INTRODUCTION
Il n'entre pas dans nos vues de faire ici une étude complète de la rupture utérine. Connue de toute antiquité, puisque certains auteurs font remonter jusqu’à Hippocrate lui-même la première observation de rupture de la matrice, celte lésion, fort grave, a eu le temps d’être bien étudiée par des auteurs suffisamment compétents pour que nous n'essayons pas aujourd'hui d'aller glaner, à leur suite, quelques détails inédits sur le domaine d'ensemble de cette vieille question.
I! nous a semblé qu'il serait plus intéressant, et peutêtre aussi plus profitable, de limiter notre sujet, de circonscrire notre étude, d'envisager enfin sous ses multiples aspects le seul côté de la question non encore totalement éclairci. Et c’est pourquoi, nous néqhigerons d'entreprendre, dans une étude qui vise un tout autre but, l'historique des ruptures utérines, leur classification en ruptures complètes, incomplètes externes et incomplètes internes, la recherche de leurs causes, l'examen de leurs symptômes, la description du mécanisme pathogénique de l'accident.
/Tout cela a été étudié, et bien étudié ; nous ne pourrions que rééditer, sans profit pour personne, l’œuvre de nos devanciers, et ce serait là une tâche d'autant plus ingrate qu’elle apparaitrait à fous comme lotalement dépourvue d'intérêt, à une époque où l'entente semble s'être définitivement faite sur ces préliminaires.
Le seul point sur lequel l'accord absolu n'existe pas
D EDS
encore et qui mérite, à ce titre, de nous intéresser ; celui qui divise les accoucheurs en écoles adverses, préconisant des méthodes différentes, c’est le traitement des ruptures utérines. Voilà la partie pendante de la question, celle qui reste à élucider, qui est stable encore et se transforme tous les jours, puisque la dernière thèse, parue sur ce sujet (1), ne signale même pas certaines opérations récemment utilisées dans les ruptures de l'utérus : lhystérectomie abdominale totale et l’hystérectomie vaginale, pour ne citer que ces deux. Peut-être semblera-t-1l prématuré de vouloir juger déjà ces méthodes de traitement fort peu employées jusqu'ici (2) et qui datent d'hier en quelque sorte, puisque l’une, l’hystérectomie abdominale totale, a élé mise en pratique pour la première fois par Krajewski (3) en 1890, et l’autre, l’hystérectomie vaginale, en 1894 par Neugebauer (4), mais nous croyons fermement qu'il nous sera possible de baser sur ces prémices cpératoires des conclusions dignes d'intérêt.
Ainsi, c'est uniquement le traitement des ruptures utérines qui nous occupera au cours de ce travail. Mais, nous comptons bien restreindre davantage encore notre rôle.
D'abord, nous n’envisagerons ni le traitement général ni le traitement prophylactique de l'accident ; ce sont là deux queslions résolues sur lesquelles la majorité des auteurs est aujourd'hui d'accord. On sait que les stimu-
(4) Brossarp, Thèse Paris, 4890.
(2) Nous avons recueilli 17 cas de rupture utérine traitées par l'hystérectomie abdominale totale et 6 seulement par l’hystérectomie vaginale,
(3) Kragewski, Przeglad chirurgiezny, 1896, Bd. II, H. 1, S. 103 et Monatsschr. f. Gebur. und Gyn.,Bd. IV, décembre 1896, S. 609.
(4) NeuGesauer, Verhandl. der deutschen Gesellschaft f. Gyn. 6. Congress, S. 356.
es EE
lants, les préparations toniques et réconfortantes, les opiacés, la quinine, la glace, forment la base du traitement général ; on sait aussi que le traitement prophylactique Yeut qu'on se conforme aux lois suivantes : interdire sévèrement à la parturiente de pousser, tant que la tête fœtale occupe dans le bassin une position élevée ; éviter d'exercer des pressions extérieures trop fortes sur la tête dans le but de faciliter l'engagement, parce qu'on a vu survenir des ruptures dans ces conditions ; surveiller attentivement la position qu'occupe l'utérus, car il est évident que cet organe étant incliné fortement et que la tête fœtale s'étant échappée à gauche, il pourra facilement se produire une rupture de la partie distendue de la matrice. Dans ce cas, il faut rectifier de suite la déviation par l’application d’un bandage et l'attitude de la malade.
Ensuite, nous ne ferons qu'un exposé superficiel et rapide du traitement immédiat, c’est-à-dire du meilleur mode d'extraction du fœtus et du placenta après la rupture.
En somme, nous réduisons presque uniquement notre travail & une étude complète et comparée des différentes méthodes de traitement dont l'objectif principal est la quérison de la lésion maternelle proprement dite.
Telles sont les limites de notre sujet; quel plan observerons-Nous ?
Si nous nous remémorons toute la longue et insensible succession des méthodes thérapeutiques usitées dans les ruptures de l'utérus, un fait nous frappe : c’est la scission nette et profonde produite dans notre esprit par la laparotomie, entre les méthodes de traitement par voie vaginale et celles que l’incision abdominale eut le mérite de faire éclore. Si l'on préfère, nous voyons dans la la-