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Cette ignorance constitue — hélas — le leit-motiv de notre : argumentation.
Il importe cependant d'étudier de plus près le sort de chacune des protéines : nous le ferons en les examinant par ordre de mobilité croissante :
y Globulines.
Depuis que l’on attribue à cette fraction un rôle de vecteur des anticorps, de nombreuses investigations ont porté sur ses variations au cours de la cancérisation (1). Mais si quelques recherches immunologiques semblent en faveur de la présence — dans cerlains cas — d'anticorps spécifiques (voir Winzcer p. 526) aucune variation dans la teneur en -globulines n’a pu être démontrée. Une seule exception paraît être celle du myélome multiple et de certaines leucémies, encore que l’on hésite sur la nature de la fraction excédentaire. Dans cette affection la B-globuline paraît également augmentée, et nous verrons plus loin que le sens de cette augmentation n’était pas clairement établi par suite de la présence des lipides liés à cette fraction.
En fait, la fraction anormalement augmentée dans les myélomes présente souvent une mobilité [Apaws et coll. (1; intermédiaire entre celle des y et des G-globulines. Homogène à pH 8,5 elle forme à pH 4,5 deux composés distincts [Meur et GoLpen (42)]. En admettant même l'existence d'une protéine nettement « anormale » du type Bence-Jones, dans le sérum des mrélomateux, nous ne savons encore rien de net sur le lieu de sa formation, qui paraît être la moelle osseuse.
Dans les extraits tissulaires qu'il nous a été donné d'observer, l’absence de variation des y-globulines constitue le ui dominant ;: aucun problème ne se pose donc à leur endroit.
6 Globulines (et Euglobulines IT).
VarGuEs et ses coll. (61), (62) ont constaté dans le sérum des malades porteurs de tumeurs malignes une augmentation des 6-euglobulines (quelquefois des 4-euglobulines) et souligné que l’augmentation des 6-euglobulines se relie directement à l'augmentation de la lipémie et de la cholestérolémie. ADNER (2) et Boserr1 (12) ont retrouvé les mêmes anomalies
(1) Dans le cas de tumeurs infectées, ce sont les y-euglobulines (fraction Et, et Er, de SANDOR) de point isoélectrique 6,6-6,4 “ constituées de y-globulines de vitesse normale qui sont augmenées.
dans plusieurs types de tumeurs, en particulier dans les mvyélomes (3 cas sur 5). Les leucémies myéloïdes et lymphoïdes donnent lieu également à une hyper 6-euglobulinémie considérable, qui serait en rapport avec le degré de l'infection.
. Ces 6-euglobulines {fraction En de Sandor) sont des protémes de point isoélectrique voisin de 6,0 et précipitent lorsqu'on amène le pH de 6,6 à 6. L'analyse électrophorétique les montre surtout constituées de 6-globulines (50) dont on sait depuis longtemps que la caractéristique essentielle est la richesse en stérols et en phospholipides [Brix, Tiserius et SVENSON (10) OncLEY (47)].
Nos recherches électrophorétiques sur le tissu cancéreux n'ont fait apparaître que de façon exceptionnelle une augmentation des &B-globulines. Mais il faut se souvenir — et souligner une fois de plus — que la méthode d’électrophorèse sur papier colore spécifiquement les protéines. Dans une Hpoprotéine elle ne colore que la fraction protéique. Nos résultats ne sont donc pas en contradiction avec ceux que nous venons de rappeler ; ils ne sont pas non plus en coniradiction avec les résultats obtenus toujours sur le sérum par la méthode d’électrophorèse libre puisque cette méthode ne permet pas de dissocier la partie protéique de la partie lipidique, et que les mobilités et les taux des 6-globulines sont en fait ceux de lipoprotéines plus ou moins chargées en lipides.
Tout ce qu'il est permis de conclure, c’est que l'hyper &-globulinémie fréquemment signalée dans le sérum des cancéreux ne paraît pas liée à une augmentation des globulines du tissu tumoral.
N.B. — La mobilité électrophorétique du fibrmogène est intermédiaire entre celle des y et des 6-globulines. Son augmentation dans le plasma cancéreux est nette, mais n'est pas spécifique de l'affection. Un moyen rapide d'appréciation a été décrit par PLAN dans sa thèse (48) sous le nom d’index de thermocoagulation plasmatique. Synthétisée selon toule vraisemblance dans le foie, il va sans dire que nous n'avons jamais rencontré cette protéine dans nos exlraits tissulaires.
Globulines alpha.
On admet classiquement une augmentation des 4-globulines dans le sérum des cancéreux, mais on sait fort peu de choses sur la signification physiologique de cette augmentation. Même ignorance si l’on s’adresse — pour étudier les :-globulines — à la méthode de précipitation fractionnée par l'alcool de Cohn ; le contexte physiologique fait complètement défaut. On sait seulement que l’hyper +-globulinémie
est liée autant aux infections et aux inflammations qu’au cancer (26). C'est la raison pour laquelle nous avons soigneusement recherché s’il y avait des différences significatives entre tissu tumoral infecté et non infecté : nous avons dû conclure que l'infection n’intervenait pas (voir p. 91). We
Dès lors il faut reconnaître au moins deux origines à l'hyper a-globulinémie sérique. L'une peut être l'hyper «-globulinémie tumorale, l’autre pourrait être une réaction de l'hôte et n’a pas d'explication connue. Il faut une fois de plus déplorer notre ignorance du lieu de la formation ainsi que de la signification physiologique des différentes fractions protéiques du sérum.
a, Globulines.
