‹ Étude comparative sur l'enseignement musical faite d'après la conférence contradictoire de M. A. DerepasChapitre 1 sur 3 · L’ENSEIGNEMENT MUSICAL · texte numérisé non relu

L’ENSEIGNEMENT MUSICAL

L’ctude approfondie des maîtres de tous les siècles nous a prouvé que la musique n’est pas seulement un art, mais aussi une science; si l’imagination entre pour une large part dans la conception d’une œuvre, la connaissance des lois harmoniques et mélodiques est indispensable pour que cette œuvre ail une valeur réelle. De cette constatation, il résulte que la science a son rôle dans la musique, et je dirai même que ce rôle est essentiel; qu’elle doit être le guide de l’inspiration, de l’oreille, du sentiment musical dans le plan de toute composition, pour en assurer l’ordre, la forme et la proportion, quel que soit le mode d’interprétation choisi : dramatique, symphonique, vocal ou instrumental. Il en résulte également que la musique s’analyse, s’explique et se démontre; celui qui se contente d’exécuter, même à la perfection, n’est pas un musicien, s’il ne connaît la science de l’harmonie et ne la pratique par la composition et l’improvisation.

Les virtuoses du piano, du violon, nos plus brillants élèves de l’Opéra-Comique et du Grand Opéra ne sont donc pas des musiciens complets, ils ne sont que d’habiles, ou de très habiles interprètes des maîtres, et pas autre chose. Pas plus qu’un déclamaleur n’est un orateur, ni un calligraphe, un écrivain.

Interpréter et composer sont en effet deux choses bien distinctes ; l’exécutant et le compositeur ne sont pas au même litre enfants d’Apollon.

Le premier principe de l’Ecole Josset est donc de faire de la partie scientifique la base des études musicales. Ayant pour but de former des musiciens dans toute l’acception du terme et non simplement des spécialistes, « l’Ecole Josset » inscrit en tète de son programme : l’étude et la mise en application immédiate des principes de l’harmonie, par l’accompagnement, la transposition, l’analyse, la composition et l’improvisation.

C’est donc l’enseignement à rebours du Conservatoire? En effet, au Conservatoire, on n’enseigne l’harmonie qu’après plusieurs années de mécanisme; la transposition par les clés lorsque l’élève possède parfaitement les clés de sol et de fa; enfin la composition et l’improvisation ne figurent qu’au programme des cours supérieurs où ne sont admises que les natures d’élite. Ce n’est donc qu’après six ou sept ans de gammes, d’exercices, d’études, de morceaux de tous genres, que l’on songe seulement à faire analyser scientifiquement aux élèves ce qu’ils exécutent. Qu’arrive-t-il alors ? C’est que les trois quarts se contentent d’être à l’art musical ce que le déclamateur est à la littérature, se croyant suffisamment musiciens parce qu’ils rendent assez bien les œuvres des Maîtres.

L’harmonie, disent certains virtuoses d’un ton dédaigneux, c’est bon pour ceux qui n’ont pas de mécanisme; ce sont les fruits secs des classes de piano qui en abordent l’étude pour y trouver quelquefois une compensation à leur médiocrité de pianiste. A l’Ecole Josset, il en est autrement. Quel que soit l’âge de l’élève, à partir de six ans, de cinq ans même, qu’il ait des dispositions naturelles ou qu’il n’en ait point, dès la première leçon, il aborde la transposition par les intervalles, puis il étudie l’harmonie simplifiée et rendue rationelle par M. A. Josset; il analyse ensuite l’œuvre des Maîtres pour s’en inspirer et enfin quelques mois après il commence à improviser et à composer.

Qui trop embrasse mal étreint, penseront certains scep-

tiques, les matières de notre programme, loin de se nuire, viennent au contraire se compléter les unes les autres. Sans la connaissance de l’harmonie, la transposition raisonnée est très pénible; en effet : comment feraient les linguistes pour traduire tel ou tel écrivain s’ils n’avaient la connaissance approfondie de la syntaxe de chacune des langues qu’ils traduisent?

L’improvisation et la composition, si l’on ne connaît l’harmonie, se traînent toujours dans les sentiers battus. L’exécution, le mécanisme s’acquièrent beaucoup plus lentement, car l’intelligence ne présidant pas au travail des doigts, l’agilité découle alors de la routine, et le mécanisme devient tout à fait inconscient.

Les gammes et les études sont radicalement bannies du programme de l’Ecole Josset comme étant nuisibles au développement du sens musical chez les jeunes musiciens. Dépourvues de toute idée mélodique et se déroulant toujours sur les mêmes canevas harmoniques, elles ne développent ni l’imagination, ni le sentiment, ni l’intelligence, je dirai même qu’elles paralysent ces facultés musicales chez les élèves.

