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A l'extrémité intérieure se trouve l'orifice par lequel sortent les matières fécales. Du côté gauche, à 4 centimètres au dessous de cet orifice, se trouve une perforation grande comme une pièce d'un franc, par laquelle les matières fécales sortent également. En y introduisant le doigt, on pénètre dans le canal intestinal, où on rencontre l'autre doigt introduit par l'orifice inférieur.
L'intestin prolabé présente, surtout dans sa moitié supérieure, des mouvements péristaltiques qui font varier sa longueur, son diamètre, sa courbure et la disposition relative des deux orifices.
Il n'existe aucun sillon entre l’anus et la tumeur. La peau se continue directement avec la muqueuse du rectum, qui s’est retourné tout entier.
L'enfant est atteint de diarrhée avec incontinence complète. Il rend ses matières sans s'en apercevoir, et n'éprouve jamais le besoin d'aller à la selle.
L'appéètit est bon, pas de douleurs, état général assez satisfaisant.
I s’agit ici d’un prolapsus du rectum avec invagination de l'S iliaque et du mésocôlon. Comme on le voit, il se compose de deux cylindres intestinaux : Fun externe, constitué par le rectum, prèsente de dehors en dedans la muqueuse, la musculeuse et la séreuse, l'autre interne présente de dehors en dedans la séreuse avec le mésocôlon, la musculeuse et la muqueuse. Entre les deux cylindres, qui sont en rapport par leurs surfaces séreuses, se trouve la cavité péritonéale prolabée. Autour de l'orifice latéral, qui est le résultat d’une ulcération gangréneuse, les deux cylindres adhèrent entre eux, et la perforation fait communiquer directement la lumière du côlon avec l'extérieur.
Opération.— Au moment de l'opération, qui fut faite quelques semaines plus tard, l'orifice latéral s'était cicatrisé et il ne restait plus que l’orifice inférieur.
Le malade est purgé la veille au soir, endormi avec l’éther et placé dans la position de la taille périnéale.
J'incise la muqueuse de la moitié antérieure du cylindre externe, à 2 centimètres de l’anus. Plusieurs vaisseaux sont saisis avec un ténaculum et liés avec des catguts fins.L’hémostase étant obtenue, j’incise la séreuse du segment antérieur.
La cavité péritonéale est ouverte et le cylindre interne apparaît; c’est VS iliaque avec un gros paquet de mésocélon fortement chargé de graisse.
J'explore avec le doigt la cavité péritonéale et je ne trouve point d’anse herniée entre les deux cylindres.
Ayant remarqué que le cylindre externe n'avait aucune tendance à la rétraction, j'incise le segment postérieur du cyliudre externe, muqueuse et séreuse, d’un coup, et je lie les vaisseaux de la muqueuse comme pour le segment antérieur.
Je constatai de rechef que je mésocôlon n’était pas tendu et que l'intestin n’avait pas de propension à remonter. Je le fis maintenir par deux pinces à griffe et le coupai d’un seul coup, avec le mésocôlon, au dessous des pinces, à 1 centimètre plus bas que le cylindre externe. Les vaisseaux du mésocélon et de la muqueuse furent liés avec des catguts fins.
L’hémostase obtenue, je suturai bout à bout les séreuses avec dix-neuf catguts fins coupés ras. La cavité péritonéale étant ainsi exactement fermée, je suturai bout à bout les muqueuses avec vingt catguts plus forts, coupés longs.
Après quoi je réduisis ce qui restait du prolapsus. Avec une très légère pression, l'intestin remonta vivement de lui-même et disparut.
Dans cette résection, j'avais enlevé 23 centimètres de cylindre externe, 22 centimètres du cylindre interne : en tout 45 centimètres d’intestin.
Le prolapsus réduit, l'orifice anal reste béant, le sphincter ne se contracte pas.
Par le toucher, on reconnaît que l’intestin a repris sa place : à 3 centimètres de l’anus, on sent la suture circulaire qui rétrécit un peu l'intestin, mais qui laisse facilement passer le doigt.
Pendant les premiers jours, je prescrivis la diète et les opiacés pour obtenir la constipation, mais je n’y réussis pas.
Néanmoins l'enfant guérit très bien, sans aucune complication, et la réunion par première intention fut complète.
Pour ce qui concerne les fonctions du sphincter, l’anus resta béant pendant les deux premiers jours ; dés le troisième, la contractilité était revenue, et l’orifice anal était fermé. Pendant quelques jours, la diarrhée persista avec incontinence. Le quatrième jour, l’enfant commence à demander le vase, sans toutefois pouvoir retenir ses matières. Petit à petit, les selles redeviennent volontaires et la diarrhée disparut.
Il me reste encore à parler du résultat éloigné de mon opération.
Cinq mois après l’opération, je revois mon opéré. Il se porte très bien, il n’éprouve aucun malaise et les fonctions de l'intestin ne présentent rien d’anormal. Le prolapsus n’a pas reparu. Par le toucher rectal, je constate que l'intestin est bien resté en place et qu’il n’a aucune tendance à redescendre, mais à l'endroit où a été faite la suture, je trouve un rétrécissement, qui a tout à fait la forme d'un diaphragme de lunette d'optique.
Ce diaphragme est mince, très souple; au centre, un orifice circulaire limité par un bord également mince et souple. Cet orifice ne laisse pas au premier abord passer l'index ; mais, en insistant doucement, il se laisse dilater et on finit par le traverser ; le doigt est alors serré circulairement comme par un fil. Tout autour, l'intestin est parfaitement souple et normal, on ne
sent nulle part la moindre induration. Pas de dilatation au dessus de l’obstacle. Ce fait a une grande importance.
On a accusé l’enterorrhaphie circulaire, d’après la méthode de Lembert, de produire constamment le rétrécissement. On a attribuë ce rétrécissement : 1° à l’adossement des séreuses avec sutures à plusieurs étages ; 2° au fait que la muqueuse n'est pas suturée.
Eh bien! Voici un cas de résection d’intestinavec entérorrhaphie circulaire dans lequel les séreuses ont été suturées bout à bout sans aucun adossement., la muqueuse bout à bout et séparément ; les deux sutures ont guéri par première intention absolue. Et néanmoins l'affaire s’est terminée par un rétrécissement.
D'où il résulte que la suture circulaire expose au rétrécissement, quelle que soit la manière dont elle est faite.
Mon opéré de prolapsus, réséqué depuis six mois, n'a pas éprouvé jusqu’à présent l'ombre d’un inconvénient de son rétrécissement, dont le toucher seul a révélé la présence inattendue.
Je doute fort qu’il en fût ainsi si je l'avais opéré par la ligature.