Pour s’en tenir aux faits bien établis, on retiendra que la fraction «,, si nettement augmentée dans certaines tumeurs, est considérée comme la fraction vectrice des glucides. L’augmentation du « sucre protéique » connue depuis fort longtemps (travaux de Berry et coll. (9) ) doit être rapprochée de l'augmentation de la copule protidique des #,-globulines. Il faut répéter à ce sujet ce que nous avons déjà dit au sujet des lipoprotéines : l’analvse électrophorétique libre mesure « en bloc » la mobilité et le taux des glucoprotéines ; l’électrophorèse sur papier avec coloration au noir amide individualise dans les glucoprotéines la seule copule protidique.
Il est donc intéressant de mettre en parallèle l’augmentation de l’&,-globuline et celle du sucre protéique ; ce parallèle a été tenté par VarGuEs en ce qui concerne les euglobulines 5, dont on soit qu'elles sont précisément constituées par la fraction +,-globulinique. On sait d’ailleurs depuis les traxaux de SEIBERT et coll. (1947) (30) qu'il existe une relation élroite même chez les individus normaux entre la teneur du sérum en 4,-globulines et le taux des polysaccharides liés aux protéines, de même que l’on connaît depuis longtemps leur commune augmentation chez les tuberculeux et les cancéreuxi40) 120)
a, Globulines.
On sait depuis longtemps que le sérum des cancéreux contient une proportion plus élevée que le sérum normal de protéines spéciales et de polypeptides. La méthode de Howe précipite ces protémes en même temps que l’albumine ; l’électrophorèse leur attribue une mobilité moindre que celle de l’albumine ; quant aux polypeptides on les dose classiquement par différence entre l'azote du défécat trichloracétique
BAT Nes
et celui du défécat tungstique ou phosphotungstique. Le dosage peut être fait soit par la méthode de Kjeldahl, soit: par détermination de l'index {vrosine. La méthode polarographique de BrpicxA (13) ) appliquée au liquide de défécation sulfosalicylique permet d'apprécier la teneur en cystine ou molécules riches en cystine. Cette teneur est augmentée
chez le cancéreux, mais la réaction n'est pas spécifique de l'affection.
Les travaux de Wixzier ont permis d'identifier les subslances responsables de la « vague » polarographique aux mucoprotéimes ; ces mucoproléimes de point isoélectrique :-4,5 migrent à pH 8,5 avec les 2,-globulines.
Ainsi, plusieurs techniques différentes dans leur principe permettent la mise en évidence dans le sérum cancéreux de substances appartenant à la fraction globulinique 4. Ces différentes techniques ont d’ailleurs été proposées avec des fortunes diverses pour servir de « tests » non spécifiques aux élals cancéreux. Mais aucune hypothèse valable n’a encore été faite sur la signification de cette 2,-hyperglobulinémie.
Albumines.
Il semble que l'augmentation de la fraction 4, aille de pair avec une diminution de l’albumine, fraction la plus niobile et la plus abondante des protéines sériques. La réaction de Kahn proposée en 1925 et étudiée par de nombreux auteurs entre 1925 et 1930, puis de 1941 à 1944 consiste essenliellement dans la mise én évidence de cette diminution de l’albumine,: diminution qui n'a pas non plus un caractere spécifique.
1217. * LAPPATE OT y Sn
Conclusions générales
1. — Les conditions pratiques donnant à l’électrophorèse sur papier une précision suffisante ont été définies.
2. — Appliquées à l'étude des protéines tumorales et des protéimes du tissu sain qui entoure la tumeur, la méthode a permis de faire les constatations suivantes :
a) La comparaison statistique générale entre tissu sain el tissu cancéreux, sans distinction de localisation, ne montre que peu de modifications dans les mobilités et dans les taux respectifs des différentes fractions protéiques.
b) Par contre, si l’on s'adresse à certaines sortes de tumeurs, on trouve des variations parfois importantes se traduisant essentiellement par une augmentation des alpha-globulines.
c) Cette augmentation est plus marquée dans les tissus cancéreux non évolutifs que dans les tissus d'évolution rapide.
d) Les variations des autres protéines sont moindres. Les albumines sont légèrement diminuées. Les bêta-globulines sont augmentées dans quelques cas et les gamma-globulines, lorsqu'elles varient, sont faiblement abaissées.
e) Le degré d'infection des lésions n’a pas d'influence sur la composition protéique des tissus cancéreux.
f) Le tissu parotidien tumoral est caractérisé par l’absence de protéines extractibles dans nos conditions opératoires.
Le Doyen, Le Président de la Thèse, H. HERMANN A. LEULIER
Vu et permis d'imprimer :
Cyvon, JeA%Juillet 1955: