CHAPITRE PREMIER HISTORIQUE
1° Greîffes humaines
Les greffes cutanées humaines ne sont entrées dans la thérapeutique chirurgicale que dans la seconde moitié du siècle dernier. Malgré les travaux de Franck Hamilton, publiés en 1847 dans le Buffalo Medical Journal, et de Paul Bert, parus en 1863, les chirurgiens n'avaient tiré aucune déduction pratique de l'application des greffes pour réparer les plaies des téguments. C'est à J.-L. Reverdin que revient l’honneur de la création de cette méthode, car, le premier, il montra qu'il élait possible d’aider la cicatrisation des plaies en appliquant des greffes épidermiques humaines ; c'est ce qui résulte de sa communication à la Société de chirurgie, le 15 décembre 1869, et de son travail sur les greffes épidermiques, publié dans les Archives générales de médecine en 1872. Ce moyen
thérapeutique fnt suivi à Paris par Duplay, Gosselin, Guérin et Guyon ; à Strasbourg, par Hergott. En juillet 1870, Pollock l'inaugura en Angleterre où Durham et David Fiddes l’imitèrent. Il fut pratiqué par Czerny à Vienne, par Scoroff en Russie et par Howard en Amérique.
Mais dans ces différentes étapes, la greffe primitive de + J.-L. Reverdin subit des modifications. Alors que Reverdin, en appliquant ses greffes épidermiques sur les bourgeons charnus, pratique un véritable semis de petits lambeaux de deux à quatre millimètres carrés à même sur la plaie pour mulüiplier les centres d'épidermisation, Pollock fait une ou plusieurs ineisions dans les bourgeons charnus, et c’est dans ces sillons qu'il dépose ses petites greffes. Durham taille de petits lambeaux sur les bords de la plaie et les rabat sur la surface bourgeonnante. David Fiddes râcle simplement la peau et applique ces écailles d'épiderme surles plaies. J.-T. Hodgen préconise aussi le grattage d'écailles épidermiques. Bribach, ex-assistant au Saint-Louis City-Hospital, et Studer ont reconnu que les cellules épidermiques donnaient des résultats favorables comme la greffe épidermique proprement dite. Ces derniers chirurgiens publient done des succès, Fien qu'à notre avis, les greffes de {issu corné pur soient loin d’avoir donné des résultats bien souvent positifs.
En 1872, Ollier proposa, dans sa communication à l’Académie de médecine, de substituer aux petites greffes épidermiques de larges lambeaux de peau découpés sur les parties saines avec le bistouriou le rasoir. Ces lambeaux comprenaient la plus grande partie ou la totalité de l'épaisseur du derme. La greffe dermo-épidermique d'Ollier succédait ainsi à la greffe épidermique de Reverdin.
Ollier taille de larges lambeaux, longs de 3 à 8 centimètres et les applique à même, plus ou moins distancés, sur les
it So
bourgeons charnus. Déjà en 1871, Poncet préconisait l’emploi de larges greffes. Nous voyons même Donnelly, de New- York, tailler des lambeaux ayant un diamètre d’un quart de pouce.
En 1874, Thiersch ayant remarqué que des insuccès fréquents suivaient l'emploi des greffes, appliquées d’après les procédés antérieurs, rechercha la cause de ces échecs, et Plessing, son élève, montra dans un mémoire, inspiré par le maître, que ces insuccès élaient dus à la couche superficielle des bourgeons charnus et à leur disposition vasculaire.
Aussi Thiersch, au 15° Congrès de chirurgie de Berlin, en 1885, revenant sur ses recherches antérieures, fait entrer la question des greffes dans une nouvelle période en proposant de curetter les plaies et ulcères avant l'application des greffes afin de poser celles-ci sur une surface fraîchement cruentée.
Tandis qu'Ollier appliquait assez souvent des, lambeaux comprenant la totalité du derme, Thiersch proposa de couper les téguments, non pas au-dessous du derme, mais dans son épaisseur ; c'était la véritable greffe dermo-épidermique. En outre de ces modifications, Thiersch conseilla d'imbriquer les lambeaux. Le but qu'il se proposait, comme Ollier, d’ailleurs, était, en recouvrant toute la surface de la plaie, d'éviter un tissu cicatriciel toujours rétractile et d'obtenir une peau souple, solide et non rétractile.
Les idées de Thiersch et son procédé ont été adoptés par la plupart des chirurgiens, et, depuis lors, de nombreux travaux ont paru, en France et à l'étranger. sur les greffes humaines.
Parmi les plus importants, nous citerons ceux de Czerny, Rathey, Nagel, Eversburg, en Allemagne ; Socin, Hubcher, Garré, en Suisse ; et, en France, ceux de Heydenrich, Monod, Pozzi, Panas, Forgue et Reclus, Jalaguier. Deux thèses intéressantes ont paru sur les greffes de Thiersch, celle de Médei-
— 14 — | ros. soutenue en 1896, à Paris, celle de Bessières, soutenue le 31 juillet 1899, à Montpellier, et faile sous l'inspiration de M. le professeur Forgue qui, lui-même, à publié dans la Semaine Médicale, le 19 juillet 1899, un article remarquable sur la technique des greffes de Thiersch.
