‹ Étude complète sur Alaise; Alais n'est pas l'Alésia de CésarChapitre 4 sur 9 · NO · texte numérisé non relu

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Bumte de ChampagnoU, de la Combe -d^ Ain, d'Isemore, etc., à Salins,

Cette route, de la plus haute importance, n'est point entièrement ignorée des historiens franc-comtois. Elle suit à peu près la route actuelle, passe à Yersp-en-Montagne, chef-lieu d'une terre à château de la maison de Chalon. Le lieu ait Champ-Peroux y indique l'endroit précis de son passage. L'auteur du Dictionnaire des communes y sans s'apercevoir qu'à Vers il était au bord d'une voie romaine, signale, à l'extrémité du territoire, du côté d'Andelot, une motte fort curieuse^ dont le vallum, dit-il, a une analogie frappante avec ceux qu'on trouve en si grand nombre dans le Béam, et qu'on appelle Camp-de- CésaTy Château-Sarrasin et Turon, Pour arriver à Champagnole, d'où elle se rendait, par le val d'Ain, à la ville d'Antre, à Arinthod, à Isemore, la route passait au pied occidental de Montrivel, hauteur couverte de débris, camp ou château habité dans les derniers siècles de l'empire romain.

(1) Il y avait à Geraise un vieux château du nom de Famely, donné en 131 7 par Hugues de Chalon à l'un de ses vassaux. Il était compléteqaeot ruiné en

Route de Salins dans la direction de Château Chalon et de ValempouUères,

La uote suivante m^était envoyée en i 848 par une personne qui habite ces localités, dont elle connaît et décrit ainsi les routes les plus antiques :

« n existe un chemin très ancien : le chemin de Salins à Château- » Chalon, prenant sur celui des Angoulirons (lequel sert de conunu- » uication entre les villes de Salins et d*Arbois), près de la grange » Chassagne, côtoie pendant quelque temps la montagne au midi de » cette grange, et arrive au-dessus du mont d'Ivory par une percée » faite de main d'homme, laquelle est très étroite et creusée au moins » de trente à quarante pieds de profondem* dans un terrain argileux, » mêlé de gros cailloux; il se dirige ensuite du côté du midi à tra- » vers le territoire de la commune dHîvory, jusqu'à l'extrémité ouest » de ce village, traverse encore une partie de ce territoire en passant » près des ruines du vieux château de Loisy (duquel il n'est parlé » nulle part, où pourtant on a découvert des bains en marbre avec » des tuyaux en plomb pour y conduire l'eau , et sm* l'emplacement » duquel on remarque encore des débris de tuUeaux romains) , de là, » l'ancien chemin des Vénatiers, aujourd'hui remplacé par la route » croisant de Dijon à Lausanne ; il continue sa ligne, toujours au midi, » dans la forêt des Moidons, passe à l'extrémité Est du village de la » Châtelaine, et va, en laissant Molain siu* la gauche, s'enfoncer dans » les bois de la ville de Poligny jusqu'au-dessus du vallon de Vaux- » sur-Poligny, traverse ensuite le village de Champvaux pour aller » couper, à une petite distance de cette commune, la voie romaine de » Poligny à la Combe-d'Ain , et se prolonge encore d'une lieue jus- » qu'à Château-Chalon.

» De Valempoulières à Salins il existe un autre chemin qui parait » réunir plus de preuves que le précédent pour mériter le titre de

1570. Aucun historien n'en a parlé. Il semble que ces hauteurs sont habitées depuis un temps très reiculé.

» voie romaine; il porte le nom de Parouse dans la partie qui Ira- » verse la forêt des Moidons, dite la Faie. Quelques endroits de ce » chemin laissent encore voir des pavés assez bien conservés. A par- » tir de cette forêt il ne conserve plus la même dénomination et^ de » plus, se divise, pour arriver sur le bord du plateau au-dessus du » val de Salins, en plusieurs branches, dont deux principales : Tune, » se dirigeant sur Champagny, passe à Test de Chilly, tout près du » village, traverse la route de Dijon à Lausanne; de Chilly, laissant » des traces dans le bois du Raty (aujourd'hui défriché), il vient pas- » ser à la grange Pariot, commune d'Ivory, délimite sur une assez » grande longueur cette commune avec celle de Champagny, redes- » cend ensuite à Champagny-Dessous, et de ce dernier village, va » retomber sur la route de Salins à Champagnole, à deux kilomètres » environ au-dessus de cette première ville. L'autre, passant par la » Chaux-sur-Champagny, vient aussi aboutir, par une pente rapide » appelée le Paret, sur la route de Salins à Champagnole, à peu près » à un kilomètre plus haut que la précédente. »

