I. •— Les revenus fixes
Dans un grand nombre de villes du Midi, à Narbonne, Montpellier, Cette, Marseille, Toulon, Draguignan et Grasse , la principale ressource des
hospices est la rente sur l'Etat. 11 n'y a point de revenu provenant de domaines.
Dans le Nord, c'est l'inverse. Les fermages en argent ou en nature, les loyers des maisons et les coupes ordinaires de bois dominent partout les rentes.
Ainsi, dans le département de l'Oise, à Beauvais, où la rente sur l'Etat est de trente-sept mille francs, les fermages, les loyers de maisons ou de terrains, les coupes ordinaires de bois et les intérêts de divers capitaux produisent cent vingt-cinq mille francs.
A Clermont-de-l'Oise, où la rente sur l'Etat est de vingt-quatre mille deux cents francs, les fermages, les coupes de bois et les intérêts des capitaux disponibles produisent cinquante^ quatre mille quatre cents francs.
A Senlis, où la rente sur l'Etat est de quinze mille francs, les fermages et les intérêts divers s'élèvent à trente-cinq mille francs ; et à Compiègne, où la rente sur l'Etal est de vingt-trois mille francs, les fermages, les loyers des maisons et les intérêts de divers capitaux produisent quatre-vingt mille francs.
Dans le département de l'Eure, où les cinq hospices réunis d'Evreux, de Vernon, de Bernay et de
Pont^Àudemer n'ont ensemble qu'une rente sur l'Etat de trente-huit mille francs, les fermages» les loyers des maisons, les coupes de bois et les intérêts des capitaux donnent cent cinquante mille francs.
Dans te département de la Seine-Inférieure, à Rouen, où les arrérages de la rente sur l'Etat s'élèvent à cent soiiante-treize mille francs, les loyers des maisons, les baux emphytéotiques, les fermages en argent, la location de la chasse, l'intérêt des fonds placés au Trésor public ou au Hont-de-piété , les dividendes des actions de la banque, l'intérêt de divers capitaux appartenant aux établissements, les bénéfices du Mont-de-piété garantis aux hospices de Rouen par les statuts, et les ventes d'arbres de haute futaie sur deux fermes, ont donné dans le dernier compte deux cent quatre-vingt-sept mille six eents francs, dépassant de cent quatorze mille six cents francs les arrérages de la rente.
Au Havre et à Dieppe, dans les hospices de ces deux villes réunies, où la rente sur l'Etat donne soixante mille francs, les fermages en argent, la location des chasses, l'intérêt des fonds placés au Trésor, au Mont-de-piété ou au Crédit foncier produisent cent vingt-quatre mille francs.
Dans le département de la Somme, à Amiens, où
la rente sur l'Etat donne cent trente-sept mille francs, les loyers des maisons et des terrains produisent yingt-deux mille francs, les fermages en argent cent . soixante-dix-huit mille trois cents francs, les coupes ordinaires de bois yingt mille cent quarante francs, la location du droit de chasse dix mille cent soixante francs, les fonds placés au Trésor public huit mille six cent quatre-vingt-seize francs et les fermages en nature évalués en argent quarante mille deux cents francs, en prenant pour base d'évaluation le prix de l'hectolitre de blé à dix-neuf francs, prix moyen des trois marchés les plus rapprochés de la Saint-André (30 novembre), époque oh les fermages sont exigibles, suivant les usages locaux. Les ventes d'arbres et4ivers autres intérêts de capitaux produisant huit mille cinq cent quatre francs, portent le total des revenus différents de la rente sur l'Etat à deux cent quatre-vingt-huit mille francs, dépassant les arréra* ges de la rente de cent cinquante-un mille francs.
Enfin, dans les . quatre hospices réunis de Corbie, d'Abbeville, de Roye et de Péronne, où la rente sur l'Etat donne cinquante mille six cent quatre-vingtquatorzefrancs, les fermages, les loyers des maisons, les coupes de bois et les intérêts des capitaux s'élèvent à deux cent cpatre mille trois cent cinq francs.
dépassant la rente de cent cinquante-trois mille six cent onze francs, ou de trois cent trois pour cent.
