‹ Étude complète sur Alaise; Alais n'est pas l'Alésia de CésarChapitre 1 sur 9 · Montmahoux · texte numérisé non relu

Montmahoux

17. Châteaux-forts destinés à protéger Salins et les routes ro-

maines du voisinage 127

Etat du chemin de la Lanquetine en 1602 128

Du culte de Belin dans la Séquanie 130

Légende de la carte explicative 134

ÉTDDE COMPLÈTE

In Ira duc lion.

Je ne viens point mûler des paroles irritantes à tin débat passionné. Mon dessein est d'exposer simplement ce que je sais, ce que j'ai ■vu. La cause de mon pays n'est point engagée dans la discussion dM/esta, et je reponsse en son nom l'esprit étroit et mesquin qui tendrait à transformer en une querelle de patriotisme local, ce qui n'est qu'une question de critigae et d'Iiistoire.

Franc-Comtois par l'origine comme par le cœur, mes sympathies naturelles sont pour le système franc-comtois. J'ambitionnerais pour mon pays, le plus curieux peut-être de France par ses camps antiques , ses tombeaux , ses champs de bataille, l'honneur d'aïoir été le théâtre de cette lutte suprême de la liberté gauloise contre le joug des Romains (i). Si nos pères ont

(Ij Cirea Alesiam laiilx Tes gestœ w»t quenlas accidere l'ia kominis, perficen pené nuUius, imi Dei,feceril, (fu.i, riiERCvLVs, cnp. 1>T.)

été vaincusj leur cause, après la défaire, est restée à mes yeux grande et juste ; mais il est, en histoirej une cause plus grande encore, c'est celle de la vérité.

Ce sentiment nous oblige à reconn^tre que M. Delacroix a obtenu un honneur rare en ce siècle. Sa brochure sur Ales/a, écrite avec talent, avec modération, avec une rare indépendance, a été un événement. Véritable service rendu à la science comme à notre histoire nationale, ce livre a signalé au voisinage de Salins, plus qu'on ne l'avait fait encore, l'une des contrées les plus importantes de l'ancienne Gaule. Il a fait étudier plus profoudémeut les temps antiques. César et la stratégie romaine.

M. Delacroix a rencontré, et il en était digne, d'honorables adversaires , d'honorables défenseurs. Si , dans les rangs opposés , l'auteur des Etudts sur une campagne de Césai- a été couronné par l'Académie des inscriptions, des hommes haut placés par le savoir, tels que MM. Quicherat et Desjardins, ont apporté à l'œuvre franc-comtoise l'appui de leur réputation et de leurs travaux (l). Près de cent Mémoires, publiés pour et contre dans la discussion, ont témoigné de l'intérêt général qu'elle inspire (3)j et la question d'origine d'un simple village a pris dans la science les proportions d'un débat presque européen.

Je n'éprouve aucun embarras aie reconnaître, les derniers événements ont semblé favorables à VAlesia séquanaise. A l'appui des textes de Plutarque et de Dion Cassius, ses défenseurs invoquaient une circonstance qui est à leurs yeux décisive, les champs de bataille voisins d'Alaise, où, disent-ils, sous 20,000 tombelles reposent 100,000 combattants. Ce champ de carnage,

(1) Je âoia signaler aussi d'une manière spéciale lu disserlHlion de TA, le professeur Toubin, récemmonl nommÉ membre de l'Académie de Besançon, C'est l'un des écrits les plus remariguablM à l'appui du syatcme franc-comtois.

(a) Duni le nomliro Je» Mfmoires eonlraires au nouveau Eyslème, je remarque les trois études de H. de Cojnart lur Alesia, et surtout la Dmtrlation tUT la $<yliime campagne de César {Revue des Deux-Mondet, l^rnai 1858).

Vun des plus vastes dont rbistoire tme mentioii^ est inexplicable à leurs yeux sans YAlesia de Gésar^ d^autant plus que les débris qu'on en a exhumés^ romains et celtiques à la fois, décèleraient une époque yoisine de la conquête.

On leur a répondu qu'Âlaise n'était pas Âmancey . a De quel droit, ont dit les Bottrguignons blessés par ces prétentioot 9 nouvelles , de quel droit MM. Quicherat et Desjardins exigep raient-ils de nous des temples et iesmapalia celtiques, eux » qui n'ont pas même une fibule antique à Tappoi de leur B Alaise?... Ils vont chercher des ruines à plusieurs lieues de » là... Les tombeaux et les médailles d' Amancey ne prouvent )) rien pour Alaise ; ce sont même des documents contre elle. » Car, si quelques pierres tumulaires et des monnaies, à Aman- » cey, sont arrivées jusqu'à nous, les mêmes objets devraient X» se retrouver à Alaise W. d

Ce défi plein de fierté était aussi plein de hasards ; provoqués et mis en demeure, les Franc-Comtois ont conduit sur le massif, au voisinage de Sarraz, une colonie d'ouvriers, et dès les premiers jours ils ont recueilli, dans deux ou trois tombeaux qu'ils ont ouverts , de curieux débris complètement analogues à ceux d'Amancey, preuve incontestable du lien étroit qui rattache l'intérieur du plateau aux campagnes qui l'entourent.

Malgré les hésitations et les incertitudes de la science , si opposée parfois dans ses conclusions (s), je crois , après mûr examen, que parmi les tombeaux déjà ouverts, plusieurs appartiennent à l'époque c^eltique, et j'accepte la discussion dans cette hypothèse, soit parce qu'elle me semble la vérité, soit parce qu'elle est la plus favorable à la cause que je vais combattre.

(1) M. Rossignol, Etudes sur une campagne de César ^ couronnées par TAcadémie des Inscriptions, p. 109, 114.

• (2) Contre Fopinîon de M. Quicherat, voyez l'article de M. de Saulcy, imprimé dans rQptfiûm nationale du 30 octobre 1859.

Ajoutons enfin^ pour être sincère^ que sous certains rapports les défenseurs d'Âlaise ont eu jusqu'à ce jour un avantage réel sur leurs adversaires. Us ne se sont pas bornés à un examen rapide^ à un coup d'oeil jeté à la hâte sur ces campagnes curieuses et étranges ; ils les ont parcourues , fouillées , interrogées; ils en citent les traditions sans qiie personne y contredise. Ils ont ainsi introduit dans ce débat une îoxùe d'éléments nouveaux, interprétés à leur point de vue, sans que leurs adversaires, harcelés dans les détails , se soient décidés à une étude sévère et complète, soit du massif, soit des champs de bataillequi en sont si rapprochés.

Et puis, la discussion a perdu le calme qui conduit à la vérité : on en est venu aux gros mots; sur un terrain si brûlant, il n'est plus possible de faire la part de la réalité et de Terreur; les uns ont tout affirmé, les autres tout nié. a II n'y » a pas de ruines dans le plateau d'Alaise, » s'écrie l'un des combattants (i). « Tout est couvert de ruines , répond l'autre, » ce sont partout des murs, des retraites, des logements mili- » taires celtiques, des constructions de toute sorte couvrant » plusieurs kilomètres de terrain (2). » Il en est ainsi de tout le reste, non-seulement des points secondaires, mais des faits de premier ordre.

Forts de leurs découvertes nouvelles , les défenseurs d'Alaise ont repris l'offensive; provoqués, ils provoquent à leur tour leurs adversaires, les somment avec confiance de leur répondre, s'ils ne veulent pas être accusés de mauvaise foi ou d'impuissance (3). Ce défi, ou méconnu, ou négUgé, est demeuré sans réponse.

(1] < Ils n'ont pas de ruines à Alaise-lez-Salins , absence complète de

ruines. » (M. Rossignol, p. 114 et 120.)

(2) M. Desjârdins, Alesia^ p. 8.

(8) < César dit que les Gaulois avaient placé une partie de leurs troupes à « Test d'Alesia, et Chataillon est précisément au droit levant d*Alaise. Pas un

Comment se reconnaître au milieu de ces luttes, de ces aflBrmations aussi opposées qu'énergiques ?

Pour comble d'embarras, sous la plume des historiens de VAlesia franc-comtoise , la poésie se mêle à l'histoire , elle apporte à la discussion le coloris de ses tableaux, la féerie y mêle ses enchantements, le cadastre Tambiguité de ses lieux dits. Le lecteur se perd dansTapplication d'un idiome dont il ne connaît pas le sens. Ici, les mots de fossures, de vallières , de rampe de vallière, de montbarré, reconstituent, au défaut de valltmt et de fossés , toute la contrevallation de César ; ailleurs, c'est le conat, conû/w5, qui révèle les efforts deVercingétorix pour s'échapper pendant le siège; la grange d'Assaut, en face de Sarraz, est l'indice certain d'une partie des contrevallationsBiiaiqu&e Abus l'une des sorties des assiégés; la Régille et la TV^ôiWe rappellent sans incertitude les campements des légats de César JReginus et Bebilus.

Voyez dans les campagnes voisines d'Alaise ce rocher informe qui sort à peine de terre : c'est un autel druidique , le lieu s'appelle 7cs Temples. Regardez tout autour: cette espèce de crevasse de forme irrégulière, c'est une allée couverte dont le plafond s'est écroulé (0. Vous remarquez au couchant la montagne de Mouniot, les munitiones de César, fossé fameux (>), brèche

» texte, pas une tradition locale, n'autorise à penser que ces abris de bivouac » aient été construits à une autre époque et pour une autre destination. Ce •■ sont là des faits matériels, palpables. Dam Vimpuissance de les nier, notre » habile adversaire les a entièrement passés sous silence; ce qui ne l'empêche » pas, à la fin de son Mémoire, de se vanter d'avoir pulvérisé et mis à néant » tous les arguments de M. Delacroix. Il discute, il est vrai, quelques points » de la question de Chataillon, et j'aurai plus tard à le suivre sur ce terrain; » mais des baraques elles-mêmes, de l'immense {sic) et étrange muraille qui » les enveloppe, pas un mot,^ pas une mention ; tactique d'avocat qui veut » gagner sa cause, procédé indigne d'un savant consciencieux. >

(M. TouBiN, Alesia, p. 10.)

(1) M. TouBiN, Alesia, p. 48; Conclusion pour Alaise, p. 62.

(2) M. TOUBIN, p. 48.

immense dans le roc^ qui semble taillée par la main des géants (i); au levant, Chataillon avec sa puissante muraille, ses cabordes gauloises si nombreuses qu'on ne les a pas encore comptées («) ; au centre du massif, la hauteur du Fori couverte de bois : c'est Tancien forum d'Alaise W ; sur le rocher du Châtelety autre autel druidique où les prêtres efirayés invoquent à rheure suprême les dieux vaincus de la patrie (*). Ce paysan, qui chasse nonchalamment ses bœufis devant lui, vous le croyez occupé de sa culture; pas du tout , il rêve à la vieille tradition de ses pères, il sait qu'Alaise fut jadis une ville, un lieu de refuge dans les grands événements, qu'il y eut une foule dans ces lieux sauvages (s). Ce Mandubien de Sarraz qui se met en route pour Alaise, dira : Je vais à la cité (6). Plus brave que ses aïeux, il passera sans effroi, pour s'y rendre, dans le bois près delà terreur de sainte Reine, chêne séculaire qu'habitait une fée aux chiens dévorants, dépositaire du grand secret, mais dont le repaire, debout encore il y a trois ans, s'est affaissé depuis la révélation (7). .

Partout l'aspect poétique et, comme l'a dit Boileau ,

Tout prend un corps, une âme, un esprit, un visage.

Ajoutez à tout cela des rapprochements étranges et vrais entre l'Alaise de Salins et l'Alise de Bourgogne , l'une baignée par le Lison, l'autre par la Loze, dans toutes deux le culte de sainte Reine, près de toutes deux: la montagne de Rhéa (8) /

Rien n'égale l'impression que l'on éprouve quand, après avoir

(1) M. QuiCHERAT, Conclumn pour Alaise^ p. 52.

(2) Ibid., p. 50.

(8) M. Delacroix, Akna, p. 16.

(4) Les Tombeîle$ é^ Alaise, Recueil de la Société d'émulation, p. 575.

(5) M. Delacroix, Alesia, p. 1.

(6) M. Quicherat, Conelttsion pour Alaiu, p. 49.

(7) /Wd., p. 52.

(8) Voy. Conclusion pour Alaise^ p. 66, 67.

lu ces pages empreintes parfois de Tâpreté d'une conviction absolue et du charme de Tidéal^ on descend de ces hauteurs à la simple réalité ^ quand on voit sur les lieux ce que c'est que ce forum, ces autels prétendus druidiques, ou la brèche de Mouniot; quand par exemple on reconnaît, preuves en main, que, dans Tancien idiome le conat , ce conat poétisé et t^^ble, exprime tout bonnement le voisinage d'une source , comme la Régille et la Trébille des légats de César indiquent le passage d'un vieux chemin, ou que la grange d'Assaut, cet indice certain d'un des points d'attaque de Yercingétorix dans ses sorties, porte simplement , dans le pays comme dans le cadastre , le nom de Grange^e-la-Sauce !

Voilà ce que nous expliquerons plus loin, et combien d'autres explications nous aurons à donner encore ! Faut-il être surpris qu'à la vue des ces tableaux tracés avec talent , mais où l'oeil discerne avec peine la vérité et l'erreur, l'esprit du lecteur, entouré de mystères , perdu dans un cercle de circonvallations et de contrevallations, de lieux dits et d'aspects celtiques, poursuivi et dominé par l'image de cet immense champ de bataille qu'il ne comprend pas, ressemble au soldat gaulois au milieu de la mêlée, s'embarrassant, sans pouvoir s'en déprendre, dans les ceps, les lys et les aiguillons de César. S'il n'est pas enchaîné et vaincu, si des considérations de premier ordre le frappent et l'éclairent encore, ce vaste ensemble l'étonné et l'arrête; il n'affirme plus> il balance. Tel est l'état de beaucoup d'esprits. Leur incertitude s'augmente par le silence des hommes qui ont étudié longtemps l'histoire de la Franche-Comté, mais dont l'opposition passive et ignorée a toutes les apparences de l'adhésion. Aussi, dans ce débat singulier, les savants étrangers au pays, et qui n'ont pas vu les lieux, conservent dans leur résistance même et expriment un dernier reste d'étonnement et d'hésitation (i); et l'Académie des inscriptions, qui a couronné

(1) L'auteur de l'écrit fort remarquable qui a paru dans la Revue des Deux-

le manifeste le plus énergique contre le système franc-comtois, déclare elle-même, dans son avantHiernier concours, qu'elle ne se prononce point absolument sur une question tant et si souvent débattue W.

Tel est, après trois années d'une lutte ardente, Taspect actuel du débat. Il faut cependant que cette question controversée soit résolue, car Tbistoire de Tancienne Gaule n'en présente pas de plus grande. Elle ne peut Tètre qu'à une condition, celle d'une critique sévère, qui accepte les faits acquis , rectifie ceux qui sont erronés , et fait entrer dans la solution tous les éléments du problème, sans en exagérer^ sans en éluder aucun. C'est ce que j'essaie de faire aujourd'hui. Je crois pouvoir, dans ces conditions, soulever le voile qui couvre tant de secrets, et expliquer sans Alesta ce champ ou ces champs de carnage , objet de tant d'étonnement, et d'une si haute antiquité.

Deux fois, en 1856 et 1859, j'ai parcouru le massif d'Alaise et ses environs, le crayon et le mètre à la main , dessinant les sites et les objets les plus importants, notant avec exactitude et sur le champ ce qui me semblait le plus remarquable, jusqu'aux réponses naïves des cultivateurs. Rien n'est plus instructif que cette étude locale. D'un autre côté, après de longs travaux sur la Séquanie, dont j'ai depuis plus de vingt ans exploré les ruines et recherché l'ancien itinéraire, je puis aper-

Mondes, en le terminant, laisse apercevoir ce sentiment modeste : « Les tra- • vau3( d'exploration continuent fort activement en Franche-Comté... Il paraît 9 que la surface du massif est littéralement couverte de débris, et que les an- » tiquités celtiques fournies par cette région et réunies à Besançon forment » dès aujourd'hui le plus beau musée celtique de France. Peut-être rencon- » trera-t-on dans ces décombres quelque document certain; peut-être pourraj> t-on prouver, non-seulement qu'Alaise était un oppidum, mais que cet op^ > pidum était bien celui qui fut défendu par Vercingétorix contre César» >

(Revue des Deux-Mondes^ 1858, p. liS.)

(1) Cependant, un fait grave à signaler, c'est que la commission chargée du travail de la carte de l'ancienne Gaule parait décidée à ne point placer Alesia ea Franche-Comté.

cevoir mieux ce que c'est qu'Alaise au milieu de ce vaste ensemble; je m'en suis rendu compte, et j'ai vu que la place qu'on lui assigne n'est pas celle qui lui appartient. En nous donnant YAlesia de César, on nous donne ce qui n'est pas à nous. L'ancien itinéraire que j'ai retrouvé avec certitude m'a démontré que ce village, si antique qu'on le suppose, n'est pas un centre, comme on l'a cru et répété, mais un passage comme le moindre des villages de la contrée. J'indiquerai le vrai centre, le lieu disputé, ce trésor convoité qui a fait verser tant de sang. Pour retrouver les débris de notre vieux langage, si souvent invoqué dans le débat, j'ai lu jusqu'à trois fois, la plume à lamain,ratlas cadastral des trois départements de la Franche- Comté, opérant sur soixante ou quatre-vingt mille noms. Ce vieux langage, où l'idiome des Celtes a laissé beaucoup de traces, se retrouve à Alaise et autour d'Alaise comme ailleurs \ je crois être sûr d'en avoir compris le sens, et si je l'ai compris, les dénominations locales où l'on a voulu saisir, presque jour par jour, toute l'histoire A'Alesiay ne sont que de séduisantes chimères.

Le titre de cet ouvrage en fait connaître le sujet ; c'est une étude complète sur Alaise, rien de plus. Laissons aux Bourguignons le soin de défendre Alise et le mont Auxois. Ce travail doit s'exécuter sur les lieux mêmes.

En signalant les erreurs des défenseurs d'Alaise, comme <î'est le droit et la nécessité de la discussion, je rendrai toujours hommage à leur loyauté comme à leur savoir, prêt à reconnaître de mon côté mes jpropres erreurs. Si quelques points de fait restaient contestés, j'en appellerais à la commission nommée par l'Académie de Besançon pour suivre ce débat, 6t qui pourrait les vérifier avec une entière certitude, Besançon n'étant qu'à huit lieues d'Alaise. Dans ces conditions, la dis- <;ussion restera ce qu'elle doit être, simple et digne; je n'en connais paa d'autre, ne comprenant pas même ce que la vérité, ce que la science, peuvent gagner au dénigrement et à l'injure.

Position de la «oestlOB.

En Pan 52 avant Jésus-Christ^ à l'entrée de sa septième campagne dans les Gaules^ la situationde César était des plus critiques. Les Ëduens eux-mêmes , ces anciens frères du peuple romain^ s'étaient joints à la Gaule insurgée et en armes; entre César et la province romaine^ dont il aurait pu tirer des secours^ tous les chemins étaient fermés. Pressé de se rapprocher du midi de la Gaule^ il prend son chemin de Sens vers le sud-est^ en suivant la frontière des Lingons. Son récit n'indique pas qu'il ait franchi la Saône ni pénétré dans notre pays. Au moment où il se dirige vers la Séquanie par la frontière des Lingons, il est attaqué par Vercingétorix, qu'il met en dérouta , et qui se réfugie sur-le-champ dans Alesia. Le proconsul le suit et l'y assiège le lendemain. 80,000 Gaulois sont rass^nblés dans cette ville pour la défendre , et une armée de 240,000 hommes arrive à son secours de tous les points de la Gaule. Assiégé et assiégeant^ placé entre deux lignes de circonvallation qu'il a élevées luimême , César triomphe de cet extrême péril par son génie et par la valeur des Romains. Alesia^ vaincue, ouvre ses portes, et Vercingétorix, qui pouvait fuir, offre aux Gaulois de le livrer vivant ou d'apaiser le vainqueur par sa mort. Lui-môme se rend au camp de César. Mais, ni cet acte magnanime, ni le souvenir d'une ancienne amitié, ni la grâce naturelle du héros, ne peuvent le sauver. Il est arrêté et chargé de fers ; César le réserve pour son triomphe, et, après six ans de captivité, le faut mettre à mort. Lui-même, deux ans après, périt assassiné.

M. Delacroix a le premier découvert et affirmé que VAlçsiw

de César était Alaise près de Salins. Soutenir cette thèse nouvelle^ c'est s'engager à la prouver. Le savant architecte de la ville de Besançon cherche à établir d'abord^ par les textes des historiens de l'antiquité , que César a passé la Saône ^ large rivière qui séparait les Séqùanes des lingons^ et qu'il est entré dans la Séquanie.

!<• Saéve, les iexiem. César e«l-ll entré d«B« la Séquanie f

On disserte depuis longtemps sur trois textes; trois autorités^ César, Plutarque^ Dion Cassius^ forment toute la base de la discussion.

Les Commentaires sont précis ; César se dirigeait vers la Séquanie par rextrèine frontière des Lingons^ pour secourir plus facilement la province romaine, lorsque Vercingétorix campa sur trois points à dix mille pas des Romains. Chm Cœsar in Sequanos per extremos Lingonum fines iter faceret^ que facilivts subsidium Provinciœ fefriposset, circiter millia passuum decem ab JRomanis, trinis castris Vercingétorix consedit... (vu, 66.)

Plutarque dit que César franchit le pays des Lingons pour entrer dans celui des Séqùanes, amis des Romains, et plus voisins de l'Italie que le reste des Gaulois ; que là une multitude de Gaulois l'assaillit (i).

(1) Aiônsp xceè ittyritraç. éxeidev virspé^oiXs toc AeTyovtxeè /3ouXôfA€vo^ o^adTat T«ç 2)}xouocvôi>v ffïXtay ovrwv ntcù Trpoxsefiévuv rHç 'irockiaç itphç T)5v vXktiv FocXocTiocv. 'Evt«O0« Se «ùt» twv Tro^pcjv sVtTrgffovTwv xat TTgjotffpi^ovTtùv pv/9to(a'c TzayXoLÎç

Le passade est traduit en entier par dom Bouquet de la manière suivante (I, i09) :

Hi {jEduï) qui êe priits fratres Romanorumappellabant, et qui magno honore habebantur apud eos, tuneeùm se reliquis sociassent rebellibus, magnâ trépida-

Ënfin^ jselon Dion Cassius^ Gésar^ partant pour secourir les AUobroges^ fut surpris et enveloppé chez les Séquanes (ij.

Ces trois textes ne sont pas d'accord. César dit qu'il se dirigeait vers le territoire des Séquanes; il n'y était donc pas entré encore. S'il y était entrée il aurait passé la Saône^ et il l'aurait dit^ lui si exact dans son récit sur le passage des rivières^ pas* sage important et souvent diflScile. S'il ne le dit pas, c'est qu'il n'a point franchi cette frontière W.

Plutarque et Dion Cassius ne complètent pas César, ils le contredisent.

Auquel croire ? A César sans hésitation, à César acteur et témoin 4ans tout ce qu'il raconte.

Les deux derniers historiens ne disent pas pourquoi et sur quelle autorité ils parlent autrement que César.

