ITINÉRAIRE ANTIQUE
Jjo |er.
Salins est le centre des routes, — Leur direction générale depuis Besançon.
Reconstituer l'itinéraire antique avec exactitude y apercevoir par la pensée, nettement et sans confusion^ dans une circonscription donnée ^ le pays comme il était il y a quinze à dii-huit cents ans , classer chaque ruine à sa place , retrouver par des procédés sûrs les tracés antique3 9 tantôt dans les champs où la culture les a effacés , tantôt dans les lignes modernes avec lesquelles i'^ se confondent , parvenir à reconnaître non-seulement les routes principales^- mais oncore ceUes de second et de troisième ordre, c'est une œuvre difficile. Le savoir, l'amour de la vérité, n'y suffisent pas ; un semblable travail ne s'accomplit pas dans six mois, dans un an. D faut que des documents recueillis avec le temps et exactement notés répandent
successivement ^ lentement^ quelquefois après quinze ou vingt ans y la lumière sur ce passé obscur, où les erreurs sont si nombreuses , si faciles, si excusables.
M. Delacroix a retrouvé, avec vérité, le tracé romain du chemin des Aniers, et celui d'Etemoz à Myon ; d* autres lignes qu'il adopte n'ont plus ni la même justesse ni la même précision.
La hardiesse d'exécution, qui est Tun des caractères de la découverte et de l'histoire de la nouvelle Alesia^ se reproduit dans son itinéraire, où ime critique sévère trouve peut-être plus d'affirmations que de preuves. Jusqu'à présent, les savants avaient balancé y pour l'attribution dUAriarica et d'A5toZica, stations romaines, entre Salins et PontarUer. Ces stations sont placées sans hésitation au Souillot de la Ghapelle-d'Huin, sans qu'on sache si cette attribution est confirmée par quelques débris antiques. Même liberté sur l'application de Jjyposagium, indiqué pour la première fois à la Poissenotte du mont Domage, entièrement dépoiurue de ruines. A la lente observation des faits on substitue une méthode plus prompte : le cadastre de la Franche-Comté fournit à profusion les appellations de Milliéres, Millery; elles servent à tracer les routes voisines d'Alaise, ce nom indiquant sur leurs bords d'anciennes bornes milliaires aujourd'hui détruites.
C'est surtout par ce procédé, trompeur à notre avis, que l'itinéraire d'Alaise, entièrement reconstitué, donne comme résultat un réseau complet de voies antiques, dont le massif d'Alaise était le centre.
En voici la direction :
(c Plusieurs routes partaient (dit-on) d'Alaise : la Pérouse, ou che- » min du Ly, par le défilé de Camp-Baron, ayant pour direction la » vallée et les côtes de Salins (1) ; une Pérouse par By et la Chapelle^ » dans la direction de Gtozon et de Chalon; les routes de Ceàsey et » d'Osselle, dans la direction de Mantoche, avec une bifurcation vers » Besançon; la Pérouse par Refranche, Coulans et Etemoz, vers » Pontarlier; le cheinin des Aniers, par Etemoz, Amancey, Montge-
(1) Dans la pensée primitive de la découverte, la Lanquetine était bien, oa le voit, la route de Salins, eomme nous l'avons ^abli.
» 90je, Etalans^ dans la direction de Mandeure. L^une de ces routes, » ceHe de Refiranche et d'Ëtemoz, passait sous Alaise, plutôt que par » Akdse, ainsi que Tindique une série de lieux dits semés de Déser- » TÎUers à Gessey : la Miluèrb d'Ëtemoz, le BIillbrt de Goulans, le » M111.LBT de Re&anche, le Millet de Doulaise, le BIillert d'Echay, » les ROUTES de Rouhe, Bourousse, les routes de Gessey. Le tracé de » ce chemin était préférable, sous le rapport de T économie et des » pentes, à tous ceux qui franchissent aujourd'hui le plateau d'A- » mancey (1). »
Nous r avouons, cette dernière voie, comme plusieurs autres, étonne ceux qui ont étudié les lieux.
On annonce une carte itinéraire, où plusieurs chemins, partant de la Saône supérieure, viendraient se réunir dans la gorge de la Lanquetine. Nous croyons cette carte d'une exécution difficile ; elle ne serait pas conforme à la réalité.
Pour qu'on ne nous reproche pas de substituer des' lignes arbitraires aux tracés que nous récusons, et comme l'itinéraire antique nous parait être contre le système franc-comtois une objection sans réplique, nous allons, en indiquant chacune des lignes de notre carte, faire conncdtre les preuves qui leur servent d'appui.
Ghacun a remarqué que Salins est le centre de notre réseau. Examinons d'abord le côté nord, celui de Besançon, qui est à sept ou huit lieues des salines.
Rien de plus curieux, j'ai presque dit de plus gaulois, que la manière dont les Séquaues avaient, à ime époque très reculée, conçu et exécuté les moyens de commimication entre Besançon et les montagnes à l'orient. Une disposition des lieux étrange en elle-même , mais favorable à la défense de la cité, l'une des plus fortes de la Gaule, faisait que tous les passages étaient fermés des deux côtés Est et Ouest de la citadelle, dont les rochers non interrompus plongeaient dans la rivière du Doubs. Gette disposition, remarquée par Gésar, et qui est Topposé de ce qui existe aujourd'hui, durait encore au XI® siècle. L'unique sortie de la ville vers les montagnes était donc la citadelle y et l'on y retrouve encore à l'intérieur la vieille voie romaine imprimée dans le rocher. On sait, depuis quelques années
(1) Aksia, p. i7.