Routes de Salins vers la frontière du Jura,

Bien que les tracés multipliés que j'aurais ici à décrire présenteraient un double résultat, de démontrer l'importance de Salins à une époque très reculée, et de prouver un fait très remarquable sur lequel je me suis mépris longtemps , l'antique occupation des montagnes du Doubs et du Jiu*a par une population sédentaire habitant des villages, je sens que les détails circonstanciés auxquels je me livrerais m' écarteraient de mon but, et qu'ici les lignes doivent être tracées à grands traits.

Nombre de routes se dirigeaient à l'époque antique de Salins vers le Jura.

J'ai signalé au n» 8 celle des Alpes grecques par Chalamont, Boujailles^ Pontarlier, etc.

Une autre, qui se dirigeait dans le même sens par Villeneuve-d'Amont^ a laissé de grandes traces dans les forêts voisines de ce village.

Une troisième arrivait à T extrémité sud du lac Saint-Point, puis à Jougne, et franchissait le Jura par les Hôpitaux. C'est à peu près la route actuelle par Censeau, où elle porte le nom de Paru, par Petit- Villard où son tracé fait donner aux champs voisins le nom de Finde-Villard et de Champ-des-Vies, par le Bief-du-Four où la contrée qu'elle parcourt s'appelle aussi Fin-de-Villard , par Bonnevaux dont une contrée qui en est fort rapprochée prend la dénomination de Wourg-Peret et Pré-Vaillon.

Chemin de Salins par Myon^ Bartherans, Goux, Palantine, Chetnay^ etc.

Si vous parcourez les environs d'Alaise, vous trouvez assez loin vers le nord un plateau borné à l'ouest par le vallon de Quingey, à l'est par celui où s'élève, au bord de la Loue, le château de Châtillon. Ce plateau est habité. On y remarque les villages de Goux, de Rouhe, de Courcelle, de Palantine, de Cessey, de Charnay. Enveloppé de routes romaines qui sillonnent les vallons de Quingey et de Châtillon, il serait surprenant qu'il eût été inhabité à l'époque antique.

De grands souvenirs s'y rattacheraient dans le système franc-comtois. Une route gauloise l'aurait traversé du sud au nord. C'est la route qu'auraient suivie Vercingétorix et les Gaulois après le désastre des bords de la Saône, César et les Romains à leur poursuite, et plus tard, au iv* siècle, Ausone, le cœur plein des grands événements de l'ancienne Gaule. « Ce chemin n'existerait plus que de nom : c'est » MiQery, Rouhe, les Routes, Bourousse, la voie des Quatre -Velles, le » Bois-des-Routes de Cessey (1). »

Peut-être une partie des noms de ce vocabulaire paraltra-t-elle peu sûre, comme le tracé est peu conforme aux lieux. Ce plateau, traversé au surplus par ime route antique, offre des vestiges certains d'antiquité. Je n'en ai pas étudié les ruines; mais, comme à Alaise, j'y remarque en deux endroits le nom de Belin, La Combe-Belin s'aperçoit près de Charnay, une autre Combe-Belin près de Goux. Je

(1) M. Delacroix, A/esta, p. 45.

remarque à Chamay les Champs-Mounia , comme à Alaise le Mouniaf ai;gourd'hiii Mouniot, Le nom de Goux, dans Tancien langage, est ordinairement donné à mi lieu signalé par une belle source vénérée dès la plus haute antiquité (1). Deux autres villages de ce nom en Franche-Comté sont traversés par une voie romaine (2). Au sud du village de Goux voisin d'Alaise, le nom de Pérou indique le tracé de celle qui parcourait le plateau du sud au nord, arrivant de Salins par Myon, Echay et Bartherans, et se dirigeant vers Chenecey par Charnay. Les commissaires de 1602 en constatent Vétat ruineux de vétusté. « Lequel chemin, disent-ils, tire contre Bartherans, Myon, » Echay, Palantine, Goux et autres villages, est bien difficile et de » mauvais accès aux charriots et chevaux, à raison de plusieurs ro- » chers élevés en plusieurs endroits; il est fort fréquenté par les » charriots, à raison de plusieurs f assures estant de ce coustel. » Les commissaires en indiquent les réparations et le tracé précis. Il passe « au-dessus des Amboussons, en un endroit où souloit estre un molin » appelé le Molin-Bruslé.,,, plus avant en un endroit appelé la Fon- » taine'OUrCharbonnier, etc. »

Montmahoux.