Dans plusieurs passages des Commentaires et pendant le siège

tUme Cœsaris exercitum perfudére, Quare motis indè castris^ fines Lingonum superavit, quà ad Sequanos socios ac Italiœ reliquâ Galliâ vidniores perveniret Ibi ingruentibus in eum hostibust atque innumerâ eum cingenlibus multitudiney gestiens acte decemere, cœteris rébus vidty tèmporisque diuturnitate et metu subactos fudit fugavitque Barbaros, At in prineipio vidétur aUquid accepisse detrimeritit ostenduntque Arvemi suspensum in templo gladium^ quem de Cœsare captum jactant.,,

At verd ex illis qui ex acte refugerant^ plerique eum rege receperunt se in oppidum Alesiam, Hanc circumsidenti Cœsari, quam altitudine murorum et defensorum multitudine apparebat esse inexpugnabilem, occurrit extra mqjus quàm exprimi possit periculum, etc.

(i)Kav TouTw opiiYiffKvra «ùtov wff xat |3oïî^>3ffovT« cytfftv, «TreXaêev 6v 2)}xouo(vocç yevopsvov, xcet svexuxXâo'ocTo.

( Vercingetorix) Ccesarem iis {Âllobrogibus) auxilio proficiseentem in 5equanis deprehensum droumdai, (Dom Bouquet.)

(2) c Ce prétendu silence érig;é en règ;le serait fort étonnant chez un écri- » vain militaire ; car les passag;e8 des rivières, même hors de la présence de » Tennemi, sont des opérations presque toujours importantes et souvent dif- » flciles. Mais voilà que je trouve dans ce seul vu* livre deux passages de » TAllier, un de la Seine et deux de la Loire, dont le dernier à gué, »

(M. le colonel Paris, Encore un mot sur Alesia.)

i^Alesia, le général romain signale les Séquanes comme réunis à ses ennemis; Plutarque les nomme ses amis!

Je crois apercevoir ee qui a trompé Fauteur grec. D'une part, il avait lu dans les Commentaires que César prenait son chemin par le pays des Séquanes pour porter plus facilement secours à la province romaine; d'autre part^ il savait que le proconsul avait rendu aux Séquanes le plus signalé des services en les délivrant des fureurs d'Arioviste, qui, tenant toutes leurs villes, se livrait à tous les caprices d'une barbarie de sauvage, et ne *leur laissait qu'une dernière ressource, celle d'une émigralkliir en masse 0).

Plutarque en a conclu que les Séquanes étaient les alliés des Romains : veut-on qu'il ait raison ? mais alors il n'est pas raisonnable d'admettre comme base du système, que Yercingétorix s'est réfugié chez les amis de César !

Croit-on que Plutarque s'est trompé? comment alors se servir de la phrase même où il se trompe , pour démentir le texte de César et lui faire franchir la frontière des Séquanes ?

Ce dilemme me semble pressant.

Quant à Dion Cassius., son autorité se confond avec celle de Plutarque, qu'il copie ou croit copier. Il écrit près de trois siècles après l'événement. Il ne connaît ni la Gaule, ni ses villes, ni ses fleuves; sa science géographique est grossière. Il fait naître Ârioviste chez les Allobroges (2) ou marcher César de Gergovie chez les Lingons sans passer la Loire. Les Commen-

(1) Superbe et crudelUer imperare^ obsides nobilissimi cujusque liberospoS" cere^ et in eos omnia exempla cruciatûs edere.... non posse ejus imperia diutiiis sustinerit nisi quod in Cœsare populique Romani sit auxUii, omnibus Gallis idem esse faciendum quod Helvetii fecerunt, ut domo emigrent^ etc. (I, 80.)

(2) Voy. aussi Revue des Deux-Mondes, Ic^mai 1858. Les scoliastes ont assez de peine à rétablir son texte altéré ; sans ces rectifications, ses méprises seraient plus étranges encore. (Voy. les extraits de dom Bouquet, Recueil des hist, des Gaules, tom. K)

taires de César sont dans ses mains ; on dirait qu'il ne sait ni copier ni abréger ce chef-d'œuvre. Qmconque mettra en regard campagne par campagne, fait par fait, Dion et César, demeurera dans Vétonnement. L'auteur grec altère même ce qui est invariable. Avant de quitter Besançon pour marcher contre Vercingétorix. César parle à ses soldats effrayés, les rassure, les transforme et les mène i la victoire. Dion défigure ce discours, que César lui-même nous a conservé, et met à la place de l'œuvre du génie la prose fiasque du rhéteur> sans penser qu'il ne ftllait pas dire autre chose, et que si César a parlé, il sait sans doute ce qu'il a dit.

Voilà les textes. Je le répète, je m'en tiens à César.

Cependant, dans le récit de l'auteur i'Alesia, les lieux dits suppléent au silence de l'histoire. La place du combat est indiquée sans hésitation. M. Delacroix range en bataille toute l'armée de Vercingétorix entre la Saône et Mamay : à l'aide des mots Chatonay, Charney, Ckarsenne, Colombin, Pérome, De^ vani'le-Pont, aux Armes, Bataille, il décrit en témoin oculaire la situation des camps, l'ordre de l'attaque, la position des chefs, celle des combattants, le triomphe des Romains, la déroute des Gaulois.

Cela est ingénieux ; mais la critique peut-elle admettre une traduction si libre et si hardie ? Le danger et l'erreur de ce système consistent à faire briller sur une ligne déterminée certains noms, et à laisser dans l'ombre tous les noms semblables.

Qui peut dire à quel événement se rapportent ces noms commémoratifs, aux Armes, Bataille ? L'événement date-t-il de deux mille ans ou de deux siècles ?

Dans le seul département de la Haute-Saône, on rencontre les noms de Champs de guerre et Champs de bataille jusqu'à soixante-dix-huit fois (i) !

(1) M. Prâtbernon, Reste» des langues et coutumes anciennes, dans les Mémoires delà Commission d'archéologie de la Haute^Saône, iS37, p. 2S. '

liA Veatae.

L'auteur de la découverte à'Alesia traduit avec beaucoup d'élégance ces vers d'Ausone^ poète du iv« siècle :

Transîeram celerem nebuloso flumine Navam , Âddita miratus veteri nova mœnia vico iEquavit latias ubi quondam Gallia Cannas.... Prœiereo arentem sitientibus undiquè terris Dumnisswn,,.,

« J'avais traversé le Nans rapide , aux cascades nuageuses ; » j'avais vu les nouvelles murailles ajoutées à la vieille bour- » gade ou jadis la Gaule a eu sa bataille de Cannes, égale à celle » des Latins, et; où les légions barbares gisent sur les cbamps » sans tombes et sans pleurs. De là^ prenant un chemin^ le seul » qui restât dans un pays de forêts impénétrables^ sans ren- » contrer traces d'hommes Je passe la Tenise desséchée au mi- » lieu de terres brûlées par la soif, les Tavernes rafraîchies par » une source intarissable, et les campagnes partagées récemment » entre les Sarmatés, etc. (*). »

Dans l'interprétation de ce passage, la Nova est le Lison, l'ancien viens est Alaise , et le Dumnissum la Tenise, ruisseau qui prend sa source à Charsenne.

Aucun géographe connu n'avait encore appliqué à la Séquanie ce fragment d'Ausone : les défenseurs d'Alaise eux-mêmes se sont émus d'une semblable interprétation (^) et de cette célé-

(1) Alesia^ p. 45 .

(21) « Nous ne parlerons pas des vers d'Âusene, dtés mai à propos ^par » M. Delacroix. > (M. DcsiiiRDiNS, Âlesia, p. 9.)

brité inattendue donnée à un petit cours d^eau ignoré dans Thistoire. On verra plus tard que cette application eût fait naître une objection sans réplique contre Alaise. Mais il n'en est plus question. Imitons cette sage réserve, laissons à la Tenise son obscurité modeste, au Lison le vieux nom qu'il porte dans le pays. Jamais cette petite rivière , qui baigne au levant et au nord le massif d'Alaise, ne s'est appelée Nava.

I<es montagnes d^Abbans et de Onlngey.

César va quitter Osselle. Que lui reste-t-il pour arriver devant Alaise, à la suite de son ennemi?

Presque rien, dit-on. a D'Osselle à Alaise il n'y a plus que » vingt kilomètres , la Loue , facile à traverser, et le défilé de » la Lanquetine. César pouvait être à Alaise le lendemain, vers » le milieu du jour (i). »

C'est d'un coup de baguette abaisser les montagnes.

Je ne reconnais pas dans ce tableau la rude contrée que César va parcourir. Ce pays n'est point une plaine. Non. Au delà d'Osselle César rencontrera d'abord cette côte diflBciie où s'élève le vieux château d'Abbans. Il faut la gravir (et par quels chemins alors), en franchir le sommet, la redescendre, passer la Loue, et monter au delà cette seconde chaîne que les voitures aujourd'hui, par les chemins modernes, ne franchissent pas en

(\) M. Des JARDINS, ^{exia, p. 64. Je suis surpris de trouver là le défilé de la Lanquetine. En se rendant à Alaise, César ne doit pas le traverser.

moins d'une heure. Cette double barrière est facile à défendre. Cependant^ dans le système de YAlesia séquanaise^ le cri gaulois^ qui s'entend de si loin^ ne réunit pas un seul combattant. Vercingétorix a une nuit à sa disposition; il n'en profité pas^ il fuit et ne sait que fuir : les plateaux sont abandonnés. M. Delacroix a vu ce côté faible de son système^ et il Ta reconnu avec la loyauté du critique et le coup d'oeil exercé de l'homme de l'art. « Les Romains, dit-il (i), trouvèrent vides de défenseurs B les plateaux que la moindre résistance leur eut fermés* » Est-ce bien là le Vercingétorix des Commentaires? Dans le système nouveau, on pensera, je le crains, que le chef gaulois peint par César lui-même comme un guerrier d'une âme héroïque et d'une énergie parfois sauvage, a décidément perdu la tête.

Tradition de Chameime.

Cette tradition est formulée de la manière suivante par les défenseurs d'Alaise :

a Autrefois, laCharsenne portait un autre nom. On l'appelait » Senne, et alors Senne voulait dire de Veau. Or, Jules-César » ayant remporté une grande victoire sur Colombin, la terre » fut trempée jusqu'aux conduits souterrains de la source ; » lorsque le général mourant de soif y accourut pour boire , le » sang l'avait devancé, a Senne , s'écria-t-il , pour mon empire, pour mon nom, une goutte d'eau pure ! » Et la Senne

(1) Alesia, p. 24.

» icontinua à rendre du sang, a Senne^ que la victoire m'aura » coûté cher ! — Je retiens ce mot^ répondit la Senne^ je retiens D ce mot> qui fera durer le souvenir de ta visite. Va, tu ne me » reverras plus. » Et depuis, la Senne a pris le nom de Char- » senne. Cétait au temps des Gaulois. Maintenant la terre du » mont Golombin, brûlée par le sang, ne peut plus se labourer, » et les bruyères qui y poussent sont tachées de rouge, d

» Voilà, ajoute-t-on, une véritable et antique légende mar- » quée au coin de l'érudition populaire , et conforme autant » qu'on peut le désirer à ces sortes de récits (i). »

Confesserai-je moii incrédulité ? Cette légende ne m'inspire aucune confiance. Elle est trop savante, trop arrangée. « Alors » Senne voulait dire de l'eau... C'était au temps des Gaulois.,, w On sent dans ces détails la touche d'une main moderne plutôt que la vérité naïve d'un récit populaire, a Beaucoup de tradi- » tiens, a dit un autre défenseur du système franc-comtois ^ ne D descendent pas de l'antiquité, mais ont leur source dans » l'érudition moderne. Qu'un savant du xvi« siècle, ayant » conçu l'attribution à' Uxellodunum au Puy d'Issolud, soit D venu sur les lieux, ait appliqué sur place les circonstances du » récit historique, et communiqué ses idées aux gens du pays ; » que plusieurs aient fait de même, ils auront fait naître une » tradition (2). »

Cette réflexion est pleine de justesse. Un savant du dernier siècle aura cherché l'origine du nom de Charsenne, et cru la trouver dans Cara-Ccena, ce mot aura été dit et répété, et voilà une tradition ! Dans notre Bourgogne, il faut se défier plus qu'ailleurs de là manie très ancienne des étymologies, si marquée dans le roman de Girard de Roussillon écrit au xrv*

(1) Conclusion pour Alaiset p. 41.

(2) M. BiAL, Uxellodunum, Mémoires de la Société d'émul. du Doubs» 1858, p. 388.

siècle. Que d'idées aventureuses j'ai moi-même entendu émettre sur les origines où se mêlait le nom de César (i) !

La tradition de Charsenne porte donc le cachet de la nouveauté. Elle a d'ailleurs ses variantes. J'ai fait prendre des renseignements sur les lieux , et un vieillard de quatre-vingts ans racontait ainsi à l'instituteur de Charsenne cette petite histoire : a Après un combat où César aurait éprouvé beaucoup de pertes^ il se disposa à prendre son repas , et vint pour cela se mettre avec ses lieutenants près de la source ou grande fontaine de Notr&-Dame-de-LefEbnd; au midi de Charsenne. Là^ César parla de la bataille^ et dit : Chère cène I d'où l'on a fait Chercène^ et plus tard Charsenne. »

n 7 a plus de cinquante ans^ M. Marc^ dans un Mémoire sur les antiquités delà Haute-Saône^ retraçait ainsi cette tradidition prétendue :

a On dit que c'est sur le mont Colombin , entre Charsenne et Avrigney, que Crispus César remporta une victoire qui coûta si cher à ses légions^ que le nom de Charsenne^ Cara Scena, fut donné à cet endroit^ peut-être parce que cette expression échappa au vainqueur, d

L'inventeur de cette anecdote a oublié qu'il prêtait à l'élégant auteur des Commentaires un bien mauvais latin. Cara Scena^ Cœna ou Senna n'a jamais signifié une scène^ un repas ou une source qui a coûté cher/

On remarque^ à dix lieues du mont Colombin^ près du Grand-

(1) En voici un exemple parmi beaucoup d'autres. J'avais demandé à M. le curé de Chasot (Doubs) la direction du vieux chemin qui porte à Lomont, village voisin, le nom de Pérouse. Ce digne ecclésiastique me répond par une lettre du 31 novembre 1863 : « Cette voie, disent Iqs anciens, venait de Crosey, » et descendait au val de Cusance. Un vieillard de ce lieu raconte qu'il a • toujours entendu dire que Jules-César, chef des Romains, a suivi ce che- » min, qu'il aurait descendu au val de Cusance, visité le château qui existait » déjà, et se serait dirigé le long de la vallée du Gusancin. Que dites-vous de » ce voyage de César?... »

Mercey (Doubs), un terrain voisin d'une fontaine et qui porte le nom de Ckarsenne (i). Est-ce aussi César qui Ta nommé ? César est-il allé recommencer ses exclamations et son repas à toutes les fontaines du pays?

Lorsque le jésuite Dunod reconstituait avec autant de science que de hasard toute la Notice des Gaules^ il racontait en ces termes et très sérieusement Torigine du nom de Mandeure: « La tradition du pays, dit-il, publie qu'Attila s'étant rendu » maître de la ville, il ordonna qu'on y mît le feu ! Le magis- D trat et le peuple, prosternés aux pieds de ce barbare, les 2> femmes et les enfants, les grands et les petits, implorant sa » clémence et ne pouvant le fléchir, ils se récrièrent tous -sur » Tordre que le fléau de Dieu réitéra, de brûler la ville : man-- » datum durum. Voilà ce qu'on dit dans le pays et ce qu'on a » toujours dit de père en fils ; c'est la cause du changement du x> nom de cette ville , qui porta dès lors le nom de Mandatum » durum, et de Manduodurum par corruption, et de MandeureiV.»

Q est malheureux pour cette judicieuse et authentique histoire que, bien avant Attila, tous les monuments, jusqu'aux cachets des potiers, nomment Epomanduodurum et Mandura. Les savants ont accordé à cette tradition, transmise de père en fils, la justice qui lui est due : ils en ont ri (3).

Mais, dira-t-on, on trouve près de Charcenne, sur le mont Colombin, des tumulus. La chose est bien possible; on en rencontre si souvent dans notre Franche-Comté, ce pays des champs de bataille et des tombeaux ! On trouve aussi à Mandeure des charbons et des traces de feu ; la tradition d'Attila en est-elle plus vraie?

(1) Voir Tatlas cadastral de ce village, feuille B, A, On trouve près d*Ares- «hes (Jura), une ferme voisine d'une source, et qui s'appelle Sereenne, Tous ces noms ont la même ori^^ne.

(2) La Notice rétablie, p. 182-183.

(8) M. DE GOLBÉRT, Autiq. d*Al8ace, p. 12.

0««elle et la i^oule de Jule«-Cé««r.

Après son repas ou son entretien à la source de Charsenno^ selon la tradition^ César^ poursuivant son ennemi, vient passer la nuit à Osselle, selon le système franc-comtois. Ses défenseurs sont unanimes sur ce point.

Osselle, à quatre lieues sud de Besançon, est une gracieuse presqu^He, couverte de débris romains et traversée par la grande voie militaire de Besançon à Lyon, voie qui prend au delà du Doubs le nom de rouie de Jules-César (i). Cette route n'est pas le chemin d'Osselle à Alaise. Une autre route moins importante y arrive de Touest, par une vallée riche et verdoyante commençant à Saint-Vit et baignée par les eaux du Doubs. Sur les bords de cette plaine s'élevaient à l'époque gallo-romaine des bourgades ou de riches villas dont on retrouve les ruines, la ville d'Ambre aujourd'hui cachée dans une forêt, la ville d'Enghien découverte par M. Delacroix avec le Rang ou montagne de Belin, et, dans la presqu'île d'Osselle, la ville d'Or. J'ai visité avec soin cette belle vallée, sans remarquer rien qui puisse se rattacher au passs^e de César. Le nom i'Osselle n'a aucun rapport avec les ossements d'un champ de bataille ; la dénomination i'avant-garde est vague et n'a rien de romain; quant aux fers de mules trouvés près de la fontaine de Benusse, qu'on prend pour la trace des mules de César, cette circonstance, au sein d'une contrée toute couverte de débris et sillonnée de

(1) Je citerais dix endroits en Franche-Comté qui portent le nom de Jules* César, même des routes très secondaires.

routes, ne prouve qu'une chose : c'est qu'à une époque non déterminée des mules ont passé par là !

J'ai visité avec M. Fleury, juge de paix du canton de Boussières, l'enceinte fossoyée qui est dans le village d'Osselle. Nous avons reconnu qu'elle entourait l'ancienne maison forte du lieu^ dont le colombier, en forme de tour, s'aperçoit encore à peu de distance. — M. Quicherat a constaté que ce n'était point un camp gaulois. (ConcL pour Alaise, p. -47.) — L'enceinte fût-elle celle d'un camp, rien ne la rattacherait au temps de César ; on aurait pu, à toutes les époques, tracer une castramétation au bord de la grande route de Besançon à Lyon. Il y a du reste dans Tin* teneur du village d'Osselle quelque chose de bien plus curieux et qui n'a pas encore été signalé. Ce sont deux maisons de maçonnerie romaine, dont l'une s'appelle Château-Grillot. Frappé de leur nom, de leur aspect et de la dureté de l'indestructîUe ciment de leurs murs (i), j'interrogeai le maire ; il me répcmdit sur-le-champ que, d'après le dire des anciens, c'étaient les Romains qui avaient bâti ces maisons pour le logement des troupes en passage sur la voie militaire. La Séquanie entière ne possède, à ma connaissance, rien de pareil à ces vieilles possessions de l'Empire.

(1) Partie ouest, très exposée aux vents et aux pluies. Les cheminôes de rintérleur, à moulures et semblables dans les deux bâtiments, au premier étage, doivent être étudiées. — Le nom de Château-ÇriUot indique toujours» dans notre pays, une sorte de castramétation antique. Je Tai vu à Osselle pour la première fois s'appliquer à une véritable constlrnctioa.

vra.

Mm liAD^aetine et le <Iur«.

Il n^est pas possible de comprendre YAlesia séquanaise si Ton ne sait ce que c'est que le Jura et la Lanquetine.

Le Jura^ alors couvert d'épaisses forêts dans ses plus hauts étages^ sans voie de communication vers l^orient dans toute sa longueur^ est cette chaîne de montagnes qui^ du fort TEcluse^ à six lieues de Genève^ se prolonge au nord vers Soleure^ et sépare la France de THelvétie.

La Lanquetine, kldiquelle on a donné le nom de Thermopyles de la Séquanie^ est une gorge étroite de deux kilomètres de longueur, qui s'ouvre à Vextrémité sud-ouest du massif d'Alaisè et s'aperçoit sur la carte de Tétat-maJor entre les rochers de Querche et la roche de Champ-Baron,

Alaise, aux yeux de ses défenseurs, tire une partie de son importance de la Lanquetine. « C'est le premier passage du » Jura qui s'ofl&rait lorsqu'on venait de la Saône supérieure » avec l'intention d'éviter Besançon. Les deux antagonistes n'a- D vaient en vue que la possession d'un chemin , d'un chemin » qui ne laissait pas de choix. »

Voilà donc tout le secret de la guerre de Séquanie devant Alaise ! Pour César, franchir la Lanquetine et marcher vers le haut Jura; pour Vercingétorix, défendre cette gorge à tout prix!...

Signalons, avant d'aller plus loin, l'importante découverte de M. Delacroix dans la Lanquetine ; il y a reconnu des ornières étroites et profondes tracées par des chars à roues étranges tant

elles sont étroites W, et un an après les ferrements de ces roues se retrouvaient dans les tombeaux du massif.

L'existence de ces ornières est vérifiée W. J'admettrai avec rhabile architecte de la ville de Besançon que la route est gauloise : rien de mieux^ mais rien de plus.

Est-ce le chemin du haut Jura ? Toute la question est là^ car si ce n'est pas ce chemin^ Thypothèse de la guerre de Séquanie^ son but, son mobile. Alaise même, tout s'évanouit.

M. Delacroix a compris l'importance de la question et cherché la suite de cette route dans la direction du sud, mais il ne l'y a pas trouvée.

« J'en ai cherché, dit-il, ultérieurement les traces ; mais je D n'y ai rencontré que deux noms , qui semblent indiquer une » bifurcation sur le passage d'une colline ou deux passages sucd cessifs, chemin des Bennes et chemin de Rhèdes (3). s>

Des noms, oui, mais est-il indiscret de demander si le tracé existe, sur quelle étendue et dans quelle direction ?

Des noms, mais indiquent-ils un chemin gaulois ? Le chemin des Bennes est celui des grands paniers à charbon chargés sur des voitures; ce nom est encore employé aujourd'hui. Celui de Rhèdes est-il plus significatif?

Il est vrai que la rheda est la voiture gauloise. Mais cette appellation n'était point propre aux Gaulois. On s'en servait à Rome du temps de Cicéron; l'orateur romain parle de la rheda et du rhedarius de Milon, son client, qui n'était pas Gaulois.

Le nom de rheda était encore en usage dans la Gaule au

(1) Diamètre des roues, 0>n 96 à !<» 00; — des moyeux, 0^24; — largeur du sUlon ou de Tornière, 0» 04 ; — les ferrements retrouvés dans les tombeaux n'ont que Om 02.

(2) Les mesures constatées par M. Delacroix sont très exactes. (Lettre de M. Martin, de Blyon, qui a visité la Lanquetine avec M. le missionnaire Bergier, le 17 octobre 1859.)

