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PROCESSUS MACROSCOPIQUE ET HISTOLOGIQUE DES GREFFES

1° Greîffes Humaines

Lorsque Île chirurgien emploie des greffes dermo-épidermiques humaines pour recouvrir une surface cruentée, il doit, sous peine d’insuccès, connaître ce qui se passe, au point de vue histologique surtout, entre le lambeau transplanté et le lit qu'il lui à préparé. Des notions microscopiques qui se passent entre les deux surfaces en présence découlent des préceptes qui ont une grande importance clinique car ce sont elles qui ont permis d’escompter la réussite des greffes en indiquant les règles qu'il est nécessaire au praticien de se rappeler. La marche macroscopique et surtout l’évolution microscopique des greffes ont été résumées et bien mises au point par M. Île professeur Forgues et par Bessière son élève. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire en partie leur étude, basée sur les travaux de Garré, de Jungengel, de Karg et surtout de Goldmann.

« Entre les deux surfaces vives, il existe une couche intermédiaire plus ou moins épaisse formée par un réticulum fibrineux qui contient dans ses mailles du plasma sanguin et des globules rouges. Plus cette lame résultant de l'hémorragie des

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bourgeons est mince, plus l'adhésion des greffes est sûre ; de là l'utilité d’une exacte hémostase. Aux premières heures on observe du côté de la surface greffée une prolifération active des cellules conjonctives et des cellules endothéliales des vaisseaux ; du côté de la greffe, des cellules migratrices. La greffe à ce moment est peu vivace ; cependant dès la neuvième heure, Garré a vu des cellules à noyaux multiples y pénétrer en suivant. les anciens vaisseaux ; elles arrivaient de la plaie après avoir traversé le réliculum.

Puis, la couche cornée des lambeaux se ramollit, se soulève ; par points, des phlyctènes la détachent. Il ne reste plus alors que la partie superficielle du derme, recouverte par quelques cellules de la couche malpigienne. Au deuxième et au troisième jour, les éléments fibro-plastiques sont abondants : les globules sanguins disparaissent. Vers le quatrième jour, des vaisseaux de nouvelle formation abordent la face profonde de la greffe, qui est le siège d’une prolifération assez marquée, aboutissant à la formation de bourgeons moulés sur la surface cruentée de la plaie, en même temps que l’exsudat intermédiaire se résorbe. Peu à peu la couche cornée se répare ; les vaisseaux anciens disparaissent par places ; ceux de la nouvelle formation arrivent jusqu'aux papilles ; une lame de tissu conjonetif ferme remplace la couche intermédiaire. Dès ce moment, la greffe est nourrie par ses n6ocapillaires. Vers le quatrième où cinquième mois, l'exsudat intermédiaire a complètement disparu ; ces délais se subordonnent toutefois à son abondance el, comme cet exsudat fait place à du lüissu conjonctif, on conçoit que moins sa quantité a été grande, moins la peau nouvelle est menacée de rétraction. Une double indication pratique s’en déduit : il faut assécher avec soin la couche avivée des bourgeons et pendant les premiers mois, épargner loule irritation à la jeune cicatrice.

« Les transplants nécessitent, en général, une vingtaine de jours pour prendre et vivre ; sur les plaies fraîches, cette prise s'accélère. On reconnaîtra, à leur couleur jaunâtre, les lambeaux flottants qui ne se greffent point ; les lanières viables sont rosées et adhérentes. Dès le quatrième jour, cette adhérence est capable de résister à une légère friction. Sous le protective, vous trouverez, aux premiers pansements, la couche cornée sous forme de détritus blanchâtres, de minces lambeaux flottants, qui se détachent sous un jet très doux de solution chlorurée sodique stérile. Si les greffes n'ont pas été justement juxtaposées ou, pour mieux dire, imbriquées, des espaces linéaires rougeâtres les séparent : ils correspondent à des granulations intercalaires qui retardent la réparation. Du reste, même dans une greffe parfaite, les lignes tangentes des transplants forment des traînées plus colorées, surtout apparentes dans les premiers jours ; car, à mesure que l’organisation se fait, elles pâlissent et s’effacent ; toutefois, la peau nouvelle montre, pendant un certain temps, les rayures qui lui correspondent et (ranche sur le tégument voisin par sa coloration pâle el par son aspect vernissé. La sensibilité y met longtemps à apparaitre. La résistance de ce nouveau tissu est variable : il est solide sur les plaies fraiches ; il reste fragile après la greffe des vieilles brûlures, dans les régions exposées à des frottements où à des contusions, sur les jambes des variqueux ; mais, dans tous ces cas, c’est au terrain lui-même quil faut s’en prendre. »

Il y a donc deux périodes dans le processus histologique des greffes. Dans la première, période exsudative, la couche interne de la greffe ne se nourrit que par imbibilion, tandis que sa surface extérieure se desquame : la greffe est encore peu adhérente ; dans la deuxième, période de néovascularisation, l'exsudat disparaît, de jeunes vaisseaux se forment par karyo-

kinèse des parois des vaisseaux préexistants, un nouveau réseau vasculaire envoie des prolongements dans les papilles qui s'organisent mieux et l’épithélium reprend ses caractères normaux. Les conditions essentielles pour la réussite des greffes sont donc : 1° De rendre bien exsangue la surface avivée des bourgeons charnus et d’enlever les petits caillots qui peuvent s’y trouver ; 2° de ne pas employer des antiseptiques dont l’action kératolytique nuirait fatalement soit à la mitose des cellules migratrices, soit à celle des cellules endothéliales des vaisseaux, puisqu'elle les détruit ; 3° d'éviter que la Jeune greffe ne subisse des chocs, même légers, car Îles adhérences simplement exsudatives du début, puis néovasculaires des premiers jours, pourraient être rompues ; aussi estil utile d'immobiliser la partie greffée et est-1l prudent de ne pas procéder au deuxième pansement avant le septième jour.

Le travail histologique qui se passe entre les deux surfaces mises en présence et que nous venons de résumer est le même que l’on ait appliqué de grands lambeaux dermo-épidermiques, imbriqués à la méthode de Thiersch, ou de plus petits lambeaux, toujours dermo-épidermiques, mais espacés comme nous l’avons fait. Seulement, dans ce dernier cas, les intervalles non greffés subissent évidemment l’évolution des plaies livrées à la cicatrisation, c’est-à-dire à la réunion par seconde intention.

Quant aux greffes de Reverdin pures, lorsqu'elles réussissent, il s'établit une réunion par première intention entre les bourgeons charnus et les cellules épidermiques transplantées qui sont nourries par imbibition.

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