Pour les hospices réunis des dix-sept villes ci-dessus indiquées» tandis que la rente sur l'Etat donne cinq cent cinquante-huit mille cinquante-sept francs, les fermages, les loyers des maisons, les coupes ordinaires de bois et les intérêts des capitaux, dépassant les arrérages de la rente de sept cent quatre-vingtonze mille cent cinquante-huit francs, ou de cent quarante-deux pour cent, produisent un million trois cent quarante-neuf mille deux cent cinq francs'.
Etendus aux départements dont nous nous sommes occupé, l'année dernière, à un autre point de vue, mais sur lesquels nous ne pourrions revenir avec de nombreux détails sans fatiguer l'attention, les mêmes calculs donneraient des résultats plus frappants encore. Ainsi, par exemple, dans les hospices des trois départements du Pas-de-Calais, des Ardennes et du Nord, où la rente sur l'Etat donne sept cent mille francs, les fermages en argent ou en nature, les loyers des maisons, les baux emphytéotiques, les locations de chasses, les coupes de bois et les intérêts divers, dépassant de un million trois cent cinquantesix mille francs en nombres ronds, ou de cent quatrevingt-quatorze pour cent, les arrérages de la rente^
produisent deux millions cinquante-six mille six cent soixante francs. '
Si l'on veut bien comparer par la pensée ces ressources si solides, constituées & l'abri des secousses et des opérations fimancières imprévues, avec les ressources de Narbonne si faibles et si incertaines, on appréciera mieux les services, les succès de nos établissements dans les diverses parties de la gestion administrative, et surtout en ce qui concerne la faiblesse comparative de la mortalité. Si les grandes ressources rendent faciles les soins donnés aux malades pauvres, les ressources faibles, incertaines, insufl&santes les rendent presque impossibles. Il faut donc qu'une puissance morale, une grande force de volonté et un dévouement absolu, inspiré par le cœur, par les sentiments élevés de l'honneur et du devoir, remplacent les soins, la sollicitude, l'afiection, que les ressources matérielles ne peuvent donner. Telle est la raison et telle est la force des succès obtenus.
n. -:- Les subventions mmiaPALEs ▲ Naebonne et dans le
NORB de la FrANCB.
La différence considérable constatée entre la fortune des hospices de Narbonne et celle des hospices du
Nord n'est pas la seule. Il y en a une autre dans la manière dont sont distribuées les subventions munipales. Le chifire de ces subventions, discuté quelqucr fois au milieu de nous, n'est jamais l'objet, dans le Nord, d'une contestation quelconque entre les villes et les. administrations des hospices, les conseils municipaux appréciant les services de ces établissements, et considérant leur prospérité comme le premier besoin public, dans l'intérêt général des malades, des indigents de tout ordre et du pays. Bien plus, les conseils municipaux dépassant les prévisions, les aspirations les plus larges de ces établissements d'humanité, donnent quelquefois plus aux administrations hospitalières qu'elles n'auraient osé espérer ^ les villes sachant bien que les secours donnés aux hospices, distribués avec discernement, avec une grande expérience pratique, avec un esprit de justice çt de dévouement incontesté, soulagent le malade blessé, fiévreux ou infirme dans son lit de douleur, consolent les hommes dans l'infortune et honorent l'humanité. Aussi, avons-nous vu, à Nantes, une subvention municipale de trois cent soixante-dix mille francs^, que nous considérions comme remarquable, s'élever soudainement à quatre cent trente mille francs, par un seul vote supplémentaire de soixante mille francs.
La dépense faite pour la boucherie des hospices de Nantes ayant dépassé de vingt-deux mille cinq cents francs, en 1878, la dépense de Tannée précédente, il n'en fallut pas davantage, pour que le conseil
municipal votât immédiatement un crédit supplétnentaire presque trois fois plus fort que l'excédent de dépense constaté pour la viande ; et ce vote eut lieu, bien que les hospices de Nantes eussent reçu, dans Tannée, trente-huit mille francs de dons, quatre mille quatre-vingt-quinze francs provenant d'une vente d'alcools obtenus par la distillation de vins colorés par la fuchsine, et trente mille francs donnés ]^ar la ville pour des travaux extraordinaires.
