ÉTUDE DE LA SOURCE FROIDE DE SALINS-MOUTIERS
A titre d’exemple nous rapportons une analyse faite au moyen des méthodes que nous venons de déecrire, Il s’agit d’une source dont le griffon est placé à Salins-Moûtiers (Savoie). Cette source, dont la température est de 11°8, est située à 30 mètres environ d’une source chaude bien connue qui alimente les bains de la ville. Ces deux sources ont leur émergence au niveau des calcaires triasiques dits calcaires de Meffre. Il paraît certain que leur minéralisation principale est due à la traversée d’un filon hydrominéral de gypse keupérien situé au contact des calcaires de Meffre, à proximité de l’émergence.
La source froide de Salins est captée dès son griffon et, par 60 mètres de tuyaux, ést amenée à un bassin de distribution à ciel ouvert. À son arrivée au bassin l’eau est facile à recueillir. C’est là qu'ont été faits tous les prélèvements destinés à l’étude de cette eau.
Nous réunissons ici toutes les données se rapportant à cette source.
I. -— Ætude physique. — T’étude physique de cette eau a été faite en 1930 au laboratoire de l’Institut d’'Hydrologie et de Climatologie, par MM. Lepape et Ceslin. Les résultats qu’ils ont publiés sont les sui-
vanis :
Source froide. — Eau.
Lieu du prélèvement er 7h 2n07re Réservoir à la pompe Au griffon. Hempérature Te LAURE ER Tee ec 1198 Débit AMnUTe) er Eee ecte 12933 12.600 env.
Epoque du. prélèvement cr." 1SS<ept 1925 47h 25527-19709; 2110 Radon (en millimicrocuries par litre deatta HéMeErFENCe) 1... 4,04 3,59 Puissance radioactive (en mgr. Ra).. 417 Hororadioactivité (en microcuries) .. 2130
Nous avons mesuré le pH de cette eau au griffon par la méthode colorimétrique, et nous l’avons trouvé
de 7,2. IT. — Etude chimique. — Poids du résidu sec à 180° — 1,93.
1° Cations 2° Anions
Potassium K+ 0,007 Sulfurique SOS 0,7527 Sodium Nat 0,27 Azotique NO) 0,00187 Calcium Cat 010,325 Azoteux NOT néant Magnésium Met+ (0,0446 Chlore CE 0,3745 Fer Fet++ 0,00088 Fluor = 0,00009 Manganèse Mnt+ 0,0000016 Brome Br 0,00033
Aluminium AIFEE 0,000185 Carbonique CO3IL— 0,091 (20°) Arsénique ASO{H=— — 0,0000093
Phosphorique PO#H —— 0,000064 3° Acides non dissociés SINGER ee Nr S10? 0,085 Anhydride borique ......... B202 0,00009
Les résultats sont exprimés en grammes par litre.
[IT — L'eau n'émet aucun gaz spontané.
IV. — L'étude chimique des boues déposées dans le bassin de distribution a donné à Jourdain les résultats suivants (% de boue sèche) :*
Fa, ALES 2eme LÉ CDS INC UE 0,531 AO ee er DR OS EEE TRES Ce 0 CHRIS Pa AT TEURS T2 BIO ETES. 0 TU 0,009 PC PR RARE D'ODORR IR code 0,185 CPR ARR RS RSS DRAOPMNITOLR TE RES See 0,077 SAOE RrrERR RTS COLUMN AmINE re nec 0 MT mere 0,093 N ammoniacal . ...... 0,028 SO: CL AMNIOR-. AAL 0 TaSOMMdAS CL AS. 64,984 NÉSRE RIRE TE ue « 2,590 Perte au rouge ...... 1,616 V. — Une étude biologique de cette source par
MM. Piéry, Enselme et M" Nury # paru dans les Annales de l’Institut à Hydrologie et de Climatologie en 1937 (tome XI, fase. 4, n° 42).
VI. — Etude hydrogéologique. — Si l’on examine les résultats que nous venons de rapporter et si on les compare à ceux publiés au sujet de la source cheude de Salins, au Bulletin de l’Institut d Hydrologie et de Climatologie de 1930, on voit que ces deux sources, qui sont voisines et qui présentent les mêmes conditions d’émergence, diffèrent par les points suivants :
1° La source chaude de Salins a une température de 33°6.
La source froide de Salins à une température de
90 La source chaude de Salins a une radioactivité de 1,38 (Ra).
La source froide de Salins a une radioactivité de 4,04 (Ra).
(En millimicrocuries par litre d’eau, à l’émergence.)
3° Les ions prédominants se répartissent ainsi :
Source chaude: CI == 7,025; SO#—— — 2,036; Nat — 4,66; Catt — 6,774
Source froide: Cl — 0,374; SOS —0,752 ; Nat — 0,27; Cat+ —:0,325
4° Les ions prédominants dans les boues de ces sources se répartissent ainsi :
Source chaude: Fe — DD OL NL ONE 7 MON F2 Source froide: Fe — 4,256; AO — 2,45; Si0O?— 66,104
9° La source chaude de Salins émet des gaz spontanés contenant 42,7 % de CO.
La source froide de KSalins n’émet 9as de gaz spotanés.
Le gypse qui minéralise très certainement ces deux sources est évidemment une formation très hétérogène. On est ainsi en droit de supposer que la source chaude passe à proximité d’une lentille de chiorure de sodium, alors que la source froide l’évite. On peut supposer aussi que, à cause de sa minéralisation et de sa température, l’épuisement réalisé par la source froide est beaucoup plus rapide et beaucoup plus superficiel que celui de la source chaude. Cependant, pour expliquer d’une part Ja plus grande richesse radioactive de la source froide et la quantité impor-
tante de silice contenue dans ses boues, on est obligé de faire appel à une hypothèse nouvelle. Urbain suppose qu’au moment du plissement alpin, alors que des mouvements tectoniques des plus importants se réalisaient dans cette région, des esquilles de roches eristallophyllennes appartenant à la série métamorphique primaire ont été détachées du substratum profond de la région et entrent actuellement en contact avec le filon hydrominéral de la source froide. La présence de gaz riche en CO? dans la source chaude fait penser à une venue profonde au niveau d’une faille encore mal refermée. La source froide n’a pas de pareils contacts.