(3) Bulletin delà Société d'émulation du Doubs, 1857, p. 437.

— fô -

VI® fiiècie, et le poêle Fortunat remercie fort gracieusement révêque Bertchramn de Tavoir fait monter sur sa rheda (i) :

Gurriculi genus memorat quod Gallia Rhedam Molliterincedens qrbitu sulcat humum... . -

Pontifictsque saeri Bertheramoi actus honore Gomprehende iqanu rapius in aice levor.

Il suit de là qu'un chemin tracé dans la Gaule^ près de Salins ou ailleurs^ quatre ou cinq siècles après César^ pourrait s^appeler c^«wm de Mhèdes, et conserver ce nom aujourd'hui.

Il y a plus, M. Delacroix a été trompé. On ne trouve dans le tért^toire de Clucy aucun chemin de Rhèdes, ni sur les plans, ni sur le cadastre, ni dans les souvenirs locaux. Le nom de RÔIDÉ ne s'applique qu'à une bande forestière sur un versant à pente rapide, et ce nom lui est donné dans un titre de 1602.

J'ai parcouru ce territoire de Clucy, accompagné du maire de la commune; il commence à Test aux précipices de Ghatelbelin, à l'ouest aux profondeurs à pic du château Sainte-Anne. J'ai reconnu la route antique, ses ornières profondes sur la montagne de Grésillé, sa bifurcation sur Geraise et Cernans. Ce tracé est bien vieux, lés haches celtiques en pierre verte abondent sur ses bords; mais cette route si ancienne vient de Salins : Salins est partout le centre.

Il en est de même de la I^anquetine : sa vieille route à ornières dans le roc est, à toutes les époques, dirigée sur Salins, ville celtique dont iious parlerons souvent plus tard. La Lanquetine est encore le passage vers Salins pour qui arrive d'Alaise ou de Myou (3). Les chemins de ces villages se réunissent ail nord avant d'entrer dans la gorge.

(1] Carm. Fortunati, m, 22.

(2) Elle est mentionnée comme telle dans un procès-verbal de 1602 : « Le » même jour fusmes en un au/rè granb CHEHritf dois le pont de Chipre^ » eontte SùlinSy etc. » (Voyez cet acte aux Pièces justifioatives.)

Ces faits sont notoires dans le pays. Tous les vieillards de Saisenay les connaissent. Ils n^ont au contraire nulle idée^ nul souvenir, par tradition ni autrement, d'un tracé quelconque de la Lanquetine au haut Jura.

Et puis , il est une observation frappante. Si Vercingétorix^ vaincu sur les bords de la Saône, s'était élancé vers les montagnes pour garder cette gorge, si César se fût précipité à son tour pour la lui disputer, si telle était la grande question du moment, on en verrait quelque trace dans les Commentaires, César en eût parlé, Vercingétorix y eût envoyé au moins un soldat. Pas un mot cependant ; dans le récit de César la gorge n'est ni occupée , ni attaquée , ni mentionnée ; elle est comme si elle n'existait pas.

Observons qu'à l'origine de. la discussion , Alaise avait été conçu par son auteur sous l'empire d'une idée toute différente, et beaucoup plus acceptable si elle eût été d'accord avec l'histoire. C'est que César marchait directement vers le Jura par Morez ou Pontarlier , dont Alaise est beaucoup plus près, a II B fut évident pour moi, dit M. Delacroix^ que la lutte avait eu » lieu dans la Séquanie, sur une ligne conduisant de Langres à » Jougne (gorge de Pontarlier) ou de Langres à Morez, en passant àgauche ou à droite de Besançon,.., C'est alors que j'examinai » la ligne du sud par Osselle et Myon , et que je rencontrai Alaise. »

Dans ce point de vue, qu'il a fallu dès lors complètement abandonner, le passage vers Pontarlier s'opérait par la gorge du Lizon allant du couchant au levant, entre Myon et Re&anche; la Lanquetine n'était rien, et son nom, dans le premier Mémoire sur la découverte i'Alesia, n'est pas même prononcé.

Le texte plus complètement étudié de César n'a pas permis de conserver cette direction primitive vers Pontarlier ou Morez, et voici pourquoi :

On voit par les Commentaires de César qu'à l'époque de la guerre des Gaules ces deux passades n'étaient point pratiqués à

travers notre frontière. La politique des Séquanes avait été de tenir le Jura hermétiquement fermée san3 qu'il fût permis a personne d'en ouvrir par aucune voie de communication les forêts dix ou vingt fois séculaires. Cette admirable barrière^ désespoir des Helvètes leurs voisins W, faisait la sécurité des Séquanes^ qui avaient réservé^ à six lieues de Genève^ un passage unique vers le fort actuel de TËcluse. Cette voie fort étroite n'offrait aucun danger^ car d'une part elle appartenait aux Séquanes^ qui la gardaient avec vigilance ^ et deux voitures n'auraient pu y passer de front; d'autre part^la disposition des lieux était si favorable qu'une poignée d'hommes pouvait y arrêter une armée.

a Eranf omnind itinera duo, quitus itineribus (Helvetii) domo » exire passent, unumper Sequanos, angustum et difficile, inter » montèm Juram et flumen JRhodanum, quô vix singuli earri d dticerentur; mons autem altissimus impendebat, ut facile périt pauci prohibere paient; alterum per provinciam nostram , » etc. »

On reconnaît aujourd'hui que c'est là l'unique passage. On ne parle plus ni de Morez ni de Pontarlier ; mais l'hypothèse première n'en n'est pas moins singulièrement ébranlée. Alaise n'a plus de raison d'être : la métropole celtique^ isolée à si grande distance du passage du fort l'Ecluse W, ne garde rien ; et comment dire alors qu'au pied de ces escarpements César était maître des passages du Jura encore éloignés de vingt-cinq lieues (2) !!! Pour y arriver, ses dangers commençaient à peine, le plus difficile restait à faire.

(2) 11 est dit dans la Conclusion pour Alaise^ que depuis Alaise le chemin des montai^es âe divise en deux branches, que l'une gagne les crêtes qui dominent le lac Léman, et Tautre atteint le sommet sur lequel s'appuie le fort de l'Ecluse. La première me semble impossible d'après le texte de César. Je voudrais qu'oa donnât lee traeé de l'autre.

J'ai dit que les défenseurs d'Alaise ne donnaient aucune preuve de Texistence d'un chemin gaulois entre la Lanquetine et le passage du fort l'Ecluse. Ils la supposent cependant. Pour ne pas s'égarer^ et afin que chacun pût vérifier la ligne proposée, il serait utile d'en indiquer le tracé au moins probable dans ces contrées difficiles de nos montagnes. Les personnes qui les connaissent le mieux et que j'ai consultées^ ne coihprenneat pas cette direction de César. Il se serait perdu vingt fois dans les bois^ les vallons^ les défilés^ dans tous les invia Sequa^ norum^ dont l'art moderne^ si habile dans le tracé des routes^ a tant de peine à triompher, et qu'on lui fait franchir d'un trait de plume. Et, les eût-il franchis, ce n'eût été que pour succoin* ber à la dernière heure! C'est lui qui nous l'apprend : au défilé suprême une poignée d'hommes embusqués pouvait écraser son armée.

Ainsi, à quelque point de vue qu'on l'envisage, soit dans sft conception première, soit avec les rectifications nécessitées par le texte des Commentaires, Alaise n'a point été, comme il n'est point et ne sera jamais, le passage du haut Jura, et le système franc-comtois me semble reposer sur une hypothèse bien fragile.

Malan* et le* légato de €é««r.

Il y avait dans l'armée de siège de César deux légats, nommés Rebilus et Reginusy qui prirent une part active aux travaux de la campagne contre Alesia.

On a cru retrouver leurs noms dans la gorge où est situé le village de Malans, au pied des escaipements d'Amancey. a Les » noms des champs, des ruisseaux eux-mêmes, rappellent en»

f> core jusqu'aux circonstaaces de la lutte^ jusqu'aux noms des » chefis; n'y trouve-t-on pas la source de deux petits ruisseaux» » affluents de la Loue^ qui portent les noms de Régille et de »Tr€bai€(})U

JjQ cadastire de Malans office efiëctivement ces deux noms (la Trébille et VArgilla, le géomètre a écrit la RegUla) Tun près d'un ruisseau y Vautre à côté du chemin d'Etemoz. Les mots Bille, Bilia, Bilien, Quebille, Rebille, Trébille (2), sont connus dans la langue cadrastrale. La Bille est un chemin qui se bifurque; ce mot signifie double chemin. Si ces chemins sont rapides^ elle prend le nom de Rebille. Celui de Trébilk s'applique à un terrain près d'un chemin bifurqué (3).

M. Monnier, a fait la même remarque dans le Jura, a La défi nomination presque latine de Bilia, dit-il^ s'applique^ comme D je l'ai reconnu plusieurs fois^ à une bifurcation de chemin x> dans les bois W. » Cette dernière circonstance est indifférente. Seulement^ c'est dans certains chemins des bois que M. Monnier a reconnu la Bilia.

En Toilà assez sur le légat Rebilus. Quant à Reginus^ s'il a donné son nom à VArgilla de Malans et à tous les Argilla de Franche-Comté, il a dû beaucoup voyager dans le pays. Le cadastre n'ofOre pas de nom plus répandu. Reginus aurait même bâti certains hameaux et donné son nom à VArgilla sur la frontière suisse , à Largilla près de Montbenoît , à Largilla sur les bords de l'Ain !

Vraiment , pour qui n'a pas pénétré par des études compa-

(1) M. Desjabdins, Alesia^ p. 91.

(2) Con^e-la^Billé, à Beatal (Doobs); Quebille^ à aéron (Doubs); Bebillê, « Charbonnières (Doubs}; TrehiUer à Malans. Je possède à Buffard une vigne près d'un chemin qui se bifurque ; elle s'appelle ^n Bilien.

(3) Tré signifie près ; tri le mont; tré laviUe, etc.

(4) Annuaire du Jura^ 1S61, p. 169. '

rées lés seerets de liotre vieil idiome , la langue cadastrale est un piège des inieiix tendus I

Bullet lui-même, qu'on appelle de nos jours le dangereux BuUet (i), s^y est trompé si souvent ! Les deux tiers au moins de son premier volume sur les origines appliquées de la langue celtique, j'en ai acquis la certitude, sont complètement à recommencer.

AlM«e et Aletila. -^ Examen de* dlTerti mfmHkw^ém.

Alaise est un massif entouré d'escarpements, de rodiers, de montagnes et de deux rivières, mesurant dans son pourtour, à le suivre par les crêtes , quatorze à quinze cents hectares, dont plus des trois quarts sont couverts de Ikhs.

Qu^était Alaise au temps de César?

Parmi les quatre principaux défenseurs du système franccomtois, une question si simple a provoqué trois systèmes :

i*' système : Alaise est une ville celtique devenue ville romaine W.

(i) EthnogénU gauloise^ par M. le baron de Belloguet.

(2) Les indigènes conservent le souvenir qu*Àlalse fut jadis une ville , un refuge dans les grands événements... (M. Delacroix, Alesia, p. i.) — Une citadelle gardait la pente et la sortie de la ville. (P.- 15.) — L'importance de la viUe consistait à être la gardienne permanente du massif. (P. 16). Après ses désastres, Alaise ne disparut pas; car PHne cite les Alésions, etc. (p. 45), etc. Les maisons n'étaient pas couvertes de tuile?... A proximité des forêts de sapins, la commodité et le bas prix ont toujours fait adopter les toitures eu bois. (P. 60.)

Se système : Alaise est une ville celtique qui n^a jamais été \ille romaine W.

3« système : Alaise n'est pas une ville celtique, mais un immense oppidum y c'est-à-dire une citadelle et un ou plusieurs <»mps de refuge (*).

Des divergences aussi marquées entraînent nécessairement entre les défenseurs d'Alaise une guerre intestine , inaperçue pour le lecteur distrait, mais très visible pour un œil attentif , à tel point que, sans le vouloir et sans doute bien à regret, en voulant frapper sur leurs adversaires , ils atteignent rudement leurs amis. Nous allons en avoir la preuve.

Mais d'abord il est curieux, au point de vue de la critique et pour juger des transformations que le système franc-comtois a subies, de constater la pensée de l'auteur de la découverte, dans les premiers jours, lorsque aucune objection ne s'était encore produite. M. Delacroix voyait dans Alaise une ville gauloise, conservant sous les Romains , avec une existence très réelle, tout le prestige des souvenirs, remplacée plus tard par Salins , mais seulement sous l'ère féodale. L'auteur de YAlesia séquanaise en connaît, en raconte toute l'histoire gallo-romaine, célébrant avec Pline les merveilles de son industrie, avec Ausone la puissance de ses murailles , indiquant même avec précision le lieu où était placée la garnison destinée à la défendre. Dans la ville , hors de la ville, tout a pris, sous la plume de M. Delacroix, un aspect romain. Le moulin Chipré rappelle l'île de Cypris. Il y a le Temple ^\xs la hauteur d'Amancey, plus

(1) Ce lieu (Alaise) est une ville celtique. M. Quicherat, Conclumn pour Alaise, p., 93. — L'époque romaine n*y a pas superposé son empreinte. {Ib^^ p. 54.)

(2) Alesia n'était pas une viUe, mais un oppidum celtique. Un oppidum celtique était un immense lieu de refuge, fortifié par la nature et par l'art, où des populations entières et des armées nombreuses pouvaient se retirer. (M. Desjardins, Alesia^ p. 108.)

lolÀ la côte de Bacchus^ à rintériear du massif le Fori indique la place du forum. Un réseau de roules romaines qui s'échappent d'Alaise en marque Timportance, et la mémoire des bornes à inscriptions^ aujourd'hui détruites^ ce conserve encore dans les noms de MUlière et Millery semés autour du massif,

de système si complet y mais A dangereux^ a été dès lors abandonné^ la magie des lieux dits s'est évanouie^ Pline est méconnu/ Ausone répudié^ et U n'y a plus de couleurs assez sauvages pour peindre cette nature , ces forêts , cette farouche solitude où l'époque romaine n'a pas superposé son empreinte (l).

Je dis que ce système était dangereux. Une simple objection suffisait pour le renverser, a Vous parlez de cité romaine^ montrez-nous ses ruines ! d

En vain le savant architecte de la ville de Besançon s^était prémuni contre la difficulté , par la nature gélive de la pierre d'Alaise^ par l'habitude de construire en bois dans les montagnes du Doubs. L'objection n'était pas détruite : le sol de notre pays^ ses débris antiques ^ profondément étudiés^ sont aujourd'hui parfaitement connus. L'indestructible tuile romaine se rei)contre partout^ dans nos montagnes comme dans nos plaines : on la retrouve dans le plateau d'Alaise (j'en indiquerai la place) et hors du plateau , à Cléron^ à Montrond , à Scey y à Eternoz^ à By^ à Refranche^ à Coulans^ à Bolandoz^ à Amancey^ à Salins. Qui n'a vu les tuiles de Mipmx ou de Château-Dame- Jeanne, près d'Amancey? Celles de Ménorbey à c6té de MontroAd^^les champs voisins de Scey^ ou du pied occidental du mont Poupet, entre Salins et Saint-Thiébaud, annoncent de véritables bourgades. Si Alaise avait été jamais une ville romaine^ les fondations de ses murs, dé ses édifices^ de ses temples^ couvertes et protégées par la terre, ne se retrouveraient-elles pas, avec les mêmes débris, dans les champs ou dans les forêts?

Doit-on penser que M. Delacroix est resté fidèle à ce système,

(1) Condunon pour Alaise, p. 54.

si complètement déserté ? Est-il avec ses amis ou contre eux ? Le silence équivaut-il à un traité de paix? Je Tignore.

Cependant^ Tun des défenseurs d'Alaise^ s'adressant indirectement et sans le remarquer à l^auteur de la découverte à!Alesia , s'écrie avec vivacité : a Mais , disent nos adversaires, x> Alesia a bien pu... renaître de ses ruines et reprendre parmi » les cités gallo-romaines la place qu'elle, avait occupée parmi les cités gauloises. A quelle époque , sous quel prince a eu » lieu cette merveilleuse résurrection? Quel est Thistorien qui » mentionne l'événement? Des textes. Messieurs, des textes, » s'il vous plaît (i) ! »

Voilà M. Delacroix mis en.demeure autant que le lauréat de rinslitut.

Sans nous appesantir sur ces divergences d'un camp dont tous les membres auraient besoin de rester unis, j'ajoute qu'il est un second système qu'il faut abandonner autant que le premier : c'est que Y Alesia de César a été un oppidum refuge, un camp ou un ensemble de camps à proportions gigantesques.

Sur quoi s'appuie cette hypothèse? Uniquement sur le nom d^ oppidum donné par les Commentaires à Alesia.

Mais Besançon est aussi appelé oppidum par César , et rien qu'oppidum I Qui oserait soutenir que Besançon fût un grand camp et non une ville ?

Avaricum, que les Bituriges nomment la plus belle de leurs villes, n'est-il pas appelé par César oppidum (2) ?

Quand je Us, au début des Commentaires, que les Helvétiens, dans leur grande émigration, brûlent en partant quatre cents villages et douze oppida , esl^ce douze camps ou lieux déserts et sans habitations qu'ils livrent aux flammes (3) ?

Quand, dans le but d'aflamer les Romains, Vercingétorix

(1) M. TouBiN, Ale$ià, p. 5.

(2) De Bello gallicOj vu, 13.

(3) ïbid., I, 5.

déeide les Bituriges à brûler tous les oppida qui par leur situation ou rétat de leurs murailles n^étaient pas hors dès' atteintes de Tennemi , qu^en conséquence vingt villes, vigintt urbes, furent incendiées, le feu dévorait-il des déserts, et est-ce d'une solitude sans habitations fixes que s'échappaient ces torrents de flammes, qui portaient la douleur dans Tâme des Gaulois privés de leurs demeures ?

Quand Àrioviste occupait tous les oppida des Séqiianes, la main avide du despote avait-elle saisi des lieux vides , et sa barbarie, dont les habitants avaient tant à souffHr, s'exerçailrelle sur des déserts?

Quand on voit dans les oppida le vulgaire entourer les voyageurs et les marchands, les interroger avec curiosité et leur demander avec instance d'où ils viennent, ce qui se passe dans le contrées lointaines : mercatores in oppidis vulgus circumsistat, quibusque ex regionibus veniant , quos ibi res cognoverint pro^ ntmciare cogunty sont-ce des ombres, est-ce un peuple réel qui habite ces oppida dans lesquels le trafiquant romain vient étaler ses marchandises (i)?

Quelle base plus équivoque et plus fragile que le mot d'oppidum pour fonder tout un système? Après ces exemples, qui nous montrent partout les oppida habités, faut-il s'étonner que César, lorsqu'il parle de Yoppidum breton , ait soin d'avertir que les Bretons donnent le nom d'oppidum à un bois épais entouré d'un rempart ou d'un fossé qui leur sert de refuge contre les courses de l'ennemi ? Cette circonstance, signalée pour la première fois au v« livre des Commentaires (c. 21), après que, dans les pages qui précèdent, la même appellation a été employée tant de fois sans autre indication , n'est-elle pas la meilleure preuve qu'il s'agit d'un fait tout nouveau et d'une habitude toute locale?

Ce qui est plus décisif encore, c'est que César donne à Alesia

(1) ht Bello gallicOt iv, 5.

le nom A^urbs : perspecto uMs situ. Jamais ce nom n^a été donné à un oppidum inhabité.

César se sert des mêmes expressions pour Gergovia (Clermont) : perspecto urbis situ quœ posita in altissimo monte omnes aditus difficiles habebat, de expugnatione despertwit,

Gergovia est-elle un oppidum ou une ville?

Un historien^ Dulaure /avait soutenu dans notre siècle que les oppida gaulois étaient inhabités et qu'il n'y avait pas de villes dans la Gaule. Il n'a convaincu personne , et ce système a été victorieusement réfuté.

M. de Gaumont^ membre correspondant de Tlnstitut^ que je cite non-seulement à cause de son incontestable savoir ^ mais parce qu'il a écrit à une époque où la question Si'Alesia ne préoccupait point les esprits (1830), répond à Dulaure par l'exemple même A'Alesia :

a II me pardt incontestable qu'Alise était une ville ; César le D dit lui-même lorsqu'en parlant de cette place il emploie les » expressions suivantes : perspecto urbis situ , ayant examiné » la position de la ville y et lorsqu'il ajoute que cette ville » était en même temps un oppidum : ipsum erat oppidum in » summo colle. Pourrait-on demander une preuve plus mani* o feste qu'Alise n'était pas seulement un camp retranché , et » que le mot oppidum doit souvent s'entendre d'une ville foiv D tifiée^ dans les Commentaires de César ?

» Cet historien nous apprend encore que Vercingétorix se fit B livrer tous les grains qui se trouvaient dans la ville d'Alise, D et qu'il prononça la peine de mort contre ceux qui recèleraient » des provisions (i). Aurait-il pu craindre les receleurs, aurail- » il pris des mesures aussi sévères pour les punir, si la place » n'eût été qu'une espèce de camp retranché? Pourrait-on cacher des vivres dans une enceinte dépourvue de maisons?

» Je ne conçois pas non plus comment on pourrait penser

(1) Cjes.j De Dello gallico, vn.

1^ qa*Avaricum n'était point une ville , quand on voit dans le » VII* livre des Commentaires les Bituriges supplier Vercingé-. torix d'excepter cette place de Tincendie général qu'il avait » ordonné? a Ne nous forcez pas à brûler de nos propres mainsx> Avaricum, romement et la sûreté de notre pays^ la plus belle » ville de toute la Gaule (i). d

D Genabum^ ville située sur les bords de la Loire , et Fan D des entrepôts les plus importants entre la Méditerranée et »rOcéan^ était non-seulement habitée par les Gaulois ^ mais D encore par des soldats romains qui étaient venus s'y fixer » et qui furent massacrés lors de l'insurrection des Camutes » contre les armées romaines.

D Enfin, lorsque Yercingétorix ordonne aux Bituriges de » brûler non-seulement les vici, mais encore les oppida qui n'étaient pas à l'abri de tout danger par leur position et » leurs moyens de défense : oppida tncendi oportere, peut-il » être question de simples camps retranchés sans maisons ? Et » le mot oppidani que César emploie à plusieurs reprises ne désigne-t-il pas les habitants des oppida ?

B Votre conviction. Messieurs, ajoute M. de Caumont en ter- » minant , est sans doute aussi complète que la mienne , et il B.seraât inutile d'apporter im plus grand nombre de cita- » tions. D

Je le répète, Alesia est appelé urbs par César ; donc Alesia est une véritable ville.

Vurbs est quelquefois appelé oppidum par César, témoin Besançon ; jamais l'oppidum de refuge, dans les Commentaires, n'est appelé urbs.

Toujours chez les historiens de l'antiquité Alesia a été mentionnée non comme un oppidum de refuge, mais comme lone véritable ville. Florus raconte que César, ayant attaqué les

(1) Ne pulcherrimam propè totius Galliœ urbem, quœ et prœaidio et orna* mento sU eivitaH, suis manibiu suecendere eogereniur, {De Bello galUeOi vn^ 1&.)

villes qui étai&nt comme les tètes de la guerre^ urbes capita belli, détruisit Avaricurriy défçndu par 40,000 combattants , et anéantit par le feu Alesia^ malgjré le secours de 240,000 Gaulois. Tum (CsBsar) capita belli aggressus drbes, Avaricum cum çtiodra-ginta millibus propugnantium sustulit : Alesiam ducentorum quinquaginta millium juventute subnixam flammis adœqttavit. On ne brûle pas un désert, un oppidum sans habitations !