Qu'avons-nous vu dans le nord-ouest de la France? A Vannes, une subvention municipale dépassant deux fois le revenu net hospitalier ; à Granville et à Lorient des subventions dépassant trois fois le revenu, et à Brest, dans l'hôpital civil, distinct de celui de là marine, une subvention municipale dépassant huit fois lé revenu, ce qui représenterait pour Narbonne, si les mêmes proportions étaient observées, des subventions surprenantes, bien capables d'épouvanter les conseils locaux, puisqu'elles s'élèveraient à soixante mille francs dans le cas de Vannes, à quatr^^ vingtp-dix mille francs dans le cas de Granville ou de
Lorient , et à deux cent quarante mille francs dans le cas de Brest.
Qu'ayons-nous vu à Caen 7 Une ville donnant spontanément à ses établissements hospitaliers, sans demande» sans démarche d'aucune sorte, une somme de dix mille francs, et élevant à plus de cent mille francs la subvention municipale de Tannée, sur la simple appréhension, sur l'idée purement imaginaire, que l'administration des hospices pourrait se trouver en présence d'une balance exacte des recettes et des dépenses, dont la ville de Caen ne pouvait soufi&ir la perspective, ou d'un déficit qu'elle avait en horreur.
S'il existe une ville pratique, industrieuse, éclairée, aimant les sciences , puissante dans la connaissance approfondie du droit comme dans les recherches archéologiques et historiques, mais en même temps prudente, sérieuse, réfléchie, c'est bien la ville principale du Calvados, l'ancienne résidence des ducs de Normandie et de 6uillaume-le-Conquérant. Eh bien I voilà ce qu'elle a fait, aux applaudissements des pauvres et du pays.
^ Qu'avons-nous vu à Rennes, dans cette Bretagne , féconde en grands dévouements et en grands hommes? Un hôpital, situé dans le centre de la ville, sur le bord de la rivière, dans un endroit bas, humide et
malsain, est abandonné. On en construit un autre, sur le boulevard extérieur, dans un endroit très sain, aéré et réunissant toutes les conditions désirables de salubrité. Pour opér *.e déplacement et faire cette construction, les hospices sont obligés d'aliéner des revenus. Que fait la ville? ne pouvant payer immédiatement cette construction, en se substituant aux hospices, comme elle l'aurait voulu, elle la paie peu à peu. Depuis longtemps, elle verse chaque année dans la caisse des hospices une somme de vingt-quatre mille francs, pour rendre peu à peu aux pauvres les rentes qu'ils ont perdues.
En même temps que cette somme annuelle reconstitue peu à peu le capital aliéné, la ville de Rennes donne chaque année aux hospices une subvention dépassant quatre fois le revenu hospitalier, ce qui représenterait pour Narbonne une subvention de cent vingt mille francs.
Sans citer des villes dont nous avons parlé. Tannée dernière, telles que Tourcoing, recevant cinq fois moins de malades que Narbonne et ayant une subvention de cinquante mille francs; Sedan, traitant sept fois moins de malades que liarbonne et ayant une subvention de cinquante-trois mille francs ; Dunkerque traitant deux fois moins de malades que Nar-
bonne et ayant une subvention de cinquante-huit mille francs, avec un supplément de huit mille francs pour des travaux extraordinaires ; — Sans rappeler le cas étonnant de Roubaix, de cette ville si dévouée aux pauvres, où l'administration des hospices modérant Tardeur des Conseillers municipaux» abandonna à la ville, en 1877, dix mille francs sur la subvention de cent soixante mille francs que le Conseil municipal avait votée, l'administration hospitalière trouvant la somme de cent cinquante mille francs suffisante, nonseulement pour balancer les recettes et les dépenses, mais encore pour assurer un excédent sérieux de revenu, permettant de payer les comptes avec exactitude et de constituer un fonds de réserve pour les éventualités imprévues ; — Sans insister sur tous ces faits, qui honorent les villes, intruisent les populations et encouragent les conseils publics, que voyons-nous dans la région dont nous nous occupons ?
Si des hospices très riches, dans cette région, possédant des revenus considérables, qui proviennent des fermages et des rentes ; si des hospices comme ceux d'Amiens, ayant des excédents de recettes dépassant la somme de cent soixante mille francs , peuvent se passer de subvention ; si un hospice comme celui de Péronne, avec des finances plus pros-
pères que celles de la ville où il est situé, se trouve assez riche pour donner sur ses propres revenus au bureau de bienfaisance de la ville une subvention annuelle de huit mille francs, il en est d'autres dont la situation moins brillante réclame des secours, que les villes donnent toujours larges, considérables, sam jamais les marchander, ainsi qu'on nous l'écrit de ces régions.