20 Greffes animales
L'histoire des greffes animales est aussi intéressante que celle des greffes humaines. Elle est moins ancienne, car ce n’est que depuis les expériences de Paul Bert, publiées en 1863, qu’elles ont pris date. Quelques années après, en 1871 et 1872, diverses lentatives de greffes animales furent faites par Létiévant à Lyon, par Folet et Houzé de l’Aulnoit à Lille, et par Dubrueil à Montpellier; mais, ainsi qu'il résulte de leurs communications, les résultats, obtenus, par ces chirurgiens, ne furent pas identiques.
Le premier en France, Létiévant, donne aux greffes animales le nom de zoogreffes. Il communique en 1871 à la Société médicale de Lyon, l'application qu'il vient de faire de greffes de peau de chien sur un ulcère de jambe préalablement curellé. Tout heureux du résullat obtenu, il affirme ses préférences pour les zoogreffes.
Follet ne partage pas l'opinion de Liétévant. Il publie, le 12 juillet 1872, dans le Bulletin Médical du Nord, les insuccès qu'il obtint à la suite de l'application de zoogreffes, empruniées successivement au lapin et au bœuf.
Le 17 juillet 1872, Dubrueil communique à la Société de chirurgie les heureux résultats que lui ont donné, sur des ulcères, des lambeaux empruntés au cobaye et au chien.
Le 6 décembre 1872, Wolfe lit à la Société chirurgicale de
Glascow un travail dans lequel il indique le succès obtenu par la transplantation de conjonctive de lapin sur l'œil de l'homme. En 1874, Becker et Gilet de Grandmont publient deux observations semblables, suivies du même succès.
En 1874, Darolles, frappé de ses insuccès à la suite de l'application de greffes de lapin, conclut à leur inutilité en chirurgie. La même année, le 15 mars 1874, Coze de Nancy, au contraire, publie les succès que lui ont donné les mêmes greffes en 1870 et 1871.
En 1876, Armaignac se lient, dans sa thèse, sur une prudente réserve au sujet de l'application des greffes animales.
. À part les tentatives de greffes, faites avec des lamelles d’éponges de 1881 à 1883, en Angleterre et en Amérique, par Hamilton; Sanctuary, Fergusson et Perkins, aucun travail important ne paraît sur les zoogreffes jusqu'en 1884. À celle époque, Allen, en Angleterre, et Petersen, en Russie, font connaître les résultats qu'ils ont obtenus par l'emploi des greffes de peau de grenouille.
A la suite de ces chirurgiens, Dubousquet-Laborderie présente à la Société de biologie, le 4 décembre 1886, un malade sur lequel il à appliqué, le premier en France, des greffes de peau de grenouille.
Depuis cette époque, les publications sur la greffe animale, et plus particulièrement sur la greffe de peau de grenouille, ont été nombreuses. Nous citerons, parmi elles, celle de Baratoux, en 1887, relatant ses succès à la suite de l'application des greffes de peau de grenouille dans certains cas de rhinite ulcéreuse et de perforation du tympan; celles de Grange, Estor et Vincent.
En 1888, Redard propose à la Société de biologie d’'employer comme greffe la peau de poulet, qui lui a procuré un
succès. La même année, Delagenière publie une Monographie sur les greffes dans la Gazette des Hôpitaux.
En 1889, Bilhaut, Fowler, Loupiac, publient leurs observations, de même que de Westor, en 1891, Aug. Reverdin et Perry, en 1892.
Parmi les travaux parus,dans ces dernières années,concernant les greffes animales, nous citerons particulièrement le travail intéressant de M. le professeur G. Cousin, dans le Montpelher- Médical, en 1894 et les thèses inaugurales, soutenues par Lartail, en 1894, et par Le Coq, en 1896.
Nous ne saurions passer sous silence les remarquables travaux de Max Schuller, en septembre 1899, et les publications d’Amat, en 1900, dans la Gazette des Hôpitaux, suivies de celles des frères Platon, dans le même journal, concernant l'emploi, comme greffe, du feuillet interne de la membrane coquilhère de l'œuf de poule. Quoique, de même que les lamelles d'éponges de Sanctuary, Fergusson et Perckins, la membrane coquillière de l'œuf ne puisse guère être admise dans la catégorie des greffes animales pures, ces tentatives heureuses méritent d’être signalées.
Nous voyons, par ce court aperçu historique, combien est variée la nature des greffes animales dont se sont servi les chirurgiens, dans le but d'activer la cicatrisation des plaies et combien différents en sont les résultats. Mais n’anticipons pas, car nous verrons plus tard ce qu'il nous faut penser et ce que nous pouvons attendre des unes et des autres.