèle et dangereux.
Les divers procédés de ligature et de cautérisation, l’écraseur linéaire, le galvano-cautère, semblèrent, en se substituant complètement à lui, au moins comme méthodes d’extirpation, devoir le détrôner sans retour. On sait qu’un pareil but ne put
etre atteint. Mais l’attaque avait été vive, et elle Il était pas de tous points condamnable.
En efïet, après une période d’engouement, expliquée par les exagérations auxquelles se laissent facilement entraîner les inventeurs, pendant laquelle les méthodes nouvelles furent accueillies de parti pris et presque sans contrôle, vint la période d’examen et de critique impartiale. L’application consciencieuse de ces méthodes prouva que la plupart d’entre elles présentaient en réalité des qualités incontestables, et satisfaisaient à certaines indications particulières ; qu’à ce titre elles pouvaient entrer à bon droit dans la pratique chirurgicale.
On comprit toujours mieux, dans la suite, qu’il fallait, se gardant également d’un dénigrement systématique et d’un enthousiasme trop facile, déterminer d’une manière générale dans quelles circonstances l’emploi de l’instrument tranchant devait être rejeté ; indiquer, pour chaque cas particulier, celle des méthodes non sanglantes à laquelle il convenait d’avoir recours, en donnant avec le plus de précision possible les raisons de préférence.
Il rtous paraît évident que le choix de notre sujet de thèse a surtout été dicté par cette préoccupation, qui est celle de l’époque actuelle ; et nous croyons que les lignes précédentes résument clairement le sens général de la question qui nous est posée.
Cependant, hâtons-nous de le dire, nous n’avons pas à résoudre le problème, tel que nous venons de
l’énoncer. Il serait impossible, dans les termes généraux où nous devons nous maintenir, de lui donner une solution satisfaisante.
Il s’agit en effet d’une question essentiellement pratique, qui ne peut être tranchée avec fruit qu’au lit du malade, et d’une façon souvent différente, selon les cas particuliers. Le rôle du pathologiste doit se borner, dans l’espèce, à rechercher quels sont les divers moyens d’exérèse, à. les étudier dans leurs traits principaux, à indiquer, en les comparant entre eux, les avantages et les inconvénients qui leur sont propres, à faire en un mot, comme le dit excellement le titre même de ce travail,, l'étude comparative des diverses méthodes de ï exérèse. Au clinicien appartient le soin de décider, d’après ces données nécessairement générales, du choix à faire dans les circonstances spéciales qui se présentent dans la pratique.
Nous verrons cependant que l’on peut, sans sortir de cette étude générale et comparative, serrer la question déplus près. Nous devrons en effet montrer qu il est des cas où le choix du chirurgien est pour ainsi dire fait d’avance, que dans certaines conditions il ne pourra balancer entre les diverses méthodes opératoires; qu il y a en un mot quelques règles absolues de pratique, résultant des qualités inhérentes à telle ou telle méthode. Notre travail serait incomplet si nous n’abordions ce côté du sujet.
Des considérations qui précèdent ressort nécessairement le plan que nous devrons suivre dans cette étude.
Notre' premier chapitre sera consacré à l’énumération et à la classification des méthodes de l’exérèse. Nous chercherons en même temps à faire voir, dans une rapide revue historique, à quelle époque ou sous quelle influence elles ont fait leur apparition.
Dans un deuxième chapitre nous les étudierons l’une après l’autre, les mettant en parallèle aux différents points de vue du mode d’application, des effets qu’on en obtient, et des principales indications auxquelles elles peuvent satisfaire. — Nous n’oublions pas cependant qu’une méthode valant surtout par ses effets, et non par les instruments qu’elle emploie, nous devrons éviter de nous appesantir sur les modes d’application, pour insister davantage sur les résultats immédiats ou consécutifs.
Enfin, résumant dans un dexmier chapitre les données qui résulteront de l’étude analytique que nous aurons été obligé de faire, nous chercherons à préciser la valeur i^espective de ces diverses méthodes, à indiquer les considérations souvent complexes qui doivent guider le chirurgien dans son choix.
Qu’on nous permette encore une remarque préliminaire. Si l’on nous accusait, dans l’étude qui va suivre, d’entrer dans le domaine de la diérèse, d’avance nous repousserions ce reproche, par cetteraison
bien simple que, sans l’intervention de la diérèse {division des tissus) il n’y aurait pas à’ exérèse possible. On pourrait faire remarquer, en effet, si l’on ne craignait d’abuser d’une terminologie barbare, o^\x nne diérèse estle premier temps nécessaire de toute e.T(?medanslesensoùnousavonspris]emot. G’estpour cela que nous serons obligé de tenir compte de la division des tissus, eldes différences qui résultent, à cet égard, du choix de la méthode employée. Aussi bien est-ce par ce côté surtout que les méthodes nous semblent devoir être comparées.