seulement, que le Vesontio antique était traversé dans toute sa l^i* gueur^ à partir du pont romain, par ime chaussée en ligne pai£u.te* ment droite, formée de pierres énormes placées en losange etiortement serrées par des lisses. ËHe se dirigeait ainsi sur l'arc de Porte-Noire, élevé k Maro-Aurèle, puis trouvait un peu au delà du forum la basilique, ou palais de justice, aujourd*hm la cathédrale de Saint- Jean, dont les murs romains de la {dus belle époque, encore debout en partie et exhaussés par une maçonnerie moderne, soutiennent les nefs latérales. La route arrivait, par une pente ménagée, au haut du mont Cœlius, en franchissait le sommet en passant, à cette époque reculée, au devant de TégUse romaine de Saint-Etienne, comme elle* avait plus bas passé à côté du forum, puis eUe s'avançait, en sortant de la citadelle, vers le mont qui est au levant. Avant d'y arriver, elle se bifurquait; à droite de la Chapelle-des-Buts, die montait en écharpe et franchissait la montagne en ^ dirigeant vers Beure, où elle descendait par la vallée du Bout-éhrMonàey pmâ se prolongeait plus loin; à gauche, elle pénétrait dans le col qui est ou nord de la même chapelle, continuait par Fierté émte, et c'est vers cet endroit et un peu plus loin que se nouait un vaste réseau de routes vers l'est et lès montagnes, dont l'une des princif^es lignes s'aperçoit encore, sous la forme d'une chaussée en ligne droite, à travers les marais de Saône. Avant d'arriver à làYèze, commençaient les communications vers Salins dans la direction générale de Montrond, de Cléron, d' Amancey, d'Alaise, routes dont nous allons suivre avec plus de détail le tracé antique.
Voie de Besançon à Salins par Quingèy et la ChapeUe, ^ Rameau de By.
Au delà de Pierre écrite, l'une des routes se dirigeait par le Boi^-de- Ber vers la vaHée de Fontain; elle labsait à droite ce viUage, où j'ai entendu certains cultivateurs lui donner le nom de route des Bemaim, et à gauche la maison forte de Fontain, située en Heu bas et Toisine d'une source abondante. Ses fossés, encore visibles, jadis inondés par les eaux de cette source, ont été pris à tort pour ceux d'un camp
romain; ou trouve sur la hauteur de l'Est et au delà, des tuiles à rebords, lia roule eootiuutuit eu se rapprodiaut de Pugey^ qu'elle laissait à droite assez loin. Le passage avait lieu par la Fin-de-Ron- '§kty (qooi eonnu et encore indiqué au cadastre)^ où les sires d*Arguel^ possesseurs delà maison de Fontaiu^ avaient, au xiiP siède, établi un péage. On trouve dan^ cette contrée quelques tuileaux romains. Le testanaent de Tun de ces seigneurs »gnale à cette époque ses pêdagia de Buyre (Baire) et de RongUxy. Là un rameau que nous mentionnerons plus tard se dirigeait sur Montrond. La route continuait au sud vers la hauteur où est située aujoiu:d'hui la maison du Condee^ricole, descendait, avant d'y armer, à Busy par une pente aj^lée Pérwtsey passait à Yoi^eç, où elle porte le même nom, franchissait la Loue à Quingey, dont le pont a dû exister dès les temps les plus anciens, donnait son nom au village de Perret , aujourd'hui Paroy, qu'elle effleurait en passant, et arrivait à Salins par la Chapelle, village où l'on trouve des celts en bronze, ime pierre qui vire et la contrée de la Pérome et de TEstrière; elle passait, comme la route actuelle^ entre Ghilly et Onay.
L'auteur du Dictionnaire des communes du Jura la signale avec moins de détails, mais sans hésitation, comme l'une des routes romaines de Salins. .
Le procès-verbal de 1602» que nous avons eu l'occasion de citer bien des fois, laisse apercevoir toute l'importance de cette voie, qu'il appelle un chemin royal, et du pont de Quingey approprié aux besoins de la navigation pour le passage des radeaux. « Le pont de » Quingey est sur la Loue... Le glacy est sur le dernier arç dudit » pont et la grande muraille joignant au grand chemin.,. Le glacy a » été édifié par la saunerie pour passer les radeaux de bout qui » viennent de Chenecey... Le surplus du grand chemin tire à Ghilly, » et est chemn réal de Besançon à Salins. »
Un rameau de cette route se détachait à Paroy vers By, dont il franchissait la côte; sa ligne est marquée au sud de ce village par le lieu appelé Pérow, où l'on trouve des tuiles romaines et des tombeaux. Elle nous était signalée dès le 22 novembre 1849 par une lettre de M. le curé de cette paroisse : « Près de la partie du territoire de By » appelé le Pérofu, on voit un chemki qui est fort ancien et qui pa^e » pour tel dans le pays. Ce chemin G0in>uiT a Salins par le territoire
— iM -
» «fhrey. » La lettre ajoute qu'en creusant autour de By on trouverait beaucoup de cadarries, qu*on en a d^à reconnu un grand nombre, dont Tun portait des épaulettes d'argent massif, fi s^agit pndiablement de plaques de ceinturons damasquinées d'argent; qtie Ton rencontre si sourent dans nos tombeaux des t* et ti* siôdes.
(Test ce Férou^ indice assuré du passage de la route antique yen hrrejy qui a été pris pour la yoie d'Alaise se dirigeant par Bf et la Chapelle yers Gbalon et Grozon, comme les cadavres l'ont été pour ceux des soldats de Yercingétorix.
Au delà dlvrey, la route continue par le pied occidental du mont Poupet, entre Saint-Thiébaud et Salins, contrée où M. le <k>cteur Germain a reconnu, sur une longue étendue, les débris d'une vaste bourgade. Cest ainsi qu'elle arrivait à Salins*
No 3.
Divertei routes de Besançon à Salins par Montrond. — Vallées de Seey
et de Cléron,
Montrond, village de la moyenne montagne, situé au pied d'une motte où s'élèvent encore les ruines imposantes d'un château fort très considérable, occupe une place importante dans Fitiinéraire antique de nos montagnes. On a trouvé au sud du village, dans la contrée appelée Pérou, plusieurs sarcophages en pierre renfermant des agrafes damasquinées d'argent. Entre ce village et fipeugney s'étendent de grandes ruines, celles de la bourgade romaine de Menarbey. On ne sera donc pas surpris de la multiplicité des routes qui s'aperçoivent à Montrond dans la direction du sud. Ce rayonnement se complique bien plus fortement encore à Qéron, passage important de la Loue, où l'on arrive depuis Montrond par une voie directe et antique (1).