Aussi, voyons-nous à Dieppe, pour trente-cinq mille journées de malades et cinquante-huit mille journées de vieillards, c'es1r-à-dire pour une population assistée plus faible que dans les hospices de Narbonne, une subvention beaucoup plus forte que la nôtre, une subvention annuelle de quarante mille francs, toujours donnée avec joie, sans hésitation et sans regret, comme il convient de donner au pauvre, personnification sublime de l'humanité souffrante et du malheur.
A Elbeuf, pour vingt-quatre mille journées de malades et trente-trois mille journées de vieillards , représentant une population hospitalière moitié moindre qu'à Narbonne, la subvention annuelle, plus forte que celle de nos hospices, s'élève à quarante mille francs.
En dehors de cette subvention annuelle, la ville
d'Elbeuf intervient pour chaque construction importante, avec tant de générosité et de bienveillance, <][ue les subsides extraordinaires accordés à l'hospice dans ce but, durant une période de dix-sept années, forment un total de soixante-cinq mille francs. Si l'on ajoute à cette somme un secours municipal de quinze mille francs donné pendant la guerre de 1 870-1 874 , on a le chiffre de quatre-vingt mille francs, représentant les secours donnés par la ville d'Elbeuf, en dehors de la subvention annuelle de quarante mille francs.
Ces secours extraordinaires^ ont été donnés, bien que l'excédent moyen des recettes de l'hospice d'Elbeuf, pendant les trente-une dernières années, ait été dé quarante-sept mille neuf cents francs ; et la subvention ordinaire a été maintenue, bien que le résultat du compte administratif de l'exercice 1878 ait présenté un excédent de recettes de soixante-dixhuit mille francs (78,017 fr. 68 c).
Une grande partie de cet excédent ayant été consacrée, en 1879, à un achat de terres pour une valeur de soixante mille francs, l'excédent constaté, en 1880, moins considérable que celui de l'année précédente, a été cependant remarquable, puisqu'il a atteint le chiffre de vingt-quatre mille huit cents francs (24,871 fr. 15 c).
Sans l'achat des terres, l'excédent de recettes, accru par l'intérêt du capital, aurait dépassé la somme de quatre-vingt-six mille francs.
Ainsi) non-seulement la ville d'Elbeuf , très intelligente assurément, intervient dans toutes les réparations importantes , mais encore , en maintenant avec soin, avec une sollicitude qui Fhonore, une subvention de quarante mille francs, pour une population hospitalière moitié moindre que la nôtre, elle permet à l'hospice de payer facilement toutes ses dépenses et même d'accroître ses possessions territoriales.
Frappant contraste av«c l'histoire de nos hospices, où l'on voit nos honorables prédécesseurs, si dévoués aux pauvres, si dignes de vénération et de respect, obligés de vendre des domaines pour construire la plus grande partie de l'hôpital, sans que la ville accorde la moindre somme, et où l'on constate que les accroissements de la subvention annuelle sont obtenus avec beaucoup de peine et d'efforts I
Les villes dont nous nous occupons sont plus justes. Elles ne se contentent pas pour leurs hospices d'une balance exacte des recettes et des dépenses. Un faible excédent de> recettes ne leur suffît même pas. Elles veulent pour soutenir leurs pauvres, malades,
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Sans l'achat des terres, rexcédent de recettes, accru par Tintérét du capital, aurait dépassé la somme de quatre-vingt-six mille francs.
Âinsi^ non-seulement la ville d'Elbeuf , très intelligente assurément, intervient dans toutes les réparations importantes , mais encore , en maintenant avec soin, avec une sollicitude qui Thonore, une subvention de quarante mille francs, pour une population hospitalière moitié moindre que la nôtre, elle permet à rhospiee de payer facilement toutes ses dépenses et même d'accroître ses possessions territoriales.