Et non-seulement Alesia était une ville, mais c'était une ville de premier ordre entre toutes les dtés des Celtes. Diodore de Sicile, qui connaissait les Gaules et qui les avait parcourues sous le règne des premiers empereurs , se rend Técho de Tadmiration et des récits populaires en lui donnant pour fondateur Hercule, qui, rassemblant une multitude d'hommes de toute nation, bâtit une ville d'une admirable candeur et lui donna le nom i' Alesia. Il rappelle que ses citoyens, ses habitants, défendirent à toutes les époques leur liberté, jusqu'au jour où elle succomba sous les coups de celui qu'on appela le divin César. Et, ce qui n'est pas moins remarquable, ce même Diodore désigne Alesia comme subsistant encore de son temps, entourée du respect des Celtes, mère des villes et siège principal de la Celtique.

a Cœterîim Hercules, Iberiœ regno viris inter populares optimis B tradito, cum exercituin Celticamperrexit, totamque peragrans, » usitatam morum improbitatem et advenarum mactationes abror> gavit, Cumque ingens hominum multitudo ex omnigente spontè » ad militiam suam se aggregasset , prœclarœ urbem magnitudi' » nis extruxitf quam à militiœ suœ errore Alesiam nuncupavit. V Quia verd multi è vicinis locis barbari civibus admixti erant, Tù accidit ut cœteri urbis incolœ qui numéro superabantur , mores » barbaros induerent. Hœc urbs NUNC quoque in prjecipuo

A CeLTIS est honore , QUIPPE PRIMARIA TOTIUS CeLTICL£ SEDES,

p URBIUMQUE MATER. Et per omncs ab Hercule cetates libertatem » défendit, nec unquam capta est ad hoc usque tempus : tandem B à Cœsare qui ob rerum gestarum magnitudinem diom appel-

» latus est, yi EXPuaNATA^ in Romanorum gum aliis Celais potes^ » tatem venit (i). d

Je ne sais si je m'abuse , mais il me semble que les adyeiv saires de VAlesia séquanaise n'ont pas vu tout ce que ce texte de Diodore avait de solennel et de décisif. Quelle lumière il répand sur le débat ! Comme tout se lie dans les témoignages^ de Tantiquité : César, Plutarque, Diodore, Pline ! '

César : Vercingétorix, vaincu une première fois et instruit à se défier de son armée , prend sur-le-champ un parti bon ou mauvais : il se renferme dans une ville. C'est Alesia , la ville inexpugnable, qu'il choisit, la ville aux murs herculéens.

Plutarque : Les murailles i' Alesia sont si élevées que César renonce à la prendre d'assaut, et se décide aux lenteurs d'un siège.

Diodore : D'une part, Alesia est la ville conquise par César ; d'autre part, elle est demeurée après la conquête la mère des villes, le siège principal de la Celtique, toujours debout /toujours vivante dans le cœur comme dans l'admiration des Celtes.

Pline : Alesia (qu'il appelle Alexia) subsiste toujours, mais la Gaule est définitivement assujettie. Alesia a changé la gloire militaire contre celle de l'industrie.

Stamnum album incoquitur (sreis operibus, Galliarum tnvento lia ut vix discemi possit ab argento; eaque incoctilia vocant. Deindè et argentum tncoquere simili modo cœpere equorum maxime omamentis,jumentorumjugiSy in Alexia oppido : reliqua gloria Biturigum fuit cœpere deindè et esseda et véhicula et pelorita exomare. (Plin.,1. xxxiv.) «Le procédé de l'étamage, dit M. de Caumont , fut découvert par les habitants de Bourges, qui appliquèrent l'étain sur le cuivre de manière à donner à ce métal l'apparence de l'argent. Les habitants d'Alise excellaient dans l'art du placage, ils incrustaient l'argent sur le

<1) DiODORUS SICOL., IV, p. 22, édit. Hano?., 1604.

cuivre et rehaussaient par ce genre d'ornement Téclat des chars et renhamachement des chevaux (*). »

M. Delacroix a marché résolument à son bat. Tous ces textes> il les applique à YAlesia de César («), et je crois qu'il a eu raison ; il est en cela d'accord avec les savants qui ont écrit sur la question sans idée préconçue (s). Mais il a dû par nécessité les appliquer aussi au village d'Alaise, et c'est alors qu'obligé d'y créer une cité romaine, il est resté sous le poids d'accablantes objections.

On dirait que les autres défenseurs du nouveau système ont vu recueil; ils l'ont évité, mais en mutilant Diodore de Sicile et tous les autres textes. L'un a pris le parti de ne pas mentionner Diodore; un autre applique YAlexia à Alais dans le Gard; un troisième la cherche dans les Gévenyes; mais, comme selon Diodore VAlesia mater urbium et primaria tottus Celticœ sedes est précisément VAlesia à Cœsare vi oppugnata, il faut, bon gré malgré, la chercher à Alaise, ou le système franc-comtois ne peut être accueilli par la science !

Btendiie de roppldnm d'Alaise. — Errevra et déjMieeerd de

défei

Nous l'avons déjà fait observer, l'étendue du plateau d'Alaise, mesuré par un géomètre à vue de la carte de l'état-major, et limité par les crêtes et les pentes, est de treize à quatorze cents hec-

(i) Cours d* antiquités monumentales, I, 183 et saiv. (2) Âiesia, p. 44,

(8) M. DE CAUHOlfT, foc. Ct^, I, p. 55.

tares. On va voir combien les savants que je combats sont peu d'accord sur la place qu'occupait la ville ou l'oppidum celtique dont ils ont conçu le plan.

Le premier fait d'Alaise un lieu de refuge tellement vaste, que Besançon^ très inférieur en étendue^ n'eût pu contenir une semblable quantité de femmes^ d'enfants^ de combattants et de troupeaux (i).

% cela est vrai^ que devient l'affirmation de César ? Ck)mmeat a-t-il pu appeler Besançon le grand oppidum des Séquaaes : magnum oppidum Sequanorum ?

Le second^ en remarquant que l'enceinte de la bourgade est assez bien marquée par ses noms de fortifications et par ses crêtes, juge qu'elle occupait une surface d'environ cinquante bectares, et qu'elle devait être la moitié moins peuplée que ne l'est actuellement Salins (2).

Alors Besançon , considéré d abord comme beaucoup plus petit, est réellement trois fois plus grand ; car, la citadelle comprise, il mesure cent quarante hectares.

Le troisième ne donne pas à Alaise une étendue de moins de cinq cents hectares, divisant le plateau en deux parties presque égales, celle du nord et celle du sud. « J'ai décrit, dit M. Qui- » cherat, la partie septentrionale du massif, celle qui me paraît » avoir formé la ville proprement dite. L'autre partie, un peu plus étendue, sur laquelle est Sarraz, etc. (3). d

Un peu plus étendue,.. D'après cette division, la ville proprement dite , qui est simplement un peu moins étendue, ne peut pas avoir moins de cinq à six cents hectares.

Sur laquelle est Sarraz... Mais l'éminent professeur de l'école des chartes place au delà de Sarraz le camp gaulois que César nous montre sous le mur oriental de la ville. Comment le vil-

(i) M. DESjARDnis, AlesiOt p. 72.

(2) M. Delacroix, A/esta, p. 50. ,

(8) Conclusion pour Alaise, p 53^

lage de Sarraz sera-t-il alors dans la seconde moitié du plateau^ c'est-à-dire en dehors d^'Alesia ?

€es oppositions si frappantes^ ces contradictions inévitables; ne tiennent point aux auteurs dont j'admire plus que personne la sagacité et la science ^ mais à la faiblesse même du système. S'il était vrai, si la ligne d'enceinte avait quelque chose de perceptible et de réel^ comment ses limites pourraientelles , à ce point, avancer ou reculer?

Alaise n^est pas Toppldnm m sinmo coixs.

Alaise n'est pas au-dessus d'une colline, dans un lieu tout à fait élevé. Comparé aux terrains qui l'entourent , le sol de toute cette portion du massif est un immense fossé large d'un à deux kilomètres, et penchant du sud au nord. La partie supérieure est celle du sud, quoique dominée elle-même de fort près par une montagne, la Chenée. Les deux autres bords du fossé sont deux montagnes, Chataillon au levant, Mouniot au couchant.

Dans le système de YAlé^ia séquanaise, la ville est dans ce fossé (1). Ce fossé s'appelle une colline, et une colline très élevée : ipsum erat oppidum in summo colle ^ in admodùm ediio loco (2). On est saisi d'une indicible surprise quand on compare les lieux à ce texte des Commentaires.

(1) « Alaise oecupe une faible partie du massif, là oii le sommet s'élève le » moins haut, à 135 mètres au-dessus de la plaine du Todeure. Comme l'im- » portance de cette viZ/e consistait, etc. » (M. Delacroix, Alesta, p. 15.)

(2) César parle d'Alesia comme de Gergovie : Perspeeto urhk «t/u, quœpotita in (Utissimo monte, etc. (L. vu.)

Rien n'est plus fort contre Alaisç que Taspect d'Alaise luimême.

a Qu'on ne croie pas^ dit-on , que nous cherchions à nier la » difficulté; elle existe^ et ce n'est pas la seule... Hais ceiut qui D ont une certaine habitude d'expliquer la géographie des » textes anciens ne s'y sont jamais trompés ^ et ont toujoiirs » estimé qu'il n'y avait pas d'écrivain plus rébelle ni plus » obscur dans ses descriptions géographiques (i). »

César est obscur dans ses descriptions géographiques : cela estil sûr ? A huit lieues d'Alaise , il y a une ville qu'il a décrite avec une telle précision qu'on la reconnaîtrait entre mille. Le tableau qu'il a fait de Besançon est encore , après deux mille ans , un modèle d'exactitude et de vérité. Cependant on ne peut affirmer qu'il y soit entré deux fois pendant ses expéditions dans les Gaules.

Et il/esm, l'œuvre capitale de sa vie, qu'il a eue tous les jours sous les yeux pendant deux mois de travaux ^ de sollicitude et de dangers, Alesia facile à décrire et qu'il s'est efforcé de décrire^ il l'aurait dépeinte dans Alaise comme ne le ferait pas un écoli er de quatrième !

La difficulté existe : oui^ mais elle est de premier ordre.

n y en a une autre. Dans son récit , César place Alesia sur une montagne^ avec ses murs , ses portes , sa garnison^ ses machines de guerre. Non-seulement de la citadelle , mais de la ville même située sur un lieu très élevé , l'œil découvre la plaine. Vercingetorix ex arce Alesia despicatus.,. erat ex oppido Alesia despectus in campum.

Alaise résiste à ces conditions du rédt de César : a D'Alaise^ dit-on, l'œil plonge sur les bords du Todeure. » Nullement ; il y a entre la plaine et l'oppidum un rideau impénétrable^ Mouniot €t sa forêt!

(1) M. Desjardtns, Alesia^ p. 68-69.

XUI.

CkatalUoB et le eamp savlels.

Qu'on se représente une garnison fortement retranchée au sommet de la citadelle de Besançon. Elle apprend qu'un combat malheureux vient de se livrer à plusieurs kilomètres, vers Palente. Elle n'est point attaquée, elle ne le sera qu'autant que l'ennemi aura forcé et traversé la ville; mais elle aperçoit, au delà du Doubs, un mouvement de troupes sur Chaudanne. Elle ne court aucun danger. Cependant la peur la saisit, et, au lieu de resjer sur son rocher inaccessible , elle se précipite dans le bas, vers la porte Noire y que je suppose être une porte de la ville, et il faut fermer cette porte pour que la citadelle ne soit pas abandonnée par ses défenseurs.

Un tel événement paraîtrait incroyable, et c'est cependant l'image fidèle de ce qui se serait passé à Alaise dans le système que je combats. Pour en juger, écoutons César : ot Svh muro » quœ pars collis ad orientem solem spectabaty hune omnem locum » copiœ Gallorum compleverant , fo^samque et maeeriam sex in » altitudinem pedum prœduxerant. (vu, 69.) »

Cette phrase présente une image fort nette. Le lecteur a sous les yeux le mur oriental de la ville i^AlestUy les troupes gauloises au pied extérieur du mur, vers l'ennemi , et au devant la maceria ou le vallum en pierres sèches haut de dix pieds qu'elles ont élevé pour se défendre contre les attaques du dehors.

Chataillon est à l'orient, et presque tous les défenseurs d'Alaise se sont crus obligés d'y placer le camp gaulois. Mais^ comme ils avouent que Chataillon est complètement inattaqucAle

<lu côté du Nans (i) ou du Lison^ ce mur de dix pieds^ ce fossé^ n'ont aucun sens au-dessus d'escarpements de 100 mètres de hauteur. L'ennemi peut-il escalader ces infranchissables boulevards de la nature? Et puis^ en pareil Ueu^ le camp gaulois n'est-il pas condamné à la plus parfaite inutilité?

Prœduxerant.,, Ne pouvant placer le mur en avant^ selon le texte^ on le met en arrière, au pied intérieur de Ghataillon^ vers le Murot (2) : le Murot, sub muro, cette consonnance plaît i l'oreille ^ mais la difficulté augmente. Au lieu d'être en dehors du mur oriental^ de manière à voir l'ennemi, les Gaulois sont enterrés dans un bas de fosse, leurs regards arrêtés par la maûr tagne; ils ne sont pas vus et ne peuvent voir personne.

L'embarras de cette situation étrange se trahit à chaque membre de phrase du traducteur :

a Yercingétorix, dit l'auteur à'Alesia, avait couvert de troupes » Chataillon et toute la partie orientale du massif, et, par un » excès de prudence f ou en vue d'une défense désespérée , avait fait creuser un fossé entre Chataillon et Alaise, les séparant JD de telle sorte que la ville elle-même servît de défense à Cha- » taillon. Au-dessus du fossé, on construisit en outre un mur » en pierres sèches, etc. d

M. Quicherat a vu la diffix^ulté et les impuissants efforts où se consument les défenseurs d'Alaise (^); pour la surmonter, il place le camp et le retranchement gaulois au sud, vers Sarraz, où le massif est plus accessible à l'orient, en arrivant de Naussous-Sainte-Anne. a Les vestiges de fortifications qui ont été x> reconnus autour de Sarraz, dit M. Quicherat, ne peuvent être j» que les restes de ce retranchement, d

(1)M. Delacroix, Alesia, p. 17. < Du côté de Chataillon, la pente sur le

• Lison est presque à pic. > (M. Desjardins, AleHa, p. 88.)

(S) Ce nom est très commun dans le cadastre de Franche-Comté. On a cm ▼oir en cet endroit un fossé; mais je l'ai visité et parcouru : c'est une dépression naturelle.

• (8) Voyez notamment M. Toubin, Alesia, p. 47.

Mais, d^une part, je Tai constaté sur les lieux, il n^ a pas eu cet endroit de traces de retranchements; et, d'autre part, le camp gaulois ne serait plus à Torient, mais au sud d'Alaise. Cette observation est de M. Desjardins (*).

Ce savant, à son tour, cherchant la place de ce camp, qu'il faut cependant trouver quelque part, l'aperçoit à l'orient des M ouniots, c'est-à-dire sur un terrain ondulé qui y des champs des Rettes et des Feuilles jusqu'à Chatcdllon inclusivement y est couvert de vestiges y de fossés , de mouvements artificiels bien autrement importants que ceux de Sarraz (2). Mais alors que devient . V oppidum de M. Delacroix? Dans son système, le mur oriental de la ville est au pied de Chataillon , le mur occidental sur le tertre appelé 5cey,le clocher d'Alaise entre deux. Ici le clocher est dans le camp gaulois, la ville se resserre, perd toute largeur, s'efface, et le mur occidental devient le mur oriental.

Ces difficultés sont insurmontables.

La bataille de la plaine les rend plus frappantes encore. Grâce au secours des Germains, les Romains sont vainqueurs. Le carnage est immense : fit magna cœdes. Quelques-uns abandonnent leurs chevaux et tâchent de passer par dessus le vallum du camp gaulois : Nonnulli, relictis equiSy fossam transire et maceriam transcendere conantur. Dans ce désordre. César fait un peu avancer les légions placées en avant de ses retranchements : Paulîim legiones Cœsar, quas pro vallo constituerai y promoveri jubet. Dans le système de M. Delacroix, ces légions sont en face de Chataillon, séparées des Gaulois par toute la profondeur et les escarpements de la gorge; les deux armées ne peuvent s'atteindre qu'en se battant au milieu des airs, à une hauteur immense, a Cependant ce mouvement des légions suffit pour

(1) Alesia, p. 70-118.

(2) AlesiOf p. 80. On verra plus loin qu'examen fait des lieux, nous n'avons pu admettre les vestiges et les fossés dont il est ici question. Nous n'en avons pas vu de traces.

D porter le trouble parmi les troupes de Chataiilon^ que Fétroite D vallée du Nans sépare de Tennemi. Croyant à un assaut, les > soldats crient aux armes, et quelques-uns^ efiî^ayés, se jettent » dans la ville. Vercingétorix en fait fermer les portes, de peur D que Chataillon ne soit dégarni (i); s Ghataillon déclaré ailleurs complètement inattaquable du côté du Ncms W !

Je ne connais rien de plus surprenant. Qu'on se rappelle la comparaison de Chataillon avec notre citadelle. Chataillon et la gorge à pic du Lison sont le désespoir de la découverte franocomtoise.

Examen ûe» prenves en tmwewur d'Alaise.

Je pourrais multiplier les objections; il en existe d'autres très sérieuses, de l'aveu même des partisans du nouveau système. L'expédition de Yergasillaunus s'accorde très difficilement avec les localités du nord de Salins W ; mais cette discussion doit avoir un terme, et je passe à un autre ordre d'idées.

Les principales raisons alléguées en faveur de ce système, outre les textes que nous avons examinés, peuvent se réduire aux points suivants :

(i) M. Delacroix, Aktia, p. 26. Paulùm legionet Cœsar, quas pro vaUo constituerai, promoveri jubet. Non minùs^ qui intra munitiones erant, Gaili perturbaniur : ventre ad se confestim existimantes, ad arma conelamant : nonnulH perterriti in oppidum irrumpunt. Vercingétorix jubet portas claudi ne castra nudentur, (Bello gallico, vu, 70.)

(2) ïbid., p. 17.

(8) Voyez les aveux très explicites qui honorent à cet égard la loyauté de M. Desjardins. Alesia, p. 88 et suiv. Voyez aussi p. 77, 83 et 86.

Le nom A'Alesia ;

Les ruines et les retranchements de Tintérieur du massif; Les lignes de circonvallation et de contrevaU^tion; Les duo flumina; Les traditions locales ; Les lieux dits ;

Les fossures et les camps de Tarmée de secours; La médaille de Vercingétorix ; La poterie Alesi et les meules en lave d'Auvergne; Le champ de bataille et les tombeaux ; L'itinéraire antique et la Lanquetine.

J'ai discuté ce dernier point, et je n'y reviendrai pas. (Voir la carte jointe à cette Etude.)

Le nom d'Alesia.

Le désir d'atteindre le but le fait souvent dépasser. ^

Si les défenseurs d'Alaise s'étaient bornés à rappeler la ressemblance qui existe entre ce nom et celui d'Alesia, chacun eût été de cet avis. Mais ils ont voulu davantage ; ils aspirent à prouver par des documents écrits que l'ancien nom de ce village est Alesia; que ce nom, conservé sur les lieux , s'est dénaturé ailleurs pour se transformer en Alasia (i).

Je dois le dire, cette preuve n'est point faite; elle n'a d'autre appui qu'un article du nécrologe de Saint-Anatoile de Salins W, où l'un des clercs inscrivant, sous la date de 1275 , le décès de

(1) M. Delacroix, Alesia, p. 47-48.

(2) L'auteur de la Conclusion pour Alaise cite un article du nécrologè de Saint-Paul au xii^ siècle qui mentionne altare de Alesia, Je crois qu'il y a erreur. J'ai parcouru les archives de Saint-Paul, et ce nécrologe m'est inconnu.

run des bienfaiteurs de son couvent, Girard d*A/awe, traduit ce nom par Gtrardus de Alesiâ.

Mais , déjà à cette date , nous avons un titre français où Alaise est appelé Alaise ; qu'importe la traduction?

L'ancien nom latin s'est mieux conservé sur les lieux! Qu'est-ce à dire? Alaise est à 10 kilomètres de Salins. L'abbaye de Saint-Paul de Besançon^ qui possédait une partie delà terre d'Alaise, n'avait-elle pas sur les lieux un prieur, des domaines, des bommes? Ignorait-elle, cent cinquante ans avant l'article de l'obituaire, le vrai nom de la seigneurie dont elle parait avoir bâti le clocher, et qu'elle n'a jamais nommée qu'Alasia, Voyez tous ses titres des xii* et xni* siècles* K dans sa bulle confirmative des possessions de l'abbaye, le pape Innocent II nomme Altare de Alasiây n'est-ce pas, comme il arrivait toujours en pareil cas, sur l'indication de l'abbaye elle-même ?

Il y avait une famille féodale du nom Si' Alaise, Ses titres du XIII® siècle en nomment les membres Girardus de Alasiâ, Fromendus de Alasiâ, Petrus de Alasiâ, et le siège de la seigneurie villa de Alasiâ. Jamais dans ces nombreux monuments ne se rencontre le nom i'Alesia. Cela tient , dit-on , à la prononciation franc-comtoise ? Je ne sais ; mais cette observation fût-elle exacte, il n'en résulterait pas que la preuve du nom à'Alesia ne serait pas faite parles monuments écrits.

Ruines d'Alaise. — Retranchements intérieurs du massif,

La grande ombre de Vercingétorix plane-t-elle sur ces lieux? Apercevons-nous sur ce massif la vieille métropole des Celtes , la mater urbium , le siège principal et vénéré de la Celtique ? Est-ce bien là l'enceinte qui retentit successivement des accente de l'espérance et des cris du désespoir ? Est-ce par une de ees

routes qiie le héros gaulois^ 4ont le crime fut de défendre son pays y descendit à cheval pour aller implorer sans succès la clémence de César et le souvenir d'une vieille amitié ?

Tout dans cet asile de la mort est-il couvert de ruines? Que voit-on sur ce plateau devenu si célèbre? La question est des plus graves^ et nous ne pouvons être trop précis.

Qu'on veuille bien le remarquer, nous avons droit de demander au plateau celtique, s'il est celui d'A/es/a, un compte d'autant plus sévère des ruines dont il serait dépositaire, qu'il est plus qu'aux trois quarts couvert de forêts, et que, sous cet abri protecteur, elles ont dû, comme à Chataillony se conserver presque en entier.

Examinons :

Extérieurement, je n'aperçois que ceci :

Deux villages , Alaise et Sarrazy dont le plus grand se compose de trente-deux ménages;

Deux chemins antiques qui se croisent près du clocher d'Alaise;

Deux ruines romaines de faible étendue à côté des deux villages;

Trois fortifications indépendantes et isolées, au Châtelet, à Chataillon et sur la petite Montforde ;

Le champ Belin ;

Enfin des tombeaux, comme dans les autres villages de cette remarquable contrée.