Si les gammes sont nuisibles aux musiciens, elles ne rendent pas davantage service aux exécutants. Lorsque l’on fait des gammes, les deux mains parcourent ensemble le clavier, agitant chacune leurs cinq doigts régulièrement, rencontrant toujours régulièrement les mêmes touches blanches, les mêmes touches noires à chaque octave. Dans les morceaux, c’est tout le contraire qui se présente : ici ce sont des valeurs lentes, là des valeurs rapides ; en haut de la page, un chant large à la main droite, accompagné d’arpèges ou de traits rapides à la main gauche, et vice versa; dans le bas de la page, des accords soutenus avec basses piquées. Plus loin la main droite exécute un chant avec le cinquième doigt, pendant que les autres doigts murmurent un dessein doux et délicat d’un rythme souvent

différent de celui de la main gauche. Dès que l’on renconter un trait, on se figure qu’il est calqué sur telle gamme; tout à coup surgit un accident, un grand intervalle qui en brise la régularité. Ainsi d’un bout à l’autre des morceaux il faut presser ou ralentir le pas comme au milieu d’un champ hérissé d’obstacles variés de forme, de hauteur, de distance, et vous vous êtes préparé à cela par une course plate sur le terrain nu et morne de la gamme.

A 1 Ecole Josset, les gammes et les études sont avantageusement remplacées par la transposition. Les élèves, dès les premières leçons, transposent dans tous les tous des airs populaires sur lesquels ils mettent eux-mêmes l’accompagnement grâce au « Stadiaphone Josset» et à l’ouvrage du même auteur intitulé « Le Conservatoire de l’Avenir », dont il sera parlé plus loin. Progressivement les élèves s’initient ainsi aux œuvres des Maîtres qu’ils transposent, et l’exécution leur en est facilitée par 1 analyse harmonique et mélodique; un trait lui-même n’est pas pour eux une simple suite de notes; ils reconnaissent l’accord qui en est la quintessence. En un mot, au fur et à mesure que leurs yeux voient la forme graphique des notes, leur intelligence en découvre la forme musicale, et leur volonté commande à leurs doigts. Tel est le principe du Maître : « Ne rien faire qu’on ne veuille, ne rien vouloir que l’on ne comprenne. » C’est alors qu’on peut dire comme Napoléon : « Vouloir, c’est pouvoir. »

Quant aux exercices, les élèves les créent eux-mêmes, sans doute sous la direction des professeurs, qui leur font appliquer sur un thème ou sur une mélodie quelconque les dessins et les rythmes les plus variés des maîtres du mécanisme tout en respectant bien entendu les harmonies de l’auteur. Tel passage d’un morceau offre-t-il une difficulté pour la main gauche, l’élève doit le travailler également de la main droite et réciproquement. La transposition est obligatoire pour ces exercices qui ainsi compris sont beaucoup plus fructueux et intéressants. La composition et l’improvi-

sation, toujours en vertu de la participation de la volonté qu’elles exigent, concourent puissamment au perfectionnement de l’exécution.

M. Alf. Josset, considérant que l’harmonie et ses applications doivent, comme il a été dit plus haut, être la base de l’enseignement, en a condensé, rajeuni et simplifié les règles dans son curieux et intéressant ouvrage, fièrement intitulé : « Conservatoire de l’Avenir ou Nouvelle Encyclopédie Musicale. » Œuvre d’ensemble, synthèse des idées du Maître, réclamant nécessairement les connaissances du professeur pour être analysée.

Historique, théorique, pratique, celte Encyclopédie nous donne les origines, les lois, les progrès de la Science musicale époque par époque, depuis la Lyre antique jusqu’à nos jours ; de nombreux exemples viennent à l’appui des textes. Le solfège, l’étude du piano y sont également traités, ainsi que l’improvisation, la composition et même l’orchestration.

« L’ouvrage que je présente au public, dit M. Josset dans la Préface du « Conservatoire de l’Avenir », est le résumé et le fruit de vingt années de travail.

» Grâce à quelques découvertes que j’espère avoir faites, je crois pouvoir redresser des erreurs répandues, simplifier des méthodes surchargées, rajeunir des règles surannées et peut-être ouvrir de nouvelles voies à l’art musical. »

Tous les traités d’harmonie jusqu’alors mis entre les mains de nos jeunes artistes sont tous pour la plupart des volumes de plusieurs centaines de pages, dans lesquels leurs auteurs énoncent en plusieurs centaines de paragraphes les règles que chacun d’eux croit devoir imposer. M. Josset, grâce à un travail opiniâtre de comparaisons et de déductions, a découvert les lois harmoniques et mélodiques auxquelles tous les Maîtres ont obéi dans leur génie

d’une façon plus ou moins inconsciente. Il a rédigé ces lois en un texte clair et précis, et il a de plus appliqué à la musique, la méthode si ingénieuse de Foncin pour la Géographie, et le même volume sert à la fois de texte et d’Atlas. Les figures et les exemples des cinq premières parties de l’ouvrage, nous mettent sous les yeux les voies harmoniques et mélodiques découvertes et suivies d’époque en époque par les illustres explorateurs du monde sonore.

Contrairement aux traités exclusivement d’harmonie dont il a été parlé plus haut, le « Conservatoire de l’Avenir », qui contient tout ce que nécessite l’éducation complète du parfait musicien, ne compte que Cl pages.