Frappant contraste avec l'histoire de nos hospices, où l'on voit nos honorables prédécesseurs, si dévoués aux pauvres, si dignes de vénération et de respect, obligés de vendre des domaines pour construire la plus grande partie de l'hôpital, sans que la ville accorde la moindre somme, et où l'on constate que les accroissements de la subvention annuelle sont obtenus avec beaucoup de peine et d'efforts I
Les villes dont nous nous occupons sont plus justes. Elles ne se contentent pas pour leurs hospices d'une balance exacte des recettes et des dépenses. Un faible excédent de> recettes ne leur suffit même pas. Elles veulent pour soutenir leurs pauvres, malades,
infirmes, yieillards ou orphelins, un excédent sérieux de revenu, assurant le présent et garantissant rayenir. Honneur à elles I En agissant ainsi, les villes acquièrent Testime du pays, la vénération des pauvres et la reconnaissance des peuples.
À Rouen, pour cent trente-deux mille journées de malades dans THÔtel-Dieu et quatre cent quatrevingt-deux mille journées d'indigents dans l'hospice général, c'est-à-dire pour un nombre de journées cinq ou six fois plus fort qu'à Narbonne, la subvention municipale, quatorze fois plus forte que celle de nos hospices, s'élève à quatre cent soixanté-doUze mille francs ; et cette subvention est donnée, bien que l'excédent de recettes, dans le compte administratif, dépasse la somme de soixante mille francs.
Il ne faut donc pas que lorsqu'il s'agit de légères augmentations à Narbonne, on s'étonne, on calciile, on objecte, on discute, on se fâche même. Cette attitude ne serait ni bonne, ni juste, ni approuvée par nos contrées. Les départements du Nord le disent hautement, et le Midi, généreux et grand, le dira à son tour: Pour les pauvres, on ne marchande pas^.
Au Bavre, ville essentiellement commerçante^ où se déploient comme à Nantes, à Bordeaux, à Marseille la grandeur commerciale et la puissance de 1»
nation; au Hayre, où Ton calcule merveilleusement bien» mais où le cœur s'émeut profondément en faveur des pauvres, en faveur des misères poignantes de l'humanité, la subvention municipale, qui était de cent vingt mille francs avant 1870, s'élevait déjà, on 1874, à deux cent cinquante-deux mille francs.
Que s'est-il passé entre ces deux époques ?
La population de la ville a-t-elle augmenté dans la même proportion que la subvention municipale 7
Les chiffres suivsoits, que nous demandons la permission de citer, malgré leur caractère essentiellement aride, mais utile, démontrent le contraire.
Avant 1870, la population municipale du Havre était de 71 ,570 habitants, la population flottante de 3,330, en tout 74,900 habitants.
D'après le recensement de 1871, la population municipale était de 81 ,785 habitants, la population flottante de 5,040, en tout 86,8S15 habitants.
D'après le dernier recensement, opéré en 1877, la population municipale est de 85,407 habitants, la population flottante de 6,661 , en tout 921,068 habitants.
Ainsi, de 1870 À 1877, la population totale du Havre» municipale et flottante, a augmenté de 17,168 habitants ou de vingtrdeux pour cent, tandis que la
sobyention municipale a plus que doublé, en s'éleyant de cent vingt mille à deux cent dncpiante-deux mille francs.
Si la population de la Tille du Havre n'a pas augn mente dans la même proportion que la subvention municipale, est-ce dans la population des hospices que Ton peut trouver cette augmentation 7
Nullement.
Le nombre des journées de malades , de vieillards et d'enfants était de 280,000, en 4870, représentant une population moyenne de 767 personnes.
A répoque du dernier recensement, le nombre des journées s'est élevé à 394,000 , représentant une population moyenne de 810 administrés, ce qui correspond à une augmentation de quarante-trois personnes.
Cet accroissement de la population hospitalière n'étant pas très considérable, ce n'est pas daïis ce seul fait qu'il faut chercher la cause d'une augmentation aussi grande de la subvention municipale , mais dans une appréciation plus exacte et plus large des besoins hospitaliers , dans l'idée généreuse et grande de pourvoir à tous les besoins des hospices, dans l'intérêt de l'humanité.
