‹ Étude comparée du sphygmographe de Marey et du sphygmographe de DudgeonChapitre 11 sur 21 · ETUDE COMPARATIVE DE TRACÉS PATHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

ETUDE COMPARATIVE DE TRACÉS PATHOLOGIQUES

Nous venons de voir dans le chapitre précédent les caractères des tracés sphygmographiques normaux, nous allons consacrer ce chapitre à l’étude des tracés pathologiques.

Nous avons suivi la méme marche, c’est-à-dire que les tracés une fois recueillis, nous les avons étudiés séparément, puis collectivement, et nous avons tiré nos conclusions. |

Nous avons cherché à recueillir quelques types des différentes maladies qui font varier le pouls.

Nos tracés ont été pris particulièrement sur des sujets atteints de maladies du cœur (insuffisance aortique, insuffisance et rétrécissement mitral), de fièvre typhoïde, de néphrite ; nous en avons pris aussi quelques-uns sur des vieillards dont les artères étaient fortement athéromateuses.

Malheureusement nous n’avons pu réunir qu’un nombre restreint de cas pathologiques et nous avons dù nous en contenter ; c’est pourquoi il nous est diffi-

cile d'affirmer aussi catégoriquement que nous leussions voulu la valeur des faits que nous avons observés.

Voici les résultats de nos observations :

Insuffisance aortique. — Les tracés d’insuffisance aortique présentent, avec les deux sphygmographes, une ligne diastolique artérielle très brusque et d’une grande amplitude, mais toujours un peu plus ample dans les tracés obtenus par le sphyemographe de Dudgeon, comme on peut le voir par les tracés 1, 2, 3, Planche IIT,.

Dans le sphygmographe de Marey, au contraire, la ligne diastolique artérielle est aussi toujours verticale mais d’une amplitude moins considérable; elle est quelquefois surmontée d’un plateau plus au moins marqué et qui existe toujours d’une manière très nette quand il y a en même temps insuffisance mitrale. Ainsi nos tracés (1 bis) (2 bis) obtenus par le sphygemographe de Marey sont identiques aux tracés 1 et 2 correspondants et obtenus par le sphyemographe de Dudgeon, tandis que le tracé (3 bis) présente un plateau, léger il est vrai, mais dontnous n'avons pas trace dans le tracé correspondant obtenu avec le sphygmographe de Dudgeon (voir Planche IT).

Dans les tracés ‘obtenus par le sphyemographe de Dudgeon, il y a dans tous les cas un sommet aigu et, quand il y a en même temps insuffisance mitrale, elle n’est marquée que par un petit soulèvement du début de la ligne systolique, ce que nous avons constaté aussi dans certains tracés normaux. C’est

ce qui nous a fait émettre l’idée que ce petit soulèvement de la ligne systolique pouvait bien être dû aux valvules mitrales (V. tracés (4 bis), PL. ID). La première partie de la systole artérielle est toujours plus longue et plus brusque dans les sphygmogrammes de Dudgeon que dans ceux de Marey, c’est-à-dire que le crochet prédicrotique arrive plus tôt. Le prédicrotisme et Le dicrotisme sontbien marqués avec les deux instruments mais ils sont plus nets et plus accusés avec celui de Dudgeon. (V. tracés types des deux appareils PI. 11). La phase systolique cardiaque est beaucoup moins longue dans tous les cas que la phase diastolique, aussi bien avec le sphygmographe de Dudgeon qu'avec celui de Marey.

En somme, peu de différence entre les sphygmonn à sion une sensibilité plus grande en faveur des tracés obtenus par le sphyemographe de Dudgeotr. Cest la confirmation de ce que nous avons vu à l’état normal.

Quant au choix de l’appareil à employer, peut-on se prononcer plutôt pour l’un que pour l’autre? Nous ne le pensons pas.

Quand il y aura une insuffisance aortique pure et que le diagnostic s’imposera, les sphygmogrammes la dévoileront nettement avec l’un et l’autre des deux appareils; s’il y a doute, au contraire, sur une lésion mitrale coexistante, le sphygmographe de Dudgeon nous semble préférable, car 1l pourra donner nettement la valeur des deux lésions séparément et montrer si elles existent.

On reconnaitra qu'il y a insuffisance aortique dans un tracé, par la brusque projection de l’aiœuille, à tel point que la longueur de la diastole sera presque égale à la largeur de la bande de papier ; s’il y a lésion mitrale, on le constatera par le petit soulèvement du début de la systole bien distinct du sommet de la diastole.

En prenant le sphygmographe de Marey, au contraire, nous avons vu que dans le cas de complications mitrales, il présentait un plateau bien marqué où se confondent et le sommet diastolique et le soulèvement systolique ; mais ceci est le signe caractéristique de la lésion mitrale pure, d’où erreur possible de diagnostic, puisque nous n’avons plus trace de la pointe caractéristique de l'insuffisance aortique.