(1) Persuadé, d'après les noms indicateurs de la route romaine, que le pont de Cléron était un passage de haute antiquité , j'ai recherché dans les documents de la chambre des comptes déposés à la préfecture du Doubs les indications relatives à cet ancien passage; j'y ai remarqué notamment des
La difiiculté est de retracer avec quelcpie clarté et sans confusion des Ugpnes aussi multipliées^ dont Texistenoe incontestaUe prouve ^]ue toute cette, partie des montagnes du Doubs a été habitée et fréquentée à une époque qui dépasse toutes les données de notre histoire.
Je ne puis débrouiller ce réseau sans dire un mot des vallées de Clérçm et de Sccy, qui servent d'avenues aux promontoires d'Amanoey et d* Alaise. Au point de vue de Tantiquité, ces vallées encore peu connues n*.ont pas été étudiées comme elles doivent Tétre.
La Loue arrive d*Omans à Qéron; sur ses bords, au nord-est de €e village, s'éleva^ un château imposant, celui de Scey, que certains histo|iens ont regardé sans raison comme le chef-lieu du comté de Waresgau. Du reste^ ses fiers seigneurs prenaient, au xi* siècle, le titre de priTmpes. Setaot castri. Gonune M. Delacroix Ta constaté, ce château est de construction romaine. La maçonnerie de cette époque subsiste encore dans la partie sud, sur ime hauteur de douze mètres et une largeur un peu moindre. Son ciment, battu par les vents et la pluie, est indestructible. En face et de l'autre côté de la rivière , était une bourgade romaine importante. On a cru voir dans les ruines de la fin de Jeuve les restes d'un tenqtle de Jou ou Jupiter. Le Bois-Bacchus est au sud de Gléron. Y avait-il, à cette époque reculée, im pont aii-dessous du château sur la Loue? Non. Des titres de 1607 indiquent le pont, un peu plus haut, près du village de Maizières, et à Scey un simple navois, c'est-à-dire une barque. M. le docteur Ordinaire a reconnu dans la Loue, lors de la reconstruction du pont actuel de Maizières, les débris du pont romain. C'étaient d'énormes blocs de vergenne (1).
lettres de Philippe U, roi d'Espagne , autorisant l'un des fils du chancelier Perrenot de Granvelle, Thomas, seigneur de Ghantonnay et de Scey, à construire un pont de pierre à Gléron ; 4,000 fr. y furent dépensés. Auparavant, le pont en bois était chaque année emporté par les eaux de la Loue « et par les » grands arbres déracinés se jetant en travers. » Les lettres signalent le péage et le passage du pont comme existant de toute andenneté, {Reg, xv de la nou»eUe eh, des eomptes, p. 258 et 878.)
(i) Je tiens ces détails et d'autres non moins importants sur cette vallée, de If» le commandant Ordinaire, auteur de Deux Epoques militaires $n Fronche- Comté, ouvrage couronné par Tacadémie de Besançon.
À Maizières^ sur une étéBdué âe deux hdètarës^ ô&'trMiTe, à U %ifâMKl΀«i ^u sentier de Malblittaes^ tes Mnes dHâië^jMââle VtQa -fitlèéhidiéeVCttitrie ce TiiUige « deAtti €e Seéy, défS'I^iBeaaz «ùdttiqCtôB; éft<f«de iteMaiÉtèrès, à l'ouiéèt/uïi ^i^efttiontoire de tckâiteifs 8*app«31e YAiguillon-des-Romaim. Sur ime large comidie de rochers y ^ Viftté de la Oretfse de Cléron, route rdn^ùie dont nous parlerons plus ioin^ on a oru reconnaître un tamp romain. Je n'ai pu en Constater l^e^ûstence avec certitude. Entre cet emplacement et la route de la Creuse, on remarque sur la hauteur des tuiteaux à rebords, et d'autres ruines éparses sur le chemin d* Aûiondans, à Foaest dé Qéron» L'ime de ces villas porte le nom singulier à^Abbaye-de-Rosiéres,
L'époque gallo-romaine a donc fortement marqué soir empreinte dans ces curieuses, riches et belles vallées. Au sud-est de Gléron, sur la hauteur ou promontoire qui conduit à Flagey, s'ouvraient à cette époque des carrières renommées qui ont fourni la pierre {d'qne grande partie des monuments antiques de Besançon.
L*époque celtique y ôflce les mêmes richesses : deux pierrèss qui virent, dont Tune est un rocher isolé debout au bord de la Loue, iet le colosse de pierre appelé le Tmntâtrè, ûioiiument religieux de premier ordre, sans compter plus à4*ouest un autre rocher ou personnage colossal. Ce mélange curieux de débris; de tous les âges achève d'imprimer à cette contrée le caractère le plus antique et le plus étrange pour qui aime à remonter dans la vie des peuples aux siècles les plus reculés.
Telles sont au nord, entre Besançon et Salins, les avenues des promontoires d'Amancey et d'Alaise^ voilà ce qui explique à la fois les routes qui les sillonnent et les époques variées que nous avons reconnues dans les champs de batalQe et les tombeaux.
De Montrond, ime première ligne se dirigeait par la contrée des Tombois à Gléron, où elle arrivait par la Creuse, effleurant les ruines romaines dont nous avons parlé. Au pont de Gléron, elle se divisait en trois branches : la première s'avançait vers Fertans, passant, au lieu appelé PéroUf, dans le roc qui forme le lit d'un ruisseau où elle a laissé de longues et profondes ornières, eUe monte vers le Bot9-JBaceAt», qui est sous les rochers, arrive par Ifl Lier sur la hauteur du promontoire, où elle se prolonge par le Champ-Dolan et laihwuh^Vie, et vient se joindre, au delà d'Âmancey, à la route antique que
iioti8'd6Gdr6ii8;.plQ9 kân et appelée Ghemin-de^-Aniers^ La braa<diè de gauche ittontaii sur un autre promontoire où sont les esarièBet ântiiifues âonft BDus aivons pailS. La branche de droite 's'apsramçalt «vers JUBismàBim par tme ^oombe ou yàllée en pente , reneontrait jfioni&ats ruines romaines, et notamment celle appelée Abbaife^''Mo9(êres, passait sous Amonckms, qu'eMe laissait à droite, ainsi que le camp antique de cette localité, arrivait par le yal Sainte-Marie, Lizine et Doulaise, à la riyière du.Lison, et trouvait sur la rive droite la route antique qui permettait au voyageur de se diriger à son gré sur Reficanohe (1), ou sur Alaise par le pontde €hipré (2), ou ftur le village de Mjon (3). Par 4:es deux dernières voies, il parvenait aisément à Salins.
