‹ Étude comparée des différentes méthodes de traitement utilisées dans les ruptures de l'utérusChapitre 28 sur 51 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Laparotomie avec suture de la déchirure à la plaie abdominale.

Dans un remarquable article paru, en 1891, dans les « Archives de locolagie » (1), M. le D' Bonnaire fait une étude complète des ruptures vésico-utérines, et, occasionnellement, du procédé de traitement, créé par M. le D'Bouilly en 1887, qui va faire l’objet de ce chapitre. Nous modifierons légèrement les conclusions auxquelles aboutissent MM. Bonnaire et Bouilly: ils sont d'avis que la laparotomie avec suture de la déchirure à la plaie abdominale est une opération de nécessité qui s'impose dans certains cas extrêmes que nous définirons plus loin ; nous pensons, au contraire, qu'on à grand avantage à traiter ces cas spéciaux et désespérés par l'hystérectomie abdominale totale ;et, si MM. Bonnaire et Bouilly n’ont pas pensé ainsi, c’est probablement parce que, à l’époque où ils émirent leur opinion, l’hystérectomie abdominale totale était encore une opération à peu près universellement inconnue (2), puisqu'elle n’avait été pratiquée en tout que deux fois pour rupture de la matrice.

C'est le 23 mars 1887, que M. Bouilly, alors chirurgienadjoint de la Maternité, pratiqua la première laparotomie

(1) Bonvame, Des ruptures vésico-utérines dans le travail de l’accouchement. Arch. de tocol., mai et juin 1891, p. 391 et 401. (2) Nous n'avons en vue, bien entendu, que l'hystérectomie abdomi-

nale totale dans les ruptures de l'utérus.

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avec suture de la déchirure à la plaie abdominale. Il s’agissait d’une rupture vésico-utérine d'origine douteuse. M. Bouilly, appelé, décida de faire la laparotomie pour nettoyer le péritoine et restaurer dans la mesure du possible les déchirures viscérales (1).

«A l'ouverture de l'abdomen, il s'échappe des caillots poirâtres, volumineux, nageant dans un abondant liquide sanguinolent constitué en grande partie par du liquide amniotique, comme l’indiquent les amas d’enduit sébacé qu'il renferme.

M. Bouilly fait une copieuse toilette du péritoine à l’eau bouillie. On constate que l’utérus et la vessie sont déchirés en travers, très irrégulièrement et sur une grande étendue. Le péritoine pariétal utérin est disséqué et soulevé par un volumineux thrombus qui dessine la surface de ferme attache de la séreuse sous forme d’un V.

La déchirure de l'utérus était tellement étendue et irrégulière, nous à rapporté M. Bouilly (2), qu'il n’y avait pas à songer à pratiquer une suture de ses bords. J'ai amené ces bords au contact de l’incision abdominale et je les ai fixés en ce point par de nombreuses sutures, de manière à pouvoir désinfecter largement la cavité utérine restée en partie béante au niveau de la déchirure. La rupture vésicale descendait très bas et ne pouvait être suturée en totalité, je l'ai rétrécie par quelques points de suture et j'ai introduit dans ce eloaque artificiel un gros tube à drainage plongeant dans la vessie et sortant par la partie inférieure

Pénre de l’incision abdominale. Il n'y a pas eu de drainage vaginal.

(1) Nous rapportons la technique opératoire telle qu’elle est décrite dans l'observation IV de l’étude de M. Bonnaire. (2) Communication écrite.

On applique à la surface de la plaie un pansement à l'aide de gaze au sublimé renouvelé toutes les heures. Des injectioné à l'acide borique sont prescrites toutes les deux heures.

Au sortir de la narcose chloroformique, la malade se sentmieux ; le facies est moins altéré; la température est de 37 degrés : le pouls à 128; il y à 40 respirations par minute. La femme est calme, cause avec grande lucidité d'esprit, les vomissements ont cessé. Le soir, à sept heures, la température est de 37°4 ; le pouls bat 120. Il y a 92 respirations par minute.