A son ouvrage, le Maître a voulu joindre comme une carte générale, synthèse de l’Atlas. Cette carte phonologique est « l’Harmonisphère ». Tous les accords y sont représentés, depuis les plus simples jusqu’aux plus riches avec tous leurs renversements.

Depuis Paleslrina jusqu’à Wagner, il n’est point d’œuvres que F « Harmonisphère » ne permette d’analyser. Ainsi que l’a écrit « L’Aurore Artistique » du 9 avril 1898 : « L’Harmonisphère est véritablement le Code des lois musicales auquel nul novateur d aujourd’hui ou de demain ne saurait échapper, même dans ses plus savantes hardiesses. »

Le « Stadiaphone », dont il a été parlé précédemment, est une réglette de bois se plaçant sur le clavier. Cette invention de M. Josset permet aux enfants ainsi qu’aux grandes personnes n’ayant jamais posé les doigts sur le piano d’exécuter et d’harmoniser instantanément dans tous les tons des airs ou mélodies. Indispensable aux débutants, le Stadiaphone l’est aussi aux professeurs pour la démonstration de tous les accords avec leurs renversements, leurs enchaînements et les résolutions de toutes les harmonies. Grâce à

une judicieuse observation, M. Josset a constaté que les trois quarts des airs qui ont bercé notre jeunesse reposent sur trois accords qui sont de plus le plan harmonique de beaucoup d’œuvres des maîtres classiques dans la proportion de soixante mesures pour cent. C’est ce plan générateur qui est mis sous les yeux des jeunes élèves à l’aide du Stadiaphone. Si pour l’étude des sciences physiques et naturelles l’enseignement expérimental est nécessaire à côté de 1 enseignement théorique, M. Josset a jugé, et avec juste raison, qu il ne 1 était pas moins pour l’élude de la science musicale.

A l’Ecole Josset, grâce à l’enseignement raisonné, et aux moyens, tels que le Stadiaphone et l’IIarmonisphère, découvert par le génie novateur du Maître, les élèves sont dès le début de leur éducation musicale initiés aux harmonies des auteurs classiques, ce qui leur permet d’improviser et de composer; toutefois, sous la direction du professeur. Puis, progressivement, à l’aide des mêmes moyens et en interprétant les auteurs modernes, ils se familiarisent avec les harmonies de plus en plus riches, en s’exerçant à improviser et et à composer dans leurs différents styles, tout en développant ainsi leur personnalité. Nous arrivons ici au terme de l’éducation musicale très complète que donne l'enseignement d’après la méthode de M. Josset. Les élèves ont ainsi la satisfaction de pouvoir analyser scientifiquement les œuvres qu ils interprètent et ont aussi la joie de pouvoir parler en musique tout comme l’orateur ou l’écrivain traduit par la littérature ses sentiments et ses impressions.

Du Stadiaphone et de l’IIarmonisphère, la Lyrajossæterna est en quelque sorte la résultante.

« Travailler à perfectionner les harmonies, c’est suivre l’exemple de Celui qui veut le bien, c’est la voie véritable du progrès pour les hommes et pour les peuples. »

Lévêque (Les Harmonies providentielles ).

Chercheur infatigable, toujours à la poursuite de l’idéal en son art, M. Josset s’est imposé comme couronnement de son œuvre la découverte de la loi des harmonies et des mélodies à l’infini. Se proposer d’atteindre un tel but, après des génies comme Palestrina, Bach, Mozart, Beethoven et Wagner, n’était-ce pas folie ou tout au moins prétention vaine?... Non, certes, c’était suivre les traces de ces génies dans la voie qu’ils ont ouverte au progrès de l’art musical, et M. Josset a la satisfaction artistique d’avoir réalisé ce que peutêtre tant d’autres ont vainement cherché.

La Lyrajossæterna ou Kaléidoscope musical, véritable loi de la mélodie et de l’harmonie perpétuelle, découverte en 1900, est l’idéal réalisé par le Maître. De cette loi découle comme d’une source intarissable, un fleuve sans fin d’harmonies et de mélodies toujours différentes et suaves. La fusion de la quarte et de la tierce majeure est le principe de cette loi. La Lyrajossæterna offre aux improvisateurs et aux compositeurs environ six cents mesures, que l’on peut exécuter dans n’importe quel ordre et dont on peut varier les combinaisons à l’infini, grâce à une ingénieuse disposition. La Lyrajossæterna devrait être le vade-mecum de tout penseur en musique.

Qu’il me soit permis en terminant, de m’unir au vœu exprimé par M. Jossel dans l’énoncé de sa Lyra : « Que la musique se répande, se popularise, se vulgarise, qu’elle s’insinue dans toutes les classes de la société. Qu’on se le persuade bien, il n’y a pas de nature qui répugne à la musique. Si, comme le dit Musset, il y a en chacun de nous « un poète endormi », on peut assurer qu’à côté de lui se cache un musicien assoupi, qui n’attend que le coup de baguette d’une bonne fée pour sortir de sa léthargie. »

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