Ce traeé est connu dans le pays. M; le curé d'Amancey Ta constaté lui-même; il se lie ^toutes les ruines de la locaUté.- On a trouvé à Amondanstrae médaille romaine et une hache de pierre verte. >D y a dans cette localité un canton du nom de Férou,
Au B(Mrd-est du pont de Qéron, une route antique se dirigeait aussi sinr^Omansd* abord par la rive gauche de la Loue, où elle rencontrait la. fiîerrd qt» vire; puis par la rive droite, lies nmïes romaines 4u •château de Scey, de Scey et de Maizières, en signalent aisément la direetion, ainsi que les tombeaux seniés sur son parcours.
De Montrond, une autre ligne, mais secondaire, s'avançait vers le •col dç la montagne appelé IVou-efe-Seu, arrivait à Malbrans, au canton appelé Foirousot et Qrand-Chemn, descendait par les MdieMtes^ franchissait la Loue à Maixières, après avoir passé près des.miiies romaines de cette contrée, puis, au delà de la rivière, s*élevaît d'un «6té vers le château romain de Scey, de Vautre sur la hauteur pour atteindre , près de Ghassagne, la route romaine tenant d'Omans. Sur cette montagne, des ornières profondes s'aperçoivent dans le rocher, au>lieu ditfa ^àck.
VAiguillorHks-Romains se trouvait ainsi fort rapproché de deux voies romaines.
Je laisse de côté une petite voie entre le pont de Gléron et Epeugney. Passant dans la vallée que la route ordinaire de Besançon à
(1 et S) Voyez p. i 18 et 50.
(8) Voyez infrà, rfi 7.
Gléron suit aujourd'hui^ efle s'éloignait peu dâ village de Gademène^ où Ton a trouyé un ornement de poitrine à pendeloques des plus curieux. Cet ornement eii bronze est gaulois. La partie du territ^j» de Gademène qae parcourait cette route en se rapprochant d'Epeugnèy 8*«ppclle Zd P^rott.
Entre Gléron et Amancey^ au sein d*un vallon soUtaire et sans aucune habitation, s'élève, sur la pente de la montagne, un cblôsse de pierre d'ime forme saisissante. Il se détache au loin sur une chaîne de rodiers dont il est complètement séparé; on dirait un géant au front élancé et dont le pied se cache dans un bois ; un ruisseau coule au fond de ce vallon, couvert de vignes et encore en partie peuplé de chênes.
Quoique personne n*aît pubUé encore le nom de ce dieu-^rocher, on n'ignore pas complètement à Gléron qu'il fut adoré dans les t^nps anciens. Une dernière tradition en reste encore (1). Le cadastre Itd donne le nom de Powpée'des-VieilleS'Vignes; mais le peuple l'appelle le Tountéirou, Gomme la dernière sjllabe de ce nom est très brève, il se prc»ionce presque comme Tountàtre,
Teut ou Teatai était la grande divinité des Geltes^ leur Mercure. Bman maxime Mercurium colunt; hvjus^ sunt plurima simultuyta, dit Gésar. Ges simulacres n'étaient point des statues mobiles et sculptées par la main des honunes. Les Geltes n'avaient pas de temples; comme les nations les plus anciennes de l'Orient, ils adoraient de grandes pierres rudes et informes, comme ils adoraient les lacs et les montagnes. Ges colosses grossiers, taillés par la nature, avaient, dès la plus haute antiquité, frappé l'imagination des hommes grossiers, et ils en avaient fait des dieux :
Arboribus suus honor inest.
Simulacra mœsta deorum
(1) L'aubergiste de Cléron, nommé Drion, m'affirmait spontanément, quand je lui parlai du Tountâtrou^ avoir entendu dire à sa mère que ce rocher avait été adoré dans les anciens temps.
Arte «arent, caBsisque extant informia tmneis
Non Yulgate sacrata flfurit
Numina sic metuunt (i).
Le nom de Teuiat est admis par tous les celtistes comme signifiant père da peuple. Mereuriw GalUs aippellatu» est Teaios^ TeiUatês. iVomcn Tuttâtbs vel cum aspirationeTvtxsTk'ns veré eéUiàum egt, et patriœpatrem dénotât (2).
Ce nom^ on le reconnaît facilement dans le Tcuntàtref idole peutêtre la mieux déterminée et la plus curieuse de la Gaule orientale.
Si, comme l'écrit César, le Teutat ou le Mercure des Celtes était, dans les croyances de ces peuples, considéré comme Tinrenteur de tous les arts, le guide des voyageurs dans les chemins et dans les voyages, le patron du commerce (3), on s'explique mieux les routes si nombreuses qui sillonnent ces contrées de la Loue et qui approchent fort près de ce dieur-rocher. Cette vallée sUencieuse et paisible ne rétait pas dans les anciens âges ; les peuples affluèrent sur ces coteaux, le sang dut y couler bien des fois, et Ton croit entendre encore les
(i) LucAiK, Pharsale, 1. i. Je n'ai pas visité un autre colosse de pierre signalé à deux ou trois kilomètres Ouest du premier, dans le môme vallon. Sans le bois dans lequel il est caché, on l'apercevrait à droite en montant ^lepuis Cléron à Ferians. « Sous les rochers, à peu près vers le milieu, dit le » respectable curé d'Amancey, se trouve une poupée qui me paraît bien re- » marquable. Elle s'élève, comme le rocher, à environ trente mètres. La » roche n'a qu'un lit vers le milieu de sa hauteur, tandis que la poupée en a » trois. D'abord une base carrée d'environ dix mètres de haut; sur cette base • une colonne en deux pièces et qui paraît triangulaire, l'angle tourné au » levant. La face plane paraît avoir été isolée de la masse à coups de hache. » La colonne est coiffée d'une dalle épaisse et triangulaire. On voit le jour » entre la colonne et ce chapeau. » (Lettre de M. le curé d'Amancey à M. le président de la Société d'émulation.)
