‹ Étude Comparative du Protectorat Tunisien et du Protectorat MarocainChapitre 5 sur 20 · Ë FRE ORE · texte numérisé non relu

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marocaine dans touteune zône, La proposition fut repoussée et la Conférencedonnamandatäla Franceet à l'Espagne pour la police, que devait inspecter un colonel suisse. Sur le chapitre de la Banque d'Etat, sans doute l’Allemagne eut la satisfaction d’obtenir son internationalisation, mais elle ne put empêcher l’influence française d'yêtre prépondérante, car soit par nos propres délégués, soit par les délégués amis, nous avions la majorité tant au Comité de direction que parmi les administrateurs. En outre le conseil d'administration siégeait à Paris, et l'organisa- tion de la Banque était soumise à la loi française.

Les coloniaux allemands se déclarèrent très mécontents des résultats obtenus et proclamèrent bien haut que leur diplomatie avait subi un échec à Algésiras. De fait elle avait réuni. contre elle l’unanimité des autres délégués, moins celui de l'Autriche. :

L'œuvre de la Conférence d’Algésiras a échoué ; le corps

de police n’a jamais été constitué qu'à l’état embryonnaire. D'ailleurs l'acte du 7 avril 1906 n'en ordonnait l’organisation qu’à Tanger, Mogador, Rabat et Oudjda. C'était insuffisant pour enrayer le mouvement xénophobe, qui se déchaïina avec violence en 1907. Un Français, le docteur Mauchamp fut assasiné à Marrakech, plusieurs ouvriers dont quelques français Je furent à Casablanca, tandis que les Beni-Snassen attaquaient nos postes de la frontière algéro-marocaine. Nous répondimes par l’occupation de Casablanca et d'Oudjda. Au cours de l’année 1908, nous étendimes notre action en Chaouia autour de Casablanca, tandis qu'un nouveau prétendant, son propre frère Moulai-Hafid s'opposait au sultan Abd-El-Aziz. En

LEPDRE ES

novembre 1908, l'incident dit des légionnaires déserteurs allemands de Casablanca, faillit entraîner un conflitarmé, mais la Conférence de La Haye le résolut pacifiquement.

L'Allemagne prétendait que notre occupation de la Chaouiaæ créait une situation nouvelle ; aussi de nouvelles négociations s'engagèrent entre les deux gouvernements pour aboutir à l'accord du 8 février 1909. L'Allemagne reconnut nos intérêts politiques au Maroc, mais elle fit insérer des clauses prévoyant une association économique des citoyens des deux nations. Mais toutes les tentatives faites pour créer des ententes de ce genre échouërent, et ce fut une nouvelle source de griefs pour le parti colonial allemand à l’égard de la France.

Cependant la situation intérieure au Maroc était toujours très troublée, et l'avènement de Moulai-Hañid reconnu par l'ensemble des puissances ne l'améliora pas. Au printemps de 1911 le sultan, ses fonctionnaires el les colonies européennes furent bloqués dans Fez par des bandes de rebelles. Hafid fit appel à notre aide ; après avoir beaucoup hésité, on envoya de Chaouïa la colonne Moinier qui délivra Fez et se replia' au

bout de quelques semaines. Le 1° juillet 1911 éclatait ce

qu’on est convenu d'appeler le coup d'Agadir ; une canonnière allemande vint mouiller dans le port d'Agadir où né l’appelait la protection d'aucun intérêt allemand. Le seul but des dirigeants de Berlin, était de manifester leur ferme volonté d'arrêter le développement d’une situation qu'ils jugeaient contraire aux stipulations des actes de 1906 et 1909. Ils ne consentaient à la prééminence française qu’en échange de compensations en leur faveur. De lentes et pénibles négociations s'engagèrent

et aboutirent au bout de quatre mois à l'accord du 4 novembre 4911: Au mois de janvier suivant, le Président du Conseil, M. Joseph Caillaux tomba, accusé par une partie de l'opinion, dans la Presse et au Parlement, d’avoir négocié secrètement à l'insu du ministre des Affaires Etrangères et de l'ambassadeur de France à Berlin. |

La Convention du 4 novembre 1941 consacra l’abandon du Maroc par l'Allemagne, en échange d’une cession de territoires que nous lui consentions au Congo. L'Allemagne nous reconnut auprès du Makhzen tous les droits d’une puissance protectrice, donc le droit de légation, le droit d'occupation militaire et celui d’édicter un régime économique, financier et judiciaire. Toutefois les juridictions consulaires subsistaient, jusqu’à ce que la France eut organisé des tribunaux offrant toutes garanties aux Européens et aux protégés.

Le maintien indéfini du régime de la liberté économique était proclamé. Pas de droits de douane, ni de taxes différentielles sur les produits étrangers. :

Le protectorat fut réalisé par le traité de Fez du 30 mars 4912 conclu entre M. Regnault et Moulaï-Hatid. Nous en étudierons les clauses dans le chapitre suivant. Remarquons toutefois dès maintenant d’une part que la situation de Tanger est réservée, cette ville devant être pourvue d’un régime à organiser dans l'avenir, d'autre part que le traité de Fez pré voit un accord franco-espagnol ultérieur « nécessité par la position géographique et territoriale de l'Espagne au Maroc ».