Rien de grand , aucun vaste ensemble, aucun de ces indestructibles fossés que je rencontre dans tant d'autres endroits de la Séquanie, nulle puissante muraille dont les débris se relieraient entre eux, même à de longs intervalles.

Il y a peut-être quelque débris à ajouter ; mais je ne le connais pas, on ne me l'a pas indiqué dans le pays; ou si, dans les écrits publiés sur Alaise, il a été signalé quelque chose de plus, je n'ai pu ^admettre après examen des lieux, et j'en donnerai la raison.

Entrons dans les détails.

Ce pays, on le voit, a été habité par des GaUo-Romains. Les raines de deux ou trois maisons, dont la place se révèle par des tuileaux à rebord mêlés aux murgers ou tas de pierres rejetées psff la culture, s'aperçoivent à 100 mètres à Test du clocher d'Alaise. Il y a des tuileaux moins nombreux tout près du hameau de Sarraz, au sud, à côté d'une source où Ton a trouvé du béton romain.

Ces ruines supposent des chemins qui conduisaient aux habitations; ou les habitants eussent été enfermés sans issue dans le désert que M. Rossignol a cru voir sur le plateau (!)• Ces routes existent, et voici leur direction. Elles forment, nous l'avons dit, une croix dont le nœud est près du clocher d'Alaise.

La première, que j'appellerai chemin de Salins, peut se prendre depuis Amancey ou depuis Cléron. Arrivant par Coulans et Refranche au moulin Chipré^ sur le Lison, elle jette, avant de se continuer par la gorge sur Myon, un rameau dans le massif : c'est le chemin de Salins (2). Il entre dans le plateau

(1) « Nos adversaires avouent que le massif d'Alaise n'a de vestiges de^ » monument d'aucun genre, pas môme ce qu'on trouve partout, des tuiles » romaines. » fKtudes sur une campagne de Jules-César, p. 90.) « M. Delà-

> croix a-t-il rien dans son désert, etc. » (Ibid., p. 112.)

(2) Le pont existait encore près du moulin Chipré en 1595; il fut détruit lors de l'invasion d'Henri IV en Franche-Comté, pour empêcher les Français de passer le Lison et d'arriver à Salins. Un titre de 1603 renferme à cet égard de curieux détails. « Autre grand chemin dois le pont de Chipre% CONTRE » SALII^S...; ledit pont sur le Lison appelé Pont du Moulin-Chipre^, tirant » dois Alaise à Lezine, à Refranche et autres villages, doit estre à la charge

> d'iceulx pour la commodité qu'ils en retirent. Mais, en Tan mil cinq cent » nonante-cinq, il fut rompu par ordonnance du sieur comte de Champlitte, » gouverneur de Bourgogne, lorsque l'armée fjrançoise estoit devant Salins^ et » ce pour empescher que ladite armée ne passât la rivière^ et depuis fut reffait

> aux frais des saulneries, pource que les pauvres habitants n'avoient moyea » pour le reffaire, pour avoir esté ravagés et ruynésdeisdits François, et que le » charroi des bois cessoit de ce coustet là pendant la ruyne dudit pont, dont

— Sien passant la rivière du Lison qui est étroite ^ et monte, entre le Chàtelet et Ghataillon^ par une pente peu rapide , dans lés champs d'Alaise^ effleure les ruines romaines^ le vieux clochéi^ du XII® siècle^ la maison forte à fossés des sires i'Alasia^ lés Temples j le cfiamp Belin, les Fourches^ et se rend à Salins par la gorge de la Lanquetine^ où sont creusées dans lé roc les profondes ornières dont nous avons parlé. Cette route antique^ d'une existence incontestable^ est caractérisée par des mots qui ne trompent pas, vieille Vigne et Pérouse. L'usage de nos seigneurs bourguignons était, comme on le sait, de bâtir leurs tours et maisons fortes et d'élever leurs fourches ou signes patibulaires au bord des anciennes routes. C'est par là que précédemment nosGallo-Romains sortaient du plateau, au nord vers le Lison, au sud vers Salins.

L'autre route, moins importante mais non moins nécessaire, celle de l'est et de l'ouest, que j'appellerai chemin de Myon à Nans, franchit les MouniotSy passe aux Bettes, effleure dans le bois la terreur de sainte Reine, s'éloigne peu des ruines romaines de Sarraz, et descend à Nans par une pente assez rapide dans la forêt.

Les noms, la nécessité, les ruines, l'antiquité, le moyen âge, tout est d'accord sur cette double direction; et, sous le rapport des chemins, le plateau ressemblait parfaitement, il y a quinze cents ans, à ce qu'il est aujourd'hui. Les parties habitées étaient les mêmes; la situation des ruines romaines, qui touchent les deux villages, en est l'incontestable preuve. Ces villas au toit

» les saulneries recevoient grande perte. Ce qui leur occasionna de le reffaire » pour ce coup là, avec expresse déclaration de ne s'en pas charger pour cy » après... Ledit pont reifait, sont environ cinq ans, consiste en un arc avec de » belles levées devant et derrière iceluy. » (Procès-verbal de reconnaissance de l'état des chemins des sauneries en 160â.) Ce pont du moulin Ghipré est aujourd'hui détruit. 11 en est de même de celui qui avait été bâti plus bas et qui était d'une construction moins ancienne. (Voyez à l'appendice, ritinéraire antique.)

rouge^ séjour des maîtres de ces lieux ou de leurs intendants , ayaient probablement tout à côté quelques colons^ quelques métairies pour la culture des cbamps voisins. Ces métairies agglomérées^ ces pauvres colonia (comme les appellent les lois romaines), c'était Alaise et Sarraz (i), vieux noms qui ont leur valeur et qui, comme ceux des cours d'eau voisins, BreuXj Bras^ Beira , Cona (2), comme le Champ-Belin, nous montrent, au delà des titres écrits, une contrée rurale très anciennement habitée.

L'entrée trop facilement abordable du plateau par la route de Salins était défendue par deux retranchements. L'un, à droite, s'appelle Ckâielet; l'autre, à gauche, est la montagne boisée de Chataillon; tous deux gardaient également le défilé du Lisoix entre Myon et Refranche.

Le Châtelet, où l'on a vu des choses aussi étranges que merveilleuses, était une tour en pierres sèches, regardée comme telle dans tout le pays (3), et que le travail nécessaire des fouilles de 1858 a achevé de détruire. La position de cette tour au-dessus d'un rocher dominant ces gorges était bien choisie.

Chacun sait que, dans les temps anciens, les ours, les sangliers et les cerfs étaient extrêmement communs dans nos montagnes. J'en ai vu vingt fois la preuve dans les monuments des siècles passés, et la chasse de ces animaux sauvages, tant à

(i) Sarraz, appelé Serra dans les titres du xvie siècle. Le mot serra, montagne, est employé dans la Vie de saint Romain^ écrite au commencement du vi« siècle.

(2) Ces noms et d'autres analogues d'une haute antiquité, très répandus dans nos contrées rurales, signifient source, cours d'eau, comme le nom de Beire, aujourd'hui Beure, village au pied d'une cascade, à une lieue de Besançon : les localités de Cana, Canot à côté de cette ville, Canay près de Chalè2e, sont au bord du Doubs et indiquent le voisinage de la rivière» Je donnerai dans une publication prochaine tous les détails désirables sur oes vieux mots, que je retrouve même au plus haut de nos montagnes.

(8) Voici une note manuscrite que j'ai recueillie sur place en 1356 : « La » Pérouse descend de Refranche et vient tomber près du moulin Chipré, en fftce » de la tour du Chatelet. »

l'arbalète qu'aux tendues de cordes A travers les haies, était encore au XV* siècle l'amusement ftivori des seigneurs bourguignons.

Que Ton ait trouvé dans les débris du Châtelet un marteau, une boucle de fer, un grand vase en terre noire, des instruments de travail; qu'à une époque inconnue les défenseurs de la tour aient péri sous ses décombres, et que Ton trouve dans les débris les ossements des vaincus mêlés à ceux des ours, des cerfs et des sangliers, produit de leur chasse et approvisionnement de leur petite forteresse, j'avoue que je n'aperçois en cela rien que de naturel, rien qui motive les scènes émouvantes qu'on a cru voir sur cette partie secondaire du plateau.

Chataillon, cet autre gardien de la route, est plus important. C'est, je l'ai dit, l'endroit le plus curieux du massif; je l'ai visité deux fois, la dernière avec le jeune instituteur d'Alaise, n y a peu de difficultés à y voir un ancien village gaulois de trois ou quatre cents habitants, à en juger par le nombre des caôordes ou cabanes (i). Ces cabordes, enceintes de pierres sèches superposées, sont de formes différentes, généralement carré long ; quelques-unes appliquées contre le rocher, au-dessous du niveau de la crête. Ce village, situé sur une montagne longue, au sommet plat et étroit, était défendu de tous côtés par des pentes très rapides, inaccessibles vers le Lison ; le côté du sud est seul abordable à plein pied , mais là trois remparts, placés les uns derrière les autres, ayant dans leur état d'éboulement de neuf à dix mètres de largeur, offraient une très forte résistance. Il faut remarquer la conservation de ces cabanes fragiles, celle des trois remparts, auxquels il ne semble pas manquer une seule pierre; enfin, l'isolement de ce village gaulois. II

(1) M. le curé d*AIaise pense qu'il y en a une cinquantaine. L'instituteur, qui a souvent visité cette montagne, croit ce chiflTre très supérieur à la réalité, du moins pour ce qu'on peut reconnaître. — MM. Quicherat et Desjardins me semblent aller beaucoup trop loin quand ils croient, l'un que les cabordes sont si nombreuses qu'on ne les a pas encore comptées (p. 50), l'autre qu'il se trouve àCbataillon des centaines de logements militaires de forme circulaire (p. 74).

forme un tout distinct^ indépendant , et qui se trouve , par erreur^ représenté de la manière la moins exacte sur la carte du siège. Nous verrons plus tard les conséquences de oes observations matérielles et incontestables.

Un troisième retramebement est signalé au-dessus de la plus petite des Montfordes. M. le curé d'Amancey y aurait constaté^ avant le mois d'août 1856^ l'existence de deux murs fermant Taccès de la montagne et^ comme à Gbataillon^ la traversant dans sa largeur ; celle des murs serait de deux mètres et demi^ et leur construction en pierres brutes.

Je ne conteste point l'existence de ce troisième boulevard^ qne je n'ai pas visité. Mais il est complètement impossible d'admettre soit les retranchements de Sarraz, soit celui de Mounioty auquel les Franc-Comtois, par la nécessité de leur cause, sont obligés de faire jouer un si grand rôle, puisque Mouniat serait Yarx même A'Alesia.

En effet, j'ai parcouru en 1859 le hameau de Sarraz et les campagnes qui l'entourent; j'ai demandé les renseignements les plus précis aux habitants du lieu sur les levées de terre ou les fossés qui pourraient exister dans la partie signalée, partie très facile à reconnaître, très circonscrite, puisqu'elle serait le point abordable du plateau, celui où le chemin descend au Lison et à Nans. Personne, dans le pays, ne connaît et n'a pu m'indiquer rien qui ressemble à ces retranchements, et je n'ai rien pu en découvrir.

Quant à Mouniot, c'est pis encore. On montre, il est vrai, un rocher coupé à pic sur une grande hauteur, et au pied une forme de fossé très long, large de trente mètres. Cette brèche, qui semblerait taillée par la main des géants, n'est point un travail fait à main d'homme , c'est une fadlle de la montagne. On invoque la géologie; je l'invoque à mon tour (i); mais j'invoque

(1) Sur l'exposé que j'en ai fait à M. Coquand, alors professeur de géologie à la Faculté des sciences de Besançon, qui connaît le terrain d'Alaise et qiûra

encore plus le bon sens. Je fais appel à un nouvel examen^ à Texcellent jugement des savants dont je me constitue à regret le contradicteur. A quoi bon aurait-on fait ces travaux effroyables ? Dans quel but ? Très différente des remparts de Cbataillon^ qui ferment si puissamment la montagne de Test^ cette œuvre gigantesque et partielle à Fouest ne ferme rien^ n^arrète ri^; Mouniot , du côté extérieur, est abordable partout, et, selon Vexpression naïve mais parfaite de mon guide, on peut y monter tout au large (i).

César nous a appris, par la description si nette et toujours si vraie de Besançon et de sa citadelle, ce qu^il appelle un arx : c'est un lieu entouré de murs, assez fort par lui-même pour pouvoir se défendre à part, lors même que Tennemi serait maître de la ville. Murus cirgumdugtus artem efficit, et cum urbe conjungit (2). Si Ton retranche la brèche ou faille du Mou^ niot, qui est d'ailleurs en ligne droite, où est le murus ctrcumductus qui entoure la montagne? Il faut bieû cependant que ce soit la citadelle i'Alesia; c'est le seul endroit d'où l'on puisse avoir le despectus in campum.

« Le vaste emplacement, dit-on, sur lequel se perd l'impercep- » tible village d'Alaise, se dessine encore avec son plan primitif. » L'époque gallo-romaine n'y a pas superposé son empreinte (3) j » // reste tel que Vont fait la destruction et le temps (*). »

visité en d'autres parties, il n*y aurait pas de doute que Téchancrure du Mouniot ne fût un accident naturel. M. Monin, professeur d'histoire à la Faculté de Besançon, dans un rapport plein de bienveillance pour les défenseurs <i'Alaise, laisse clairement apercevoir qu'il ne croit pas au fossé et par conséquent à Varx de Mouniot, « L'angle nord-est du massif est formé par » les Mouniots, qui en sont la plus haute montagne. Suivant MM. Delacroix et » Quicherat, c'était la citadelle d'Alesia. Le sommet est partagé par une crt" » v<me qu*on a prise d'abord pour un fom fait à main d'homme* » (Revue des sociétés savantes, 1859, p. 221.)

(i) M. Martin, de Myon.

(2) De Bello gallico.h i.

' (8) Je crois avoir prouvé le contraire, p. 50.

(4) Conclusion pour Alaise, p. 54.

S'il en est ainsi , c'est la meilleure preuve qn* Alaise n'est pas Aima. Qu'y a-t-il de commun entre la grande cité des Celtes , et ces petites fortifications isolées sur le massif d'Alaise , ce rempart des Montfordes, ce Châtelet et ce Chatatllon? Où est le vaste mur d'enceinte? Les murailles des villes gauloises avaient quarante pieds de large; César en décrit la construction solide (i). Ici quelle trace reste-t-il des vastes amas de terre qui s'élevaient si haut entre les poutres de la fortification? Où sont les grandta saxa qui en garnissaient le front extérieur ?

Quoi^ tout ce qui est grand a disparu^ et il n'est resté que ce qui est petit ! Ce sol forestier et conservateur a gardé fidèlement toute la trace du passé. Ici le petit clocher du xii* siècle y dont la hase méridionale est peut-être du ix** ^ là les fossés de la maison-forte; en remontant plus haut dans l'ordre des temps^ à côté des deux villages vous retrouvez les tuiles des habitations romaines et les mur^^rs de leurs ruines; le petit vallum des JUontfordes, les débris de la tour du Châtelet , les trois vallvm de Chataillon^ qui ferment encore sans interruption et chacun i leur place, la montagne d'un côté à l'autre : l'abri protecteur de la forêt a conservé jusqu'aux plus pauvres et plus chétives cabanes. Si Alaise est resté tel que l'a fait la destruction et le temps, montrez-nous sous le fourré des bois les grands travaux des Celtes et les débris de puissantes murailles, si élevées, selon Plutarque, que César les jugea inexpugnables !

(i) Mûris autem omnibus 6Allicis hœc ferè forma est : irabes directœ perpêiuœ in longiludinem, paribus intervallis, distantes inter se binos pedes, in iolo oollocantur; hœ revinciuntur introrsàs, et multo aggere vestiuntur; ea autem quœ diximus intervalla grandibus in fronte saxis effareiuntur , lis eollooatis et ooagmentatis, alius insuper ordo a^jicitur, ut idem illud intervallum servetur , neque inter se contingant trabes , sed paribus iniermiisœ tpatiiSf singulœ singulis saxis interjeetis, arle contineantur ; sic ^einceps opus omne contexitur, dum juxia mûri altitudo expleatur. Hoe eum in ^i>eeiem varietatemque opus déforme non est, altemis trabibus ac saxis , quœ reetis lineis suos ordines servant, tum ad utilittUem et defensionem ubbium, summam habet opportunitatem, etc. {Bello gallico, vii, 23.)

Nous en avons dit assez sur la question militaire de VAlesia séquanaise. Etudions maintenant ce qu'on a appelé la région sacrée, celle où sont le Champ-Belin, les Temples, Yautel druidique , Vallée couverte qui Tentoure.

Un mot d'explication sur Belin d'abord :

Belenus ou le Dieu soleil a été la divinité la plus honorée de Tanclenne Séquanie. Je retrouve partout son nom, même dans les régions élevées du Jura et du Doubs, et je m'étonne du nombre des dénominations locales qui, survivant à quatorze ou quinze siècles, conservent si énergiquement les souvenirs d'un culte dont nos pères ont été fanatisés (*).

Ce culte druidique, d'une très haute antiquité, mais qui avait encore dans laGauJe ses prêtres et ses autels au iv* siècle, rayonne dans nos plus hautes montagnes; en soixante endroits du pays, Belin donne son nom aux fontaines, aux cascades, aux vallées, aux rangs ou montagnes. Quelquefois un champ , un simple pré, sans rien qui le distingue , en rappelle la mémoire; les montagnes les plus élevées ne sont pas toujours celles qui s'appellent Belin ou Châtelbelin ; c'est quelquefois un simple coteau sans aucune trace de construction , une faible colline couverte de quelques pierres, mais le plus souvent ce nom se retrouve au voisinage d'une source ou d'un réservoir qui se rempht momentanément par les pluies. Il ne s'attache pas toujours aux solitudes profondes qu'entoure une ceinture de rochers et de sapins ; on le retrouve également au boiid des routes les plus fréquentées. C'est sur le premier plateau du Jura, à Test de la ville celtique de Ledo, vers le pays des lacs, qu'il se multiplie sans fin et que j'ai pu l'étudier. Ces lieux , où sont encore inscrits en tant d'endroits les noms de Belin, Queue de Belin ^ Châtelbelin, Coteau de Belin, Queue du Diable, Chaise au Diable, laissent apercevoir et l'opiniâtreté vivace de ce culte idolâtrique, et les efforts du christianisme pour en désabuser nos pères.

(1) Voyez plus lohi, à TAppendice.

J'insiste sur ces détails^ non-seulement parce qu'ils sont peu connus et propres peut-être à la Séquanie^ mais encore parce que sous ce rapport Alaise ressemble à toutes nos campagnes. Au pied de la Chenée^ on trouve à Alaise le Ckamp-BeliHy terrain en culture qui n'a de remarquable que son nom^ et plus loin des noms analogues à Routelle^ Abbans^ Buffard^ Reugney. Celui des Temples ne doit pas faire illusion^ ce lieu dit existe dans trois ou quatre villages autour d'Alaise (^). L'allée couverte prétendue au plafond écroulé n'est qu'une crevasse, un accident de forme irrégulière, qu'explique la géologie parla nature de cet étage jurassique W. L'autel druidique est un rocher bas à fleur de terre, troué et informe, que la main de l'honune^ sans y toucher, a laissé dans sa rudesse originaire (3).

Voilà ce que j'ai vu sur le plateau d'Alaise, ce qu'il faudra plus tard rapprocher du champ de bataille ou des champs de bataille. Le reste me paraît le fruit de l'erreur, erreur parfaitement excusable surtout lorsque, sans considérer la Franche- Comté dans son ensemble , on est conduit à étudier une localité, avec ses détails, ses noms, ses accidents particuliers ^ en

(i) Si l'on trouve les 7(emp/es à Alaise, on trouve aussi les 7emp/es à Amancey, la Câte-du-Temple à Cessey, la Nue-du-Temple à Saizenay.

(2) C'est l'opinion de M. Coquand. M. le professeur Monin, dans le rapport cité, n'y croit pas davantag^e, et exprime ainsi l'impression que lui ont lûssée les Temples d'Alaise : « En fait de monuments celtiques, on croit en voir par- » tout dès qu'on en a vu quelque part. On pourra discuter éternellement sur » r origine et les attributions de ce lieu bi%arre, » (Revue défi sociétés «avantes, 1839, p. 215.)

(8) On a parlé aussi du Champ-des-Pierres^ situé non loin des Temples^ et dont les pierres auraient été apportées d'un autre territoire. En ce cas, elles ressembleraient aux acervi de Haute-Roche , prés de Mirebel (Jura). (H. MoNNfER, Annuaire du Jura de 1850, p. 163.) Mais j'ai vu ce champ, d'où sortent de terre de petites crêtes de rochers ; ils tiennent au sol naturellement, ce qui m'a paru si visible que j'ai renoncé au projet de faire sonder et ouvrir le sol par un ouvrier que j'avais amené exprès. M. Coquand, à qui j'en ai fait le tableau, n'y voit qu'un accident naturel. — Le nom de Champ-des-Pierres se retrouve, au surplus, dans le cadastre de plusieurs communes*.

risolant de tout le reste. Que n'apèrçoit-on pas avec des yeux prévenus ! Que d'endroits de mon pays je grandirais outre mer sure par l'emploi d'une semblable méthode?

Les lignes de circonvallation et de contrevallation qui entourent

le massif.

L'auteur de la Conclusion pour Alesta décrit ces lignes de la manière suivante :

a Faisons le tour du massif. A tous les endroits où Texplica- » tion qui précède exige qu'il y ait eu des travaux> nous allons » trouver soit des vestiges encore visibles de ces travaux , soit B des dénominations qui en ont conservé la mémoire.

D Je commence par le Mouniot, au pied duquel est la Fossure, » et le mat fossure ne peut avoir été appliqué à un accident » naturel ; évidemment des fossés ont été creusés en cet endroit; » on peut même affirmer que ces fossés munissaient une con- » trevallation, parce que la Fossure se divise en bas de Vallières, » Vallteres , dessus de Vallières.

» n faut être étranger à toutes les notions de Fétymologie » pour avoir soutenu ^ comme on l'a fait , que Vallières , val- » lariœ y est un diminutif de vallis. Le diminutif de vallis est i>vallicella, qui SLtovmé vaucelle. Vallariœ est un diminutif D de vallum au même titre que joomarmm et colombarium sont » des dérivés de pomum et colomba. Il désigné un lieu où ont » été posés ces retranchements en palissades que les Romains » appellent vallum. Cette déduction est rigoureuse^ non-seule- » ment pour les vallières d'Alaise^ mais encore pour tous les tf lieux de France qui possèdent ce ndème nom.

» Les Vallières , par leur pa:rtie supérieure ^ aboutissent au » Conai, qui s'appelle aussi Barre duConat. Peut-être est-il » permis de voir dans ce mot Cionat un proche parent dé ctmette,

— eo —

qui est resté en tennes de fortification. Barre ou Bar est un fieox mot français qui désigne la fortification de bois posée sur deft terre-pleins. Cest Fétymologie de tant de noms de lieux dont les premiers seigneurs féodaux > qui se retrait chaient comme les soldats romains^ firent des citadelles : Barsur-Aube , Bar-sur-Seine , Mont-Bar (écrit à tort Mont-Bard), la Barre, etc.