(2) SCHCEPFLIN, AlstUia illustrata^ I, p. 72. — Voyez aussi V Ethnographie gauloise de M. de Belloguet.
(8) Hune omnium inventorem artium ferwU , Aime viarum elqua Uinerum dueem, hune ad quœttus peeunia mereaturasque habere vim maximam arhi- Irofilftf. XiESAB, BoUo gaU,^ vi, 17.)
eris des yictimes humaines expirant au pied du père du peuple sous le couteau des druides et des Eubages :
Ex quibus immitis placatur sanguine diro Tentâtes (1)
. La lumière se fait ainsi sur nos champs de bataille d'Amancej, d'Alaise et de toutes ces campagnes voisines de la ville celtique de Salins. Cette grande contrée funéraire s*étend précisément entre la lôeille idole des Celtes et le mont de Salins^ ou Poupet^ couyerk de débris oeUiqfues, celle de nos montagnes qui fut peut-être la plus anciennement adorée; car cette hauteur si élevée, quoique au plus bas étage du Jura, est de toutes la plus saisissante : elle s*sq»ercQit à dix et quinze lieues de tous les points du pays.
HouU romaine du Bhm à SaUnt par Omof», Chosiagne, eto., ou dkemm
det Amers.
M. le docteur Germain me disait, il y a un mois, qu'il avait retrouvé les titres de Salins, et il me montrait des fragments de tuiles romaines exhumés avec des défenses de sangliers à un mètre et demi du 8€^ de cette ville. Déjà David de Saint^Oeorges, dans un ouvrage publié en Tan xii, faisait observer que les orfèvres et les fondeurs de Salins lui fournissaient souvent des médailles ou d'autres antiquités. « J'ai trouvé il y a quelques mois, disait-il, chez un fondeur une » petite Vénus de bronze tenant une pomme, et une petite statue 9 représentant une femme sortant du bain, assise sur un bloc où l'on » remarque un scorpion. »
Une antiquité plus remarquable a été découverte récemment à deux «ents mètres nord de la gare du chemin de fer, très près de la ville : c'est un Osiris de la plus belle conservation. Cette figurine fait partie
(i)LucANi, Pharsal.^l. i, vers 444. Mtrcurius.,,., hune JEgypUi Thoth 4i^Uant. (GiCEB., De naUtrâ deorum, 1. m, e. Si.) < Je crois avoir prouvé, » dit Pelletier (Hietoire des CeUee, 1. xii, no iS), que tous les peuples de » l'Europe adoraient yiciennement le didu suprême sous le nom de Temt. •
^'laooHection de H. le doïteor Germain, qui m'a permis de U
Je citais en lUS le passage de David de Saint-Georges, qui croyait que Salins n'offrait pas de constructiona romaines; mais déjà le croisem^ des routes antiques au fond de cette goige m'arait frappé.
«<Mniiie la preuve de son antique existence. Qu'on me permette, Ji Toccasion de la route que j*ai à décrire, de citer ce fragmeoi;, écrit à une époque où la question à'Alesîa n'agitait guère le monde sayant.
c La Séquanie, éloignée- des mers, a été magnifiquement traitée i> par la nature sous le rapport des eaux salées. Il suffît de nommer » Soulce, Saunot, Grozon, Lons4e-Saunier et Salins. Dès le temps de » Tibère, les viandes salées des Séquansis jouissaient d'une grande » faveur sur les tables de Rome.
» Cependant^ comme Salins. &*offire aucune trace de constructtons » romaines, les historiens de ^tte ville ont éprouvé quelque embarras » pour justifier son antique oirîgine. Ds 0ht omis, à mon avis, et peut- » être ignoré la meilleure des preuves:. c'est le croisement visible » des voies romaines au fotid de èetté gorge profcmde et sauvage, » comme si, à cette éjpoque reculée, son importance avait exigé cette » multiplicité des communics^ons. Du reste, il est établi que quai> rante-sept ans après la chute de l'empire, ces passages étaient ^jà » dominés et défendus par le vieux château de Bracon.
» La route dont nous allons parler empruntait depuis le Rhin à » Salins celle de Mandçure; l'embranchement commençait entre » Autechaux et Luxiol. Ce rameau passait à Baume-les-Dames, puis » au pied du camp romain de Buremont, et, après avoir franchi le » Doubs et le Lomont, se dirigeait par Adam et Saint-Juan, où l'on » trouve des tmleaux romains, sous Gôtebrune, à l'entrée du vallon » où fut bâtie dès lors l'abbaye de la Grâce-Dieu ; de là au village de » Gonsans, où l'on a recueilli des médailles, des tuileaux et ime def » romaine, puis aux Verrières-du-Grosbois. Je l'ai suivie dans ces » localités, où tous les cultivateurs l'appellent Boute'de&'Romains, » Elle laissait Etalans à gauche et entrait à Saules, où les ouvriers » qui l'ont ouverte en 1827 ont été fi^appés de la grosseur énorme » des pierres du statumen..
» Au delà d'Omans, qu'elle traversait, M. Just Vuilleret en a dé- » couvert les vestiges à droHe du chemin qui conduit de cette ville à » Ghassagne : c'est en cet endroit un sentier difficile, encombré de » ronces et de buissons d'où surgissent nombre de pavés. Au delà 9 de Ghassagne, à deux kilomètres dans la direction de Bolandqz, on j> en reconnaît un fragment de trente mètres parfaitement qoaseryé, j» sur quatre ou cinq mètres de largeur; la chaussée esiencofe élevée
» au-dessus du sol. M. rarchitecte PeFcerot^ qui Ta fait ouvrir entre » Amancey et Château-Dame-Jeanne, a remarqué qu'elle était formée » de grosses pierres revêtues de béton et de pierres plus petites. » Dès lors, à défaut de traces , la tradition , les ruines romaines » qu'elle traverse, le camp d'Âmancey qu'elle côtoie, et 8,000 tom- » beaux répandus sur tout ce plateau, en indiquent assez la direction » vers Salins.
