‹ Etude Comparative Des Grefes Humaines Et Des Grefes AnimalesChapitre 12 sur 26 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Observation Première (Personnelle)

Zoogreffes. — Peau de grenouilles

La ïeune L. N., âgée de 5 ans, entre au pavillon Vidal de l'hôpital de la Conception le 15 décembre 1895 pour une brülure du troisième degré occasionnée par l’inflammation d’une lampe à pétrole. Cette brûlure occupe la plue grande partie de la fesse droite et s'étend du côté de la région trochantérlenne. |

Lorsque nous voyons cette enfant pour la première fois, le 10 février 1896, nous constatons qu'il existe une vaste perte de substance à forme quadrilatérale ayant 0,20 centimètres dans le plus grand diamètre sur 0,15 centimètres de large. Les bords sont irréguliers, dentelés, déchiquetés ; la surface est anfractueuse et formée de bourgeons charnus, blafards, pâles, de consistance molle. Par places, nous remarquons des îlots grisâtres constitués par du magma coagulé.

Comme état général, cette enfant est pâle, de tempérament lymphatique : pas d’antécédents pathologiques.

Le traitement local conseillé par le docteur Lauzet, chef de service, consiste eu irigations d’eau boriquée chaude à

HÉROS 30 p. 1.000 et en pansements humides avee la même solution.

Sous l'influence de ces applications nous avons vu la suppuration diminuer peu à peu, bien que lentement ; les bourgeons charaus sont moins blafards; mais comme ils n’ont qu’une faible tendance à se cicatriser, nous avons pratiqué tous les quatre ou cinq jours, des cautérisations légères au nitrate d'argent pour activer leur vitalité.

Les bords de la brûlure sont encore irréguliers et présentent une couleur violacée.

Le 16 mars 1896, nous voyons que le travail de réparation est toujours lent à se produire, la cicatrisation par les bords de la plaie est pénible, difficile; aussi appliquons-nous ce jour-là, sur les conseils de notre chef de service des greffes de peau de grenouille, après avoir eu la précaution de préparer convenablement le champ opératoire en prenant toutes les précautions d'usage.

Nous taillons sur le ventre et sur la région interne des cuisses de grenouilles seize lambeaux ayant un centimètre carré environ et après les avoir appliqués au niveau des parties les plus vivaces de la plaie, en les écartant nous les recouvrons de bandelettes d’étain stérilisées sur lesquelles nous appliquons un pansement de gaze salolée.

Le 21 mars nous constatons en défaisant le pansement que des seize greffes, deux seulement sont adhérentes ; les quatorze autres se sont recroquevillées et ne présentant plus de vitalité se trouvent sur la gaze du pansement.

Les deux greffes vivaces sont à 0,10 centimètres l’une de l’autre. |

Le 28 mars, nous voyons que ces deux greffes persistent bien qu’elles paraissent diminuées de diamètre, et leur vitalité

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est accusée par une fine pellicule périphérique qui indique un travail utile de réparation épithéliale

Encouragé par ce succès partiel, nous procédons, ce même jour, à une nouvelle application de huit greffes de peau de grenouille.

Malgré toutes les précautions prises, nous voyons à regret, le 2 avril, qu'aucune de ces dernières greffes n’a persisté; elles sont toutes adhérentes au pansement.

Devant cet insuccès les greffes animales sont abandonnées mais l'on continue les pansements humides fréquemment renouvelés.

Nous devons dire que les deux greffes de la nremière série continuent à s’étaler; les îlots épidermiques gagnent peu à peu le bord de la plaie, voisin de leur périphérie.

L'enfant L. N.a été soumise dès le début à un traitement tonique grâce auquel ses forces se sont relevées.

Sous l'influence des traitements local et général les bourgeons charnus devenus plus francs ont travaillé utilement à la réparation et des bords est parti un liseré cicatriciel grâce auquel la plaie s’est rétrécie de jour en jour quoique très lentement.

Le 16 juin, c'est-à-dire six mois après l'accident, l’enfant L. N. sortait de l'hôpital, la plaie complètement guérie mais recouverte d'une cicatrice mince, fragile, irrégulière, adhérente aux tissus sous-Jjacents.

Nous reconnaissons encore les deux points où les greffes de peau de grenouille se sont développées: à ce niveau, la cicatrice paraît plus solide et plus résistante.

Observation II

(Personnelle)

Greffes humaines.

Le nommé M., âgé de 36 ans, chauffeur, est victime le 5 janvier 1897 d'un accident à bord du navire où il est occupé. Un jet de vapeur dû à une fuite l’a gravement brûlé.