» A rextérieur des Yallières et du Conat s'étendent en ligne droite avec des retours d'équerre les substructions d'une enceinte de pierres qui ne peut avoir été qu'un camp. Le grand côté a cent vingt mètres; sur les flancs le terrain est semé de

tumulus.

» En avançant au-dessus du Conat, Charfoinge perd son nom

et disparait sous les bois ; mais un lieu dit de cette région nous fournit la dénomination de Goulure de Mantbarré. Barré est un participe formé sur le mot barre, et nous sommes instruits par là que la côte au pied des petites Montfordes a été » couverte de retranchements sur toute sa longueur.

» Plus loin se présentent le grand Camp-Baron à l'entrée du » Todeure dans la vallée^ et le petit Camp-Baron au débouché le » plus prochain de la Lanquetine. En avant de ces deux points^ B un léger mouvement de terrain sillonne en partie la prairie » dite de l'Oye (ou plutôt de Loye)^ tandis qu'à l'autre issue de » la Lanquetine se voient d'immenses bouleversements à travers 9 lesquels on suit parfaitement la direction de deux fossés. B Tous ces ouvrages fermaient les issues du côté de Salins : le » chemin par lequel on remonte de cette ville au massif s'ap- » pelle la rampe des Yallières.

» A partir du camp dont je viens de dire qu'on reconnaît le » double fossé, commencent les failaises. Elles se prolongent jus- » qu'à Nans. L'entrée du Lison dans la gorge qui découpe le » massif a lieu à Nans même, entre des pentes raides. Celle de » ces pentes qui regarde le massif nous offre la Grange-d'As- » saut, avec le Champ dei Morte au-dessous ; indice certain d'une

B partie de contrevallation qui a été attaquée dans Tune de ces » sorties qile César signale sans en donner le détail : Nonnuti" » quam opéra nostra Galli tentare atque eruptionem ex oppido » pluribm partis summâ vi facere conabantur. (G. 73.)

» Après la Grange-d' Assaut , il n'y à plus que des rochers à » pic jusqu'à rissue d'une gorge qui descend d'un village nommé » Eternoz. A cette issue est le Camp-Bresy. Cambresis se dirait » en latin Castra Breciaca ou Bretiaca. Je me trompe fort si ce » n'est pas là une corruption de Brutiaca, et si le Camp-Bresy » ne nous indique pas le quartier de la division que com- » mandait Brutus au siège A'Alesia. »

Ces aperçus sont ingénieux^ et cependant je crois difficile de les admettre. Reprenons. J'ai déjà fait observer que dans les habitudes des gens du pays^ comme sur l'atlas cadastral^ la Grange-d' Assaut ne portait pas ce nom, mais s'appelait Grange-de-la-Sauce (i).

Camp-Bresy n'est pas le camp de Brutus. Ce nom n'est point propre au voisinage d'Alaise. A l'extrémité du canton de Clerval , la hauteur qui domine la Grange-de-Ferrière (territoire d'Anteuil), hauteur depuis laquelle on jouit de la vue la plus magnifique, s'appelle Camp-Bresy, Serait-ce encore le camp de Brutus ? n est à vingt lieues d'Alaise.

Le nom de Vallieres n'a jamais , dans notre pays où il est singulièrement répandu, signifié un vallum. On peut , je crois^ afSrmer que jamais dans un lieu appelé Vallieres on ne trouvera de camp. Vallieres et castramétation s'excluent, cela paraît sans exception. Jusqu'à ce jour nos vallieres connues sont situées en lieux bas.

Conat n'a aucun rapport avec les termes de fortifications. Il indique partout le voisinage d'un na ou ruisseau. Le Conat d'Alaise est fort rapproché delà source de Bras, dont les eaux, après un cours de quelques pas, se perdent sous terre. M. l'ins-

(1) Le bois de la Saulge est aussi indiqué dans un titre de 160S.

- j62 -tltuteur d'Alaise assure qu'il y a plusieurs conats dam les communes environnantes : on peut vérifier le fait et constater si les terrains qui portent ce nom ne sont pas tous fort rapprocliés d'une source. Les champs coliers, qu'on a pris pour des champs à torques gaulois^ indiquent (i)le voisins^e d'un chemin {co-lier).

Le grand Camp-Baron et le petit Camp-Baron n'ont jamais été des camps^ et n'ont point emprunté leur nom à des retrancliement^ antiques. Dans les titres du xyi® siècle (2)^ ces anciens terrains du [baron ou seigneur s'appellent Çhamp-Baron j nom qui se lit sur la carte de l'état-major^ sur le cadastre et dans les états de section de la conmmne de Myon.

Le nom de Barre du Conat n'est pas connu à Myon^ et je ne le trouve ni dans le cadastre ni dans l'ancien terrier de Myon (3).

Celui de Montharré a plus de réalité. Les habitants de Myon le connaissent. Il s'applique à une montagne qu'une ceinture de rochers en escarpement défendait de tous côtés sauf un seul : ils estiment que ce mont se trouvant ain3i barré, on lui a donné cette dénomination. Je ne sais ce qui en est ^ mais je n'aperçois rien là d'important.

Nous avons terminé l'examen des /tez^x (^^eVs qui rappelleraient la contrevallation de César. Qu'en conclure pour l'existôiice de cette contrevallation?

Quant aux traces matérielles des travaux de siége^ je les ai cherchées sur les lieux ^ de très bonne foi ^ et je ne les ai. pas aperçues.

(i) Dans l'ancien idiome, le voisinage du lam s'exprime par les mots Colons^ Coulans^ Accotons (noms de villages) ; le voisinage du bretix (cours éTeau, rivière) par Coubreux, A Alaise, le chemin du Lison par Ghipré s'appelle ekemin du Breux; à Salins, un terrain près de la rivière de la Furieuse s'appelle Coubreux.

(2) Dénombrements de 1567, 1584 et 1611. Les seigneurs énum^nt, parmi les forets dépendant de leur château de Myon, les bois dits et communément appelés le Grand et le Petit-Chambaron. (Préfecture du Doubs, nouvelle chambre des comptes, fief de Myon.)

(8] Préfecture du Doubs.

Je n'ai pu les reconnaître dans cette combe ou vallée y qu'on appelle Fosmreto et Vallières, q\xi, partant du Lisonau nord^ se prolonge au pied de Mouniot^ en terrain découvert^ puis entre par Bras et Conat dans les bois et s'avance jusqu'à la route d'Omans à Salins W.

Rien ne ressemble moins à un fossé fait à main d'homme que ce terrain en culture^ large de soixante-dix à cent mètres^ bordé d'un côté par la montagne du Mouniot, de l'autre par un crèt naturel d'une vingtaine de pieds de hauteur. Il suffit de deux yeux pour voir que ce n'est pas un fossé.

Et ce qui est décisif^ c'est que^ arrivée à l'extrémité du Mouniot^ cette dépression contourne la montagne sans perdre son niveau^ s'étend en long et en large ^ formée de champs en culture : c'est un vallon d'abord étroit qui s'élargit de la manière la plus naturelle ; sa largeur près de Bras n'est pas au-dessous de trois ou quatre cents mètres.

« C'est une vallée que Dieu fit ^ o me disait avec un grand sens M. le missionnaire Bergier, qui a parcouru ce terrain dès sa première jeunesse.

a On ferait sourire les gens^ ajoutait-il, si on leur disait que le Fossureto et les Vallières sont des fossés! »

Au mois d'août 1859^ mon guide (2) faisait en ma présence les mêmes réflexions, a Des fossés, répétait-il avec étonnement^ » mais en six mois 400,000 hommes n'en creuseraient pas de » pareils W. Et puis^ où est la terre qui en serait sortie ? » Ef-

(i)Le nom de Fosmre est moderne; Tancien nom était Fassure. (Voyez sur le sens de ce mot le chap. xv, § 7.) Tous ces terrains couverts de bois, de Myon et d'Alaise , la Gôte-de-Mouniot et les terrains boisés plus au sud étaient appelés des Faasurts. Un titre de 1603 mentionne le Mouniot d'Alaise et la Fassure-mr-les-Bras, plus une Fassure-mr^les-Rebras ^ territoire d'Alaise, FoMture de la Combe-Bemon, etc.

(2) M. Martin, beau-frère de M. Moine, maire de Myon.

(8) < Leur largeur me paraissait extraordinaire. » (M. Delacroix, A/e<ta,

p. le.)

fectivement le déblai n'apparaît nulle part. Le Crët n'est point un jet de terre ; ce bord du prétendu fossé offre par étages ses strates dénudées se prolongeant^ à Tœil^ chacune à sa place.

Quant aux substructions à retour d'équerre du Champ-Pimfier, je les ai examinées avec soin : à mes yeux , elles ne peu*vent être un camp ; et j'ai vu beaucoup de castramétations en Franche-Comté. On aperçoit une ou deux lignes de pierre sans élévation^ n'ayant au côté extérieur aucun fossé , et ne formant pas une enceinte. J'en ai remarqué d'autres semblables très loin d'Alaise^ toujours sans fossé. S'il en avait existé aux Ckamps'Poutiers y ce terrain stérile et non cultivé en aurait conservé la trace.

Je n'ajoute plus qu'un mot sur la contrevallation de César. Le tracé en est tellement idéal (i) qu'au nord les défenseurs du système franc-comtois ne l'aperçoivent pas sur la même rive du Lison. M. Delacroix (carte à^'Alesia) le voit à gauche de la rivière, d'autres le voient à droite. Si les Romains avaient placé la contrevallation à gauche, ils n'eussent pu, en cas de sortie des assiégés, faire un mouvement de retraite en alrrière sans se jeter dans le Lison!

(1) « Les VallièreB et les Fossures sont des vallées naturelles qui s'élar- » gissent, s'élèvent ou se rétrécissent selon qu'il a plu au Créateur; mais la > main de l'homme y est tout à fait étrangère. Il en est de même des Grot*^ » sette» (qui forment une petite croix), et de Tréchâteau, qui signifie derrière » le château. Il y avait à Myon un château, démoli en 1793. » (Lettre de M. le missionnaire Bergier, déjà citée, du 23 septembre 1859.) Rien de plus exact que ces observations. Seulement, le mot Cromettes est le diminutif de Crotue^ qui s'applique, dans l'idiome ancien, à une montagne à pente rapide (la Grouse, colline près de Macornay (Jura). Plusieurs villages en ont tiré leur nom : le Cromet, les Crosets, les Crosey, Ce nom est très répandu. C^ai da Crosette est donné à une montagne près de Clairvaux (Jura), comme à la montagne près de Myon. — M. Bergier ajoute, dans une lettre du %% décembre : « Je reviens de Myon, mon pays natal, où j'ai passé quelques jours. J'ai voulu » m'assurer encore mieux de la vérité de mes observations, et je les maintiens j* avec assurance. Je n'ai trouvé nulle part de traces de fortifications^ ni aux » Mouniott, ni aux Vallières, ni aux Fossures, ni au Conat^ ni aux ChauteUée. »

Terminons par une observation de la plus haute importance, et qui se reproduira avec plus de force dans Tarticle du champ ou des champs de bataille. En jetant les yeux sur la carte jointe à cette étude, on voit que Salins est le centre de toutes les routes antiques qui sillonnent les campagnes d'Alaise et d'Araancey et se dirigent sur Salins. Au nord et à Test, les avenues, les gorges sont gardéeâ par des fortifications; parmi ces fortifications, les unes sont de haute antiquité, les autres relativement plus récentes. La tour de la montagne de Poupet, montagne qu'on aperçoit de dix lieues et qui domine Salins, recelait dans sa maçonnerie une médaille de Trajan. M. le curé d'Amancey a ouvert, à deux kilomètres de son presbytère, Tenceinte du Château-Dame- Jeanne, castramétation antique au bord de la route de Salins; il a trouvé dans l'intérieur de la levée d'enceinte un mur, et au pied de ce mur des briques romaines. Ainsi s'aperçoit dès maintenant ce double fait : 1'' que les castramétations gardent les routes ou les gorges qui conduisent à Salins ; 2® que ces castramétations sont de diverses époques. Faute d'avoir reconnu ces faits, on a cru à une époque unique, tout a été rapporté au siège d'Alaise et aux travaux de César. Par exemple, on a vu l'une de ses lignes de contrevallation à l'est, dans la ligne de pierre qui suit la corniche de rochers au-dessus du chemin creux qui descend de Refranche au moulin Chipré. C'est simplement l'avenue fortifiée de la gorge.

Il en est de même du camp de Mine, qui garde deux routes. Ces castramétations existent, ces faits sont des vérités; mais ces vérités interprétées à un autre point de vue ont entraîné loin du but ceux qui les ont reconnues , et produit cette grave erreur du siège d'Alaise par César.

Les Duo Flumma.

Le Lison^ qui prend sa source au sud du Yillage de Nans^ continue son cours au levant et au nord du massif^ dont il sait de fort près le contour. Le Todeure^ simple ruisseau^ s'en éloigne davantage; il coule au couchant daus la planities (tel est le nom qu'on a donné à Charfoinge) et se jette un peu plus loin dans le Lison.

J'ai pu^ au mois d'août 1859^ dans les ardeurs d'un été brûlant, mesurer à loisir et avec précision son lit desséché et rempli de pierres blanches. Â un kilomètre de son confluent^ la largeur de ce lit, fort encaissé, est de 1" 90. Combien de bergers de Myon escaladeraient d'un saut un semblable flumen !

Mais il est une observation beaucoup plus grave. Ses eaux ne peuvent entrer dans les fossés de César tels que les historiens d'Alaise les ont tracés. Ce flumen coule trop au-dessous de leur niveau.

L'embarras est fort sérieux.

Pour sortir de difficulté, on amène dans ces fossés les eaux de la source de Bellaigue, et l'on montre la chaussée de Cé^ exécutée pour ce travail de dérivation W.

Mais, d'une part, comment concilier l'explication avec le récit de César, qui fait entrer dans les fossés les eaux de Fun des deux flumen et non d'une source, a Duos fosses quindecitn pedes latasy eâdem altitudine perduxit ; quorum înteriorem, canipestribus acdemissis locis, aquâwL flumine derivatâ complevit (a).

D'autre part, la prétendue chaussée de César est celle de deux

(1 ) Voyez le rapport déjà cité de M. le professeur Monin. (Revue des Sociétés '^antest 1859, p. S2S.)

Bello gaUico, vu, 72.

scieries situées à Bellaigue et aujourd'hui détruites. Le souvenir s'en conserve encore dans le pays. J'ai fait consulter les vieillards.

Un observateur grave, qui joint à la connaissance des textes une connaissance non moins parfaite des lieux, croit à l'impossibilité absolue de faire entrer dans les ligues désignées sur la carte du siège les eaux du Todeure. « M. Delacroix, dit-il, les i> fait venir de la cascade de Couche ou d'un peu plus haut, » c'est-à-dire d'une lieue de distance, par un terrain inégal, ro- » cailleux, coupé par des vallées transversales, telles que celles » de la Comhe, du Bas de Carrière et de Colombard. Mais M. De- » lacroix n'a pas connu toute la diflBculté, parce qu'il n'a pas » visité les lieux. Faire remonter l'eau du Todeure dans la D plaine de Charfoinge et des Champs-Poutiers , c'est impos- » sible,^ et je dis de toute impossibilité (i). »

Si cette observation est vraie. Alaise ne peut être Alesial

Traditions locales.

Que les habitants du hameau de Sarraz, cachés de toutes parts dans les bois, soient appelés sangliers (3); que l'on donne à ceux de M yon le nom de loups ; que les gens d'Âlaise soient qualifiés tantôt mangeurs de kermeusche ( surnom qui exprime leur pauvreté), tantôt mangeurs seulement {mendjou ou mendzàr), il faut beaucoup de bon vouloir pour arriver de là, par une série de transformations successives, au nom de Mandvbiens (habitants du Doubs), ces braves gens étant logés à six lieues de cette rivière.

(1) Lettre de M. le missionnaire Bergier à M. le colonel Paris, 23 décembre

(2) Et quelquefois Sarrazins, par allusion au nom du village.

Le nom de Clamots (poussenrs de lamentations), qu'on leur , donnerait à Sarraz serait plus significatif. Mais j'ai interrogé le maire et les habitants de ce hameau : tous ont été unanimes à répondre que ce nom leur était inconnu.

Voici la tradition la plus surprenante, parce qu'elle serait le dernier souvenir d'une grandeur tombée. L'habitant de Sarraz dirait quand il se rend à Alaise : Je vais à la cité.

Cette tradition m'intéressait et me préoccupait en même temps ; ce fut la première question qu'en entrant à Sarraz je fis à trois cultivateurs arrêtés près dé la première maison du village.

Ils parurent extrêmement surpris.

Comme j'insistais, l'un (i) d'eux s'écria du ton le plus naïf : « Regardez voir ce que l'on raconte! Voilà que j'ai cinquante- » six ans, et je n'ai jamais entendu parler de cela ! » Ses compagnons répétèrent les mêmes dénégations, et un moment après le maire me les confirma.

Il y a donc erreur dans la tradition alléguée. Quant à la terreur de sainte Reine, ce chêne si redouté, les gens de Sarraz ne parlent ni de fée ni de chiens dévorants. Leur récit est très simple : « n y avait au bord du chemin qui va d'Alaise à Sar- » raz, dans la traversée du bois, un vieux chêne, dans ce chêne » une niche ou creux naturel, dans cette niche l'image d'une » sainte (sainte Reine). On y rencontrait jadis des revenants, on » le croyait du moins, et dans l'ancien temps on n'y passait » qu'en tremblant. Il y a quinze ans que le chêne est tombé, » parce qu'il était vieux. Pour le remplacer, on a parlé de » creuser une niche dans le chêne voisin; mais l'administration » forestière ne l'a pas permis, et l'image, replacée ailleurs, n'est » plus sur le chemin, o

n n'y a rien en cela d'incompréhensible , rien même que de très naturel. Ajoutons, s'il le faut, que le culte de sainte

(1) Jeandenans, Jean-François, de Sarraz.

Reine a été très célèbre dans toute la Bourgogne depuis qu^au ix« siècle ses reliques ont été transférées à Alise. Qu'un abbé de Saint-Paul de Besançon ou qu'un prieur d'Alaise, frappé de l'analogie de nom entre Alaise et Alise , ait eu la pensée de placer l'image de la sainte dans un lieu redouté du vulgaire, comme un symbole protecteur, on voit des choses plus surprenantes.

Il n'y a pas plus de mystère dans le nom de Itkéa que portent deux montagnes voisines d'Alaise et d'Alise. La langue cadastrale en indique le sens. Il ne s'agit point de la mère des dieux; la Re-lia, qu'on prononce dans le pays Reîa^ signifie un chemin rapide (i). La Bda d'Alaise ou plutôt de Nans est efiectivement le chemin fort raide de Nans à Montmahoux; celle d'Alise est la route romaine en pente au nord-ouest de cette bourgade.

Par ces explications fort simples, l'inconnu, le merveilleux, le grandiose s'évanouit. En résumé, je n'ai remarqué ni au sein du massif ni aux environs aucune tradition qui puisse appuyar le système franc-comtois, pas même un vague souvenir du passé. Les honorables adversaires que je combats ont été trompés à cet égard. Je rapporterai même un propos que j'ai recueilli de la bouche du maire de Sarraz. Quand on le voit arriver à Nans, on dit quelquefois : Voici le maire de la capitale/ Sarraz est la capitale, Alaise est la ville (2).

Ce propos sur l'importance ancienne et relative d'Alaise et de Sarraz n'est pas la confirmation du système : il en est le renversement.

(1) Voyez ce que nous avons dit précédemment de la Bilia, p. 29. Quant à la Relia, la syllabe re exprime, dans l'ancien idiome, une chose difficile ou en pente. Cela est général; M. Delacroix le reconnaît (Alesia, p. 7). Près de Bouclans (Doubs), la route, à une montée longue et rapide, s'appelle la côte au Re-lier, La Pou-lia a le même sens que la Re-lia. A notre frontière sud deux villages sur une route en pehte s'appellent Pou-lia (Pouillat, PoUiat). A Saint-Claude, la rue si rapide qui descend vers la Bienne porte le nom de Poulia, qu'on prononce Poya.

(i) Je m'aperçois que M. Delacroix signale cette habitude. (Akna, p. 6.)

Les lieux dits.

Pour qui n*a pas fait une étude approfondie et comparée de Tancien langage^ il en est des lieux dits cadastraux comme de ces feux errants qui s'élèvent la nuit sur les plaines humides , et qui ne semblent propres qu'à promener au travers des marais et des fondrières le voyageur égaré.

Rien ne rend cette vérité plus frappante que les erreurs de tout genre auxquelles ont donné lieu les dénominations locales dans la question qui nous occupe.

Examinons.

Nous avions dès 1840 , en signalant de concert avec M. le professeur Bourgon et M. le curé d'Amancey le champ de bataille devenu dès lors si célèbre, mentionné avec soin les noms de camp de Mine, camp Cassard , Château-Murger , Château- Sarrasin , cimetière des Gondas , ou des Crétas , et le camp de ChâteathDame-Jeanne. Les historiens de YAlesia séquanaise y ajoutent le camp de Cavalerie , le champ Soldat , le champ de Guerre de Refranche , le champ de Guerre de Coulans , les Gaulardes, Gaulières, Gallois , Malquartier (lieu où le vainqueur n'a pas fait de quartier), le bois de la Foye (la Fuite selon deux interprètes, la Foule selon un troisième) , les Fossés y les Foussures y le champ des Rompus, Iq champ des Enseignes ou des Enseinges, la comhe des Trépassés, le champ de la Victoire, etc. (0.

Ces noms sont en effet remarquables, et je m'étonne peu que les défenseurs d'Alaise aient répété avec M. Delacroix que cette contrée est fabuleusement riche en lieux dits (2) , et qu'ils aient cru voir se refléter dans ces traditions populaires , plus impor-

(1) M. Desjardins, A/esta, p. 10.

(2) M. Delacroix, Alesia, p. 10.

tantes à leurs yeux que celles des textes (i), toute Thistoire du siège i'Alesia.

Cependant des objections très sérieuses se présentent. Comment afSrmer que tous ces noms se rattachent à Alaise et au champ de bataille de César ? Il date de deux mille ans^ et voilà bien des noms français! Et puis^ qui donc a habité la contrée depuis César? Des colons gaulois sans doute. Par quel renversement^ au lieu de dénominations de douleur ou de deuil , le langage des vaincus célèbre-t-il la victoire des Romains?

Faut-il ajouter que le champ Soldat , acheté peut-être il y a cent ans par un soldat rentré dans ses foyers , est un champ de quelques sillons; que le champ de Guerre de Refranche n'a pas plus de deux ou trois journaux; que le camp de Cavalerie n'est qu'une tradition, et que pendant la guerre des Suédois Gabriel de Toledo a séjourné quatre mois à Refranche avec ses cavaliers!

Que d'événements ont pu se passer en ces lieux depuis la défaite de Vercingétorix ! En i^SO, les généraux de Louis XI n'ontils pas, dans une campagne des plus sanglantes, brûlé et ruiné un à un tous nos châteaux forts, et notamment celui d'Alaise (2) ? Au mois d'avril de cette année eflTroyable, dès le commencement de la campagne, la redoutable artillerie du roi de France, parcourant nos villages eflTrayés , ne stationnait-elle pas à Chantrans, village peu éloigné d'Amancey? En 1585, après la victoire de Fontaine-Française, Henri TV traverse en .armes la Franche-

(1) M. Desjabdins, Alesia^ p. 49.