» Cette ligne, gtie suivirent les Barbares attirés des rives du BMn » par les richesses des salines , est Tune des plus remarquables de » notre montagne. »
La carte du siège à*Alesia de M. Delacroix la dessine avec exactitude. Dans les champs d' Amancey, on la voit, sous le nom de Chemin-des-AnierSy traversant le Gamp-Gassard et arrivant aux ruines romaines de Mipoux, puis efiOleurant, pour parvenir à Etemoz, la partie sud- est du Camp-de-Mine, Elle n'atteint pas, ainsi que je l'avais cru, le camp de Château-Dame-Jeannef qui est, comme les ruines d'Egliserie, au bord d'une autre route antique. M. le curé d' Amancey remarque qu'à partir de la hauteur de Fovnaubry, au levant mais en dehors de la villa Mipoux , on a trouvé, à droite et à gauche de ce chemin, dans les champs et dans les prés, des médailles en argent de petit module, romaines et gauloises, mêlées ensemble, qu'on a recueilli d'autres médailles gauloises sur le même chemin , plus au couchant, depub le Boia-dUrFoumeau jusqu'au Chàteau-Murger, et que cette ligne a offert également des médailles romaines.
Depuis Etemoz, la route passait à Goulans et à Refranche, villages, dont les champs laissent apercevoir quelques ruines gallo-romaines; elle effleurait, avant de descendre au Moulin-Chipré, le retranchement qui a été pris pour la contrevallation de César; puis, parvenue près de ce moulin, elle se bifurquait; l'une des branches, franchissant le Lison, pénétrait dans le massif (1] pour arriver à Salins par la Lanquetine et Saizenay, village où Ton a trouvé des antiquités romaines; l'autre ligne continuait par la gorge au nord du massif, et rencontrait à Myon ime autre voie antiq[ue (2) qui se dirigeait également vers Salins.
(1) Voyez tuprà, p. 50.
(S) Voyez ù^à, p. lie et 117.
Autre rwUe â'Ortutni à SaWupar Chmitrœu, SiUeift BoUmdM^ ête.
La route s'élève sur les hauteurs depuis Omans, ayant à gauche^ jusque près de Ghantrans^ un bois qui en a emprunté le nom et qu*on appelle le Bm-durld (le géomètre, qui n'en savait pas plus, a écrit Bois-dUlly (1). Parvenue à Chantrans, elle continue vers Silley. Ce village en a emprunté son nom, comme le Silley voisin de Baume, également sur ime route romaine ; le sol y est semé de tombeaux et Ton y a recueiUi un cygne en bronze; de là elle arrive à Bolandoz. A partir de ce lieu, la ligne est bordée à gauche par une suite de ruines romaines jusqu'au Château-Dame-Jeanne; elle descend à Nans; et un peu au delà, la Fontaine-de-Fer, ainsi appelée à cause de la vieille voie ferrée, et les champs de la Vigne^ en indiquent le vieux tracé près de la route actuelle; puis elle arrive à Salins par Saisenay.
En 160â, le procès-verbal de la visite des chemins à Fusage des salines donne à cette route antique le nom de Granb-Ghbmin. IL la signale comme très fangeuse dans la gorge des Vaux-Morand^ entre Nans et Saizenay, et mentionne en même temps la grande affluence des charriots qui y passent journellement, Lq prince d'Orange (Philippe- Guillaimie de Nassau, à qui l'Espagne venait de rendre les biens confisqués sur la maison de Ghalon) levait péage sur le pont de Nans, qui est décrit de la manière suivante : « Ce pont souloit contenir cénq » arc5, et estoit bâti de pierres sur la rivière du lÀson, avec une belle et » grande chaussée au milieu et au bout ; mais il se trouve quasi ruyné, » etne sauroient les charriots passer par dessus. Ce qui revient à grand » intérêt cfux saulneries, plusieurs belles et grandes fassures et grands » charrois cessant pour cejouréthui. Toutefois^ nous avons entendu que » Son Exceltence le prince d^Orange avoit donné ordre à la réparation
(1) Sur le sens de ce mot, voyez M. Delacroix, Aksia , p. 16, note. On trouve près de Besançon, à l'ouest du village de Yelotte, un tracé visible de deux chemins qni s'appelle Chemin-des-deux-Lis, — Sur le territoire d'Ornans, le lis ou la route donne son nom aux localités voisines. On trouve plusieurs fois les noms du li et ceux de Reins du U, Btturtt du U.
» dicelvy^ Iciquelle hd incombe comme seigneur de Sainte-Agne et de » Montmàhoux et qu'il en tire péage (1). »
M. le docteur Germain, qui a si longtemps étudié les antiquités de Salins, considère également cette route comme romaine^ diaprés les antiquités qu'il possède et qu'il a recueillies sur ses bords.
La Pérouse et Us routes de Ceiêty.
D'Osselle, M. Delacroix fait arrirer César devant Alaise par le territoire de Gessey. Ce village est au nord de Qningey. Pour Tobservateur qui a dans les mains la carte du pays, une semblable direction, beaucoup trop' à gauche, a de quoi surprendre. Pourquoi les Romains n*auraient-ils point passé de préférence par MontfortT Qui penserait aujourd'hui à se rendre d'Osselle à Alaise par Gessey? Ce système peu vraisemblable Qe ine parait avoir pour base qu'un lieu dit. On trouve en effet, sur le cadastre de Gessey et sur la carte de l'étatmayor, ^xa bois nommé Bois-des-Routes, h côté de ce village. Donc César a passé par là.
Si, conmie je suis disposé à le croire, ce nom se rattache à un tracé antique, le tracé n'est point dans la direction d'Alaise. Vous voyez au bord de la Loue un vieux château au nom celtique, aux ruines étendues, celui de Chenecey. A l'époque romaine, im chemin presque parallèle à la rivière conduisait de ce château à la route antique qui sort de Qningey par le sud. Ce chemin secondaire, qui s'appelle Pérouscy donne, en passant sur le territoire de Gessey, son nom à la fontaine de la Pérouse et au Bois-de9~B,outes,
Je n'aperçois rien là qui se rattache, même de loin, à la route qu'aurait sidvie César après avoir passé la Loue.
