CHAPITRE II
APERÇU HISTORIQUE DU SPHYGMOGRAPIIE ET DESCRIP- TION DU SPHYGMOGRAPHE DE MAREY ET DE DUDGEON.
Il serait trop long en même temps qu'inutile et fastidieux d’énumérer et de décrire tous les sphygmographe employés jusqu’à nos jours; nous n’en décrirons que quelques-uns pour montrer par quelles modifications successives on est arrivé aux sphyemographes actuels.
A. — Sphygmomètre de Hérisson.
Un tube graduée, d’un petit diamètre, évasé à sa partie inférieure, rempli de mercure et fermé en bas par une membrane de baudruche que l’on appliquait sur l'artère, tel a été le premier et le plus simple sphygmographe ou sphygmomètre de Hérisson.
Son mécanisme était très simple: le soulèvement le l’artère imprimait à là colonne de mercure des oscillations plus ou moins grandes qui se lisaient sur les graduations du tube.
Ce sphymographe était très imparfait assurément, puisqu'il ne faisait que transformer une sensation tactile en une sensation visuelle tout aussi fugitive.
B. — Sphygmographe de Vierordt.
Le premier perfectionnement qui se rapproche le plus de l’appareil tel que nous le possédons, a été le sphyemographe de Vierordt.
Cet instrument se composait simplement dune tige rigide à laquelle se trouvait suspendu un levier interpuissant. Aux deux extrémités de ce levier étaient adaptés, à l’une une aiguille inscrivant sur un cylindre tournant les différentes oscillations dont elle était animée, à l’autre une cupule où lon plaçait des poids pour faire équilibre et la rendre plus sensible. En un point très rapproché du point d'appui trouvait une petite plaque que lon plaçait sur l'artère, dont les battements étaient transmis, amplifiés par le levier et inscrits par l'aiguille sur le cylindre.
On voit que c’est le sphygmographe actuel, moins quelques détails de perfectionnement. Donnez au levier une plus grande légéreté pour remédier à son inertie, ajoutez un ressort qui déprimera l'artère et: sera relié au levier par une articulation, et vous aurez le sphymographe de Marey. |
C. — Sphygmographe de Marey ({) Le sphygmographe de Marey ou sphygmographe
direct à pression élastique se compose d’un cadre
(1) Marey. La circulation du sang, p. 218.
Ti
métallique à l’intérieur duquel se trouve un ressort d'acier dont l’une des extrémités est fixée au cadre ; l’autre extrémité libre est garnie d’une plaque d'ivoire destinée à comprimer l'artère. Audessus de cette plaque d'ivoire à laquelle elle est adaptée par une charnière, une vis de transmission très longue et perpendiculaire au ressort, fait manœuvrer une poulie où se trouve fixé le levier inscripteur, Ce levier inscripteur est en bois pour être plus léger, et présente une longueur de 15 cent., ce qui amplifie considérablement les tracés. Un mouvement d'horlogerie faisant corps avec le cadreet placé à l’une de ses extrémités fait mouvoir au moyen d’un engrenage dont les crans font saillie, une glicière sur laquelle se place le papier noirei où la tige vient inscrire les pulsations artérielles.
Le tout est fixé au poignet par un lacet jeté alternativement d’un côté à l’autre sur de petits crochets fixés eux-mêmes à deux ailettes articulées au cadre.
Le mouvement d’horlogerie marche pendant seize secondes et la vitesse avec laquelle la plaque se meut est, d’après Marey (1), d'environ un centimètre par seconde.
Comme cette vitesse, selon qu'elle est plus ou moins crande, donne des tracés d’une longueur différente, nous avons dù, pour pouvoir faire entrer ce nouveau facteur dans nos comparaisons de tracés, nous ren-
(1) Marey. La Méthode graphique, p. 560.
dre compte de ce qu’elle était exactement. Nous avons trouvé qu’elle n’était pas rigoureusement uniformedanstoute l'étendue d’un tracé. Ainsi, au moyen d’un diapason marquant 30 vibrations doubles à la seconde, nous avons constaté qu’en les faisant inscrire dans la première moitié, 11 Y en avait 26 par centimètre de longueur ; dans la seconde moitié au contraire nous en avons trouvé 30 dans la méme longueur. La vitesse est donc de 1 centimètre par seconde à la fin, mais au début elle est un peu plus grande.
Nous trouvons relaté dans la thèse de doctorat de M. le professeur agrégé P. Parisot (1) la même expérience faite par M. le professeur agrégé René, alors chef des travaux de physiologie. M. René a calculé, à l’aide d’un diapason de 10 vibrations doubles par seconde, la vitesse du tracé sphygmographique de son appareil; ses résultats ont été qu'il y avait un retard de un dixième de seconde et, au maximum, de deux dixièmes de seconde de la fin sur le commencement du tracé.
D’après nos recherches sur un autre appareil, cet écart serait plus considérable et serait de un septième ou un huitième de seconde.
Quoiqu'il en soit, ilexiste, et il vaura lieu d’entenir compte dans nos tracés sans cependant y attacher trop d'importance, car nous verrons que le même
(1) P. Parisot. Recherche du pouls dans la fièvre thypoïde, thèse de doctorat, 1884, p. 7.
retard existe dans les tracés obtenus par le sphyg:mographe de Dudgeon et d’une manière encore plus sensible, de sorte que la comparaison entre les tracés peut encore être faite.