Insuffisance mitrale. — Dans l'insuffisance mitrale, le pouls est toujours très petit, filiforme, aussi devons-nous nous attendre à obtenir des tracés très peu amples : c’est aussi ce que nous avons constaté avec nos deux sphygmographes.

Dans tous les cas, sauf une fois où la lésion n’était pas accentuée et où nous avons eu un tracé d’une assez grande amplitude, la diastole artérielle ne mesurait que quelques millimètres et avait une direction oblique assez prononcée, au lieu d’être presque verticale comme à l’ordinaire, et ceci nous l’avons observé aussi bien avec le sphygmographe de Dudgeon qu'avec celui de Marey (voir tracés 1, 2, 3 (1 bis), (2 bis), (3 bis), PI. IV).

- Le plateau que nous n'avons pas encore rencontré avec le sphygmographe de Dudgeon, nous l’avons constaté dans tous nos tracés d’une manière plus ou moins nette, mais évidente.

Ce plateau était le même, un peu plus accentué dans le sphygmographe de Marey (voir PI. IV).

Quant au dicrotisme, il était peu marqué dans tous les tracés, et ne présentait rien de particulier.

Dans quelques cas, nous avons observé au sphygmographe de Marey, une succession de dicrotismes (polyerotisme) comprenant toute la systole artérielle ; le tracé correspondant de Dudgeon, nous donnait aussi, mais pas dans tous les cas, cette succession de dicrotismes d’une facon moins marquée, de sorte qu'il y aurait peut-être ici un élément de plus dans les tracés obtenus à l’aide du sphygmographe de Marey, élément qui ferait défaut dans ceux du sphygmographe de Dudgeon; mais il faut aussi se défier du mode d’application de l’appareil, car nous avons observé quelquefois que le mouvement d’horlogerie de l'appareil imprimait à la tige du levier des oscillations qui s’inscrivaient sur le papier. D’après ces quelques considérations, pouvons-nous nous prononcer en faveur de l’un ou de l’autre de ces instruments? Je ne le pense pas : ils donnent tous deux des tracés identiques et pathognomoniques d’une lésion mitrale, à l'exclusion de tout autre lésion car-diaque. Nous verrons plus loin, cependant, que le sphygmographe de Marey peut être préférable à cause de la vis qui permet de graduer très facilement la pres-

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sion, et c’est icilecas où le pouls est très faible. Pouls sénile. — Le pouls sénile caractérisé par une très faible amplitude, donne avec les deux appareils que nous expérimentons les mêmes résultats. Comme on peut le voir par les quelques tracés que nous donnons (tracés 6, 7, (6 bis), (T7 bis) — nous n'avons pas voulu les multiplier, parce qu’ils étaient tous identiques aux deux types que nous présentons. La ligne Id’ascension présente la même obliquité, son amplitude diffère très peu dans les deux tracés ; le plateau que l’on rencontre toujours, le dicrotisme faiblement marqué, enfin la ligne de descente très oblique et très longue ne nous montrent aucune différence essentielle à signaler dans l’un ou autre des tracés obtenus par ces deux instruments.

Peut-être pourrait-on admettre un degré de sensibilité plus grande de la part du sphygmographe de Dudgeon, sensibilité qui se caractériserait par une petite pointe se produisant immédiatement avant le plateau, ce qui n’est pas constant dans les tracés obtenus à l’aide du sphygmographe de Marey.

Fièvre typhoïde (voir tracés 4 (4 bis) pl. IV). —La partie la plus importante, celle qui doit fixer l’attention de l’expérimentateur dans un tracé de fièvre continue, est assurément le dicrotisme. C’est aussi ce que nous nous sommes efforcé d'étudier dans nos tracés, mais ici (comme nous l’avons vu souvent déjà) la différence entre les tracés a été si peu considérable qu’elle ne mérite pas d’être signalée. Tout ce que nous pouvons dire c’est que nos tracés, dans

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presque tous les cas, étaient d’une amplitude très peu considérable et que, à part le dicrotisme qui était bien marqué, le sphygmographe de Dudgeon, pas plus que celui de Marey, ne nous donnait aucun autre détail capable de fixer notre attention.

Nephrite parenchymateuse (voir tracés 35, (5 bis) pl. IV. — Nous ne pouvons que répéter ici ce que nous avons dit déjà àfproposdes tracés précédents : le sphygmographe de Dudgeon nous a ‘donné des tracés où les détails étaient plus marqués: le petit sommet diastolique qui se produit avant le plateau, le plateau lui-même, le dicrotisme étaient plus apparents, mais il ne nous a dévoilé rien de nouveau.

Nous avons écourté et à dessein cette dernière partie de notre travail, car il nous paraissait peu intéressant d’avoir à redire chaque fois ce que nous avons constaté dès le début de notre thèse et ce qui frappe à première vue, c’est-à-dire la sensibilité plus orande du sphyemographe de Dudgeon. Nous Pavons rencontré partout et sur tous nos tracés pris d’une manière indifférente dans des maladies où le pouls ne se présente pas sous la même forme. C’est le seul point sur lequel nous voulons insister.

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