(1) Les officiers de ce prince et de ses successeurs, toiyours absents du pays, •'occupèrent peu de cette réparation. En i65S les ponts de Nans étaient fort dâabrôi. « Estant au village de Nans, disent les commis des saulneries, nous » avons visité les ponts qui sont au milieu d*icehiy, l'un et Tautre desquels » sont en mauvais estât. Sur un d'eux, qui est celuy du costé de Salins, ne » peuvent passer chariots ny chevaux. »
Lt poftf romain au-dessous des forges d^ ChâHUon, et la route de Monirond
à Salins par Burey et Myon,
La Loue^ rivière au cours sinueux^ promène ses eaux limpides^ depuis sa source jusqu'à Quingey^ dans d'étroites vallées; son cours est souvent encaissé entre des chaînes de rochers couvertes de bois. Rien de plus pittoresque , de plus grandiose, dé plus varié. A Quingej, Faspect change^ Thorizon s'élargit, les plaines commencent et bientôt s*étendent sans fin dans les riantes contrées qu'on appelle le val dAmaoHS.
A une lieue au-dessous de son confluent avec le Lison^ cette rivière coule encore au sein des montagnes. Là, à quatre ou cinq cents mètres des forges de Ghâtillon, dans un vallon resserré et sauvage, on aperçoit les débris oiu les piles renversées d'tm vieux pont. Ce passage est abandonné, et on songe à le rétablir. On l'appelait encore il y a cinquante ans le Font-Romain. Ce souvenir était ex^ct : la route romaine qui firanchissait le pont en cet endroit lui donne, au moins comme emplacement, ce caractère antique.
Cette route, qui arrive des hautes montagnes du Doubs par l'Hôpital-du-Grosbois, traverse plusieurs routes romaines, passe près de Montrond, parcourt, à l'ouest de ce village, les grandes ruines romaines de Menarbey; puis, par Epeugney, où elle entre dans la contrée dite au Frost, près de la vieille église, elle s'avance vers Rurey, dont le territoire offre quelques tuiles à rebords et a rendu à la lumière ime petite Diane en bronze (1). La ligne romaine contourne, ^lon le témoignage dcis gens du pays, le Mont-d^Or, d'où elle descend au pont antique que nous venons de décrire, franchit la Loue, monte par le Bots-des-Uoutes, s'approche du château de Ghâtillon, «rrive à Gussey, où l'on trouve quelques tuileaux romains, prend au delà le nom de Pérouse, poursuit son cours par Echay, s'enfonce, au delà de ce village, dans la gorge, unique passage pour arriver à Myon, reprend plus loin, près des Ghamps-Pouti^, le nom.de P^fcuêe,
(1) Cette statuette est au musée de Besançon.
laissant à droite ^ au pied du Peu-de-Myon, quelques ruines romaines, et se dirige sur Salins par la ligne déjà décrite de la Lauquetine et de Saizenay.
Boute de Dyon à SaUns et aux Alpes grecpM,
Nous avons donné dans un autre ouvrage (1) le tracé ccmiplet de ^tte route romaine^ dont Texistence est reconnue par tous les historiens, CTétait Tune des voies les plus fréquentées de la Séquanie. Qu'on nous permette cependant une légère- rectification. La route entrait à Salins^ à Touest, par Mouchard et Pagnoz; son passage est indiqué entre ces deux villages par le lieu dit la Fércme, Le procèsv^rhal de reconnaissance des chemins dessauneries en 1601t mentionne sur cette ligne im pont enlre Yillers-Fariay et Ghamblay. Ce pont est sur un ruisseau, non sur la Loue. « Advenant sa ruyne, » disent les commissaires visiteurs, comme apparence est, elle seroit » de grand préjudice non-seulement auxsauneries,poter estre passage » DE GRAND CHEMIN, mais encore à tout le pap. »
L'endroit où cette voie passait la Loue est le pont de Belmont (2). Le maire de Mouchard m'écrivait, en 1853 : « Au couchant de Mou- » chard, il est très facile de la reconnaître dans les temps secs, quoi- » qu'elle soit couverte de terre, mais en si petite quantité que, lors- » qu'il fait un peu de chaleur, la semence que l'on y met réussit y> très rarement: le blé y sèche avant sa maturité. Cette voie, d'après
(1) La FraMhe-Comté à l'époque romaine, p. 152.
(2) Dans le traité de 1394 entre le comte Othoh V et les marchands de Plaisance pour leur passage à travers le comté de Bourgogne , les stations indiquées sont Pontarlier, Ghalamont, Salins, Augerans, la Loye, puis d'un côté Gevry et de Taut^re Dole. [Voyez ce traité dans Chevalier, Mémoires sur Polignyt I, 381.) — Le pont de Belmont est sur cette route, pour passer tout gens à pied et à cheval (voyez Nouvelle Gh. des comptes, reg. xV, ^ 402)..., et aussi se conduit par dessus iceluy pont toutes denrées qui doivent péage à nostre péage d*Augerans^ et lé sel de nostre saulnerie de Salins es greniers à Hl du duché de Bourgoigne, f/Md., p. 40S.)
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» la reconnaissance qui en a ètè faite ces années dernières^ par on » nommé Vnillennot, propriétaire de cette commune^ qui a défoncé » cette ligne, aurait trois métrés trente-trois oentimetres.de laigeur» » et soixante-dix centimètres d'épaisseur d'empierrement. En quittant » le territoire de Mouchard , elle traverse le ruisseau dit la Larindy » pour entrer dans le bois de Bourgogne et se prolonger de là dans » ceux de la commune de Yillers^ailay. »
Cette yoie porte tous les caractères de l'antiquité. Le procès-yerbal de i60î^ déjà cité^ en peint l'état de ruine. « Entre Moudiard et » Pagnoz est un grand canomi présentement inaccessible, i» Au delà de Salins^ vers l'est» «n trouve le même délabrement entre Salms et Pontariier. « Le p<Ait de Pontamougeard ecmunence par une levée de 1» terre en kxngoaiiF de neuf toises du eoustel de la main gauche » tirant contre la diQstid de Moutenot. n conâste en trois arches en » bon estât. Plos avant de la maladrerie de Pontamougeard tirant » contre Arc et Montenot, avons reconnu les vestiges d'une anciemie » levée couverte de pavements, en longueur de deux cent soixante- » neuf toises, laquelle est entièiiMnent rujfnée. »
Comment les routes romaines entraient dans les gorges de Salins par te côté
de Vouest.