(2) En 1 599, la maison forte d'Alaise, comme nombre d'autres forteresses de nos montagnes, ne s'était pas relevée. A cette époque, dénombrement de la seigneurie d'Alaise par Pierre d*Andelot Signe patibulaire à deux colonnes Plusieurs hommes et femmes et subjects de mainmorte, devant

taille à volonté au seigneur compétent et appartiennent plusieurs bois de

Fossure, à savoir la Cote-de-Loye, d'environ 150 journaux une place ou

souloU estre dressée la tour et maison forte d'Alaise, présentement en rutne» auquel lieu les habitants souloient faire guet et garde. (Nouvelle chambre des comptes. A, 8.)

Comté , somme Besançon et menace Salins dont il reçoit une réponse noble et énergique ; il n'en fait pas le siège ; mais le gouverneur^ qui craint pour nos montagnes^ fait couper le pont d^Alaise ou du moulin Chipré. Les détachements français se répandent dans le plateau^ ruinent et mettent en cendres le pauvre village qu'ils découvrent au milieu des bois. Nouveaux désastres au XVII* siècle^ guerres de Louis XIII ^ invasion de nos montagnes par Tannée de Weymar. Les défenseurs d'Alaise prétendent que les Suédois n'ont trouvé de résistance qu'à Salins et à Besançon (i). Cela est-il bien sûr? Est-ce là toute la jostice qui est due à cette héroïque Franche-Comté ^ qui résista pendant dix ans sans être vaincue^ mais avec perte des neuf dixièmes de ses habitants^ à la France et à Richelieu? Les châteaux forts voisins d'Amancey^ c'est-à-dire ceux d'Ornans^ de Maillot^ de Scey^ de Sainte- Anne ^ de Châteauvieux, ont été attaqués ; mais les Suédois n'ont-ils pas constamment échoué devant leurs murs? Au fort de l'invasion , le canon du château d'Ornans ne célébrait-il pas les victoires de l'Autriche au point que, par représailles, les soldats de Weymar voulaient pendre le maire de la ville, ouverte et sans défense? Et n'ai-je pas lu l'original des lettres du capitaine de Maillot, invincible dans sa forteresse, racontant au parlement de Dole comme il chargeait avec vigueur les troupes du colonel Rose , ou montrait à ses trompettes l'instrument du supplice, haut placé sur les mois, où il pendait ceux qui venaient l'engager à se rendre. Je ne veux pas parler des guerres de Louis XIV, où nos paysans montagnards faisaient une chaude résistance à Louvois, qui les trouvait si méchants I

Dans cette succession d'événements qui eût dû laisser chez ce peuple guerrier des impressions et des traditions si vivantes , qui démêlera sans erreur, parmi les noms qui les rappellent, ce qui appartient aux différents siècles?

(1) Conclusion pour Alaise, p. 87.

FauVil ajouter qxie, dans notre atlas cadastral^ les noms de Quartier, Malcartier, bois de la Fpye onde la Foye, Fourmis ou Fourneaux , Rompus ou Rompu , Enseinges ou Ausanges, se retrouvent à chaque page^ et que^ conune je Tai déjà fait observer^ il y a peut-être dans nos trois départements deux à trois cents nome i^ Bataille?

Les Gœles ou Gaules , terrain de Refranche où Ton rencontre beaucoup de tumulus, ne doivent pas faire plus d'illusion. D'une part^ dans le plan du siège A'Alesia tel que M. Delacroix Ta conçu^ les Gaules de Refranche ne sont pas occupées par les Gaulois^ mais par Tarmée romaine; d'autre part^ ce nom se rencontre assez souvent dans nos dénominations cadastrales sans qu'on puisse rien en conclure; le docteur Pratbemon l'a remarqué douze fois dans l'atlas de la Haute-Saône , et, selon cet antiquaire , il faut peut-être porter ce chifite au double pour ce seul département (!)•

On voit dans les lieux dits moins ce qui y est que ce qu'on veut y voir; et les amis de M. Delacroix ne lui ont-ils pas reproché avec douceur « ce système chimérique qui consiste à X» expliquer un grand nombre de noms géographiques par les » étymologies celtiques , si contestables et auxquelles on ne » peut avoir recours avec quelque autorité que lorsqu'on pos- » sède à fond la philologie comparée W ? »

Cette observation n'est peut-être pas sans fondement ; mais , il faut le dire et je viens d'en fournir la preuve, le reproche est plus facile à faiire qu'à éviter. Et , si l'on veut se persuader davantage du danger de reconstituer l'histoire d'un siège à l'aide des noms et sous l'empire d'une idée préconçue , il suffira de jeter les yeux sur l'extrait suivant du cadastre de deux cantons de nos montagnes assez éloignés d'Alaise, où l'on

(Ij Mémoires de la commission d^ archéologie de la Haute-Saône^ 1837, p. 28.

(S) M. Desiardins, Alesia, p. 9.

retrouvera la plus grande partie des lieux dits qui servent d'appui à la découverte A'Alesia.

CANTON DE VERGIX»

La Minière. — Les Millières.

Clos Belin.

Champ Belin.

Sous le Peu du champ Belin.

Pré Belin. — Pré Belin,

Pré des Murots. — Au Murot. — Les Murots (bois communal).

Lfi Ruine-aux-Chaseaux. — Les Carrons.

Sur Chatey.

Chatelard.

Le Chatelard.

Champ de Chatillon. — Sur Chatel.

Champ du Foumey.

Sur le Foumey.

La Chassagne.

A VArgilla. — A VArgilla.

Champ d'Argillier.

La Bille.

Les Grands Plains.

La Bataille.

Aux Batailles.

Tombois.

Vie de Jules-César.

CANTON DE PIERREFONTATNE.

Champ-Belin.

Age- Belin.

Chatel. — Au Chatelard. — Chatelard.

Champ sur la Tour.

A la Ruine. — Aux Carrons. — Section des Portes^

Buine.

Champs du Murot. — Sous les JUurots.

Les Murots. — Les Murois. — Aux Murs, — Les Murots.

Les Murots.

Champ du Murot»

La Faye, bois. — Sur la Paye.

Ckamp-de-la-Faye.

Grand-Plan.

Grand-Plan,

Grand'Plain.

Au Peu.

Cartier.

Champ-Cartier. — Pré-Cartier.

Sur la côte des Quartiers.

Champ du Fourneau.

Le Fourney.

Côte des Fourneaux.

Au Fourney.

A Fourney.

Aux Grands-Chemins.

Grandes-Vies.

Lenseinge.

Argilles.

A Crehille.

Gey au GalL

Le Gey au Gall (ou aux Galls) quel mot ! quelle bonne fortune ! quelles lumières ! quelles conséquences ! Si ce mot se Mt rencontré dans les campagnes d'Âlaise^ comme ce get (montagne) eût été couvert de troupes gauloises dont une plume ingdnieuse autant que hardie eût décrit la marche^ les combats, la retraite ou la fuite (i) !

(1) J'ai remarqué souvent dan» le cadastre, même dans celui des montagnes du Jura, les mots Gaules, Goulet»

Les Foumey ou Fourneaux (cinq fois dans un seul canton) voilà de quoi allumer autour de Pierrefontaine tous les bûchers romains semés sur la carte du siège A'Alesia. a Les sépultures » romaines^ dit M. Delacroix W, ne laisseront d'autres marques d de souvenir que des noms de bûchers funèbres ! Les Foua- » NEAux , les FouRNET, les FouNEY, aussi nombreux que les 9 faits d'armes de cette campagne, o

Et puis^ ces noms de Quartier indiquent-ils qu'autour de Pierrefontaine les Romains ont fait grâce aux vaincus ^ tandis qu'à Malquartier le vainqueur aurait été impitoyable? La Faye est-elle encore l'indice de la fuite? le Grand-Plan si souvent répété, est-il la planities de César?

Que de retranchements et presque i'oppidum à reconstruire à l'aide des murots si nombreux, des Ruines, des Chatels^ des quatre Chatelards et du Champ de la Tour !

Et Belin, au nom si répété, est-il là moins qu'à Alaise la divinité adorée des Gaulois?

L'Enseinge marque-t»-il moins qu'à Amancey le heu où le Gall vaincu a déposé ses enseignes ?

Argille et Grebille ne sont-ils plus Reginus et Rebilus, ces éternels Ueutenants de César, se survivant par leurs uioms dans tous les heux de la Franche-Comté ?

Comme nous avons précédemment exphqué les noms de Val- LIBRES, GoNAT, MouNiOT (2), Gaules, il ue reste plus que certains noms de guerre et de combats dont nous avons signalé la plupart dès 1840, et qui, sans ajouter rien à la vérité de ce grand champ de bataille, n'ont rien de décisif pour en déterminer l'époque»

Nous en avons fini avec cette preuve ou plutôt cette séduction des lieux dits, et si nous y avons insisté, ce n'est pas pour faire parade d'un triomphe facile sur des hommes fort élevés

(i) Aima, p. 41. Voyez aussi la carte qui termine l'ouvrage. (2) Un titre de 1602 appelle ce mont Mounia. Je trouve aussi dans le caastre de Charnay les Champs-Mougna.

d'ailleurs dans la science et qui, étrangers la plupart au pays, n'ont aucun tort de n'en avoir pas étudié le vieux langage; mais pour signaler les dangers de cette méthode infidèle et pleine de hasards, qui égare parce qu'elle séduit, s'adapte à tous les systèmes, même les plus contraires , discrédite la véritable science , et parsdt non sans'raison à ses contempteurs la région des ombres et des chimères !

Fossures. — Campement de Tannée de secours.

Dans les siècles passés , la nécessité d'approvisionner en fascines les salines voisines d'Âlaise et de Myon avait conduit nos souverains à assujettir certaines forêts de ces villages et un très grand nombre d'autres à des fournitures en bois pour la cuite des sels. L'inventaire de l'ancienne chambre des comptes de Bourgogne , déposé à la préfecture du Doubs, contient, sous la lettre S, 1052 et suivants, l'analyse de tous les titres relatifs à cet assujettissement. Ces forêts portaient, dans le langage du XIV* siècle, le nom de Bois de fassure (i), et les comtes de Bourgogne les faisaient visiter par des officiers spéciaux appelés /<!i5seurs, afin qu'aucun détournement ou emploi étranger des fascines à envoyer aux salines ne compromit le service de ce riche et important domaine.

(1) Ce nom, employé dans les actes du xy^ siècle, était encore en usage au XTii«. « Lequel chemin tire contre Bartherans, Myon, Echay, Palantine, Gouz » et autres villages , est bien difficile et de mauvais accès aux chariots, à » raison de plusieurs rochers étant en plusieurs endroits... fort fréquenté par » les chariots, à raison de plusieurs f assures estant de ce coustel, etc. — Plus » haut que le lieu de Lanquetine, dedans la forest de Fertans et de Chalon, il y « a un chemin tirant au village de Sarraz, lequel est fort fréquenté des chariots » conduisant aux saulneries, à cause de plusieurs fossures qui sont de ce » coustel, etc. > (Procès- verbal constatant en 1602 Tétat des chemins qui conduisent aux sauneries de Salins.)

De nos jours la liberté a triomphé de ces vieilles servitudes : nos salines , récemment aliénées , n'appartiennent même pins i TEtat. Mais les anciens usages^ par cela senl qu% étaient extraordinaires^ ont laissé dans les dénominations locales des traces profondes; les f assures se retrouvent souvent dans tout . le périmètre de SaMns^ notamment à Etemoz^ à Myon^ àFlagey^ à Bartherans^ à Liesle, et même dans un rayon plus éloigné (i).

n était facile de se tromper sur la filiation de ce lieu dit ; toutes ces f assures, regardées comme des fossures ou fossés ^ ont été indiquées sous ce nom sur la carte du siège A'Alesia. C'est sur cet unique et frêle appui^ ou plutôt sur cette évidente méprise, qu'est basé tout le campement de Tarmée de secours (2). 240,000 Gaulois, pleins d'énergie, auraient tracé au nord-ouest d'Alaise d'immenses fossés sur une étendue de deux lieues, et, malgré l'abri des forêts, on n'en apercevrait plus aucune trace !

La médaille de Vercingétorix.

M. Sauvadet, contrôleur des contributions directes à Mpntpellier, est possesseur de cette médaille. Il ne l'a point achetée à Alaise , et ne connaît pas celui qui Ty aurait découverte. M. Sauvadet m'écrit, le 13 juin 1859, qu'il a reçu ce statère d'un ancien receveur de l'enregistrement habitant Dole, qui le lui a donné en disant Tavoir acquis dans le temps à Pontarlier comme provenant d'Alaise, d'après l'assertion du vendeur.

(1) Le cadastre en fait foi. A Eternoz, Sur la Posture; à Bartherans, les Fossures^ bois communal; à Liesle, la Fassure, bois; Essart-de-la-Fassure ; à Lavans, la Fessure; à Echay, Bois-de-la-Fossure» nom qui est altéré.

(î) € En regard d'Alaise, ils tracent les Faussures, depuis le territoire de » By jusqu'à celui de Cessey, sur près d'un myrîamètre de développement. » (M. Delacroix, Alesia, p. 83.)

L'ancien receveur est mort, le vendeur inconnu, la provenance obscure. Personne n'en a conservé de souvenir à Alaise, et cependant la découverte d'une médaille d'or fait toujours quelque bruit dans un village pauvre, où l'on n'en rencontre pas.

Mais il est une circonstance tout autrement grave : M. le docteur Germain, possesseur d'une collection très curieuse, recueillie en Franche-Comté et surtout aux environs de Salins qu'il habite, m'afltonait récemment que la médaille de Vercingétorix lui avait été oflTerte, dans le temps, comme provenant d'Arinthod (Jura) ; que le prix de 25 francs l'avait fait hésiter, et que le marché ne s'était pas conclu; que, plus tard, il aurait consenti à en donner ce prix, mais que le possesseur s'en était dessaisi et avait déclaré que. la médaille se trouvait à Montpellier.

La poterie Alesi et les meules en lave d'Auvergne.

Un système ne peut captiver la raison et s'emparer de l'opinion publique qu'autant qu'il est conforme aux faits et fortement lié dans toutes ses parties.

En bâtissant sur les rives du Lison une cité romaine, le savant architecte de la ville de Besançon était contredit par toutes les ruines du plateau.

Celles d'Alaise et de Sarraz réunies ne sont pas égales à celles de Château-Mipoux et des Egliseries. Elles sont dix fois plus petites que les débris romains de Scey, de Menarbey, du pied occidental de Poupet, ruines de la même circonscription qu'Alaise.

S'il est une chose démontrée aujourd'hui, c'est qu'Alaise n'a jamais été une ville romaine, même d'un ordre inférieur. Nous l'avons dit : sur quatre défenseurs du nouveau système, trois

combattent cette hypothèse^ et je ne sais si le quatrième y persiste.

D'après ces notions, quelle est la valeur de la poterie portant rinscription Alesi?

C'est un fond de pot trouvé dans un tombeau (i), à quelques centaines de mètres ouest du clocher d'Alaise, et dans lequel un petit carré creux présente quelques lettres rangées sur deux lignes. La poterie est d'une pâte rouge, fine, incontestablement gallo-romaine. Quant à sa date d'origine, le vase peut être du iw siècle, même du iv«, ou d'une époque postérieure.

Gomment donc! Alaise n'a jamais été une ville romaine, Vépoque romaine n'y a jamais superposé son empreinte; et en même temps, ce lieu, que je ne sais plus comment définir, avait, nombre de siècles après César, des potiers gallo-romains, et ces potiers estampillaient les vases du nom de la cité, et Ton compare ce nom à celui de Mandura, inscrit sur les poteries de Mandeure, la seconde de nos villes romaines pour l'étendue et la magnificence (2) !

Quelle harmonie y a-t-il dans les diverses parties de ce système?

Un mot répond à tout. L'inscription est en partie illisible. Sur trois lettres dont se compose chaque ligne, il manque la dernière lettre à la première ligne, et à la seconde ligne la première lettre.

Quant aux débris de meules en lave d'Auvergne, ils ne prouvent point la présence du chef des Arvernes sur les bords du Lison. Il faudrait expliquer d'abord auquel des siècles représentés par les tombeaux appartiennent ces débris, et ne pas oublier d'autre part que de semblables meules ont été trouvées

(1) Cette sépulture était entièrement semblable à un tombeau du voisinage renfermant des tuiles romaines.

(2) Tombelles d'Alaise. (Recueil de la Société d^émuMlon du Doubt, 4858, P. 580.)

-Bisous le sol à Besançon, place du Palais. Le commerce les avait apportées dans cette ville.

Champ de bataille et tombeaux.

L^auteur de la Conclusion pour Alaise a posé la question avec une grande netteté :

a n 7 a^ dit-il^ dans Fancienne Séquanie un lieu dont le nom » actuel est le calque du nom latin Alesia. Ce lieu est une ville » celtique. Tout ce qui l'environne annonce qu'il a été assiégé » dans les règles de Fart, qu'on s'est battu , qu'on s'est tué » dans son pourtour. Au-dessus est l'emplacement d'une grande D bataille^ un plateau à peu près inabordable de tous les côtés^ 2) au bout duquel le monde semble finir ^ ou des armées n'ont

J> PU SB RENCONTRER QU'A l'OGCASION DE LA YILLE QUI EST A SES

» PIEDS. Des vestiges de retranchements^ des sépultures sans » nombre, des antiquités tirées de ces sépultures, prouvent que

D LA BATAILLE A EU LIEU ENTRE LES ROMAINS ET LES GAULOIS, à

» une époque où ceux-ci n'avaient encore perdu ni leurs arts ni » leurs usages. Les Romains n'avaient pas porté leurs armes en » Séquanie avant César; après César la civilisation gauloise n'a » pas subsisté plus d'un quart de siècle, et il est certain que, » pendant ce laps de temps, la Séquanie n'a été le théâtre ni » d'une grande bataille ni d'un siège comparé à celui de Nu- » mance par la difficulté de son entreprise. C'est donc dans les » Commentaires de César que doit être l'application des événe- » ments qui se sont passés là. — Voilà ce qu'il me suffisait de 2> dire, et ce qui justifiait ma conclusion, qui est certaine de la » certitude que porte avec soi le fait le mieux prouvé (i). »

(1) Conclusion pour Alaise, p. 93-94.

Ce raisonnement est le livre tout entier, etTauteur y attache la pins grande confiance. Rien de plus fort en effet ne peut être dit en faveur d'Alaise. C'est le nerf de la question , et on n'y a pas répondu.

Il y a trois points dans ce raisonnement :

Alaise est une ville celtique.

La bataille a eu lieu entre les Romains et les Gaulois.

Elle ne peut s'expliquer que par VAlesta de César.

J'ai discuté le premier de ces points , et je conteste les deux autres.

La bataille a eu lieu entre les Romains et les Gaulois/

Où est la preuve d'une afSrmation si précise et si grave à la fois ?

a n faut, ajoute l'auteur, constater la présence des sépultures » romaines : il y en a. Bien différentes des sépultures gauloises, » elles consistent en un amas d'ossements brûlés parmi lesquels D on ne trouve aucune arme, mais seulement des dents de san- » gliers, et des fragments d'une poterie que ceux qui l'ont vue » appellent étrusque. (Lettre de M. le curé d^Amancey,) Le nom » de fours appliqué à tous lestumulus, tant sur le plateau » d'Amancey que sur le massif d'Alaise, vient sans doute de ce B qu'un certain nombre, ouverts dans les temps anciens, ont D présenté de semblables résidus de combustion (t). »

Les mêmes noms servent à M. Delacroix à retrouver les sépultures romaines sur ce vaste champ de bataille, a Elles ne laisseront, dit-il dans le passage déjà cité , d'autre marque de souvenir que des noms de bûchers funèbres : les Fourneaux, les Foumey, les Founey, aussi nombreux que les faits d'armes de cette campagne (2). b

Je l'ai déjà prouvé : rien n'a moins de valeur que cette dénomination. D'un bout de la Franche-Comté à l'autre , elle ap-

(i) Condunon pou^ Alaise, p. 91 .

(2)ille«ia, p. 41.

parait partout dans Fatlas cadastral ; prenez les cantons les plus voisins d'Alaise, prenez les plus éloignés, vous trouverez partout les noms de Foumey et de Fourneaux, sans que jamais ils vous mettent sur la trace d'une sépulture. Ce serait trop de tombeaux romains. Il ne faut pas en voir partout.

Mais il est à l'appui du système franc-comtois une circonstance beaucoup plus décisive. Des fouilles récentes (27 septembre 1859) auraient fait reconnaître à Ghassagne, au nord d'Amancey, à deux kilomètres des grandes sépultures celtiques, un immense tumulus de soixante mètres de circonférence, et, à l'intérieur, non des armes ou des ornements, mais des cendres, du charbon, des ossements , en un mot le rit romain pur et simple.

Ne discutons point : je crois qu'il y a dans ces campagnes des sépultures de l'époque romaine , mais mon doute n'est pas dissipé, car il faudrait prouver, ce que je regarde comme impossible , que toutes les sépultures qu'on y rencontre sont de la même époque.

Or, le contraire n'est pas seulement probable, il est démontré et avoué.

Avant ISIiO on avait recueilli dans le tombeau appelé CMteau'Sarrazin y voisin d'Amancey , des médailles romaines postérieures à César (i).

Dans l'intérieur du massif^ le même fait se manifeste ; à côté de Sàrraz, la partie supérieure d'un tombeau à base celtique renfermait des médailles de Marc-Aurèle et d'Antonin, et des fragments de verre de l'époque gallo-romaine.

A cent mètres du clocher d'Alaise, sur un tertre appelé Scey^ un tombeau ouvert en i 858 a rendu à la lumière des tuiles à rebords.

Un autre du même lieu laisse apparaître la poterie rouge et fine sur laquelle on a cru lire le nom A'Alesi , poterie qui ,

(i) Elles sont dessinées au bas de la gravure du champ de bataille d'Aman* cey. (Voyez mon^Mat mr l'Histoire de la Franche-Comté^ t. 1er.)

comme les tuiles^ est très certainement postérieure à la conquête.

Ces sépultures ne dépendent certes point du champ de bataille celtique , et il est impossible de prouver ce prétendu mélange de tombeaux gaulois et de tombeaux romains contemporains de César ^ base du système que je combats.

Où donc est la preuve de ce fait nécessaire : que la bataills est unique, et qu^elle a eu lieu entre les Gaulois et les Romains?

On ne Ta pas dit encore; mais tous les faits constatés peuvent s'expliquer par le voisinage des salines^ disputées avec achajv nement entre les Séquanes et les Germains. Je crois que c'est là le secret de Ténigme.

Salins est le grand trésor salifère de la Séquanie. Dans la Gaule orientale , aucun établissement de cette nature , sous les Romains comme au moyen âge^ n'a joui d'une pareille renommée.

La nation des Séquanes le posséda d'abord y puis le fisc romain , puis les premiers rois burgondes , plus tard nos comtes de Bourgogne, dont les sauneries étaient le plus riche domaine.

Les peuples de la Franche-Comté^ ceux des contrées voisines^ le duché de Bourgogne, la Suisse, s'approvisionnaient aux salines.