D. — Sphygmographe de Dudgeon
Cet appareil qui différe beaucoup du précédent, et présente un plus petit volume, se composeT d’un
Sphygmographe du Dudgeon (4).
cadre métallique formé par deux lames parallèles espacées l’une de Pautre äe deux centimètres et
(1) Nous devons à l’obligeance de M. le professeur Spillmann et à celle de son éditeur M. Masson, la figure ci-jointe du sphygmographe de Dudgeon. Nous leur exprimons nos remerciements.
Nous n'avons pas cru devoir v ajouter celle du sphygmographe de Marey qui est universellement connu.
reliées entre elles par le mouvement d'horlogerie qui se trouve à l’une des extrémités. A l’autre extrémité se trouvent deux montants verticaux reliés aussi entre eux à leur sommet. Entre les deux lames parallèles servant de base à l'instrument, se trouve le ressort que doivent faire mouvoir les battements de l’artère ; ce ressort se trouve fixé à l’une de ses extrémités auprès du mouvement d’horlogerie, l’autre extrémité est libre et doit reposer sur l'artère.
Le mouvement: d’horlogerie fait mouvoir deux cylindres, dont un plein sur lequel se place la bande de papier, l’autre, formé de deux rondelles à chaque bout d’un axe tournant en sens inverse du premier cylindre, sert à fixer la bande de papier sur celui-ci et la force à se dérouler devant l'aiguille qui vient inscrire le tracé.
Pour mettre en mouvement cette aiguille et amplifier les pulsations, Dudgeon a employé un système ingénieux mais assez compliqué.
A la partie supérieure des montants verticaux, se trouve un axe mobile traversé par une tige dont l’une des parties est coudée à angle droit immédiatement à sa sortie de l’axe mobile et surmontée d’un petit poids ayant la forme d’une boule, l’autre partie (partie inférieure), beaucoup plus longue, est verticale et se termine à sa partie inférieure par une articulation à laquelle se trouve fixée l'aiguille.
D’après cette disposition, l’aiguille est sans cesse projetée en avant par le poids supérieur qui agit en dehors de l’axe mobile, puisqu'il se trouve à l’extré-
mité d'un levier droit, mais elle est maintenue en place par une autre disposition qui se trouve sous la dépendance du ressort et par conséquent de lartère. Ce mécanisme offre à considérer les mêmes parties que celui que nous venons de décrire, mais en sens inverse, Un axe mobile fixé entre les deux lames parallèles de l’instrument au-dessous du ressort, est aussi traversé par une tige recourbée à angle droit, au niveau de l’axe mobile; la première partie de cette tige est fixée au ressort et fait corps avec lui, la seconde, qui est perpendiculaire et plus longue, se termine par un petit arrèt à son extrémité supérieure. On voit maintenant, le mécanisme du mouvement de l'aiguille. L’artère pressant sur le ressort, fait basculer ce mécanisme que nous venons de décrire, et l’arrèét qui se trouve placé à son extrémité supérieure, se détend et permet à l'aiguille d’être projetée sur la feuille de papier qui se déroule devant elle; chaque fois qu’il y a battement de l'artère, il y a déclanchement de l’aiguille qui obéit à sa force de projection autant que le lui permet le déclanchement, car 1] la suit dans sa course.
La pression du ressort sur l'artère se produit au moven d’un excentrique, dont la vis de réglage est oraduée en 150 divisions, mais elle ne peut donner aucune idée de la pression sur l’artère, car nous avons constaté bien des fois que la pression du ressort sur l'artère était très forte, alors que la vis de l’excentrique ne marquait que 30 à 40 divisions.
L'appareil est fixé au poignet (le ressort placé en
avant) au moyen de deux bandes larges de deux centimètres, dont une extrémité est fixée aux deux côtés du cadre, à l'endroit où se trouve lextrémité libre du ressort et dont les deux autres bouts sont reliés entre eux au moyen d’une vis de pression.
Le mouvement d’horlogerie marche pendant plus d’une minute (75 secondes en moyenne), de sorte que les tracés peuvent être d'une très grande longueur.
Nous avons mesuré aussi pour cet appareil si la vitesse du mouvement était uniforme du commencement à la fin, nous avons trouvé des différences assez sensibles. Nous nous sommes servis aussi du diapason etnous avons répété lexpérienceque nous avions faite avec le sphygmographe de Marey. Nous avons trouvé une différence de un septième de seconde de la vitesse du début à celle du milieu; le même écart existe entre celle du milieu et celle de la fin, de sorte que ces écarts s’ils sont négligeables dans des temps très rapprochés sont, au contraire, considérables, si on considère celui qui existe entre le début du tracé et la fin, et qui peut être de un quart de seconde.
Nous avons aussi recherché les différences de vitesse entre les deux instruments, mais elles sont trop peu considérables pour qu'on les remarque dans un tracé. La vitesse finale des deux appareils de Dudgeon et de Marey est la même, la vitesse initiale diffère un peu ; elle est légèrement plus grande dans le sphygmographe de Dudgeon, mais elle est si minime qu'on peut la négliger dans l’analvse des tracés.
Autres Sphygmographes.
Nous aurions bien d’autres sphygmographes à décrire, mais ce serait sortir de notre sujet et la liste en est trop longue ; nous nous contentons de renvoyer ceux qui s'intéressent à cette question au traité d’Ozanam, /a Circulation et le pouls, page 400 et suivantes, ou aux Nouveaux éléments de physiologie humaine, de M. Beaunis, 3° édition.
Nous en citerons, cependant, quelques-uns dont l'emploi est encore fréquent :
Sphygmographe de Béhier ;
Sphygmographe à poulie de Longuet ;
Sphygmographe de Meurisse et Mathieu :
Sphygmographe de Grünmach ;
Sphygmographe de Keyth ;
Sphymographe de Rothe ;
Sphyemographe de Ozanam.
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