À onze heures, les douleurs et le météorisme de l’abdomen reparaissent; de nouveau les vomissements porracés se produisent. La malade est très agitée, le pouls s'élève à 176 pulsatiôns ; sa respiration à 72; sa température à 30°4, et elle succombe à six heures cinquante-cinq minutes du matin, soit vingt heures après l’opéralion. »

Depuis le 23 mars 1887, jour où M. Bouilly inaugura sans succès, ainsi que nous venons de le voir, la laparotomie avec suture de la déchirure à la plaie abdominale, ce mode de traitement a été utilisé deux autres fois : une première fois pour rupture vésico-utérine, une seconde fois pour rupture utérine simple sans lésion vésicale.

C’est M. Tuffier qui fut appelé le 19 septembre 1888 à traiter la rupture vésico-utérine. Il réédita, sans plus de succës que son devancier, l'opération de M. Bouilly. Après un lavage de la cavité péritonéale à l’eau bouillie, M. Tuffier réunit la plaie utérine et vésicale aux bords de Ja plaie abdominale, puis posa plusieurs drains, dont un dans la vessie, communiquant avec l'ouverture de l'abdomen. La malade fut opérée à onze heures et demie du matin, elle mourut à dix heures et demie du soir.

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La troisième tentative de ce genre fut faite par le docteur E. Slajmer (1), de Laibach, en 1894. La malade était une femme de 33 ans, en travail. L'utérus s'était rupturé spontanément,mais la vessie était restée indemne de toute lésion. L'opération eut lieu 31 heures après la production de la rupture, elle dura 20 minutes, et elle ne réussit pas plus que dans les deux cas précédents à amener la guérison de l'opérée. Ce même docteur Slajmer à pratiqué deux « Porros » pour rupture utérine, le premier suivi de guérison ; on les trouvera classés dans notre tableau complet des hystérectomies partielles (chap. V, p. 100).

En somme, la laparotomie avec suture de la déchirure à la plaie abdominale n'a été pratiquée, en tout, que trois fois, et chaque fois la malade est morte. Ces résultats sont loin d'être encourageants.

On à puse rendre un compte exact, par la lecture de ce qui précède, de ce qu'est le mode de traitement que nous étudions dans ce chapitre IV. Après avoir nettoyé le péritoine, on rapproche les lèvres des deux plaies accidentelles (vésicale et utérine) de la paroi abdominale et on les suture en ce point. On fait ainsi, par nécessité, une sorte d'opération césarienne avec le procédé de sutures utéropariétales imaginé par Pillore, de Rouen, en 1854 et Lesbocquoy, d'Arras, en 1859. On établit, en quelque sorte, au-dessus du pubis un eloaque artificiel, faisant communiquer l'utérus et la vessie l'un avec l’autre, et tous deux avec l'extérieur par la plaie abdominale et le canal vaginal.

Ce procédé, au cas où il serait suivi de succès, ne pourrail jamais donner que des résullats très imparfaits, au

(4) SLasmer, Zur extraperitonealen Behandlung spontaner Uterusrupturen, Centralblat. für Gynäkologie, 4 mai 1895,

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point de vue du rétablissement ultérieur de la femme. D'ailleurs, M. Bouilly, qui se trouve être le premier opérateur qui ait, à notre connaissance, pratiqué la laparotomie avee suture utéro-pariétale pour le genre d'accident qui nous occupe, et qui, mieux que personne, à pu serendre compte de l’imperfection des résultats demandés à la réunion conservatrice des viscères déchirés avec la paroi abdominale, n’hésiterait pas maintenant, en pareille circonstance, à renoncer à ce mode d'opération, ainsi qu'il l'a déclaré franchement à M. Bonnaire, pour effectuer d'emblée l'amputation utéro-ovarienne par la méthode de Porro. Malheureusement, comme le fait remarquer M. Doléris (1), 1l peut être impossible de confectionner un pédicule quand il y a délabrement trop-considérable de l'utérus et du vagin. Force serait en pareil cas, conclut M. Bonnaire, de recourir à l'opération moins radicale déjà pratiquée par MM. Bailly, Tuffier et Slaymer. A w contraire, force serait en pareil cas, concluons-nous, de recourir à l'hystérectomie abdominale totale que nous étudierons dans un des chapitres suivants. En face de déchirures intéressant à la fois la vessie et l’utérus, nous conseillons d'abord l'hystérectomie abdominale totale, puis la suture de la vessie, son drainage et l'irrigation continue.

(4) Doréris, Rupture de l’utérus, Ann. de Gyn.,1885, t. XXV, p. 214. LS

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