Leur renommée apparaît au loin. Dans nos montagnes du Doubs, dans le haut Jura, sur les bords de l'Ain, à dix, quinze^ vingt lieues, les routes romaines dirigées vers ce centre important s'appellent Vies des Saulniers ou Voies de Salins.

Salins est aussi l'un des grands passages de la plaine à la montagne.

Rien de plus remarquable que ces vingt routes romaines convergeant, dès la plus haute antiquité^ vers ce centre salifère. Je ne sais si Besançon mème^ la métropole séquanaise, le magnum oppidum dont parle César et qu'il décrit , ofl&re un rayonnement aussi multiplié de voies de communication s'échappant du même point ou y aboutissant.

L'argument est irrésistible. Si vingt routes romaines abou-

tissent à Salins ^ ses salines étaient en pleine exploitation sous le règne des Césars.

Mais ont-elles été en activité i Tépoque celtique ?

Strabon nous apprend que les peuples gaulois se nourrissaient de lait et de viandes de toutes sortes^ surtout de la chair de cochon fraîche ou salée. Il peint leurs grands troupeaux de porcs d'une stature^ d'une vigueur et d'une célérité extraordinaires^ passant la nuit dans les champs. Ces troupeaux de porcs étaient tellement nombreux , qu'ils fournissaient de soies et de salaisons non-seulement Rome^ mais encore toutes les contrées de

l'Italie (1).

Observez que Strabon, qui vivait du temps d'Auguste et de

Tibère , donne , pour les produits salés , le premier rang aux

salines séquanaises : Ex Sequanis optima suilla salsamenta perfe-

runtur.

Cette renommée commerciale^ cette habileté de préparation^ n'annoncent-elles pas la haute antiquité de nos salines^ et ne nous amènent-elles pas^ par une indication décisive^ jusqu'au temps de César^ et probablement à un temps antérieur?

D'accord avec Strabon , nos plus vieux débris séquanais déposent du prix singulier que nos pères attachaient^ dans les usages privés ou publics^ au porc domestique ou sauvage. Le sanglier peuplait nos grandes forêts de chênes; son image figure sur nos monnaies ; ses défenses, percées d'un trou et suspendues par un fil de bronze, ornaient la tête des chevaux et la poitrine des guerriers. On les retrouve partout dans nos tombeaux. On ne fouille pas le sol de Besançon sans en rencontrer à chaque pas; et, dans son vaste cimetière gaulois dont les sépultures entassées par étages superposés se terminent au règne

(1) Cibus plerumque cum lacté est et omnis generis camibus, maxime suillis cum recentibus tum salitis; sties eiiam in agris pernoctant altitudine, robore et ceUritate prœstantes... tam copiosi sunt iispecudum et suum grèges^ ttf sagorum et salsamentorum non Romœ tantàm suppeditent , sed omnibus partibus Italiœ, (Strabon, IV.)

de Claude, c'est-à-dire au milieu du premier siècle de notre ère, on a exhumé en grand nombre ces trophées de chasse et de guerre mÈlés aux perles des coUiers et à la cendre des Gaulois (1).

Salins est tout un monde celtique, récemment étudié. Les plus anciens dieux de la Gaule, Guyon, Bel ou Belin, ont laissé dans les dénominations locales l'empreinte de leur culte tout autrement marquée qu'à Alaise. Celte roche escarpée si voisine de Salins et dont les murs frajfpent les regards , c'est l'un des plus célèbres châteaux de la Franche-Comté, le châtel de Belin; au-dessous est Châtel-Guyon ; dans la vallée, au bord de la Furieuse, vous voyez encore le champ Belin.

Sur les bords de cinq ou six des toutes qui aboutissent -& ïa gorge profonde où Salins est caché, vous trouvez les hacheff de bronze ou de pierre verte en serpentine 1*), tant l'origine de ces salines remonte à une haute antiquité. Je n'ai remarqué cette circonstance singulière, à un degré égal, dans aucune de noff' villes antiques. Ce mont si élevé qui, à dix ou quinze lieae^ de distance, annonce aux yeux la gorge de Salins, et que les Celtes appelaient le mont rapide oa Poupet, n'est pas seaU'^ ment signalé par une tour romaine recelant dans sa maçonnerie une médaille deTrajan; on a trouvé sur le point col-

ll)ErH859,o ■ie Sainl-Jcan, e

:rouvû |)lu5 de trente de ces iJèTensea prés de Ja cattiëdrale

relï cliapelle \

iril-Dani

le la Providence,

village, sur le bord de la roule q^iii conlturne le monl de rhâiel-BeliB; *- t Amondans, villujje qui dumlne lu route de Salin; , hpche en piètre; -^'^ ifh Cbupelle, village sur uneanlre route, celts en bronze dessinés par H. HolffllEiif lAnnuain du Jura, 1B13);— haches en hroDzeelfragmcnl^celliquesdu mont Poupel, dessinés taHme Annuaire. 1S40. — J'ai vu chez M, le docteur Gu'intîn d'autres liaches en pierre trouvées non Itin de -Salins, tant à Cuvier stSatnt- Tbiébnud, au |>ied ouest de Poupel, que près ds la grange de Cliamaj'. Cet lionorable archéologue m'u assurÙ! qu'aux environs de Clucy, ailué â la mfiM ' liauleur que Cbâtel-Belin, ces pierres celliquc! étaient si connues qu'on s'w sttctnit (loiir pierres à rnoir.

(1) Pout rapide; pgf, montagne. Je Tai fait observer ailleurs. Dans notre ancien idiome, une route rapide s'appelle Poulia, BuUet s'est complètement trompé sur Tétymologie du nom de Poupety qu'il attribue à un petit lac du haut de la montagne. {Dictionn. celtiqtiôf I, p. 143.) Nous avons dans le Jura d'autres élévations du nom de Poupet^ notamment à Yescles. Croupet , ancien chitetu du même département, a une origine analogue.

(2) Non SQlùm in omnibus eivitatibus atqw in omnibus pagis partibusqùèj sedpfini etiam in singulis domibus, faetiones sunt.,., (De Bello gall., vi, 11.)

(9) AUemm equitum genus. Si, cùm est usus^ atque aliquod béUum evenii, quod ante Cœsaris adventum ferè quotannis aecidere soUbat^ ate« ffH Bello gaUico, vi, Ift.)

minant ou sur les flancs de la montagne des celts en bronze (i). Toutes ces «irçonstances , le témoignage de Strabon, la route gauloise de la Lanquetine, ce champ ou ces champs] de bataille des Celtes , ces abords fortifiés avec tant de soin et dès les siècle» les plus reculés , tout me semble d'accord pour révéler dans Salins le grand établissement salif ère de la Séquanie avant

la conquête.

Montrons maintenant pourquoi et comment cet important trésor, convoité par les peuplades guerrières et avides, galliques ou germaines, a pu être attaqué et disputé avec acharnement à diverses époques , même antérieures- à la conquête romaine.

Ici nous avons un guide, c'est César. Ses Commentaires laissent, pour les temps qui ont précédé, beaucoup d'événement^ dans le silence, mais ils en disent assez pour qu'on puisse en || deviner toute l'histoire.

Ouvrons le premier livre :

Quel est le droit reconnu dans la Gaule? Celui du plus fort.

La loi commune ? La guerre.

L'habitude générale des peuples de la Celtique , des cantons, des familles? Les divisions les plus achatnées (s).

Une cause de possession juste et légitime? La conquête^

Avant l'arrivée de César, il y avait , règle générale, guerre chaque année entre les peuples de la Celtique W. , Les Helvètes gémissaient de la hauteur du mont Jura, qui ne *

fk

leur permettait pas de porter la guerre chez leurs voisins les Séquanes aussi souvent qu'ils l'auraient voulu (i).

Mais voici des faits d'une tout autre gravité :

La Séquanie n'était séparée des Germains que par le Rhin ^ de la province romaine que par le Rhône.

D'un côté^ les Séquanes se laissaient pénétrer par la civilisation romaine. César trouva à Besançon des marchands^ ces artisans d'amollissement et de faiblesse (2); d'autre part^ nos contrées avaient sans cesse à se défendre contre les Germains.

n raconte à cet égard des choses bien curieuses : qu'autrefois les Gaulois étaient plus braves que les Germains^ et qu'ils portaient alors la guerre et leurs colonies au delà du Rhin (3); mais que le voisinage de la province romaine et la connaissance des choses d'outre-mer (qui parvenaient chez nos pères par Marseille et les fleuves)^ avaient introduit chez eux l'abondance et des usages étrangers ; qu'aussi^ peu à peu accoutumés à se laisser battre et vaincus en plusieurs combats^ ils ne se comparaient plus aux Germains en valeur (*).

Pluribus prœliis victi... Ces guerres et ces défaites ont-elles eu lieu en deçà ou au delà du Rhin? César ne le dit pas; mais^ à en juger par les mœurs de ces peuples^ qui peut douter que le plus fort ne se jetât sur le plus faible^ le plus féroce sur le plus civilisé, le plus pauvre sur le plus riche? Tout indique

(i) His rébus fiehat, ut et minus latè vagarentur^ et minus facile finitimis hélium in ferre passent. (De Bello gallicOj I, 2.)

(2) Mercatores,,. ea quœ ad effeminandos animas pertinent, important, {De

Bello gallico, I, i.) Dum (Ccesar) paucos dies ad Vesontionem moratur,,..

vocibus mercatorum. {Ibid.y i, 38.)

(3) Fuit anteà tempus eum Germanos Galli virtute superarent, et uUro hélium inferrent f etc. (De Bello gallico^ yi, 24.)

(4) GaUis autem Provineiœ propinquitas, et transmarinarum rernm noHtia^ mulfa ad copiam et usus largitur, Paulatim assuefacti superari , muUisque victi prœlii$t ne se quidem ipsi cum illis virtute comparant. (De BéUo gallico^ VI. 24.)

donc que partie de ces combats eut lieu en deçà du Rhin , et par conséquent sur le territoire des Séquanes.

César dit une chose décisive : c'est que les Helvètes^ séparés aussi des Germains par le Rhin^ se battaient presque tous les jours^ soit en portant la guerre en Germanie^ soit en défendant leur propre territoire contre les Germains (i).

Si ces barbares envahissaient sans cesse le pays des Helvètes^ le plus brave et le plus pauvre des peuples gaulois , comment n'auraient-ils pas porté la guerre dans le territoire des Séquanes^ que César appelle le plus riche champ de la Gaule : optimus ager Galliœ ?

Le sel est une substance nécessaire à tous les peuples pour les usages quotidiens de la vie^ pour la nourriture des bestiaux^ cette richesse des Germains W, pour les expéditions de guerre^ où la viande salée des approvisionnements se transporte bien plus facilement que les troupeaux. L'histoire nous apprend combien le sel était apprécié des barbares^ et Ammien-Marcellin peint les Alamans et les Burgondes constamment en guerre pour la possession de salines situées en Germanie (8).

Et Ton s'étonnera que vingts trente^ quarante^ soixante ans^ plus ou moins^ avant César , les plus précieuses de nos salines séquanaises aient pu tenter l'avidité des peuples celtes^ germains ou autres^ qu'on se soit battu à outrance aux environs^ et que les routes^ les abords des gorges^ dans la partie montagneuse de l'est et du nord^ soient couverts de fortifications^ de camps^ de retranchements et de sépultures ! ! !

Voilà pour l'époque celtique.

(1) Helvetii reliquos Gallos virtute prascedunt; quod ferè quotidianis PRiELiis eum Germanis eontendunt, CUM ÂUT SUIS FIMIBUS ËOS PROHIBENT, etc. (De Bello gallico,i, 1.)

(2) (Armenta) solœ et gratissimœ opes sunt. (Tacite, Mores Germ., V.}

(8) (Burgundiones) salinarum finiumque causa Ahmanis sœpèjurgàbanL (Lib. xxYiii.) Guvier prétend que ces salines étaient à Saltz, près de la montagne de Fogelsberg, d'où sort la rivière de Sala.

Que, plus tard et bien des siècles après la conquête, au milieu des invasions germaniques des m*, iv* et v* siècles, lorsque notre frontière du Rhin était sans cesse franchie par les Alamans et les peuples du Nord , lorsque la Séquanie, parcourue, dévastée, mise à feu et à sang , voyait les ruines s'amonceler sur son sol, les campagnes d'Amancey et d'Alaise, ces retraites si bien fortifiées d'escarpements et de rivières, aient encore servi d'asile et de refuge, que de nouveaux combats s'y soient livrés sur le chemin des salines, qu'on y ait creusé de nouveaux tombeaux, enfoui avec les morts des armes et des médailles d'une époque très postérieure à César, et qu'aujourd'hui, sur les bords de tant de routes antiques, ces ossements, ces débris de siècles si divers, se retrouvent mêlés à la poudre des sillons et à la terre des tombeaux, il n'y a rien en cela que de naturel, rien qui ne concorde avec les faits; mais rien qui ne s'explique sans Alesia et César, et la preuve alléguée avec tant de confiance s'ébranle, s'anéantit et reste toujours à recommencer.

Ce n'est pas tout : on serait dans l'erreur si l'on pensait que la chute de l'empire romain (474), et la possession définitive du Jura par les Burgondes, aient mis fin, dans les contrées voisines de cette frontière et des salines séquanaises, aux combats et aux dévastations. Il restait à ces terres chrétiennes des ennemis acharnés, les Alamans, qu'on peut appeler les destructeurs de la province séquanaise; ils en avaient dévasté les campagnes et ruiné les villes W. Ces hordes féroces et païennes avaient fini par s'établir sur la rive droite de l'Aar , et même avaient porté leurs possessions jusqu'au mont Jura et jusqu'au val de Miéges, voisin des salines.

Vers l'an 500, la Vie de saint Eugende, second abbé du monastère de Saint-Claude, les peint cantonnés dans ces régions, embusqués dans les forêts et sur les chemins, et se jetant à l'improviste sur les convois de sel et sur les voyageurs qu'ils massacrent (2).

(i) Voyez DuNOD, 1. 1, p. 43 et suiv.

(2) Dum diros metuunt ao vicinos Alemanorum incunus, qui inopinatU

Un siècle après^ le biographe de saint Colomban les montre en possession de la partie méridionale des Vosges et se livrant en groupes nombreux aux mêmes brigandages (i).

Après la bataille de Tolbiac^ ils sont refoulés au delà de TAar^ mais ils n'en deviennent que plus acharnés^ et^ en Tan 6i0^ ils se jettent en masse sur le diocèse d'Avanches^ à Torient du Jura, et mettent tout à feu et à sang (3).

Ce n'est pas là l'histoire complète ; mais^ dans la nuit de ces temps sans historiens, ces lueurs imparfaites laissent entrevoir pour les contrées jurassiennes, aux iv«, v«, vi« et vu* siècles, des désastres effroyables.

Ces faits posés, qui s'étonnera qu'on se soit battu à outrance et bien des fois dans ces lieux devenus si célèbres? Ily a d'excellentes raisons pour qu'il en soit ainsi, et ces raisons ont duré des siècles. Vous remontez jusqu'au temps de César, je remonterai plus haut encore ; et, sans opposer à l'archéologue qui se recueille en face des débris si curieux et si habilement recueillis dans le musée de Besançon, ni les contradictions des savants, ni les incertitudes de la science, je lui dis :

Vous voulez que ces sépultures soient celtiques , je l'admettrai avec vous , même pour le plus grand nombre, si vous le voulez. Savez-vous de quel siècle elles datent? Connaissez-vous

viantibus solerent irrtiere, ad mortem vitandanij è limite Tyrrheni maris, potiùs qmm de vicinis Heriensium locis, coctile decemtmt petere sal : hoc totum utfieret^ et consilium et ordinatio beati viri persuaserat, (Bolland., I, p. 52.) M. Bécbet montre très bien que le territoire des Hériens est la vallée même de Salins. (Recherches sur Salins, I, p. 20 et suiv.] — Voyez aussi M. DE Belloguet, Questions bourguignonnes, ouvrage couronné par l'Académie des inscriptions, p. 188 et suiv., et Carte dupremier royaume de Bourgogne, p. 42 et suiv.

(1) Cùmque haudprocul abiisset, audit vocem Suevorum multorumper avia ûberrantium, qui eo in tempore iisdem lacis latrocinia exercebant, (Jonas, Yita S, Columbani.)

(2) Fredegar., Chronic, 37.

assez cette Gaule ^ si peuplée même dans ses montagnes (i) avant Tamyée de César^ et où il n'a amené ni les trafiquants romains^ ni le commerce^ ni l'activité des péages ^ ni les usages d'outre-mer^ puisque tout cela existait avant lui^ pour affirmer avec certitude ce qu'on rencontrait alors dans nos contrées de civilisation au moins commencée^ et pour reconnaître que ces débris ne sont pas de cette époque. Il y avait^ cent ans avant la conquête romaine^ des Helvètes^ des Eduens^ des Germains constamment en guerre. Ne sont-ce pas là les traces de leurs combats?

Voilà y dites-vous^ des sépultures germaines ; ces plaques minces et ornées de dessins^ représentant comme une série de lettres H^ sont les mêmes que celles de la Scandinavie. Rien de mieux^ mais de quelle époque sont-elles ? Datent-elles de César ou des invasions germaniques?

Vous m'opposez encore les sépultures romaines! Justifiez qu'elles sont contemporaines de César ! Et comment faire cette preuve quand il est constaté que nombre de ces tombelles sont de deux siècles au moins postérieures à César?

Cherchez bien^ vous trouverez partout deux ou trois époques^ soit dans les tombeaux y soit même dans les retranchements ; ici^ Chataillon^ aux cabordes gauloises y aux vallum de pierres ; là l'enceinte carrée de Château- Dame-Jeanne, dont les levées de terre^ supportées intérieurement par des murs^ récèlent des briques romaines W.

(t) Propter hominum muUUudinem , dit César en expliquant la cause des colonies gauloises outre-Rbin. (De Bello gallico, yi, 24.) Pro multitudint hominum f dit-il encore en pariant des Helvètes et de leur stérile territoire. (/Wd., I, 1.)

(2) Lettre de M. le curé d'Âmancey à M. le président de la Société d'émulation du Doubs : « Château-Dame-Jeanne est un carré long d'environ 60 à » 80 mètres de cbaque face. Les murs, très épais, aujourd'buî couverts de » gazon, forment un môle qui laisse bien voir Tenceinte. En 1838, j*ai fait » creuser au pied du mur ouest , et on y a trouvé des fondations en briciue » romaine, etc. »

Restez , si vous le voulez^ dans Tépoque celtique : vous me montrez Alaise^ je vous montre Salins. ^ 4

Entre Tun et Tautre le doute n'est pas égal. Le fût-il y le doute n'est pas une démonstration^ et c'est une démonstration qu'il nous faut.

Conelnfllon.

Ma tâche est terminée. Si de modestes mais patientes études sur la Franche-Comté antique ne m'ont pas trompé^ Alaise n'est point Alesia. Trop déprécié et trop exalté à la fois ^ son massif escarpé n'était point un désert inconnu à l'époque des Celtes, mais il n'était point non plus Id^prcecipua Celticœ sedesy la mater urbium. Par ses routes, par ses tombeaux, par ses fortifications, on 7 reconnaît l'une des avenues gardées et disputées de la grande saline des Celtes séquanais. Le sang a coulé dans le massif et autour du massif; les combats se sont renouvelés^à diverses époques parfaitement empreintes dans les castramétations et les sépultures. Ses champs sont le passage d'une route antique, appelée encore, il y a deux cent cinquante ans, l'un des grands chemins de Salins, chemin dont l'importance était encore si grande en 1595 que, lorsque l'armée française était devant Salins, le gouverneur de Bourgogne faisait couper le pont du moulin Chipré , qui aurait livré à l'ennemi l'accès de nos montagnes (i).

Les Celtes ont connu et gardé ce passage. La route à l'entrée

(i) Voyez suprà la note p. 50.

nord du massif était protégée par deux petites fortifications (Châtelet et Chataillon); on les a prises pour les débris d^une grande ville^ comme on a cru yoir dans Ta^oident géologique du Mmniot, Varx ou la citadelle de la cité; dans les Temples et le CkamjhBelin, dont on trouve le nom partout 0), la région sacrée du pays.

La même erreur s^est reproduite vers Test, sur la rive opposée du Ldson^ à l'extérieur du plateau. On a vu dans le camp de Mine, qui garde deux routes antiques de Salins^ le camp supérieur de César^ et dans la ligne de pierre ou retranchement dominant la gorge de Refranche^ un fragment de ses contrevallations.

Le massif conserve fidèlement l'empreinte de Tépoque galloromaine. Des tuiles à rebords sont semées en deux endroits^ surtout au bord de la route qui arrivait du pont de Chipré. Comparez ces débris aux ruines si nombreuses de cette circonscription de nos montagnes^ la faible étendue de celles d'Alaise est la plus forte démonstration contre Thypothèse d'une ville au sein de ces forêts.

Ainsi^ à aucune époque le plateau n'a été un centre^ c'est un passage; le centre est Salins; les combats invoqués avec tant de confiance ne prouvent rien pour Alaise^ pas plus que le vieux langage sur lequel on s'est mépris; et l'itinéraire antique^ mieux observé^ est contre la découverte un élément aussi lumineux qu'accablant.

M. Delacroix^ malgré son incontestable sagacité^ à laquelle personne plus que moi ne rend hommage^ renverse l'ordre des temps et des faits par ce traita qui termine son travail et qui est le couronnement de l'œuvre hardie dont le monde savant s'est ému et retentit encore :

«Sous le régime féodal, où la guerre était • réduite à des D duels, Alaise, la forteresse herculéenne, la ville de la grande

(1) Voir la preuve à V Appendice.

» stratégie, n'avait plus de raison d*être, on l'oublia. Peu a peu, d la ville de Salins devint un centre pour les populations en- » vironnantes, et hemplaça Alaise (i). »

C'est le contraire qu'il faut dire; dans le système franccomtois. Alaise a remplacé Salins : Alaise, simple détail d'un tout très antique, est devenu le centre de tout.

L'Académie des inscriptions ne s'est donc point trompée, et la commission de la carte des Gaules ne se trompera pas en rejetant loin des bords du Lison VAlesia de César.

Il faut finir. J'ai combattu avec une entière liberté, mais avec loyauté et modération, des adversaires que j'honore et que j'estime, désavouant par avance toute expression qui aurait pu les blesser. Si le système de M. Delacroix est à mes yeux une erreur de premier ordre, c'est en même temps une erreur très heureuse. D'excellents écrits sont nés de cette discussion, à commencer par celui de M. Delacroix. La Franche-Comté, signalée au monde savant comme le pays de l'archéologie par excellence, s'est mieux connue elle-même; une forte et nouvelle impulsion a été donnée aux esprits vers l'étude des temps primitifs de notre histoire, objet de nobles espérances et de légitimes conquêtes.

Si les cultivateurs*d'Amancey, de Cléron, d'Alaise , de Myon et de toutes ces campagnes aujourd'hui si célèbres, perdent VAlesia de César, ils se consoleront par la pensée qu'ils habitent la contrée la plus curieuse de l'ancienne Gaule. Remercions celui à qui nous devons de la mieux connaître. Faisons des vœux pour que de semblables erreurs se reproduisent souvent, et la science historique fera plus de progrès en quelques années qu'elle n'en eût fait peut-être en un siècle.

(1) Alesia, p. 47.

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