Si, comme Ta dit M. de Gerville, les bonnes positions sont de tous les peuples et de tous les temps, Montmahoux, appelé dans les anciennes chartes Mons major ou mayor, a dû être occupé dès la plus haute antiquité. Un document du xiii* siècle signale déjà le nouveau château de Montmahoux; il y en avait donc un plus ancien. Ce mamelon isolé a été dans toutes les guerres un lieu de refuge indiqué par sa position. La maison de Chalon le fortifia avec beaucoup de soin. Le pied de ce château est un centre de routes. L'une se di-

(1) Voyez Dictionnaire des communes du Jura, au mot Goux, m, p. 262.

(2) Goux-les-Usiers, canton de Levier, et Goux. canton de Dole, remarquables par la beauté et l'abondance de leurs fontaines.

Tige vers Salins par la Relia (1) de Nans et par Saizenay; une autre^ moim directe, venait tomber à l'ouest, par le Culty de fer, sur la route antique de Nans à Omans; une troisième par le cham^ Paron se dirigeait sur Etemoz, où elle rencontrait celle d'Alaise et de Myon; une quatrième se prolongeait vers Déservillers par le lieu dit Combêly,

Ces renseignements, recueillis avec soin et d'accord avec les noms indicateurs des routes, me sont adressés par M. le maire de Montmahoux. Rien n'étonnera au surplus ceux qui, même à une grande distance, ont vu cette hauteur majestueuse, presque aussi saisissante que celle de Poupet.

No 17.

Châteatix-fortB destinés à protéger Saliiu et Us routes rotnaines du voisinage.

Il est temps de mettre im terme à ces détails arides, mais nécessaires.

Pour qu'on ne nous soupçonne point d'agir, en relevant à l'époque antique la haute importance de Salins, dans le but d'accabler Alaise par un contraste exagéré, nous terminons en empruntant \m témoignage étranger et sans intérêt dans la question. Voici en quel termes l'auteur du Dictionnaire des communes du Jura peint Salins sous les empereurs et les moyens de défense multipliés dont ils en protégèrent les avenues :

« Il faudrait être bien peu initié à la stratégie des Romains pom* » ignorer le soin que ce peuple mettait à fortifier l'entrée des » vallées, à établir des points d'exploration et à défendre les routes. » Quel point méritait mieux d'être protégé que Salins? Des salines » d'une valeur inappréciable à conserver, des chemins de premier » ordre à défendre, n'expliquent-ils pas cette multitude de fortins » élevés autour de cette ville? Le castel de Belin était destiné à pro- » téger à la fois la grande voie de Dijon et de Besançon en Italie par » Gemans, et celle qui descendait par le val d'Héri. Le castel de

(1) Suprà, p. 69.

» Poupet servait à explorer les routes tirant à Besançon^ Dole^ Man- » deure et toutes les campagnes d'alentour. Le castrum de Bracon » servait à défendre le chemin qui passait à ses pieds^ tendant à » Dole par la rive gauche de la Loue^ celui qui venait de Pontarlier » par Cemans^ et ceux qui se dirigeaient à Grozon^ Poligny et dans » le val d'Héri. Le castel de Roussillon sur la côte de Château pou- » vait surveiller T embranchement de la voie dltalie à Dijon et à » Langres qui passait dans le vallon de Pretin (1).

S'il y a ici quelques erreurs de détail ^ l'aspect principal est vrai, et l'auteur arrive à la même conséquence que nous. « On peut, dit-il, » apprécier en général l'importance des localités par le nombre des » voies qui viennent y aboutir. Som ce rapport , il n'est pas de ville » en Séquanie qui ait été plus favorisée que Salins (2). »

Si les Celtes ont agi dans le même esprit que les Romains dans la défense de leurs salines celtiques, si les faits que j'ai exposés sont vrais, je crois que la question d'Alaise, envisagée à ce point de vue nouveau, est désormais expliquée, éclaircie et peut-être jugée.

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