Cet accord fut la Convention du 27 novembre 1912 qui

nous rétrocéda une petite partie de l’ancienne zône délimitée

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par l'accord de 1904 (région atlantique et rives de la Moulaya}. Mais toute la région Nord, dite le Chapeau du Maroc resta à l'Espagne. Il était assez délicat de régler les rapports du Cabinet de Madrid avec notre protégé le Sultan au Maroc. Un : expédient consista à installer dans la zône espagnole un khalifat ou lieutenant du Chérif, auprès du général, haut commissaire espagnol, qui siège à Tétouan. C'est ainsi que ce. dernier n’est investi que d'une autorité interne sur la zône espagnole, alors que le Commissaire Résident Général à Rabat, outre l'autorité interne qu’il exerce sur une grande partie du Maroc, est le ministre des Affaires Etrangères de sa Majesté chérifienne et la représente par conséquent auprès de tous les. Etats européens y compris l'Espagne. É

Des règles spéciales relatives à la perception des douanes. dans la zône espagnole, ont été édictées ; une contribution est. due pour ce fait au Trésor marocain. È

De 1912 à 1914 la pacification marocaine sous l’action du: général Lyautey, Commissaire Résident Général, à progressé, par le dégagement de Fez, l'occupation de Marrakech et enfin du couloir de Taza, ce qui a assuré la jonction du Maroc Oriental et du Maroc Occidental. Les méthodes du général Lyautey ont permis d'économiser d'importants contingents. Le Général professe qu'un chantier ouvert vaut un bataillon. Il a donc cherché à enrichir l'indigène pour le conquérir. D'où le percement de routes, l’exécution de grands travaux d'outillage des ports, l'ouverture de marchés où les agricul-

(1) M. de Lapradelle à son cours.

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teurs échangent leurs denrées, l’amorce d’un réseau ferré par la construction sous la direction du Génie militaire de voies Decauville qui reliaient Fez à Casablanca dès 4915. Nos engagements envers l’Allemagne nous imposaient l’étahlissement de la ligne Tanger-Fez, avant toute autre voie d'intérêt général. :

Brusquement, le 4er août 1914, éclatait le terrible conflit qui a ensanglanté le monde pendant plus de quatre ans. La Mère-Patrie n'avait-elle pas besoin de tous ses enfants pour repousser l'agresseur et ne fallait-il pas évacuer le Maroc ? Le Cabinet Viviani suivit les conseils du général Lyautey et estimant que l’évacuation entrainerait Ja création aux portes de l'Algérie d’un dangereux foyer d'agitation, maintint le corps d'occupation. Le Résident Général, secondé par des collaborateurs tels que le général Henrys, sut conserver tout le territoire occupé malgré le départ de la majeure partie de ses bataillons actifs et leur remplacement par des territoriaux. Nous n’avons cessé de tenir tête aux nombreux rezzous que les émissaires allemands prenant pour base la zône espagnole insuffisamment soumise, ne cessérent d'organiser contre nous. L'armistice du 11 novembre 1918 trouva notre situation au Maroc intacte. Il était réservé au traité de Versailles de proclamer la déchéance de tous les droits et privilèges que l'Allemagne s'était fait concéder au Maroc. L'article 141 dit que tous droits, titres ou privilèges résultant pour l'Allemagne de l’Acte d’Algésiras, des accords du 9 février 1909 et du 4 novembre 1911 sont annulés. L’Allemagne renonce à ses capitulations (art. 442) ; elle n’a plus ni protégés, ni cen-

saux, ni associés agricoles ‘art. 148). L'article 144 applique

aux biens meubles et immeubles des nationaux allemande ä

dans l'Empire chérifien le même traitement que celui prévu

par les clauses économiques du traité de Versailles. Les biens

de l'Etat allemand passent au Makhzen sans aucune indem-

nité. Par l’article 145, Allemagne renonce à sa part d'actions dans la Banque d’Etat du Maroc et cela en faveur de la France. Par l’article 446, elle promet d'appliquer aux marchandises marocaines entrant sur son territoire le même traitement qu'aux marchandises françaises.

Ainsi, écrit M. Maurice Long, rapporteur à la Chambre des députés des clauses marocaines du traité de Versailles, « notre politique traditionnelle au Maroc reçoit sa définitive consécration ». Il nous fait connaître que la Grande Bre-

tagne consent à remettre à la France sa part d'influence dans

la Banque d'Etat, et exprime le souhait de voir bientôt les

autres Etats suivre l’exemple britannique, ce qui donnera à la

Banque d'Etat un caractère exclusivement français. L’honorable rapporteur prévoit que l’Autriche (4) suivra le sort de son allié, et perdra au Maroc ses privilèges, et sa part d’actions dans la Banque. Vis-à-vis de l'Espagne M. Long écrit « qu’elle a l'intention d'appliquer le traité de Versailles dans sa zône, donc implicitement elle reconnaît qu’elle est disposée à abroger l’Acte d’Algésiras ». Ainsi elle n’a plus à tenir compte dans sa zône des avantages consentis par le Makhzen à l’Allemagne, tels que le privilège des câpitulations.

(1) C’est en effet ce qu'a réalisé le traité de Saint-Germain.

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