Le blessé, transporté à la salle Saint-Jean-Baptiste à l'hôpital de la Conception, présente sur la face antérieure de la cuisse gauche, à sa partie moyenne, une vaste brûlure aux 2eet 3° degrès, entourée d’un érythème très prononcé. Nous procédons à un pansement au liniment oléocalcaire recouvert de ouate. Ce pansement est remplacé les jours suivants, par des compresses humides.

Le 25 janvier, la plaie est détergée ; elle présente une surface cruentée à forme elliptique ayant 15 centimètres dans son plus grand diamètre et 10 centimètres dans le plus petit. La plaie est vivace, les bourgeons charnus sont de bonne nature et les bords présentent un liseré caractéristique de cicatrisation.

Dans le but d’activer la guérison, nous pratiquons le 25 janvier, après toutes précautions prises, six greffes dermo-épidermiques d’après la méthode de Thiersch. Les lambeaux sont pris sur la cuisse droite de notre malade. Chacun de ces lambeaux avait 3 cent. 1/2 environ de long sur 1 cent. de large.

Le 28 janvier, c'est-à-dire 3 jours après l'application des greffes, lorsque nous enlevons le pansement, nons constatous avec satisfaction que cinq de celles-ci sont adhérentes à la plaie. Ces greffes ont contribué puissamment à la cicatrisation ;

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nous avons vu partir de leur périphérie un liscré légèrement bleuâtre de tissu épithélial qui recouvrait au fur et à mesure les bourgeons charnus voisins.

15 Février. — L'espace laissé libre entre les greffes s'est rétréei peu à peu, des ponts épidermiques réunissent nos greffes ; trois d’entr’elles sont déjà en continuité avec les bords de la plaie.

Le 28 février, la plaie est en grande partie cicatrisée ; 1l ne reste que quelques bourgeons charnus exubérants, disséminés ou réunis en groupe, nous les cautérisons pour les réprimer.

5 mars. — La plaie est complètement guérie. La cicatrice qui la recouvre est rosée, un peu tendue sur les bords; mais dans le reste de la surface elle est lisse, régulière, assez souple, non douloureuse, résistante.

10 mars. — Le malade sort de l'hôpital.

Observation III

(Personnelle).

La nommée O..., Marguerite, âgée de 28 ans, est ouvrière dans une raffinerie de sucre.

Cette femme, que nous voyons pour la première fois le 10 avril 1901, présente un ulcère variqueux datant de huit ans, siégeant à la facc antéro-interne de la jambe droite à l'union du tiers moyen et du tiers inférieur.

Antérédents. — Son père est mort d'accident, sa mère est décédée à la suite de couches.

Notre malade à eu une fièvre typhoïde à huit ans. Dès l’âge de 17 ans, elle a remarqué qu'elle était atteinte de varices des deux membres inférieurs. Nous devons dire que sa profession

A Se l'oblige, depuis plusieurs années, à se tenir constamment debout.

Elle s’est mariée à 23 ans ; elle a eu trois enfants, tous bien portant actuellement. Les grossesses et les suites de couches ont été normales.

Il ya huit ans, à la suite d’un traumatisme léger, il se fit, au niveau de l’ulcère actuel, une petite excoriation à laquelle la malade ne prit point garde tout d’abord ; puis une eschare se forma, agrandissant encore par sa chûte la perte de substance ; enfin l’ulcère est constitué, il sappure abondamment, saigne au moindre contact et gagne en surface et en profondeur.

Le 10 avril, à notre premier examen, nous constatons, sur la région antéro-interne de la jambe droite, une perte de substance ayant la forme d’un triangle isocèle dont les angles sont légèrement arrondis et dont la hauteur mesure ÿ centimètres et demi, tandis que la base est de 4 centimètres et demi. Les bords, violacés, sont comme découpés et taillés à pic, surplombant une surface grisâtre, sanieuse, anfractueuse, sur laquelle, à côté de saillies fongueuses, on constate des dépressions remplies d’une matière blanchâtre et putride. Ces dépressions sont surtout remarquables par leur étendue et leur profondeur vers l'angle supérieur de la plaie, la région de la base étant, au contraire, riche en saillies fongueuses. Enfin, sur le pourtour de cette vaste perte de substance, la peau est épaissie, d’une dureté ligneuse, absolument glabre, d’une coloration lie de vin. Nous remarquons, sous les téguments de la jambe malade, d'énormes dilatations veineuses, formant un vaste réseau de varices.

Notre malade a subi, depuis qu’elle porte son ulcère, divers traitements qui, dit-elle, n’ont produit aucune amélioration. Il est juste de remarquer, cependant, que ces divers traite-

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