Ce qui atteste cfs dispositions généreuses de la
ville du Havre, c'est qu'en <876, lorsque l'administration des hospices a voulu commencer la coiistruc-* tion de chalets isolés dans la campagne, pour traiter principalement les affections chirurgicales, dans une atmosphère plus saine, moins viciée que dans la ville , le Conseil municipal du Havre a ajouté à la subvention ordiniaire de deux cent cinquante-deux mille francs, pour ce fait spécial de la construction des chalets, pour cette tentative dont l'administration des hospices se félicite et dont elle poursuit l'expérience, une subvention supplémentaire de vint-six mille francs. Le Maire du Havre ayant ajouté à la subvention ordinaire et à la subvention extraordinaire de la ville un don personnel de vingt-cinq mille francs, dans le même but, l'ensemble des secours municipaux en faveur des hospices, pour une population assistée qui n'est pas trois fois plus forte qu'à Narboime, s'éleva à trois cent vingt-neuf mille francs , c'est-à-dire à un chiffre f^présentant un secours hospitalier dix fois plus fort que la subvention muni-
cipale à Narbonne.
De tels exemples sont bien de nature à encourager les villes, à exciter leur émulation et à réjouir partout les pauvres dans leur malheur , par l'espoir d'une situation meilleure, conséquence naturelle
d'une nbfenlkm ptos large et d'une apprédatinn jimjfÊtte des besrâis hoq^talîen.
Ansri, arons-noos la confiance que ce qui a Heu dans le Nord« ce qoi se ]ffaiiqne dans crtté r^on arec tant de justice, d'hnmanité rt d'édat, se produira tôt on tard an miUea de nons, dans le Midi, à Narbomie surtout, où les chaînes sont plus grandes, les prix de tous les objets de grande consommation plus éleyés, et où le reyenu réd est en diq^oportion plus grande ayec les besoins.
Ne sommes-nous pas un même peuple, une même nation 7 N'aTons-nous pas les mêmes idées , les mêmes sentiments de déyouement aux pauvres et de sjrmpathie pour les malheureux? Pourquoi n'aurionsnous pas les secours proportionnés à nos besoins, comme dans le Nord 7
Serons-nous toujours condamné à clore le compte administratif par une balance stricte, éphémère, ou par des déficits grandissants ; jamais par des excédents sérieux, qui seraient la consolation du présent et Tespérance de l'avenir ? Une situation si diflScile ne peut durer et ne durera pas, dans tin pays éclairé, généreux, illustre comme celui-ci.
Atteindre le but désiré ne sera pas certainement Tœuvre d*un jour, mais une œuvre progressivement,
infailliblement accomplie, parce qu'elle est juste ^ utile, fondée sur la raison et sympathique au pays.
Ce sera l'œuvre de la ville, honorant sa mémoire et illustrant son nom par des bienfaits.
Ce sera Tœuvre de Narbonne moderne, ajoutant aux qualités brillantes dont l'histoire atteste l'éclat et la grandeur , une qualité plus sérieuse au point de vue de l'humanité, plus utile au monde et plus grande ; un mérite que l'antiquité conservant l'esclavage n'a point connu ; que les légions romaines foulant le sol de Narbonne antique n'ont point connu , le mérite par excellence, le dévouement aux pauvres, la charité; précieux attribut des nobles cœurs, des villes généreuses et des grands peuples; sentiment profond et sublime , qui anime les âmes , élève la pensée, émeut lés cœurs et les excite à secourir les malheureux comme des frères, à ouvrir des asiles pour les malades, pour les vieillards, pour les orphelins, et à les soutenir efiScacement dans l'intérêt de l'humanité.
En présence de cette perspective de grandeur morale, de justice et de gloire, dont l'éclat rejaillira sur le pays et illustrera ses annales, il n'est pas un conseil public ; il n'est pas un homme aimant le bien et sympathisant avec le malheur; il n'est pas un
habitant de Narbonne, qui hésite à concourir de toute son énergie et de toute son âme à la gloire de la ville, à Tamélioration sérieuse et durable de la situation de Thomme pauvre , de Thomme malade , de l'infirme et de l'orphelin , dans l'intérêt général. Représentants du pays, organes autorisés de ses aspirations généreuses, défenseurs de ses droits et protecteurs de ses œuvres, à tous les degrés de l'échelle politique, administrative, sociale, secondez, encouragez, soutenez la ville dans la voie féconde de la bienfaisance publique et de la charité, qui est celle de la justice, de la vérité et de l'honneur.