L'auteur du IHctionnaiTe des communes du Jura a hésité sur cette question^ dont la solution est néanmoins parfaitement certaine. y a quinze cents ans, on entrait, comme aujourd'hui, à Salins, dans la contrée de l'ouest, par deux lignes principales : l'une, je viens de le dire, était celle de la gorge de Pagnoz; l'autre, plus au sud, ne snivaitpas complètement, depuis les Arsures, la route actuelle. M. le docteur Germain, qui en a parfaitement reconnu les traces, a constaté qu'elle venait de Poligny par Pupillin et Arbois, qu'elle s'élevait vers Montlgny, passait aux Arsures, au Champ-Bolan, territoire d' Aiglepierre, au sud-ouest de ce village, où l'on a trouvé u|i tombeau rpmain en pierre de vergenne et un anneau d'or, puis à Mamoz, où l'on a découvert des tombeaux, des tuiles romaines et des débris de
vases en bronze. De là^ elle se prolongeait au-dessus du mont Simon^ où des ornières très profondes s'aperçoivent dans le rocher.
D'un autre côté^ la route qoi arrivait de Montigny s'avançait, pai* Certemery ou les Yarasches, jusqu'à Mouchard.
Ces reconnaissances d'un observateur judicieux et expérimenté sont eonfirmées par le procès-verbal des chemins en 1602, que nous avons eu l'occasion de citer tant de fois^ et qui hii était inconnu. J'y trouve mentionné le grand chemin gui va désAillepierre à MonHgnif et Artois... le grand chemin tirant dés les Armures aupont de la Mirande, aippelée le chemin de la Mothe (il est à l'entrée du bois de Mouchard). De ce mont, les commissaires déclarent « s'estre transportés sur le » hirf de la Narine tirant à Certemery, svr lequel il y a troie ponts.. ., » le second tirant de Certemery aux Arsures, »
Je remarque aussi, dans ce document géographique de si grande valeur, « le pont qui est auprès de Pagnoz, enaea^le le grand chemin » qui va jusqu'à Mouchard et qui m doit maintenir aux frais des habi- » tants de Pagnoz, pour estre le grand éhemin tirani à Dok. »
Les avenues à l'ouest de Salins sont pins ou moins couvertes de débris romains. On trouve des tuileaux à rebords en trois endroits près des Yarasches, et des ruines beaucoup plus étendues entre Montigny et les Ârsures. On dit que le château d'Aiglepierre est bâti sur fondations romaines, que l'on découvre dans le jardin des constructions antiques, et que près de la grande fontaine, sur la place, il existait un puits r(»nain de trente mètres de profondeur.
Ajoutons, avec l'auteur du Dictionnaire des communes du Jura, que la montagne de Roussillon, à l'ouest de Salins, est littéralement couverte de ruines romaines.
Route de Salins à Gray et CkampUtte.
La carte publiée à la fin du xvi® siècle par Yirscher, et dédiée au roi d'Angleterre, possesseur des terres de la maison de Ghalon en Franche-Comté, représente ce pays divisé en seigneuries comme il rétait à cette époque; mais les routes n'y sont point k'acées. Ces dé-
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tails géographiques si impcMTtants manquent dans ce monument, devenu rare. Us sont très heureusement remplacés, pour toute la circonscription du voisinage de Salins, par le procès-yerbal de reconnaissance des chemins servant aux sauneries. Ceux qui y sont désignés sous le nom de grands (^lemins sont en général les anciennes routes romaines, aucun grand travail de viabilité n*ayant été créé dans notre pays au moyen âge. On voit au contraire , par la profondeur des ornières imprimées en tant d'endroits dans le roc, combien on a abusé des voies antiques, sans y faire les réparations nécessitées par un si long usage (i).
Mon travail était terminé sur la circonscription dont je parie, quand ce document précieux, qui a toute la valeur d'une carte géographique dressée en 1602, m'est tombé dans les mains. Il n'a point changé ce travail, qui s'y trouva conforme, mais il m'a pleinement rassuré sur son exactitude.
Ce document indique une grande route royale de Salins à Gray et Ghamplitte, par Bort-Lesney et Buffard. Le tracé en est aujourd'hui noiHseulement abandonné, mais inconnu. Yoidles termes du procèsveibal : « Le chemin qui vad dois Salins à Pagnoz par te mont de » Simon a toujours esté maintenue frab commimsès-dites sauneries » tant en pavés, rupture de roche que aultre chose, et le petit pont » qui est au-dessus dudit mont, nommé le Pont-^te-Cucherandey mais » dois ledit Pagnoz au delà en tirant au Port (Port-Lesney), Buffard, » Champagne et aultres lieux, se doit maintenir aux frais des habi- » tants desdits lieux, chascun en droit soy, pour estre graivd ghbmin » KOTAL tirant à Gray, Ghamnite (GhampHtte) et aultres Ueux. »
Cette ligne doit être romaine. On trouve des débris curieux à Port* Lesney et à Buffard. « Les anciens, dit l'auteur du Dictionnaire des » communes du Jura (2), étaient tellement persuadés que Port-Lesney » avait été un lieu considérable sous les Romains, que Chiflet n'hésita » pas un insista y placer le fameux Portvs Abucinus de la Notice de
(1) Je remarque dans un procès- verbal de reconnaissance des chemins des salines, en 1652, que certaines routes romaines étaient devenues si étroites, que non-seulement deux chariots n'y pouvaient passer de front, mais qu'un seul chariot en passant frottait contre la paroi des rochers.
(i) Au mot Port-Lesney, v, 82î.